EXIT ABOVE, d’après la tempête, Anne Teresa de Keersmaeker, Biennale de Lyon

Crédit : Christophe Raynaud de Lage

Au sol, des marquages colorés évoquant ceux d’une piste de course. A gauche de la scène, quatre guitares et un ampli. Au centre, un grand tissu blanc d’étrange matière. Le décor de Exit Above est très dénudé. Les danseurs se changent et boivent non pas en coulisse mais contre des murs noirs apparents.

Dès lors, toute l’attention du public ne peut se faire que sur les danseurs ainsi que sur les deux musiciens présents sur scène. Très vite nous apparaît une première tempête, par une agitation du tissu blanc.

Mais nous comprenons que, lorsque le tissu retombe, la tempête n’est pas finie ; elle est perpétuée par les danseurs et la musique. Il s’instaure alors une variation entre moments calmes et véritables tempêtes émotionnelles éveillées par les danses présentées sur scène. Cette variation est d’ailleurs autant perceptible dans la danse que dans la chorégraphie, mais aussi au travers de la musique accompagnant la pièce.

En effet, plusieurs répertoires musicaux sont invoqués. De la guitare sèche seule à l’électro, en passant par des chants accompagnés de guitare. La tempête semble s’élargir bien au-delà du titre.

La tempête est aussi celle des arts présents sur scène. Il n’est en effet pas de style de danse prédominant dans Exit Above. Certains mouvements sont classiques, d’autres contemporains, certains relèvent plus des acrobaties.

Tout cet ensemble amène à une véritable formation organique. Les identités des danseurs sont perceptibles à chaque moment de la pièce. Nos sens sont d’ailleurs fortement stimulés durant toute la représentation, car il n’est pas rare que l’on ne sache pas où donner des yeux tellement la scène est occupée. Si un duo de danseurs se trouve éclairé par un projecteur, il est toujours bon de scruter ce qui reste dans l'ombre, car d’autres danseurs y sont aussi à l’œuvre.

Cet ensemble organique crée ainsi une proximité avec le public. Celui-ci peut d’ailleurs être perdu face à cette tempête multiple ! C’est aussi pour cette raison que, lorsque la pièce est finie, nous nous demandons si nous avons pu saisir l'intégralité de ce que nous avons vu, et nous souhaiterions alors retourner voir la pièce.

La sortie du dessus (Exit Above) serait alors celle à laquelle nous amène la tempête, qui nous a porté émotionnellement dans les airs. Seulement, voudrons-nous prendre cette sortie ? Ou bien au contraire redescendre, une fois la tempête calmée, afin d’assister à sa résurrection ?

du 20 au 22 septembre 2023
Opéra de Lyon
Biennale de Lyon 2023

durée 1h30

Les Méritants – Julien Guyomard -Théâtre de la Tempête

Dystopie, zombie et méritocratie.

Le plateau est un espace de travail aux apparences d’atelier. Une serre adossée à un mur, côté cour. Des paravents entassés côté jardin, des sacs à gravats en fond de scène, un tas de terre végétale, comme les restes entassés d’un espace de vie en transformation. Ils sont tout d’abord six personnages à entreprendre le public pour lui expliquer que l’apocalypse a eu lieu et que le monde est désormais divisé en deux espèces, les survivants et les zombies. Puis huit. Les retardataires montaient la garde pour protéger la zone des survivants. Il faut tout reconstruire.

Puis arrive le zombie. Celui qui fera vaciller le rapport à la norme et à cette nouvelle société post-apocalyptique qui cherche à se réinventer. Le zombie ne mange finalement pas systématiquement les hommes. Mieux, il a envie de travailler et d’aider à reconstruire ce nouveau monde.  Faut-il l’accueillir, lui donner sa place ? Faut-il lui donner la chance de se réaliser malgré sa différence profonde au sein du Comité central ? Lui confier des responsabilités ? Cet exemple peut-il servir la cause de cette nouvelle société en construction qui manque de volontaires et de main d’œuvre ?

Les survivants trouveront rapidement la réponse en basculant progressivement vers une société libérale qui s’appuiera sur l’exemplaire Zombie pour prouver qu’avec de la volonté, on se sort de tout, que le travail est une source de bonheur et d’épanouissement personnel. Une méritocratie fondée sur le succès du transfuge qui nourrit à son tour la notion de mérite jusqu’aux limites d'un théâtre de l’absurde où il devient bon de « Travailler plus pour mourir moins ». La règle est simple : les zombies peuvent aider et s'associer au projet à condition d'être un méritant.

Avec humour, les tableaux vont s’enchainer et décortiquer le concept de mérite en questionnant en miroir ce qu’est devenu notre ascenseur social, en démontrant que la notion de mérite vient finalement servir et cautionner le fonctionnement d’ une seule partie de la population, les dominants, minoritaires, qui ne représentent qu’une toute partie de la population. Le mérite est devenu un mode de justification des inégalités.

Le tour de force de cette dystopie parodique et politique marquée par les travaux en sociologie de François Dubet et d’Annabelle Allouch (Le Mérite, ed. Anamosa) , est d’avoir réussi à se saisir du thème populaire du Zombie pour permettre à tous les spectateurs de penser avec humour les déséquilibres et déterminismes sociaux. Le Zombie s’appelle l’Autre, le différent en apparence, l’étranger, celui qui vit dans la grande pauvreté.

Sans être moralisante ni démonstrative, la pièce de Julien Guyomard vise juste et remet en lumière un sujet sensible avec ses problématiques dont nombreuses sont en suspens. La mécanique est bien huilée. On sort de ces deux heures de théâtre le sourire en coin avec de nombreuses questions soulevées. L’objectif est atteint. Un succès mérité ? A voir.  

Les Méritants • Théâtre de la Tempête (la-tempete.fr)

Les poupées persanes, Aïda Asgharzadeh, Théâtre de la Pépinière, Paris

Du rire aux larmes, destinées mêlées entre l'Iran des années 70 et la France à l'aube du passage à l'an 2000. Pièce humaniste à voir !

 
Aïda Asgharzadeh nous raconte une partie de son histoire personnelle à la manière d’un conte persan. Comédienne et auteure d’origine iranienne, elle nous plonge en simultané dans le quotidien pétri d’idéaux de quatre étudiants à Téhéran et d'une mère avec ses deux filles invitées dans un chalet en altitude.

Son écriture fine et militante met en scène des personnages forts. Les femmes sont loin d’être des poupées. Dans l’Iran des années 70, elles sont étudiantes, professeurs, libres et amoureuses. Insidieusement, la répression s’installe avec l’arrivée de l’imam Khomeini et l'installation des mollahs au pouvoir. La violence fait rage dans les rues. Le pouvoir des femmes se réduit à vue d'œil. Les yeux finissant par être tout ce qu’elles peuvent laisser entrevoir d’elles. Défilent sous nos yeux des vidéos d’archives dont la résonance avec l’actualité fait froid dans le dos.

Dans une mise en scène rythmée de Régis Vallée, les six comédiens n’arrêtent pas. Tantôt acteurs, tantôt techniciens pour changer les décors ; ils virevoltent sur les planches d’une prison iranienne à un télésiège, d’une boite de nuit à une salle de classe à Téhéran. Avec prestance et émotions, ils nous font passer du rire aux yeux embués.

Les comédiens portent aussi bien les actions poignantes en Iran que les scènes coquasses à la neige qui font bien rire la salle. Juliette Delacroix a rejoint la troupe formée pour le festival d’Avignon en 2021 et le théâtre des Béliers. Elle y joue le rôle d’une des filles, adolescente impertinente, écorchée vive. On s’identifie à ses difficultés d’assumer le décalage culturel d'enfant d'émigrés, de comprendre son histoire familiale avec ses secrets et ses zones d’ombre.

Nul doute que la pièce va continuer de rencontrer un grand succès à Paris et en tournée tant elle nous rejoint sur des thèmes profonds et universels, tels que la douleur de l'exil, la résistance, la construction identitaire à partir d’une histoire familiale biculturelle.

A partir du 14 septembre 2023
La Pépinière Théâtre, Paris 2ème

Élémentaire, Sébastien Bavard, Montansier Versailles

En quête de sens, le comédien Sébastien Bavard s'est lancé dans l'enseignement après les attentats de novembre 2015. C'est ainsi qu'il s'est retrouvé face à une classe de CM1. De retour sur les planches, c'est cette expérience qu'il raconte dans Élémentaire.

Un tableau noir et quelques accessoires, il n'en faut pas plus pour nous faire retourner à l'école ! Seul en scène, Sébastien Bavard nous raconte sa vie de prof, cette succession de moments tour-à-tour magiques, émouvants et drôles. Il nous livre ses craintes, ses difficultés, et quelques astuces - pas toujours efficaces - pour obtenir ou maintenir l'attention des élèves. Il nous révèle les coulisses de la salle des maître(sse)s avec ses collègues qui l'exhortent à "serrer la vis" ; "ils vont te manger, Sébastien".

Cela fera beaucoup rire les instituteurs.trices, encore plus s'ils sont retraités et un peu nostalgiques. Cela intéressera aussi les parents d'élèves et les enfants (ma fille, qui est en CM2 et a bien ri).

les 15 et 16 septembre 2023
Théâtre Montansier Versailles
Durée 1h00

Orchestre et chœur de la Scala de Milan – Théâtre des Champs-Elysées – Riccardo Chailly – Alberto Malazzi

Joyeuse ouverture de saison au Théâtre des Champs-Elysées !

12 septembre 2023. La salle est comble pour l’ouverture de saison du Théâtre des Champs-Elysées. Cela sent encore le retour de vacances. Y a de la joie dans le hall et les escaliers. L’impatience de retrouver la programmation classique du Théâtre des Champs–Elysées. Le programme est alléchant pour une ouverture de saison : l’Orchestre et le chœur de la Scala de Milan pour faire résonner les plus beaux succès de Verdi dirigés par Alberto Malazzi et Riccardo Chailly, l’homme aux multiples décorations : Grand Officier de la République d’Italie et membre de la Royal Academy of Music de Londres, Grand Croix de la République d’Italie, Chevalier de l’Ordre du Lion des Pays-Bas, Officier des Arts et Lettres en France, mais aussi un chef d'orchestre invité dans les plus grandes formations et les plus grands opéras.

Le programme est en deux parties de 40 minutes. Du bref pour de l’intense.

  • Sinfonia, « Gli arredi festivi », « Va, pensiero, sull’ali dorate », extraits de Nabucco ;
  • « Gerusalem », « Signore, dal tetto natìo », extraits de I Lombardi alla prima Crociata
  • Prélude ; « Si ridesti il Leon di Castiglia », extraits d’Ernani
  • Ballet final (acte III, tableau 2), « Spuntato ecco il dì d’esultanza », extraits de Don Carlo ;

 Entracte

  • Prélude, « Che faceste? Dite su! », Chœur des Sorcières « S’allontanarono! », « Patria oppressa! Il dolce nome », extraits de Macbeth
  • Prélude, « Vedi le fosche notturne spoglie », extraits d’Il Trovatore
  • Sinfonia, Tarentelle « Nella guerra è la follia », extraits de La Forza del destino
  • « Gloria all’Egitto, ad Iside », extrait d’Aida

On s’interroge. Serons-nous encore surpris et touchés par des airs que nous avons entendus et réentendus ? Échapperons-nous à la citation fatale de Verdi lui-même : « le public admet tout au théâtre sauf l’ennui » ?

Force est de constater que rapidement après quelques portées, la force de la musique verdienne associée au chœur de la Scala atteint son objectif. On se retrouve progressivement emporté par l’ensemble qui s’amuse d’un répertoire mené à la baguette et avec expression par un Riccardo Chailly qui théâtralise l’œuvre verdienne avec des variations prononcées comme pour mieux s’échapper d’une autoroute musicale composée d’airs connus. Si durant la première partie l’orchestre semble s’ajuster à la salle et au plateau - avec des cuivres un brin trop présents - la deuxième partie est totalement réussie, grâce à un chœur harmonieux, puissant, et quelques musiciens de l’orchestre qui finissent par se détacher visuellement et musicalement de l’ensemble.

On finit par adhérer à la démarche d’un Chailly expressif et par rejoindre un Verdi force de vie. Émouvant Patria oppressa! il dolce nome, puissant Vedi le fosche notturne spoglie, spectaculaire Tarentelle « Nella guerra è la follia », défendue par un premier violon exceptionnel, bondissant sur sa chaise. On finit séduit par la cohérence et l’unité de l’ensemble devant un répertoire pourtant très éclectique digne d’un best of. L’exercice est toujours périlleux.

L’orchestre à l’unisson, le chœur dirigé par Alberto Malazzi, font sonner comme jamais l’œuvre de Verdi, provoquant le « Viva Verdi » d'un spectateur italien débordant de joie dans la salle. Riccardo Chailly dans sa légère queue de pie de velours se retourne, s’en amuse et sourit. Il règne une forme de généreuse fraternité dans la salle. Les succès de Verdi rassemblent. Les spectateurs sourient de plaisir devant un concert qui a atteint son objectif : mettre tout le monde en joie avec des airs populaires portés aux nues. Les applaudissements sont là. La saison est ouverte !

Le programme de la soirée : https://www.calameo.com/read/0030455153fd45da7ac5d

Retrouvez la programmation du Théâtre des Champs-Elysées : Saison 2023 - 2024 (theatrechampselysees.fr)

Jesmyn Ward, Les moissons funèbres, 10/18

"La plupart des hommes que je connais pensent que leur vie, qu'ils soient dealers ou rangé des voitures, vaut la peine d'être couchée par écrit. A l'époque, je me contente de rire. Aujourd'hui, en écrivant ce livre, je vois bien qu'il y avait quelque chose de vrai dans cette assertion." (page 86)

Jesmyn Ward se livre à un récit autobiographique plein de langueur et de nostalgie. Elle raconte son enfance dans le Mississippi des années 90 (elle est née en 1977) et l'on pourrait avoir la fausse impression qu'il ne se passe pas grand chose dans ce livre aux chapitres écrits comme des nouvelles.

Pourtant, à travers sa propre histoire et celles de cinq de ses proches morts en à peine quatre ans, l'autrice décrit "la dure réalité qui attend les jeunes Noirs dans le Sud - chômage endémique, pauvreté et drogues diverses pour faire passer le tout." (page196).

Avec son écriture humble et claire, Jesmyn Ward aborde des thèmes lourds et fondamentaux. Elle parle de racisme endémique, de pauvreté, de violence, de l'emprise de la drogue, du traumatisme de l'esclavage (dont les répercussions sont toujours visibles sur les familles) ou encore de l'inégalité entre les hommes et les femmes.

Les jeunes s'ennuient, il glandent et s'évadent comme ils peuvent grâce à l'alcool et la drogue. Mais c'est bien plus qu'une langueur adolescente. On est frappé par l'absence totale de perspective de ces jeunes dont on peine à croire qu'ils vivent dans la première économie mondiale.

"Toute la communauté souffre d'un déficit de confiance: nous ne pensons pas la société capable de nous offrir un minimum d'éducation, de sécurité, d'emplois décents et de justice. Et ce manque de confiance en la société qui nous entoure, en la culture dans laquelle nous baignons et qui nous rappelle sans cesse notre infériorité, nous amène à nous méfier de tout le monde." (page 193)

Un petit livre profond.

Parution en poche le 07 février 2019
chez 10/18 collection Littérature étrangère
Éditions Globe
288 pages | 8,30€
Traduction (anglais USA): Frédérique Pressmann

Le moche et la musique : Jonathan Wilson – eat the worm | The Lemon Twigs – Everything Harmony | Laufey – Bewitched

Le gouvernement s’attaque à la France Moche. Il débloque 25 millions pour que les zones d’activités ne soient plus de sordides lieux de passages. Il veut mettre de la vie et de la couleur dans des zones commerciales grises et décharnées coupées par de longues voies ennuyeuses. Les hommes là-bas y sont des zombies comprimés par la société de consommation. Ce sont des zones de non-vie.

Les musiques d’ascenseur essaient d’aspirer la sourde dépression qui règne dans ces étranges lieux faits d’absurdité et de mocheté. Bref, le monde est laid et le gouvernement français veut le fleurir, le rendre plus beau, tout comme un musicien qui se mettrait à la recherche du Beau.

Jonathan Wilson est un petit génie de la musique. Le beau, il nous la présentait sous la forme d’un rock progressif mais très facétieux. On n’est pas dans la science fiction musicale mais nous sommes dans la réorchestration de genres musicaux avec une virtuosité qui épate. Il a secondé longtemps Roger Waters sur ses tournées.

Il rend beau la country ou le psychédélisme. Cette fois, avec Eat the storm, il orne l’alternatif d’une puissance mélodique totalement déraisonnable. Jonathan Wilson aurait pété les plombs? En tout cas, après des albums travaillés et abordables, il nous plonge dans son imagination débordante.

Tout se chevauche, des élans jazzy et des refrains pop. C’est un opus très bizarre mais qui offre le talent de l’artiste dans un état quasi brut. Et cela est très beau à écouter. Les hésitations deviennent des inspirations et les rugissements glissent vers des moments tendres et inspirants.

Lemon Twigs, duo de frangins restés dans les années 60 et 70, sont de leur coté à la recherche du bonheur : la chanson pop parfaite. Alors sur ce nouvel album, Everything Harmony, ils tentent de trouver l’accord parfait.

Et le duo réalise un disque quasi parfait. On les savait talentueux mais dans leur obsession, ils offrent à chaque album, un esprit différent et un style élégant. De leurs influences évidentes, ils parviennent encore à sortir un opus qui effectivement met en avant le sens de l’harmonie.

La plupart des chansons sont irrésistibles et ne sont jamais anecdotiques. Ils font fleurir des sons caressants et leur jeu de voix est ludique à souhait. On craque aisément dès les premières minutes. Et le temps joue pour eux. Chaque chanson a le charme suranné d’une vieux hit des Bee Gees ou une incroyable dextérité qui rappelle Crosby Stills Nash & Young. Les deux gringalets tiennent la comparaison. Promenez vous dans un endroit très moche en écoutant cela et vous vous trouverez dans un décor de comédie sentimentale.

Lemon Twig a laissé de côté sa flamboyance pour une mélancolie qui fera plaisir à Brian Wilson, roi de la ritournelle douce amer et habile. Un magnifique moment !

Le monde est plus beau aussi avec le second album de l’islandaise Laufey. Avec sa pochette paillette, on pouvait s’attendre à une nouvelle starlette de la pop mondiale. Hé bien non ! Moderne, la jeune femme chante un jazz féminin et tendre.

On se fait surprendre puis on est totalement séduit par la voix et l’orchestration qui pourraient nous transporter dans un salon lounge en train d’écouter le regretté Burt Bacharach. Les chansons sont douces mais ne manquent pas d’étonner car l’Islandaise sait mettre ce qu’il faut d'agilité dans le champ très balisé du jazz féminin. Les textes sont très contemporains et le traitement plus vintage que prévu.

Le jazz et les atermoiements font bon ménage dans Bewitched. Un disque subjuguant. Avec quelques euros, achetez un de ses disques et allez l’écouter dans l’endroit le plus craignos de la terre. Vous verrez comme ça peut devenir beau avec quelques notes, quelques paroles dessinées avec douceur, arrangements et talents. La musique peut creuser le ciel selon Baudelaire, elle peut aussi bien débuter les travaux pharaoniques pour tenter de rendre le monde un peu plus agréable…

Jonathan Wilson - eat the worm
The Lemon Twigs - Everything Harmony
Laufey - Bewitched

IF Illustration festival (par Kiblind) – les SUBS – ENSBA Lyon

C’est à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon (ENSBA) que l’IF (Illustration Festival) sera accueilli les 7 et 8 octobre 2023. Il sera gratuit et libre d’accès.

Le festival désire créer une illustration vivante, tout en se voulant la continuité du magazine d’illustration Kiblind,. Une certaine dynamique sera ainsi présente dès le premier jour, où des créations en live auront lieu. Cet évènement live permettra au public de voir la naissance d’une illustration, les techniques utilisées par les artistes, leur démarche. Les illustrations produites seront exposées le second jour.

Il est également important de noter que l’IF est un festival international ! Plus de 80 artistes seront invité.e.s, dont plus d’une trentaine internationaux.

Cela promet donc une large illustration par de nombreux regards des thèmes abordés, qui relèvent pour la plupart de la vie courante (musique, sexualité, ville, le vivant). Toujours dans une optique dynamique, des talks seront organisés lors du festival, permettant au public d’interagir avec des artistes et des spécialistes. Seront également proposés des ateliers abordant tous la question de la place donnée à l’illustration dans la vie de chacun, avec notamment un atelier de tatouage ou encore « Pimp my body ».

Il n’est pas question ici de faire une liste exhaustive de l’ensemble de ce que proposera le festival. Mais comment ne pas mentionner la projection de nombreux courts-métrages animés (dont les séances seront elles-aussi gratuites), dont certains pour jeune public ? Le festival collabore en effet avec de nombreux festivals de court-métrages, tel que le festival du court métrage de Clermont-Ferrand, ou encore KABOOM festival ; promettant ainsi une sacrée programmation !

IF, comme un arbre dans la ville, semble donc promettre une opportunité de découverte et une bouffée d’air offerte à tous. Le festival sera en effet gratuit, et accessible pour tous, à tous les âges.

PROGRAMME DÉTAILLÉ ICI : illustration-festival.com
COMPTE INSTAGRAM : @if_illustrationfestival
SUBS -  8 bis Quai Saint-Vincent, 69001 Lyon

Trois albums pour la rentrée : Tapioca, Queen Omega, Kanazoe Orkestra

Eh, salut ! Comment se passe la rentrée ? Ce n’est pas trop dur ? Bienvenue sur notre site. On va essayer de vous offrir de bons moments avec des choix musicaux hédonistes et savoureux et de la musique qui vous permet d’échapper à une vie trop stressante.

On sait que ce n’est pas facile de retourner dans le quotidien. La musique devrait vous arracher à votre quotidien imposé et pas toujours drôle. On va vous offrir des petites pépites qui vous arrache à tout cela, de la cantine institutionnelle à la réunion avec le boss hystérique.

Si vous êtes courageux, proposez lui l’écoute de Samba em Kigali, l’album frais et exotique de Tapioca. Là nous rentrons dans le salon lounge avec de la musique chaloupée qui veut vous donner l’envie de préparer un délicieux cocktail.

Tapioca est un duo. Un Brésilien et un Belge. Ensemble ils nous emmènent vers cet ailleurs où les soucis deviennent flous, où l’amour vient se frotter à un bar vintage de sons élégants qui font bouger gentiment le bassin.

Guitares wah wah, synthés retro, voix élégiaques, flutes qui s’envolent… on a droit à tout. Le curseur de la world pop est poussé au maximum. Et cela fonctionne assez bien. Le disque chaise longue par excellence.

D’ailleurs on va poser une chaise longue à Trinidad et Tobago pour écouter la voix puissante de Queen Omega. Là, on ne bouge pas des clichés exotiques : c’est du bon gros reggae qui fait du bien à notre manque de sens dans la vie ou autre problème existentiel !

Et c’est vrai que la voix de Queen Omega ne vous laissera pas indifférente. Elle est imposante et vient vous chercher. On croise Soom T et Julian Marley mais on entend surtout une lionne rugir avec une intelligence rare et un vrai sens de la modernité.

Le moderne et l’ancien cohabitent très bien autour de cette lady du reggae. Les textes sont loin d’être idiots et ne se résument à des punchlines simplissimes. Non, la chanteuse montre un sacré caractère et ce disque est une belle découverte qui change des habitudes bien plan plan du reggae actuel.

Folikadi. Cela veut dire la musique qui fait du bien. Donc entre les bouchons ou les incivilités qui vous écorchent à vif, mettez vous vite à écouter les 28 minutes ce disque du Kanazoe Orkestra. Une pure pépite de joie.

Cette chronique fait peut être un peu TV5 Monde mais cet album qui met à l’honneur le balafon ne peut que vous illuminer. Écrit pendant la pandémie, c’est un vrai rayon de soleil où tous les participants sont en osmose.

Mené par le musicien Seydou Diabate, le groupe encadre parfaitement des chanteurs lumineux. Le balafon devient une lampe torche qui éclaire le blues et des rythmes ultra chaleureux. Là encore, on est au milieu d’un mélange de genres absolument envoutant. Musiques africaines et éléments jazzy ou pop se conjuguent dans un pluriel limité à quelques titres qui nous font réellement du bien. Un petit chef d’œuvre d’enthousiasme.

Donc avant de vous lancer vous condamner à être au bout du rouleau… tentez ces trois albums plein de bonnes ondes et de joie. Folikadi, on vous dit ! Sinon vous pouvez toujours dire merde à votre boss hystérique !

Tapioca - Samba em Kigali
Queen Omega - Freedom Legacy
Kanazoe Orkestra - Folikadi

Anatomie d’une chute, Justine Triet, Le Pacte

A voir l’affiche et la bande-annonce, je m’attendais à un Faites entrer l’accusé au pays des bobos. Pas très motivant…
Heureusement, mon épouse m’a convaincu de voir ce film qui mérite de figurer sur votre liste de rentrée !

Un couple, Sandra et et leur fils, Daniel, vivent dans un chalet de montagne dans les Alpes. Elle est une écrivaine allemande et tente de mener un entretien avec une étudiante. A l’étage, son mari pousse la musique tellement fort que les deux femmes doivent renoncer à l’interview. L’ambiance est délétère…
La jeune femme préfère s’en aller, tandis que le petit garçon du couple sort faire un tour dehors avec son chien (il est malvoyant). A son retour, l’enfant trouve le corps de son père, mort, sur le perron de la maison. Les secours sont prévenus et, assez rapidement, la mère est soupçonnée d’avoir jeté son mari par la fenêtre et se retrouve face à ses juges.

C’est bien plus qu’un simple film à suspens.

Justine Triet aurait pu faire de l’intrigue l’élément principal de l’histoire. Alors, le film aurait été tout autre mais, à mon avis, nettement moins intéressant !

Savoir si elle a tué son mari ou pas n’est pas vraiment la question. L’enjeu est ailleurs : il s’agit de parler du couple et, plus généralement, des relations interpersonnelles, de la façon dont elles peuvent se détériorer, se déliter avec le temps. Dans la vie, il peut être tentant de faire peser ses propres échecs sur quelqu’un d’autre. Blâmer son partenaire plutôt que soi-même est une solution facile. Mais c’est à ce prix qu’on pourrit une relation.

Je loue Justine Triet de parvenir à déboucler son histoire sans verser dans le travers qui consiste – comme dans beaucoup de films - à délier des situations inextricables par une franche discussion qui sert de point d’orgue émotionnel à l’intrigue. Ici, ce n’est pas en discutant que mère et fils règleront leur problème !

Ce n’est pas qu’un film de procès

C’est toujours difficile de faire un film sur un procès, cela peut vite être barbant et irréaliste. Ici au contraire, Justine Triet et Arthur Harari (son mari et coscénariste) utilisent les audiences à la Cour d’assises de façon très habile pour dévoiler l'intime.

Bien sûr, il y a quelques petites choses qui manquent de crédibilité : le public de la Cour d’assises, la rapidité avec laquelle l’accusée se met à parler français parfaitement… Mais ces détails ne font pas le poids face aux nombreuses qualités du film.

Lors du procès, il y a quelques débats d’experts pour tenter de déterminer techniquement si le défunt s’est jeté par la fenêtre ou s’il a été poussé par sa femme, mais le plus intéressant n’est pas là. L’important, c’est que les différents témoignages nous éclairent sur la relation de couple et sur le drame. Par exemple, le témoignage du psy montre comme le mari et la femme voient leur vie différemment et comme l’amour et la bienveillance du début ont pu laisser place à la jalousie et à la rancœur. Ainsi, un même événement est vu et vécu de façons diamétralement opposées. C’est fascinant.

Une grande maîtrise formelle

J’ai relevé le soin particulier apporté par la réalisatrice au cadrage et au hors champ. Par exemple, Julie Triet ne montre jamais les jurés. Il lui arrive aussi de placer la caméra derrière un spectateur, comme si nous étions dans la salle. Parfois, un truc passe dans le champ, un bras ou autre, renforçant notre sentiment d’être une petite souris assistant au théâtre judiciaire. La façon de filmer est à la fois d’une grande technicité et d’une grande sobriété. La réalisatrice résiste à la tentation de faire de belles images avec les paysages de montages.

Au-delà de l’image, les bruits et les sons jouent un rôle crucial dans ce film. Un comble au cinéma ! Il est d’ailleurs frappant qu’un des personnages principaux (le fils) soit malvoyant. Les choses ne sont claires pour personne !

Il n'y a, pour ainsi dire, pas de musique (on n’est pas chez Clint Eastwood avec ses musiques qui soulignent lourdement les émotions !), mais Julie Triet peaufine la place des sons. Ainsi, la musique assourdissante qui passe en boucle au début du film crée une ambiance qui nous met mal à l’aise alors que Sandra, elle, ne semble pas gênée plus que ça par ce déchaînement de décibels. C’est aussi par le son que l’on découvre au cours du procès des facettes du couple, de son intimité.

Des comédiens exceptionnels

Scénario, son, image, le film recèle de grandes qualités, on l'a dit. Mais la grande qualité du film réside dans la direction d’acteurs et dans la qualité exceptionnelle des interprètes. Même les personnages secondaires sont soignés. Les petits rôles ne sont pas négligés. Et que dire des rôles principaux ?

Sandra Hüller est, pour moi, une révélation. Cette allemande qui joue dans une autre langue que la sienne est épatante. Son personnage ambivalent lui permet de déployer subtilement une palette d’émotions.

Swann Arlaud joue un avocat aussi réservé que séduisant. Le duo qu’il forme avec Sandra Hüller fonctionne très bien. J'ai beaucoup aimé cette scène où ils sont dans un restaurant, il s'en dégage un trouble indicible.

Même le chien est phénoménal ! D’ailleurs, il a reçu pour sa prestation la Palm Dog (ce n’est pas une blague !)

J’ai entendu un critique (sur France Culture) dire que le personnage de Daniel n’était pas crédible car bien trop mûr pour son âge. C’est avec ce genre de raisonnement (les enfants ne volent pas bien haut), que le cinéma nous sert régulièrement des personnages d’enfants au ras des pâquerettes. Ici, au contraire, l’enfant n’est pas infantilisé mais bien traité comme un personnage, une personne, à part entière. Et c’est tant mieux car ce rôle complexe est servi par un acteur incroyable. Milo Machado Graner a une qualité de jeu folle et il dégage une émotion qui vous tirera des larmes. Je ne crois pas avoir vu d'acteur garçon (il a 15 ans) aussi bon depuis les débuts de Benoît Magimel, et encore Milo est-il un cran au-dessus de Benoît. (Je le mets au même niveau que Céleste Brunnquell, vue dans En thérapie, qui dégage la même force mais qui est un peu plus âgée, 23 ans.). Il est bouleversant.

Seul Antoine Reinartz ne m’a pas convaincu. Du moins au départ. Ce comédien incarne l’Avocat général, c’est-à-dire le magistrat qui, dans un procès pénal, représente la Société. Il ne juge pas l’accusé.e mais, en notre nom à tou.te.s, réclame aux juges une peine au titre du mal que l’accusé.e nous a fait, à nous tous. En principe, cette fonction suppose mesure et impartialité. Il est arrivé même qu’un Avocat général requière un acquittement.

C’est pourquoi, à première vue, je n’ai pas trouvé ce personnage très crédible. Mais, à bien y réfléchir, c’est justement parce qu’il se livre à un réquisitoire totalement à charge, parce qu’il ne parvient à cacher ni son agacement ni son impatience, qu’il permet aux autres personnages de se révéler. C’est vraiment lui l’intégrateur négatif de l’histoire (en management, l’intégrateur négatif, c’est la tête de con qui soude le reste de l’équipe.) Et c’est la preuve que ce film transforme même ses apparentes faiblesses en qualités.

Car l’on sent que ce magistrat – et à travers lui la Société - est horripilé par cette femme forte dont il cherche à tout prix à démontrer la culpabilité. Une femme libre n’est-elle pas, en effet, forcément coupable ?

Au cinéma le 21 mai 2023
150 minutes
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