Art-scène, Théâtre

Les poupées persanes, Aïda Asgharzadeh, Théâtre de la Pépinière, Paris

Du rire aux larmes, destinées mêlées entre l’Iran des années 70 et la France à l’aube du passage à l’an 2000. Pièce humaniste à voir !

 
Aïda Asgharzadeh nous raconte une partie de son histoire personnelle à la manière d’un conte persan. Comédienne et auteure d’origine iranienne, elle nous plonge en simultané dans le quotidien pétri d’idéaux de quatre étudiants à Téhéran et d’une mère avec ses deux filles invitées dans un chalet en altitude.

Son écriture fine et militante met en scène des personnages forts. Les femmes sont loin d’être des poupées. Dans l’Iran des années 70, elles sont étudiantes, professeurs, libres et amoureuses. Insidieusement, la répression s’installe avec l’arrivée de l’imam Khomeini et l’installation des mollahs au pouvoir. La violence fait rage dans les rues. Le pouvoir des femmes se réduit à vue d’œil. Les yeux finissant par être tout ce qu’elles peuvent laisser entrevoir d’elles. Défilent sous nos yeux des vidéos d’archives dont la résonance avec l’actualité fait froid dans le dos.

Dans une mise en scène rythmée de Régis Vallée, les six comédiens n’arrêtent pas. Tantôt acteurs, tantôt techniciens pour changer les décors ; ils virevoltent sur les planches d’une prison iranienne à un télésiège, d’une boite de nuit à une salle de classe à Téhéran. Avec prestance et émotions, ils nous font passer du rire aux yeux embués.

Les comédiens portent aussi bien les actions poignantes en Iran que les scènes coquasses à la neige qui font bien rire la salle. Juliette Delacroix a rejoint la troupe formée pour le festival d’Avignon en 2021 et le théâtre des Béliers. Elle y joue le rôle d’une des filles, adolescente impertinente, écorchée vive. On s’identifie à ses difficultés d’assumer le décalage culturel d’enfant d’émigrés, de comprendre son histoire familiale avec ses secrets et ses zones d’ombre.

Nul doute que la pièce va continuer de rencontrer un grand succès à Paris et en tournée tant elle nous rejoint sur des thèmes profonds et universels, tels que la douleur de l’exil, la résistance, la construction identitaire à partir d’une histoire familiale biculturelle.

A partir du 14 septembre 2023
La Pépinière Théâtre, Paris 2ème

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