We Got It from Here… Thank You 4 Your Service

Après De la Soul, A Tribe Called Quest rappelle que le rap peut être une question de mélomanie et d'envie!
Cela faisait 18 ans que le groupe de Q-Tip avait coupé les vannes d'un flow soul, post jazz et particulièrement généreux. Depuis on sait que le coté obscur du Bling Bling a bel et bien gardé la guerre. Jusqu'à la nausée, le mauvais goût! Nos oreilles saignent bien trop souvent dès qu'une nouvelle sensation déboule sur nos platines.
On va jouer les vieux cons dans cet article mais qu'est ce que ca fait du bien d'entendre des musiciens dans un genre massacré par David Guetta, qui lorgne de plus en plus vers la dance et les sons synthétiques! Quand des rappeurs invitent Jack White, Elton John ou encore Andre 3000, on peut être sûr que l'on a en face de nous un trio amateurs d'abord de musiques!
Cela s'entend rapidement. Les premiers titres nous renvoient à la culture jungle qui régnait sur le genre au début des années 90. Plus que les samples, ce sont les instruments que l'on entend autour du trio devenu duo après la disparition du fondateur Phife Dawg. Mais la révolution du groupe résiste à tout.
Jamais belliqueux, toujours réfléchi, le rap du groupe nous emmène dans une belle ballade urbaine, où le groupe ne se concentre pas sur la détresse sociale ou la misère américaine. Une si longue attente récompensée de la sorte, c'est assez rare pour être signalé. Le temps n'a pas usé le talent de A Tribe Called Quest.
L'album est incisif. Le jazz et les touches electro ont même le droit de citer. Mais il y a chez eux, cette science exceptionnelle de faire cohabiter les styles au delà de toutes les barrières. Le groupe est plus un touche à tout qu'un nom de l'histoire du Rap. On dirait encore des petits nouveaux, trop brillants et trop sincères. C'est d'une fraîcheur inattendue!
A tribe Called Quest vit bel et bien dans son époque. Ils dépassent les clivages et les stéréotypes. Les prestigieux invités restent à l'ombre de leur immense créativité. Leur musique est assez unique. Leur rap est encore excitant et aventureux. C'est peut être leur dernier album mais c'est à coup sûr un petit coup de maître.
Epic - 2016
La fille du train

Bon je l'avoue: je n'ai pas lu le livre. Je ne peux que me baser sur le ressenti du film: il est bon. Tout ce que j'ai à dire, c'est qu'il s'agit d'un putain de film, en toute objectivité!!!
On y retrouve, sans imitation laborieuse, tous les éléments de l'excellent Gone Girl de David Fincher (oui encore lui, je n'y peux rien si c'est LA référence): une intrigue similaire. Une narration aussi. On est pourtant en présence de deux écrivains différents. En tout cas, méfiez vous des apparences, c'est le même constat.
Tout s'adapte donc. Il n'y a pas de magnifique Rosamund Pike dans La Fille du Train mais un trio d'actrices tout aussi formidables, secondés par d'autres tout aussi intéressants. Aucune fausse note dans le casting: Emily Blunt est incroyable dans le rôle d'une femme désemparée, qui ne demande qu'une chose: être entendue et crue.
Suite à la disparition soudaine de celle qu'elle observe depuis un moment, assise dans son train quotidien, cette femme fragile va basculer dans l'horreur sous les apparences d'un quotidien si neutre. En tout cas, ce nouveau registre tragique va très bien à la comédienne.
Tout comme on redécouvre Rebecca Ferguson, qui troque son flingue du dernier Mission Impossible pour un tablier de mère au foyer. Quant à Hayley Bennett, habituée au rôle de bimbo, montre qu'elle sait aller au delà et s'affirme comme une bonne actrice... en jouant la nympho du quartier.
Il y a de quoi faire avec ce trio gagnant dans ce thriller alambiqué qui utilise les flash backs pour tout mettre en place habilement dans le souci du détail, mais sans trop en faire. On est tenu en haleine dès le début et je ne peux pas malheureusement vous spoiler la fin mais à ma grande surprise, j'avais envisagé tous les scénarios possibles et je suis ravie de me faire prendre au piège par un retournement inattendu.
La performance des comédiennes y est pour beaucoup: vont elles vous convaincre? En tout cas, une chose est sûre: un bouquin bien adapté est un pur plaisir de cinéma: je ne vais pas quand même me mettre à lire!
AVIS AUX AMATEURS.
Avec Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett et Justin Theroux - Metropolitan filmexport - 26 octobre 2016 - 1h50
Love & War

Euh sinon, Fiona Apple, vous connaissez?
Si vous voyez la pochette dans un bac, vous vous arrêterez peut être pour voir s'il ne s'agit pas d'un nouvel album de la rare Fiona Apple qui serait passer sous le radar! La jeune femme se cache derrière son col roulé pour ne mettre qu'en avant deux grosses billes dans un noir et blanc d'une étrange élégance!
Fleurie vient de Nashville (décidément, il y a du monde là bas) et ne pratique pas le rock ou la country: elle aime les chansons tristes, maussades et sensibles. Elle a visiblement pas mal de points communs artistiques avec son aînée. Ca doit l'énerver mais la copie est quasi parfaite.
Cela reste une copie. On préfère toujours l'original. Mais la jeune femme fait de gros efforts pour ne pas se laisser aller à la facilité. Les chansons sont épiques pour sonder la tristesse ou l'amertume. Les chansons sont habitées. Il y a des nappes de synthétiseurs pour planter un beau décor.
La voix est calme et forte. On sent qu'il y a de beaux sentiments et des belles émotions pour faire pleurer le maximum de gens. Les rythmes sont nonchalants pour mieux nous piéger dans une succession de chansons malheureuses. C'est bien fait mais ca manque d'âme. D'autres font cela beaucoup mieux et depuis plus longtemps. Fleurie n'est pas encore assez mure. Le talent s'entend mais on la devine encore à l'ombre de ses références. Omniprésentes. Ecrasantes comme un pavé de Leon Tolstoi!
Fleurie - 2016
Okey Dokey

Un petit trio de Nashville qui enregistre du bon gros rock qui tache du coté de Chicago: si ça, ce n'est pas l'Amérique profonde qu'on aime!
Seth, Wes et Zack ont grandi dans un haut lieu de la musique américaine. A Nashville, on a donc le droit de faire du rock, du jazz ou de la country mais on doit défendre le patrimoine de la culture yankee. Si tu es musicien à Nashville, tu ne peux pas faire n'importe quoi ou sinon, tu dois t'émanciper d'un lourd héritage!
Sur la pochette de leur troisième effort, Natural Child semble assumer avec humour les clichés du genre: c'est bien la petite Amérique, celle du bas, celle peuplé par les redneck et les marginaux, qui les inspire! Eux, non pas du tout l'intention de respecter les règles. Les premières notes de leur album sont douces et mélodiques. Mais cela reste vintage.
La voix est posée et calme et glisse sur des riffs tout gentils. On pourrait imaginer un boogie détendu d'Hawaï. Avec NSA blues, nous sommes convaincus d'avoir à faire à des flemmards héroïques. Le style est nonchalant mais il plait beaucoup. A une époque où tout va très vite, cette cadence molle fait figure de grosse surprise.
Mais ca n'empêche pas une totale adhésion à ce rock blues très sixties, qui s'inspire de sons psychédéliques et qui rend un hommage aux musiciens célestes qui font le charme du rock de ces années sanctifiées. Avec leurs petits moyens, le groupe ne manque pas non plus d'ambition et on trouve parfois le vieux fantôme de Creedence Clearwater Revival dans leurs compositions.
Il y a aussi le son clair et direct de The Band et la sécheresse de Bob Dylan. Ils ne bandent pas les muscles pour un gros boogie. Ils planent sur des morceaux simples et souvent mélodieux. Ils retiennent la fausse légèreté et la limpidité élegante du rock oldies. Ces petits jeunes fabriquent leurs recettes dans les vieux pots mais franchement ils sont vraiment les enfants naturels de toute une génération mythique. Leur héritage leur parait léger. A nous aussi. Tant mieux!
Natural Child Records - 2016
MARIAGE ET CHATIMENT de David Pharao – Jean-Luc Moreau – Théâtre Hébertot


Un très bon Boulevard à recommander pour cette rentrée et pour les fêtes.
Edouard est témoin de mariage de son meilleur ami. Alors que celui-ci s'apprête à partir pour rejoindre le futur marié, le voilà retenu chez lui par une de ses collaboratrices architecte (Zoé NONN) qui, après lui avoir annoncé qu'elle attend un enfant et qu'il en est le père, l'oblige à boucler un projet dans la journée sous peine de tout révéler à sa femme, Marianne (Delphine RICH).
Le remord dans l'âme, Edouard (Daniel RUSSO) cède au chantage et renonce malgré lui au mariage de son volcanique et fidèle ami (Laurent GAMELON). Quand celui-ci débarque pour comprendre les raisons de son absence, Edouard, effrayé, lance un mensonge qu'il croit sans importance. Ce n'est malheureusement que le premier. Devant justifier ce mensonge, il en invente un autre qui l'entraîne alors dans une histoire qui finira par totalement le dépasser. La valse des mensonges devient un mélange explosif jusqu'au dénouement final.
Mariage et châtiment est un très bon boulevard. Fondé sur une mécanique classique digne de FEYDEAU et de son Tailleur pour dames, avec une distribution plus allégée et des entrelacs moins alambiqués, la pièce met en valeur le jeu des comédiens, très à l'aise dans le genre. Delphine RICH lance la pièce avec énergie et élégance, donne une modernité à l'ensemble. En queue de pie, Laurent GAMELON interprète un marié gentil, dévoué mais sanguin. Un registre dans lequel il excelle. Les airs, les regards et mouvements mis en scène par Jean-Luc Moreau font mouche. La mariée, Fanny OUTEIRO, au service d'un texte qui fait d'elle une femme ingénue et soumise aux événements, apporte toute la naïveté et la légèreté à l'ensemble. Quant à Daniel RUSSO, il interprète un Edouard d'une grande lâcheté avec une couardise proche de celle de De FUNES. Le rythme soutenu, les comiques de situation embarquent rapidement le public dans le rire.
Mariage et châtiment est une composition classique et réaliste réussie, une pièce sur le mensonge du mensonge dans laquelle la mise en abyme semble ne jamais s'arrêter. Un joli tourbillon de 5 comédiens à ne pas manquer.
http://theatrehebertot.com/mariage-et-chatiment/
Old Salt

Ils sont barbus. Ils aiment jouer très fort. Ils sentent fort la sueur et le houblon. Venez donc à la rencontre de ce sympathique groupe de heavy comme on n'en fait (presque) plus!
Ils ont des charmants surnoms: le chanteur porte le sobriquet de Valient Himself. Derrière lui, les musiciens se nomment Lucian, Voiden ou Eiden Thorr. Il y a même le Dr Professor Nitewolf Strangees. Ils ont tous le même look: des vestes sans manche en jean, des poils partout sur la tête et des tatouages en pagaille. Ils ont des tronches de trolls de Caroline du Nord!
Ils ont des fans car ils sont connus pour leur look soigné et leurs albums aux dessins rarement jolis. Finalement, ils cultivent un certain mauvais goût du hard rock avec une candeur qui forcerait presque le respect. Les gaillards de Valient Thorr sont des petits rigolos qui aiment bien la bière, le volume poussé à fond et les refrains faciles à brailler.
Franchement ils sont très sympathiques. Mais musicalement, ca vaut quoi? He bien, ce sont des joyeux drilles d'un heavy metal old school. C'est une bande de rigolos. Ils jouent bien. C'est propre. Bizarrement il est difficile de les prendre au sérieux. Pourtant les guitares sont parfaitement aiguisées pour découper des riffs énervés.
C'est peut être dans la production. On a l'impression d'être dans un garage. Malgré leur dix ans de carrière, le groupe fait penser à une copie pas fraîche de ZZ Top, hésitant entre boogie rock et heavy héroïque. C'est un parti pris mais cela fait tout de même un peu foutraque tout ça. Des copains bourrés à la bière qui braillent dans un micro, c'est sympa dix minutes mais on se lasse vite...
Napalm records - 2016
Rocío Molina – Caida del Cielo


Jonglant avec les conventions, Rocio Molina est flamboyante dans ce nouveau spectacle. Présentée en tant qu’artiste montante du flamenco, elle n’hésite pas à brouiller les pistes en mixant les genres artistiques et utiliser son corps comme outil d’improvisation.
Lorsqu’on imagine un spectacle de flamenco, nous avons en tête une atmosphère de proximité, de concert intimiste. Pourtant, au sein du Théâtre National de Chaillot, nous sommes invités à apprécier son spectacle dans une scène ouverte, sans limites matérielles définies. Rocio Molina s’amuse avec les lumières et les ombres de son terrain d’action.
Elle nous propose une approche libre et contemporaine de la tradition flamenca. Nous le comprenons dès les premières notes de guitares électriques qui annoncent le début du spectacle.
La musique est vivante, multiple puisque nous sommes emportés tour à tour par les mélodies à capella ou électrisés par le flamenco-rock. Comme un chef d’orchestre, Rocio Molina donne le rythme aux musiciens et chanteurs (Pablo Martin Jones, José Angel Carmona, José Manuel Ramos "Oruco", et Eduardo Trassierra) en cercle autour d’elle. Elle fait claquer avec puissance ses doigts, ses mains et ses talons. Dans les gradins, on peut sentir que le public aurait voulu descendre et accompagner d’applaudissements leur prestation.
Le spectacle est en partie improvisé ce qui renforce l’impression de liberté. Nous suivons différents états de son personnage tout au long du spectacle. D’ailleurs, on ne sait pas si on doit parler d’un ou plusieurs personnages. C’est le corps de Rocio Molina qui sert de fil d’ariane dans ce spectacle intense. Ses déambulations poignantes oscillent entre fragilité et force selon les tableaux. Nous sommes touchés par ce personnage complexe, envoutant et qui fait même rire par moment.
Pendant toute la durée du spectacle, nous ressentons les palpitations du jeu de Rocio Molina. Sa danse est une célébration vibrante de la féminité. Aficionados ou non du flamenco, je vous invite grandement à aller palpiter avec Rocio Molina et ses chanteurs/musiciens…
Du 3 au 11 novembre 2016
Théâtre national de Chaillot
Barber Quartet shop, Archipel

La barbe est à la mode. Taillée chez le barbier, elle donnait l’occasion de pousser la chansonnette en attendant son tour chez nos cousins d’Amérique. La tradition outre atlantique née au début de XXème siècle a fait naître un style musical : le Barbershop Music, reposant sur un chant en harmonie à quatre voix et à cappella. Un quatuor de frenchie l’a adapté sauce bordelaise et parisienne.
Vêtus de tenues rétro, une rabat joie, un boute en train, une espiègle libérée et un guitariste boyscout nous livrent une partition musicale aussi détonante que délirante. On rit de bon cœur grâce à leur jeu de scène et aux paroles inventées des chansons. Marie-Cécile Héraud, Xavier Vilsek, France Turjman, Bruno Buijtenhuijs mêlent habilement leurs talents. Mimes, bruitages, jeux d’acteur, parodies, chants a capella sauce cartoon. Avec aisance et autodérision ils nous promènent entre chant lyrique et rythmes jazzy, air de gospel ou texte bucolique, chanson d’enfance ou chanson grivoise.
Rien que pour réécouter à loisir leur chanson Eve et Ave Maria on achète leur cd à la sortie. Car cela n’a rien de barbant de chanter les titres chez soi, rasés de près. En période d’élections américaines, plongez dans ce bain jazzy, punchy, funky et so funny !
Jusqu’au 14 janvier 2017
Les jeudi, vendredi et samedi à 21H




