Derrière la porte, Sarah Waters


Au début des années 1920, Frances et sa mère vivent pauvrement dans une petite maison dans le sud de Londres. La guerre les a privées de toute présence masculine. Endettées et sans le sou, elles se voient contraintes de prendre des locataires, afin de subvenir à leurs besoins. C’est un couple de jeunes mariés qui occupe l’étage de la bâtisse.
Mais l’arrivée de Lilian et Leonard Barber au sein de la maison va bouleverser la vie du foyer de manière radicale.
La jeune Frances et Lilian vont nouer des liens amicaux. Peu à peu, l’amour va prendre le pas sur l’amitié et les deux jeunes femmes vivent une relation ardente. Coincées dans ce foyer, guettant les retours du mari trompé et la présence continuelle de la mère, les amantes rêvent de fuir cette vie qui ne leur convient pas.
Mais quand Lilian tombe enceinte et que Leonard est assassiné, leurs plans s’écroulent.
Dès son premier livre, Sarah Waters signe un coup de maitre avec Tipping the velvet, roman sur le lesbianisme au temps de l’époque victorienne. Elle récidive avec Affinity et Fingersmith.
Auteur britannique ouvertement lesbienne, Sarah Waters nous présente avec Derrière la porte un roman au suspense éprouvant. Le livre, qui fait 700 pages, semble assez lent à démarrer mais cette lenteur devient, au fil des pages, savoureuse. Un vrai roman policier accompagné d’une tension érotique intense … Et l’auteur possède un vrai génie pour nous brosser des tableaux féminins d’une grande élégance.
Les romans de Sarah Waters ont tous été adaptés au cinéma et Mademoiselle, nouveau remake de Fingersmith par le coréen Park Chan-Wook, talentueux réalisateur de Old Boy, sortira en novembre sur nos écrans.
« Derrière la porte »
Sarah Waters
éditions 10/18, 718 pages
Golden sings that have been sung!

Si vous aimez la musique qui vous enveloppe et qui vous fait décoller, tentez le troisième album du jeune Riley Walker, un voyageur du temps à coup sûr!
Sur la pochette de l'album, la lune est chassée avec gentillesse par le soleil qui met de la couleur partout! C'est très joli et un peu naïf! Ca donne le ton pour ce troisième opus de Riley Walker, un doux nostalgique qui ne veut décidément pas vivre dans le 21e siècle. Il s'est fait la tronche de Van Morrison. Il a le regard un peu ailleurs. Ses pensées sont tournées vers le passé et la gloire d'un rock psychédélique. Beaucoup plus nuancé qu'à l'habitude!
Comme ses ancêtres, il rêve d'un ailleurs et sa musique reflète une utopie qui n'existera peut être jamais. Ses émotions, il les titure sur des riffs évasifs et une musicalité moite. Ca fonctionne très bien. Il s'installe à coté de nous et nous transporte sans trop de mal vers sa musique faite de chimères.
Voilà un bon moyen de se mettre la tête à l'envers à moindre coût et sans enfeindre la loi. Le rythme est non chalant mais il prend le temps de dire les choses et de les mettre en musique. C'est là que réside tout le charme de cet album emprunt de nostalgie. Heureusement il ne fait pas comme les autres. Funny Thing she said est une superbe ballade qui fait vibrer. Il nous attire vers un son psychédélique beaucoup plus fignolé que prévu.
Chaque chanson profite des harmonies habiles. Il y a des efforts musclés durant l'écoute mais c'est surtout la douceur de l'écriture qui nous fait décoller. Les artifices sont doucement gommés. Les effets bénéfiques de chaque instrument n'est jamais annulé car il est justement introduit dans les titres.
Finalement on découvre une folk un peu tarée, où on retrouve avec plaisir l'héroïsme d'un Richard Thompson. Un conte ou une légende, chaque chanson trouve une ampleur qui ne se fait plus en matière de musique pop. Aidé par un membre de Wilco, Riley Walker se répète tout de même un peu mais son entreprise est courageuse et on ne peut que respecter sa vision de la musique: une alternative au songe!
Dead Ocean Records - 2016
Jack Reacher Never Go Back

Le premier film était très chouette. Le second est une oeuvre à la gloire d'une star qui se maintient physiquement. Merci pour elle.
Avec sa première séquence glaçante, le premier Jack Reacher était une bonne surprise avec Tom Cruise convaincant en justicier mystérieux. Quelques années plus tard, la star se demande bien qui est Jack Reacher. Ce qui compte c'est l'image et la nouvelle franchise qu'il pourra rentabiliser.
Car il existe toute une série de romans plus qu'efficaces autour du personnage de Jack Reacher, ancien militaire qui se promène dans les Etats Unis pour rendre la justice à sa manière (forte). Si le premier épisode se voulait un peu couillu, on sent que l'équipe communication de la star est passée par là.
Car Jack Reacher est un badass qui a désormais une fille à gérer. Difficile alors pour lui d'aider la charmante major qui l'aide dans ses enquêtes et qui se retrouve en prison sans raison. Reacher est donc désormais un papa poule et fait les yeux doux à une gradée pas désagréable à regarder (l'excellente Cobie Smulders).
Autour de lui il y a toute une foule de types patibulaires qui veulent lui casser sa belle gueule. Mais bon, Reacher est un roi de la castagne en plus de résoudre des enquêtes compliquées. Mais à la différence du premier volet, le scénario est beaucoup moins regardant sur le développement du suspense.
Ce qui compte c'est l'aspect famille recomposée des trois fugitifs: Reacher, sa collègue et sa fille. Le reste n'est qu'une excuse pour une succession de scènes d'action, très bien exécutées par le héros de Mission Impossible qui à plus de cinquante ans, aime encore les défis physiques.
On aurait juste aimé qu'il s'oublie un peu pour laisser la place à un vrai scénario, qui tienne la route et une production qui ne cherche pas qu'à gâter la star mondiale. Car Jack Reacher n'a vraiment pas besoin d'être gentil. Espèrons qu'il s'énerve un peu dans un hypothétique troisième film!
Avec Tom Cruise, Colbie Smulders, Danika Yarosh et Robert Knepper - Paramount - 19 octobre 2016 - 1h55
Alone

La légendaire Chrissie Hynde se sent seule. Tant mieux, ca lui inspire de solides chansons de rock.
Bien entendu, elle nous ment! La rockeuse n'est du genre à se morfondre dans son coin. Elle fait juste le constat de ce qui reste des Pretenders des debuts. Deux des musiciens sont morts et le batteur vivote de temps en temps dans le groupe. De toute façon, pour le commun des mortels, les Pretenders, c'est cette brune farouche qui n'a eu aucun mal à s'imposer dans le monde très viril du rock.
Elle n'est pas seule car l'inévitable Dan Auerbach, originaire du même endroit que la chanteuse, s'est proposé de produire ce nouvel opus, résolument rock et détaché. C'est le onzième album des Pretenders et le plus intéressant depuis bien longtemps.
Le musicien de Black Keys est connu pour sa passion pour la production séche et direct. Il adore le style vintage blues et Chrissie Hynde a, après plus de trente années de carrière, ce coté vieille chose qui a toujours de l'éclat. Désolé mais c'est vrai: plus grand monde s'intéresse à Hynde mais beaucoup la respecte.
Réaliser un bon disque avec elle, voilà la meilleure des façons de montrer un peu de respect à l'égard de la grande dame du rock. Avec ses copains, Auerbach détache une fois de plus les contraintes modernes de la production pour un contact plus vrai avec la star. Hynde est mise à nue sur ce disque, rageur et d'une étonnante fraicheur.
Comme Iggy Pop cette année, la jeunesse vient à la rescousse des ainés pour faire sortir de nouveau leur véritable goût pour la mélodie accrocheuse, la douce subversion et les riffs bricolés. On avait bien oublié le sex appeal de la chanteuse mais aussi son rock assez puissant. Un petit esprit soul vient hanter ses nouvelles chansons et cela fait toute la différence. A 65 ans, on est content de savoir qu'elle a de nouveaux amis et que ces derniers s'occupent bien d'elle. Vraiment très bien. Car visiblement ce qui est bon pour elle, est bon pour nous... et nos oreilles surtout!
BMG - 2016
Introducing Karl Blau

On ne peut que être charmé par la pochette de cet album de reprises de Karl Blau. Le cow-boy lumineux, voilà la place qu'il veut prendre. Pourquoi pas?
On lui donne ce titre sans hésiter car il nous accompagne parfaitement dans le monde étrange et fascinant de la country music, musique 100% américaine et donc suspecte de tous les maux de la planète. Notre antiaméricanisme est légendaire! Un peu d'éclairage ne nous fera pas de mal.
D'autant que Karl Blau a tout l'air d'être une personnalité plus éclairée dans ce monde qui n'est pas fait que de franges et de stetson. Non il y a aussi des petits classiques très souvent revisités ou tout simplement trahis. Avec plus ou moins de bonheur. Indépendant, Karl Blau signe chez Bella Union, une petite collection de titres connus mais travaillés avec respect et amusement.
Il commence par nous montrer la route de Memphis pour ensuite nous faire découvrir les joyaux de Nashville et quelques perles venues du sud des Etats Unis. Mais le bonhomme a une démarche totalement alternative. Il a toujours l'air de toucher la country du bout des doigts mais ceux là seraient plutôt dans une prise électrique. C'est donc un disque assez décalé.
C'est un bon copain de Laura Veirs et de My Morning Jacket. Cela s'entend. Il y a toujours le petit truc qui fait la différence. Ses reprises sont déconnectés mais vivantes. La voix est vraiment incroyable. Elle vient du passé mais joue avec le présent. C'est un drôle de gus. En activité depuis une vingtaine d'années. Il était temps qu'on nous l'introduise sur notre continent!
Bella Union - 2016
Nice as fuck

Voilà un titre d'album et de groupe qui de toute façon fait le job: on est intrigué. Heureusement ca ne s'arrête pas là!
Une petite batterie et une basse sympa, cela suffit pour poser dessus une voix charmante avec des effets d'écho, sortie des années 60, qui rappelle la jolie Zooey Deschanel de She & him. Il s'agit pourtant de la voix de Jenny Lewis plus connue sous le nom de Riko Riley.
Avec la fille du batteur de Elvis Costello et la bassiste de Au Revoir Simone, Jenny Lewis s'essaie à la provocation avec ce groupe féminin au nom particulièrement provocateur. La jeune femme est une touche à tout qui tente donc de nouvelles choses sur ce disque très dépouillé mais séduisant en fin de compte.
Car avec des moyens limités, le trio réussit à créer une ambiance suave, post punk, avec des synthés et des bidouillages. Ce n'est pas froid. Au contraire, la voix de Jenny Lewis a vraiment quelque chose de rassurant et une spontanéité s'échappe des compositions qui parfois pourraient ressembler un petit délire entre copines!
On dépasse tout de même le stade de la pyjama party. L'expérience des trois musiciennes se ressent. Lo-fi, le disque a aussi de l'ambition de bien faire les choses. Elles se font un joyeux disque de punk, exécuté en 26 minutes.
C'est le genre de disque fabriqué à toute vitesse mais pas mal d'envie. L'osmose entre les trois muses s'entend tout de même. Elles épurent leur style à l'extrême mais cela donne un ensemble parfaitement identifiable de chansons à la douceur âpre, urbaine et presque poétique. C'est étrange. Ca ne vaut pas une partie de jambes en l'air mais ca peut vous faire rougir les oreilles. C'est déjà bien!
Love Way - 2016
Radin

Cette comédie n'a rien de drôle. Elle interpelle plutôt sur un constat assez navrant de certaines personnes de la société actuelle. Bof.
Qu'est ce qu'on ferait pour économiser le moindre centime? On se restreint mai pas pour redistribuer ou profiter plus tard mais pour économiser un pécule qui ne servira à rien. L'économie est la norme. On travaille plus mais toujours avec moins, voilà comment pourrait se présenter le monde du travail.
Fred Cavayé était réalisateur de polars. Pour Elle était excellent et disait des choses sur la société. Il s'essaie ici à la comédie en voulant encore montrer nos étranges moeurs et nos bizarreries. Peut on être plus radin que radin? Dany Boon s'y emploie.
Il nous prouve que l'on peut s'asseoir sur pas mal de valeurs pour quelques économies. Tout devient compliqué alors: même le simple fait de s'habiller, de se laver ou même de sortir l'ampoule du tiroir. Le radin a toujours l'impression de faire des économies non négligeables.
Mais le film fait aussi des économies. La seule vraie bonne astuce est sûrement la plus connue, la collection des fameux coupons de réduction , au moment du passage en caisse au supermarché du coin. Malgré un acteur principal en grande forme, le film fait malheureusement quelques économies de fonds de tiroir sur un potentiel qui aurait pu faire jackpot!
AVIS AUX AMATEURS
Avec Dany Boon, Laurence Arné, Noémie Schmidt et Patrick Ridremont - Mars film - 28 septembre 2016 - 1h29
Stranger Things…faut que tu regardes, si si…


Bon allez, c’est décidé, je vais vous tutoyer, ça fait trop longtemps qu’on se connait, on se parle toutes les semaines ou presque, on s’apprécie, on se renifle, on se bisoute en fin de chronique, et on continue de se vouvoyer…c’est un peu comme si on avait fait des câlins en slip pendant des années avec l’envie évidente de l’enlever mais pour cela il fallait qu’un de nous franchisse le pas, bah voilà, c’est fait.
Si je t’écris aujourd’hui, cher lecteur (au sens général du terme, je sais que tu es une fille aussi des fois), c’est pour te parler d’une série qui, je dois, l’avouer, m’a clairement embarqué loin loin les dernières semaines. Non pas parce que, du moins pas que, mon état de fatigue, du fait de week-ends un peu trop youpi tralalala c’est la chenille qui redémarre, m’a naturellement, un peu trop à mon goût, rendu un brin plus sensible qu’à l’accoutumé, mais aussi et surtout parce que tant dans son univers, que dans sa construction scénaristique, en passant par ses personnages, Stranger Things, puisqu’il s’agit de Stranger Things, sur Netflix, a quand même ce petit quelque chose, voire un grand quelque chose, que bien d’autres séries n’ont pas.
Pour pitcher court mais pitcher bien, Stranger Things se déroule au début des années 80, dans une contrée un peu paumée des Etats-Unis, à l’heure où l’Iphone n’avait pas encore effleuré l’esprit de Jobs, que Trump posait dans PlayBoy aux côtés de Playmates choucroutées capillairement façon Pamela Ewing dans Dallas, Donald, lui, avait déjà cette banane mi-Dick Rivers mi-brushing à plat, où le mur de Berlin séparait encore le même peuple germanique, où nos consoles de jeux faisaient combattre un méchant en pixel contre un gentil en pixel, que nous buvions du Tang et du Cacolac, que Le Pen faisait péniblement 5% aux Régionales, et encore seulement en Alsace, ou enfin que nous approchions de notre 10ème année à grand pas, et non pas de notre 40ème, à même grand pas, comme c’est aujourd’hui le cas. Une série so 80’s, donc.
Dès le début, on comprend vite qu’un truc louche façon Lost va venir perturber la bande de jeunes potes d’une douzaine d’années, aficionados de Donjon&Dragon, de talkie-walkie, et arpentant les ruelles d’Indiana façon BMX shopper et teddy sur les épaules, et leurs grands-frères et leurs grandes sœurs, façon fans de Fame juste-au-corps converse aux pieds, que ledit truc pourrait être un E.T soit gentil…soit méchant…autant vous le dire tout de suite, c’est la 2ème option, plus ou moins manipulé par un groupe de mecs en cravates, résidant dans une fausse centrale électrique, payés en secret par la NSA ou la CIA ou le FBI ou la YMCA, euhhh, non, pas la YMCA, y’a pas d’indiens en cravate, et les mecs, une fois révélés à l’écran ont très probablement plus une passion secrète pour la musique militaire qu’une tendance à se mettre des pantalons cuir et chanter « In The Navy » dans des backrooms le samedi soir.
Même le générique, court, musique flippante, façon « V » ou téléfilm d’une adaptation de Stephen King, incrustations rouge carmin, police de caractère très 1er PC IBM, t’embarque dans un univers un peu à part, original, follement angoissant ; les personnages, casting parfait, un peu clichés volontairement, jeu avec quelques fausses notes faites exprès, pour revenir justement à l’univers du petit écran d’il y a 30 ans, t’absorbent minute après minute, épisode après épisode, te font dire du bas de ton canapé « maisssss noonnnn, va pas dans la forêt, c’est là qu’il est le méchant, faut pas aller dans la fôreetttttt », et que le scénario, au moment où tu t’attendais à ça, t’emmène, a contrario, avec malice, vers ça.
Une sorte de labyrinthe de personnages, de monde réel, de monde parallèle, d’aujourd’hui, d’hier, de musiques de cette époque, mais qui n’ont pas franchement vieilli, d’inattendus, de vite vite vite la suite, de regards, de noirceurs, de métaphores, à décortiquer à l’envie, de sentiments mêlés, de la découverte d’une sublime petite actrice en la personne de Millie Bobby Brown qui joue « Onze », le personnage clé de l’histoire, mais aussi de Wynona Rider, clin d’œil du casting à l’univers d’Alien, où elle était, en ce temps, elle, la petite fille.
Les fissures des personnages se transposent à travers l’écran, les épisodes s’enchainent sans un seul épisode de transition comme cela est trop souvent le cas, l’histoire se tient, même si, évidemment, elle est singulièrement d’un autre monde, d’un autre temps même peut-être ; si des « Narcos », des « Bureau des légendes », des « House of Cards » ont sublimé récemment le genre des séries basées sur du réel, Stranger Things se distinguent sans pareil dans le genre de celles qui appartiennent à l’imaginaire.
Tu vois, t’as bien fait de me lire jusqu’au bout, t’as plus qu’à appeler le monsieur de chez Netflix pour t’abonner et plonger dans l’univers de Stranger Things...
Je t’embrasse,




