Nice as fuck

Voilà un titre d'album et de groupe qui de toute façon fait le job: on est intrigué. Heureusement ca ne s'arrête pas là!
Une petite batterie et une basse sympa, cela suffit pour poser dessus une voix charmante avec des effets d'écho, sortie des années 60, qui rappelle la jolie Zooey Deschanel de She & him. Il s'agit pourtant de la voix de Jenny Lewis plus connue sous le nom de Riko Riley.
Avec la fille du batteur de Elvis Costello et la bassiste de Au Revoir Simone, Jenny Lewis s'essaie à la provocation avec ce groupe féminin au nom particulièrement provocateur. La jeune femme est une touche à tout qui tente donc de nouvelles choses sur ce disque très dépouillé mais séduisant en fin de compte.
Car avec des moyens limités, le trio réussit à créer une ambiance suave, post punk, avec des synthés et des bidouillages. Ce n'est pas froid. Au contraire, la voix de Jenny Lewis a vraiment quelque chose de rassurant et une spontanéité s'échappe des compositions qui parfois pourraient ressembler un petit délire entre copines!
On dépasse tout de même le stade de la pyjama party. L'expérience des trois musiciennes se ressent. Lo-fi, le disque a aussi de l'ambition de bien faire les choses. Elles se font un joyeux disque de punk, exécuté en 26 minutes.
C'est le genre de disque fabriqué à toute vitesse mais pas mal d'envie. L'osmose entre les trois muses s'entend tout de même. Elles épurent leur style à l'extrême mais cela donne un ensemble parfaitement identifiable de chansons à la douceur âpre, urbaine et presque poétique. C'est étrange. Ca ne vaut pas une partie de jambes en l'air mais ca peut vous faire rougir les oreilles. C'est déjà bien!
Love Way - 2016
Radin

Cette comédie n'a rien de drôle. Elle interpelle plutôt sur un constat assez navrant de certaines personnes de la société actuelle. Bof.
Qu'est ce qu'on ferait pour économiser le moindre centime? On se restreint mai pas pour redistribuer ou profiter plus tard mais pour économiser un pécule qui ne servira à rien. L'économie est la norme. On travaille plus mais toujours avec moins, voilà comment pourrait se présenter le monde du travail.
Fred Cavayé était réalisateur de polars. Pour Elle était excellent et disait des choses sur la société. Il s'essaie ici à la comédie en voulant encore montrer nos étranges moeurs et nos bizarreries. Peut on être plus radin que radin? Dany Boon s'y emploie.
Il nous prouve que l'on peut s'asseoir sur pas mal de valeurs pour quelques économies. Tout devient compliqué alors: même le simple fait de s'habiller, de se laver ou même de sortir l'ampoule du tiroir. Le radin a toujours l'impression de faire des économies non négligeables.
Mais le film fait aussi des économies. La seule vraie bonne astuce est sûrement la plus connue, la collection des fameux coupons de réduction , au moment du passage en caisse au supermarché du coin. Malgré un acteur principal en grande forme, le film fait malheureusement quelques économies de fonds de tiroir sur un potentiel qui aurait pu faire jackpot!
AVIS AUX AMATEURS
Avec Dany Boon, Laurence Arné, Noémie Schmidt et Patrick Ridremont - Mars film - 28 septembre 2016 - 1h29
Stranger Things…faut que tu regardes, si si…


Bon allez, c’est décidé, je vais vous tutoyer, ça fait trop longtemps qu’on se connait, on se parle toutes les semaines ou presque, on s’apprécie, on se renifle, on se bisoute en fin de chronique, et on continue de se vouvoyer…c’est un peu comme si on avait fait des câlins en slip pendant des années avec l’envie évidente de l’enlever mais pour cela il fallait qu’un de nous franchisse le pas, bah voilà, c’est fait.
Si je t’écris aujourd’hui, cher lecteur (au sens général du terme, je sais que tu es une fille aussi des fois), c’est pour te parler d’une série qui, je dois, l’avouer, m’a clairement embarqué loin loin les dernières semaines. Non pas parce que, du moins pas que, mon état de fatigue, du fait de week-ends un peu trop youpi tralalala c’est la chenille qui redémarre, m’a naturellement, un peu trop à mon goût, rendu un brin plus sensible qu’à l’accoutumé, mais aussi et surtout parce que tant dans son univers, que dans sa construction scénaristique, en passant par ses personnages, Stranger Things, puisqu’il s’agit de Stranger Things, sur Netflix, a quand même ce petit quelque chose, voire un grand quelque chose, que bien d’autres séries n’ont pas.
Pour pitcher court mais pitcher bien, Stranger Things se déroule au début des années 80, dans une contrée un peu paumée des Etats-Unis, à l’heure où l’Iphone n’avait pas encore effleuré l’esprit de Jobs, que Trump posait dans PlayBoy aux côtés de Playmates choucroutées capillairement façon Pamela Ewing dans Dallas, Donald, lui, avait déjà cette banane mi-Dick Rivers mi-brushing à plat, où le mur de Berlin séparait encore le même peuple germanique, où nos consoles de jeux faisaient combattre un méchant en pixel contre un gentil en pixel, que nous buvions du Tang et du Cacolac, que Le Pen faisait péniblement 5% aux Régionales, et encore seulement en Alsace, ou enfin que nous approchions de notre 10ème année à grand pas, et non pas de notre 40ème, à même grand pas, comme c’est aujourd’hui le cas. Une série so 80’s, donc.
Dès le début, on comprend vite qu’un truc louche façon Lost va venir perturber la bande de jeunes potes d’une douzaine d’années, aficionados de Donjon&Dragon, de talkie-walkie, et arpentant les ruelles d’Indiana façon BMX shopper et teddy sur les épaules, et leurs grands-frères et leurs grandes sœurs, façon fans de Fame juste-au-corps converse aux pieds, que ledit truc pourrait être un E.T soit gentil…soit méchant…autant vous le dire tout de suite, c’est la 2ème option, plus ou moins manipulé par un groupe de mecs en cravates, résidant dans une fausse centrale électrique, payés en secret par la NSA ou la CIA ou le FBI ou la YMCA, euhhh, non, pas la YMCA, y’a pas d’indiens en cravate, et les mecs, une fois révélés à l’écran ont très probablement plus une passion secrète pour la musique militaire qu’une tendance à se mettre des pantalons cuir et chanter « In The Navy » dans des backrooms le samedi soir.
Même le générique, court, musique flippante, façon « V » ou téléfilm d’une adaptation de Stephen King, incrustations rouge carmin, police de caractère très 1er PC IBM, t’embarque dans un univers un peu à part, original, follement angoissant ; les personnages, casting parfait, un peu clichés volontairement, jeu avec quelques fausses notes faites exprès, pour revenir justement à l’univers du petit écran d’il y a 30 ans, t’absorbent minute après minute, épisode après épisode, te font dire du bas de ton canapé « maisssss noonnnn, va pas dans la forêt, c’est là qu’il est le méchant, faut pas aller dans la fôreetttttt », et que le scénario, au moment où tu t’attendais à ça, t’emmène, a contrario, avec malice, vers ça.
Une sorte de labyrinthe de personnages, de monde réel, de monde parallèle, d’aujourd’hui, d’hier, de musiques de cette époque, mais qui n’ont pas franchement vieilli, d’inattendus, de vite vite vite la suite, de regards, de noirceurs, de métaphores, à décortiquer à l’envie, de sentiments mêlés, de la découverte d’une sublime petite actrice en la personne de Millie Bobby Brown qui joue « Onze », le personnage clé de l’histoire, mais aussi de Wynona Rider, clin d’œil du casting à l’univers d’Alien, où elle était, en ce temps, elle, la petite fille.
Les fissures des personnages se transposent à travers l’écran, les épisodes s’enchainent sans un seul épisode de transition comme cela est trop souvent le cas, l’histoire se tient, même si, évidemment, elle est singulièrement d’un autre monde, d’un autre temps même peut-être ; si des « Narcos », des « Bureau des légendes », des « House of Cards » ont sublimé récemment le genre des séries basées sur du réel, Stranger Things se distinguent sans pareil dans le genre de celles qui appartiennent à l’imaginaire.
Tu vois, t’as bien fait de me lire jusqu’au bout, t’as plus qu’à appeler le monsieur de chez Netflix pour t’abonner et plonger dans l’univers de Stranger Things...
Je t’embrasse,
At least we had fun

Encore un petit duo français qui réussit dans l'electro planant et entraînant. Fin du french-bashing?
Car on on se plaint de ne plus savoir rien faire. La France est un pays en décomposition. Ses ouvriers pleurent les usines. Le Made in France est de plus en plus rare. Le populisme pousse plus vite que le maïs. Tout va mal. L'hexagone n'est plus qu'une No Go Zone! Mais nom de dieu, on peut tout de même s'enorgueillir de nos petits bidouilleurs bien de chez nous.
La French Touch, ça c'est bel et bien une réussite franchouillarde. On n'oublie peut être mais Daft Punk sont devenus les maitres du Monde. On ne compte plus tous les petits duos de dj français qui ont réussi à l'extérieur de nos frontières. C'est donc tout le mal que l'on peut souhaiter à TWRR, nouvelle sensation du genre.
On les aime encore plus qu'ils ont visiblement une passion réelle pour la mélodie. Il faut bien observer la pochette de leur disque: elle donne bien une idée de ce qu'il y a dans At Least we had Fun. Une petite touche d'humanité dans chacune des compositions assez synthétiques du disque!
La virtuosité est au rendez vous. Les deux auteurs savent fabriquer des ambiances avec leurs ordis, leurs samples mais aussi leurs voix, assez élégiaques. Ils amènent aussi des percussions et quelques instruments classiques qui vont faire la différence. Nous transporter dans leur monde assez austère mais pas si froid qu'il en a l'air. Au contraire.
Ce premier effort est beaucoup plus construit à chaque écoute. C'est un montage d'une élégance rare. Les subtilités se cachent mais se découvrent petit à petit. La fraîcheur du début devient une espèce d'utopie sonore, évaporée mais pas du tout dérisoire. Pour un jeune groupe, Benjamin et Guillaume font preuve d'une très grande maturité.
On pourrait les réduire à des faiseurs de musique de pub, mais TWRR propose une vraie réflexion musicale. La modernité n'est pas castratrice. Le talent ne vire jamais à la démonstration. L'aridité n'est qu'apparente. Il y a du souffle dans ses morceaux complexes mais abordables. Comme un voyage dans le grand Nord, le dépaysement est vraiment là et ca fait toujours son petit effet. Mieux qu'un sucre des Vosges en tout cas!
HRCLS Rec
Miss Peregrine et les enfants Particuliers

Tim Burton est de retour. Quel plaisir non dissimulé de le retrouver après deux films plus ou moins réussis (Alice et Big Eyes). Il s'était légèrement perdu. Il gérait son patrimoine. N'ayons pas peur de le reconnaitre même s'il y a eu l'exquis Dark Shadows entre les deux films. Mais là, c'est bien lui!
Miss Peregrine est un conte crescendo où Tim Burton fait appel à sa mémoire. Comme s'il voulait retrouver sa boucle créative et fantasque qui a fait de lui un réalisateur tout à fait à part, même quand il paresse. Il recycle mais cette fois ci avec passion. Le film est impressionnant car il est le seul qui, jusqu'à présent, rend hommage à toute sa filmographie.
On aperçoit au détour de chaque pouvoir particulier, un petit bout de Mister Burton. On reconnait Jack, Edward, Beetljuice et même les Martiens de Mars Attacks dans une scène complètement délirante sur fond de musique techno. On devine un écho avec Dark Shadows, Noces Funèbres, Alice, Sweeney Todd ou Sleepy Hollow. Il ne manquerait qu'à l'appel Batman, référence plus difficile à placer. Il y a bien une aile de chauve souris...
Pourtant le film se rapproche le plus de Big Fish, tant dans sa narration que dans son contenu: l'enfant rêveur qui part explorer et vérifier les dires de son grand père qui avait pour habitude de lui conter son enfance auprès de ces enfants particuliers.
Il est vrai que lorsque l'on sort de cet univers pour reprendre le chemin de la réalité, l'envie d'y retourner est irrémédiable. Ne serait ce que pour retrouver Eva Green, absolument délicieuse dans son costume sur mesure et sa chevelure digne d'un défilé d'outre tombe.
Il n'y a pas grand chose de nouveau. Ce n'est peut être pas le meilleur Burton mais il a su innover et se renouveler tout en gardant cette fois ci la magie et la poésie. Pas uniquement l'esthétisme. Je finis comme le film se termine: en fredonnant une chanson de Florence & the machine qui si je ne m'abuse porte un tatouage d'oiseau en cage. Alors coincidence? Je ne pense pas. Disons que la boucle est bouclée.
AVIS AUX AMATEURS
Avec Eva Green, Samuel Jackson, Asa Butterfield et Judi Dench - 20th Century Fox - 7 octobre 2016 - 2h05
Toi Non Plus
En trente minutes, Maud Lübeck s'attarde sur l'amour qui s'en va. Nous on s'installe avec bonheur dans son petit cocon synthétique et doux amer.
Dans son premier disque, on avait bien remarqué que la jeune femme avait du caractère et mettait dans sa musique, tout ce qui la tourmentait. Le second opus a tardé à venir mais prouve que Maud Lübeck a travaillé sa formule: des synthés et des émotions. Beaucoup de vérités sur un tapis sonore délicat et plus nuancé qu'il n'y parait.
La première écoute pourrait presque énervée. Les vieux synthés sont bel et bien à la mode. Les jeunes gens modernes aiment chanter actuellement leurs petites misères comme s'ils étaient au Palace, face aux journalistes d'Actuel. Maud Lübeck pourrait appartenir à ses nostalgiques d'une époque pleine de fantasmes!
Mais la chanteuse est une mélancolique! Ses chansons sont des romances très tristes qui se découvrent petit à petit. En dix titres, elle rassemble tous les ressentis d'une histoire déçue, d'un amour qui s'est éteint. L'authenticité des textes va droit au coeur. Voilà quelqu'un qui profite de la création pour affronter la vie qui passe et l'émotion qui dépasse!
Il y a donc un son rétro mais aussi un peu d'électro et un piano malheureux pour accompagner cette âme qui s'interroge et s'apaise. C'est une sorte opéra pop et intime qui s'organise en quelques instants. Le minimalisme ne gène pas l'ambition. Le disque est court mais il gagne rapidement en intensité pour être l'une des heureuses surprises de l'automne.
Finalistes - 2016
Deepwater

Certes c'est un bon gros film catastrophe qui ferait passer Backdraft pour un pétard mouillé! Mais c'est aussi un film avec une conscience. Inhabituel à Hollywood!
Le nouveau film de Peter Berg charge la compagnie pétrolière, BP. Il lui en met plein la tronche. Son avidité. Sa dangerosité. Son inconscience coupable. Peter Berg est un réalisateur populaire. Il aime son pays, l'Amérique. On l'imagine comme le cousin de Michael Bay: il film bien les jolies pépées et adore quand ca pète de partout. Il a réalisé des navets à peine regardables (Battleship) et des choses plus louables (Du sang et des larmes) mais il fait rarement dans la demi mesure.
Sa vision du drame survenu sur la plateforme Deepwater Horizon est tout simplement apocalyptique. En 2010, les ouvriers sont confrontés à une éruption sous marine qui va atomiser l'endroit. Quelques héros ordinaires vont tout faire pour aider leurs collègues. Petit à petit la prétention des patrons de l'entreprise pétrolière se cachera dans la honte, le silence et la boue.
C'est bel et bien ce que l'on voit dans le film de Berg: une dénonciation simple et efficace du capitalisme. Les ouvriers sont tous conscients de l'aveuglement des industriels. Ils se taisent et s'accrochent à leur travail. Même s'il est hautement inflammable. Et cela va prendre des proportions dantesques. Le film peut se voir comme une fable sur cette folie qu'est devenue le pouvoir de l'argent et l'obsession du profit.
C'est le film américain que va devoir défendre l'Humanité. Berg observe les petits. Il fait du populisme à sa manière. Néanmoins son film ne laisse pas indifférent. La première partie nous plonge dans l'univers très complexe de l'ingénierie. On se perd dans les méandres de l'exploration maritime et des questions mécaniques. Puis tout s'écroule et c'est franchement impressionnant.
Comme c'est du grand spectacle, il y en a trop mais on est très loin des blockbusters avec des super héros interchangeables. On est dans le réel, la reconstitution passionnée et parfois passionnante. Avec des acteurs investis, on a vraiment les mains dans le cambouis.
Avec Mark Wahlberg, John Malkovich, Kurt Russell et Kate Hudson - SND - 12 Octobre 2016





