Head Carrier

Franck Black et ses copains se sont tout pardonnés. Ils veulent redevenir un groupe de rock. Ca semble être bien parti avec leur sixième opus, Head Carrier.

Boston est une ville bien catholique. L'influence irlandaise y est pour quelque chose. Les Pixies viennent de là bas et leur carrière ressemble un peu à un chemin de croix avec de la rédemption à la clef. De 1986 à 1993, ils deviennent le fer de lance de la musique indépendante.

Ensuite, le groupe se disloque et les quatre amis partent chacun dans leur coin avec plus ou moins de bonheur. En 2004, ils acceptent de refaire une tournée. Puis petit à petit, ils se rabibochent jusqu'à la sortie de Indie Cindy en 2014. Un chouette disque qui confirme la bonne forme de Franck Black et ses amis. Kim Deal, bassiste originale, fait encore la tête alors il remplace la chanteuse des Breeders par Paz Lenchantin qui ne redoute pas du tout la comparaison.

Elle redonne la pêche aux anciens qui récidivent donc deux ans après leur retour avec ce sixième album bien rageur comme il faut. Ils sont peut être dans l'ombre de leur mythe mais le disque est bon disque de rock.Ce qui est sûr, c'est la bonne santé des guitaristes. Ils s'amusent comme des petits fous pour dynamiter des chansons aux paroles très inspirées par la France. Franck Black a toujours vécu une belle histoire d'amour avec notre pays.

Ils s'amusent aussi à rendre hommage à Kim Deal sur un morceau chanté par la petite nouvelle. Non, les Pixies sont de très bonne humeur et cela se ressent dans l'énergie dingue que dégage cet album d'une trentaine de minutes bien saturées en électricité. Ca dépasse rarement les trois minutes et c'est à chaque fois intense. Le lien ne se fait pas tout le temps entre les chansons mais dans l'ensemble, Head Carrier est une vraie proposition de rock!

Retour en tout cas, d'un rock raide et pas très catholique. Tant mieux.

Pias - 2016

Chansons d’actu: a t on le droit de sourire sur les passeports?

Les 7 Mercenaires

Normalement on devrait vous dire que le remake du western de John Sturges est une nouvelle preuve du manque d'imagination d'Hollywood mais on a trouvé finalement 7 bonnes raisons d'aller voir le dernier film d'Antoine Fuqua!

D'abord il s'agit d'un western. Dans un monde on ne sait plus où sont les gentils et les méchants, un bon western avec un vilain propriétaire terrien sanguinaire face des courageux cowboys hétéroclites, c'est presque rassurant. Ici, le fielleux Bogue est sans pitié avec un petit village de paysans. Ces derniers engagent une sorte de marshall qui recrute une agence tout risque de gauchos de tout poil.

Il y a un Indien, un Mexicain, un Plaisantin, un fou de dieu, un alcoolique, un chinois et un leader charismatique black. C'est la seconde raison de voir le film: Denzel Washington en cavalier sans peur et sans reproche, ca le fait grave comme disent les jeunes. Plus cool et abordable que le Django de Tarantino. Toujours la classe, Denzel!

La troisième raison: les gueules patibulaires. Ici c'est un concours de deux heures. Qui aura la tronche la plus sale? Qui a les ongles ou les dents les plus crades? Qui crache le mieux la chique? Les salauds ont vraiment de la gueule et ca fait plaisir à voir. Du gros barbu, fou de la gâchette, à l'hygiène déplorable, voilà un spectacle atypique, qui se fait rare ces derniers temps!

Encore plus rare: si le plan final est sûrement en images de synthèse (il a dû être ajouté à la dernière minute tellement il est hors de propos), le film est fait à l'ancienne: dans de vrais décors naturels et surtout avec de la cascade "pour de vrai". Voilà une vraie bonne raison de voir Les 7 Mercenaires! Ca nous console des images de plus en plus trafiquées!

D'ailleurs autre qualité: la musique! Pas de chichi. Pas de morceau rap à la fin. Le film est la dernière commande de James Horner qui a disparu depuis. Le générique mythique du premier film n'est pas décliné à l'infini et on retrouve le charme des grands orchestres qui cavalent dans les vallées sauvages et illustrent joyeusement les duels cruels et les luttes héroïques!

Enfin on découvre aussi Haley Bennett, petite actrice pleine de courage pour supporter le casting très viril mais tout à fait correct. Chris Pratt se la joue détente. Ce type joue de cette manière dans tous ses films. Ethan Hawke retrouve Washington et Fuqua après Training Day et ca lui fait plaisir visiblement. Tout le monde a l'air ravi de jouer aux cowboys et à l'indien!

Voilà, c'est un juste et bon divertissement. Rien à dire. Old fashion!

Avec Denzel Washington, Chris Pratt, Ethan Hawke et Haley Bennett - Sony Pictures - 28 septembre 2016 - 2h12

Beulah

John Paul White, moitié masculine du groupe éclair et populaire, Civil Wars, sort son premier album solo. Il semble avoir conservé la formule gagnante.

Avec sa gueule de type torturé et son nom tout à fait génial pour faire du rock, John Paul White attire facilement notre attention. Avec Joy Williams il a fabriqué un chouette groupe de country, Civil Wars, qui a fait son petit effet avec son style romanesque.

Désormais seul, le bonhomme n'a pas dû apprécier la tentative pop de sa collègue et poursuit lui aussi des compositions amples dans un genre assez roots. C'est un peu le Damien Rice de la country, ce garçon là! Vous fuyez? Non restez: vous serez agréablement surpris.

Car le chanteur a de la ressource pour nous conter de tristes complainte avec de l'aplomb et un sens sain pour la ritournelle acoustique. Dans toutes les chansons de son second essai solo, il y a de l'émotion dans la voix et pour illustrer cela, les musiques sont plutôt subtiles.

Loin du titre étrange du disque et de la pochette un peu trop délavée à notre goût. Beulah révèle la folk music d'une façon assez sombre mais d'une élégance assez touchante. On le sent vivre réellement ses textes et ses chansons. Il y a tous les styles qui font que le Sud de l'Amérique est si riche. C'est exotique à souhait. Besoin d'évasion: essayez donc John Paul White et sa country si personnelle!

2016 - Single lock records

Dans la légende

Plus grosse vente de l'année, le groupe de rap PNL c'est qui, c'est quoi et surtout c'est bien???

Bon alors si vous n'écoutez pas de rap, ce n'est pas sûr que vous soyez sensible au flow de PNL (Peace'n'lovés), duo de Corbeil Essonne. Ademo et NOS sont des gros durs. La virilité, les nanas et le biz et tous les artifices de ce bon vieux rap français sont présents. Mais la critique a vu chez eux un peu plus de clairvoyance. Ils sont un peu moins beaufs que certains gros vendeurs de disque!

En tout cas, il y a bien un adjectif pour les décrire: malins. Ils ont lâché les grosses doudounes et la casquette vissée sur le crane. Ils assument leur look de petits dealers de shit. Les frangins n'apparaissent pas dans les médias. Comme d'illustres stars, ils comptent sur leurs clips et les réseaux sociaux pour faire le buzz plutôt que leurs personnalités. Ils sont l'antithèse de Booba à ce niveau. C'est futé.

Ainsi, touchent ils tous les milieux et leurs premiers disques les ont imposés en peu de temps. Le bitume, ils le décrivent avec pas mal de panache et de verve. Ils arrivent à plaire au plus grand nombre. Tant mieux pour eux! Dans la Légende, leur troisième opus est un raz de marée en terme de ventes de disques. Pour eux , la crise c'est du passé!

Cela n'empêche que leur constat est amer mais pas désespéré. Ils ne gonflent pas les muscles. Ils ont visiblement une vision qui va jusque dans une musique qui ressemble à une ténébreuse électro. Ils ne se limitent pas à des généralités sur l'oppression sociale, la rage des banlieues ou la taille de leurs zizis! C'est un peu plus subtile (cela reste du rap). Le mélange des cultures est harmonieux. Ils ont levé la tête et vu par dessus leur cité. Il n'y a pas de guerre de territoire chez PNL: ils décrivent simplement un état d'esprit. Une triste réalité, très bien contée!

Le petit hic c'est qu'il faut supporter un rap vocodé, un truc sonore qui finit par lasser alors que les deux frères ne sont pas de mauvais chanteurs, habités et assez sereins. Ils réinventent un rap flottant, calme et peu enclin à la colère. Ca plane pour eux donc!

QLF - 2016

Chanson d’actu: la guerre de droits entre Bartabas et Tom Waits

I had a dream that you were mine

D'un coté, le chanteur énervé des Walkmen et de l'autre une tête pensante de Vampire Weekend. Hamilton Leithauser et Rostam Batmanglij s'allient pour une collection de chansons pop rêveuses.

C'est une vieille tradition: les supergroupes. Quand vous prenez la batteur de machinchose et le chanteur de Trucbidule pour jouer avec les musiciens de babiole! Cela donne des albums souvent décevants mais on a tout de même le droit à de bonnes surprises. Comme ce duo qui sort du lot entre le chanteur des Walkmen, groupe peu connu chez nous, et le pianiste chanteur de Vampire Weekend, groupe adoré dans nos contrées.

L'union fait la force. Ensemble ils apportent clairement le meilleur de leurs univers. La voix de Hamilton Leithauser est agressive, un peu cassé et tellement américaine. Il faut s'habituer. Il appartient à ses hurleurs du rock, sauf qu'il sait aussi faire dans la nuance. Le musicien Rostman Batmanglij vient avec sa science si particulière de la pop, tout en décalage.

Leurs chansons sont simples dans la forme, complexes dans le fond. Les instruments sont nombreux, libres et offrent des mélodies claires dans un joyeux bordel organisé. On dirait deux sales gosses qui voudraient s'appliquer à chanter une chanson douce mais n'y arriveraient pas. C'est très agréable car ils secouent un peu nos habitudes, avec quelques titres capricieux et souvent réussis.

Les arrangements sont surprenants mais ils nous amènent à réécouter de la pop à la sauce américaine. Cela fait du bien car il y a du coeur et de la volonté chez ces deux là. Ils ne se reposent pas sur leurs lauriers. Ils forment un duo tout à fait passionnant. Ils rappellent un peu Arcade Fire et le feu sacré qui les habitent. Ils fusionnent leurs talents avec une souplesse qu'on ne pensait plus écouter de nos jours. Une vraie bonne surprise!

Glassnote - 2016

Chanson d’actu: Paris Piétons!

I, Gemini

Rosa Walton et Jenny Hollingworth ont de longs cheveux. Elles ont le regard triste, la peau blanche et des jolies lèvres dessinées. Ce sont de petites poupées de porcelaine. Elles ont 16 et 17 ans. Elles montrent une maturité hors du commun avec leur premier disque, I, Gemini!

A leur âge, on ne pouvait pas attendre une telle écriture, une impressionnante volupté et une ambiance ambiguë. Les filles de cet âge là ne sont pas des as des arrangements et de la combinaison pop et electro. Elles jouent sur leur évanescence mais leur musique est d'un sérieux étonnant.

C'est ce que l'on appelle: se prendre une claque! L'album est incroyablement riche. Les sons, les notes, les voix, tout va vous dérouter et surtout vous rassurer sur cette jeunesse qu'on accuse perpétuellement d'être un peu plus crétine que les précédentes. Nées à la fin du Siècle, Rosa Walton et Jenny Hollingworth nous introduisent dans la musique d'un nouvel âge.

Rarement on aura été touché en un seul album par tant d'inventivités. C'est le genre de premier album qui fait chavirer les coeurs et les certitudes. Leurs chansons sont remplies d'émotions et séduisent les oreilles. Avec elles, le changement c'est vraiment maintenant et qu'est ce que ca fait du bien!

Elles nous invitent dans un disque atmosphérique où la pop est une chose fragile et délicate. Ici, les meilleures copines ne sont pas des gourdasses. Elles retrouvent ce mystère qu'explorait avec poésie Sofia Coppola dans son film Virgin Suicides. Il y a quelque chose de vraiment surréaliste dans leurs compositions qui bidouillent et s'arrangent avec le classicisme.

I, Gemini force le respect. C'est un chef d'oeuvre automatique. On ne sait pas trop ce que cela donnera pour les deux artistes en herbe. Mais elles nous présentent une copie parfaite, qui dépasse toutes nos espérances et nos appréhensions. Let's eat Grandma aiguise notre appétit! Sublime!

Transgressive - 2016

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