Instinct de survie – The Shallows

Chouette un requin affamé! Zut, il n'est pas encore prêt le digne successeur des Dents de la Mer!
Parce que le film de Steven Spielberg est tellement grand, beau et fort que toutes les tentatives de films "avec des requins" se révèlent médiocres. On n'y peut rien: c'est comme ça. Le requin inspire au mieux une série B ringarde mais amusante. Ce qui est tout juste le cas de Instinct de Survie!
Car le squale de ce film est bien trop discret par apport à la mouette qui va servir d'acolyte à la jolie Blake Lively coincée sur un rocher au milieu d'une mer paradisiaque. Le survival aurait pu être âpre et piquant. Au lieu de cela, tu dois suivre les discussions passionnantes entre la blonde et l'oiseau qui nous font un remake à peine caché de Seul au Monde, où Tom Hanks sympathisait avec un ballon de volley.
Le scénario est poussif. Si le concept est bon (une blonde subnlime face à un requin énervé), les scénaristes se sont pollués l'esprit pour le gonfler de faits inutiles et de fausses bonnes idées. Réalisateur doué, Jaume Collet Serra (habitué des gros films d'action de Liam Neeson), réussit tout de même à renouveler sans cesse la bataille entre le gros poisson et la belle bipède quand ils veulent bien s'affronter.
Mais ca n'avance pas. La marée est bien basse! Une fois que l'on a admiré les formes généreuses et musclées de Blake Lively, qui visiblement s'est bien entrainée pour le film, on finit par plonger dans une mare d'ennui, avec des rebondissements qui pataugent et un climax qui ressemble à un pétard mouillé. Bref, Instinct de Survie ne propose qu'une seule chose: une bonne douche froide!
Avec Blake Lively, la mouette et le requin - Sony - 17 aout 2016 - 1h27
Skeleton Tree

Plus sombre, plus triste, plus beau, les morceaux de Nick Cave et ses bad seeds impressionnent encore une fois. Au fond du trou, le corbeau australien continue de chercher la lumière. Inlassablement.
Skeleton Tree sera de toute façon, un disque particulier. Celui du deuil. Celui de la perte. Celui d'un très grand artiste. Nick Cave a connu des hauts et des bas avec son groupe, les Bad Seeds. Depuis toutes ses années, c'est bien normal. Artistiquement, il s'est parfois perdu même on a toujours apprécié son goût pour un rock saugrenu, entre Tom Waits et Johnny Cash. Avec un petit supplément d'âme barré ou baroque!
Cette fois ci, c'est la déprime. L'artiste vient de perdre son fils adolescent dans un accident. La douleur est donc omniprésente sur les huit chansons de Skeleton Tree. C'est en effet un album décharné, au minimalisme assumé, où seule la musique est importante. Sorte de geste de rédemption, petite parenthèse pour un homme en souffrance.
La musique est donc un peu plus synthétique mais la voix elle psalmodie. Il y a encore de la force. On l'entend même si les mots sont rudes, difficiles et ne cachent plus les émotions. Un peu comme le BlackStar de Bowie, l'émotion n'est plus que dans la voix, sincère. Le reste n'est qu'illustration. Heureusement les Bad Seeds ne sont pas des feignants. C'est très beau. Presque doux! et lumineux!
Pourtant la tragédie est partout. Jusque sur la pochette. D'un noir presque gênant. Lui qui a toujours décrit les marginaux, les fous, les illuminés, est une fois de plus hanté, comme jamais, par la douleur, la culpabilité et tous les sentiments les plus tourmentés. A 58 ans, l'expérience est là, de plus en plus douloureuse. Les 39 minutes de ce disque sont pour lui, un moment face à la mort. Le calme n'est qu'apparent. On a l'impression de l'entendre suffoquer sur certaines phrases.
Face au pire, il reste debout. Il écrit encore. La fragilité est là. Les copains aussi: ils lui fabriquent des airs évaporées mais élégiaques. Ce disque est presque une prière. On avait peur d'assister à un supplice. C'est clairement une des choses les plus sensibles que l'on peut entendre cette année.
Bad Seeds LtD - 2016
Sélection BD: le plein d’actu

Avec tous les médias en ébullition, la globalisation du journalisme ou la formalisation de l’information, plus rien ne nous touche vraiment. Les drames se succèdent et s’oublient rapidement. On a sûrement anesthésié notre sensibilité, à cause de ces infos qui nous collent aux baskets. On n’est pas loin du harcèlement !
C’est pourquoi la bédé s’est intéressée de plus en plus à des sujets d’actualité. Il y a même des bédés qui traduisent l’actualité. Un autre support pour voir les choses autrement. Cela fait du bien. Car la lecture appelle du temps et de la compréhension. Une volonté particulière. Avec des petites bulles et des petits personnages, c’est toujours mieux !
Topo sort dans cette optique : ouvrir les yeux des moins de 20 ans sur l’actualité et tout ce qui les entoure. Un petit cours de sciences. Un petit cours de politique. Des sujets sur le quotidien et pas mal de culture (sur les Sex Pistols). C’est ludique et plein de fraicheur.
Mais il y a aussi des courageux efforts comme Hôpital Public, série d’entretiens illustrés et touchants sur les personnes qui font vivre cet endroit, lieu de joies et de drames profonds. Les dessinateurs se sont installés au CHU de Nantes et on observait les forces et faiblesses de ces hommes et femmes engagés.
Il y a les problèmes d’effectifs. Il y a les urgences. Il y a donc les problèmes que l’on entend tout le temps à la radio et partout d’ailleurs : pas de reconnaissance. Plus de violence. Pas assez de personnel. Le constat est connu mais le témoignage a plus de force avec les coups de crayons de sept dessinateurs qui rendent compte avec beaucoup de complicité des difficultés du métier et des lieux. On doit se rappeler de la toute dernière réflexion : Un hôpital devrait toujours être pensé autour de ce qui est notre cœur de métier : l’humain.
Hôpital Public, entretiens avec le personnel – collectif – 90 pages – Vide cocagne collection Soudain
Topo – Collectif – 146 pages
Victoria

Houlala, une comédie française réussie... il ne faudrait pas rater ça: c'est très rare. Donc précieux.
Allez, on commence par les défauts. Victoria se termine mal... enfin bien... enfin en contradiction un peu avec l'ensemble du second long métrage de Justine Triet, après le très original La Bataille de Solférino. Là encore c'est le portrait d'une femme en crise, mais cette femme est jouée par Virginie Efira, et cela fait toute la différence.
La blonde est d'habitude pétillante et il est difficile de ne pas se laisser charmer par sa beauté naturelle. C'est une belle fille qui a su montrer qu'après animatrice, le métier de comédienne lui allait plutôt bien. Là,c'est simple: elle est incroyable. Elle joue donc Victoria, avocate qui frise le burnout, entre un ex mari envahissant, deux gamins remuants et des plans cul un peu pathétiques. Elle enchaîne des cigarettes pour oublier la vacuité de son petit monde et ne voit même pas que plaider pour un ami peut se révéler dangereux...
Heureusement pour elle, elle croise sur son chemin (de croix), Sam, un ancien dealer dont elle fut l'avocate, qui se met en tête de l'aider dans sa vie tumultueuse. Il se révèle beaucoup plus habile qu'elle le pensait. Les apparences sont trompeuses et c'est ce qui fait tout le sel de ce film vif et capricieux.
Il fuit les standards de la comédie. Il s'installe sur un malaise mais profite des personnages pour en échapper de nouveau. C'est une oeuvre qui, à l'image de son personnage central, fuit tout le temps. La réalisatrice ne veut pas rester en place et se laisser aller à un truc plan plan (d'où un final un poil décevant). L'énergie face au désespoir est communicative dans ce film faussement comique.
On rit, on pleure, on s'agace, on s'étonne. Les émotions se succèdent mais le film ne peut pas laisser indifférent. On pourrait voir une version comique de l'oeuvre de Desplechin. Il y a quelque chose de littéraire dans les dialogues excellents et en même temps, la description du quotidien et de l'époque sont presque terre à terre.
Comme le personnage de Victoria, on est un peu paumé. Mais c'est plus facile à vivre pour le spectateur, qui n'a pas à supporter toutes les contrariétés de l'existence, d'un point de vue personnel et professionnel! Franchement, on est bluffé par ce portrait rapide et clairvoyant. Car la zizanie est finement organisée pour que le film devienne un portrait plus universel et optimiste. Il y a Virginie Efira mais le reste du casting est pas mal non plus pour nous combler. Victoria est un réussite bien de chez nous. Le burlesque peut se trouver n'importe ou dans nos vies. C'est ce que rappelle avec beaucoup de charme, ce film atypique!
Avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud et Laurent Poitrenaux - Le Pacte - 14 septembre 2016 - 1h36
Hit Reset

Voilà ce qu'il faut imaginer chez les filles de The Julie Ruin. Il doit y avoir un petit mausolée avec quelques tiges d'encens autour des portraits de Joey Ramones, Kim Gordon et les Breeders. Entre Punk et Grunge, le groupe n'a pas su choisir. Tant mieux pour nous!
Kathleen Hanna a fondé son groupe en 2010 à New York. Son attitude et sa radicalité a tout le style de Big Apple. Elle fait un punk raide, cinglant mais très plaisant. La demoiselle est sans compromis. Avec ses copines et ses copains, ils dépouillent le rock jusqu'à son essence rebelle.
Ce n'est pas non plus de la grande subversion mais la musique du groupe rappelle que le rock peut par sa matière s'amuser à remettre en cause ou en question. The Julie Ruin a tout du groupe de sales gosses. Elles conjuguent le rock au féminin mais ca n'empêche pas un aspect mal poli mais bienvenu à leur second album qui a tout compris lorsqu'il s'agit de casser les oreilles.
Elles ne font pas un caprices, les filles de The Julie Ruin. Elles savonnent leur rock avec une patine particulière, une volonté adolescent peut être. Les chansons sont presque primaires mais elles nous séduisent malgré tout. Certains parleront sûrement de fraîcheur.
La voix est perchée mais elle est pêchue. Les instruments sont mal traités. Les rythmes sont simples mais efficaces. C'est du rock de garage bien comme il faut. Sans grande surprise mais on veut bien les écouter car tout cela ne manque pas de charme et de savoir faire. Elles ont beaucoup écouté les disques de Ramones ou des chevelus sales du grunge. Comme sur la pochette, la maison semble cabossée et un peu abimé. Ne vous en faites pas: sur les ruines, les bases sont solides!
Hardly art - 2016
Jeux Paralympiques : on n’a rien vu passer !


Bonjour bonjour, préparez l’huile bouillante, l’échafaud, la guillotine, vos petits doigts avides de vengeance numérique bien planqués derrière vos écrans avec vos photos de profil masquées, la chronique qui va suivre va vous faire hurler, va vous délester définitivement des quelques grammes de respect que vous aviez pour moi, je vais être ignoble en évoquant les Jeux Paralympiques qui viennent de se dérouler à Rio, un mois après ceux des « valides » mais parfois dopés, donc pas mieux, voire pas bien, mais oui, je sais, vous adorez ça.
Sujet éminemment difficile que le handicap à traiter dans une chronique ou dans un sketch. Soit tu prends l’angle du second degré et auquel cas tu te fais défoncer la tronche par toutes les personnes, à juste titre, touchées de près ou de loin par le sujet, soit tu prends le premier degré, auquel cas on te brûle vif, soit tu prends un angle très hypocritement compatissant, auquel cas t’es quand même un foutu démago.
France 4, France Ô, diffusaient, donc, les Jeux Paralympiques ces 15 derniers jours, retour en 10 points sur les meilleurs, ou pas, moments de la compétition :
- Face caméra avec en arrière plan les lances à eau et les camions de pompiers, le porte-parole du CIO a reconnu que l’allumage de la flamme paralympique par un athlète aveugle, sans jambes, sans bras, « n’était pas une top idée ».
- Lors de la sublime cérémonie d’ouverture, l’ensemble des la délégation des athlètes malvoyants ont admis que, de mémoire de sportifs, ils n’avaient jamais vu ça !
- Anne Hidalgo a confié qu’en vue des JO 2024, la flamme paralympique partirait deux ans avant de la Place des Invalides.
- Après les décès d’une demi-douzaine de juges arbitres, l’épreuve de Javelot catégorie T128 (Aveugle avec fauteuil à propulsion) a été annulée.
- Gilbert Montagné, fervent supporter de droite, s’est exprimé amer sur le fait que « comme chez les valides, y’avait quand même vachement de noirs en athlétisme ».
- Lors de l’épreuve de natation catégorie T896 (Amputés des 4 membres), les nageurs médaillés ont regretté que les compétiteurs éliminés au premier tour ne les aient « absolument pas applaudis lors des la remise des médailles, pas fairplay pour deux sous».
- Sur Twitter, le hashtag #onfaittouslaOlaAvecUneMain a eu, finalement, assez peu de succès.
- On dénombre le bris de glace de près de 125 écrans de smartphones lors des tentatives de selfies à l’occasion de la remise des médailles de la catégorie T896 (voir point 6 pour la description de ladite catégorie).
- Le record du monde de saut en hauteur catégorie T58 (Personnes atteintes de nanisme) a été dépassé de 3cm pour être porté à 8,5cm. Le saut à la perche, même catégorie, a été finalement remplacé par le « saut en longueur avec perche », faute de dépassement de la barre, record du monde établi à « environ 1m, 1,5m…il faisait nuit c’était pas éclairé, on a lâché l’affaire, bref, c’est le petit qu’a gagné ».
- Les pongistes thaïlandaises catégorie T896 (voir points 6 et 8) ont eu interdiction formelle de servir autrement qu’avec leur bouche, le prétexte évoqué par leurs adversaires était « que les balles glissaient beaucoup trop, provoquaient de nombreux faux rebonds et foutaient des poils partout sur la table ».
Voilà, c’est ignoble, c’est moche, c’est bas, c’est du moi, c’est pas beau pas beau, mais je vous embrasse quand même.
Edmond, Alexis Michalik, Théâtre du Palais royal


Coup de cœur théâtral de la rentrée : les coulisses de la création de Cyrano de Bergerac avec l’imagination débordante de Michalik et l’enthousiasme d’une troupe talentueuse.
La nouvelle bonne idée du jeune auteur aux deux Molières, Alexis Michalik : fantasmer la création de Cyrano de Bergerac. Mettre en scène les anecdotes, les sources d’inspiration, la naissance des tirades du plus grand succès du théâtre français sur la scène du Palais royal. Energie, ingéniosité et humour. Une réussite!
Décembre 1897. Après l’échec cuisant de La princesse lointaine au Théâtre de la Renaissance, Edmond Rostand est en panne d’inspiration. Sur les conseils de Sarah Bernhardt, il rencontre le grand acteur de l’époque : Constant Coquelin à qui il confie le rôle-titre de sa pièce en vers Cyrano de Bergerac dont il n’a, à dire vrai, que le titre. Alors tout s'accélère et, au pied du mur, l’auteur trouve le fil de sa renommée. Il se sert de tout ce qu'il vit, entend, perçoit pour construire ses personnages et écrire sa pièce.
Comme dans Le Porteur d'histoire et Le cercle des Illusionnistes, les deux premières créations d’Alexis Michalik, on retrouve ses ingrédients bien assaisonnés: la petite histoire dans la grande, des décors et costumes recherchés pour transporter dans le passé, des comédiens qui se donnent avec entrain dans leurs rôles, de l’imagination, du rythme, de l’humour, de la dérision, de l’affection.
Edmond livre une ode à l’optimisme, à maintenir le cap dans les errances, à se laisser guider par les signes du destin. Kevin Garnichat dans le rôle de Léo l’ami d’Edmond met beaucoup de facétie et de tendresse à inspirer sans le vouloir la grande histoire d’amour de Roxanne et Cyrano. Les producteurs corses apportent des scènes jubilatoires dans leurs desiderata et leurs polyphonies. Et l’amour, le désir, les femmes ne manquent pas aux coulisses du triomphe.
On voyage, on rêve, on applaudit. Le public est debout. Bravo. Quel talent ! A voir !
"Seul compte le désir. Le désir pousse les hommes à conquérir des empires, à écrire des romans ou des symphonies. Mais lorsqu'il est assouvi, les hommes cessent leurs exploits."
A partir du 15 septembre 2016
Représentations du mardi au samedi à 21h, dimanche à 16h30
Computer Chess

Une sorte de Message à Caractère Informatif en noir et blanc et tout aussi délicieusement kitsch, ca vous tente?
Les images sont celles d'une vieille caméra analogique. Les personnages ont des fringues ringardes, des lunettes énormes et des coupes de cheveux venus d'ailleurs. Nous sommes bel et bien en 1983 à la convention des programmateurs de jeux d'échecs.
L'enjeu est simple: des informaticiens s'affrontent avec des ordinateurs joueurs d'échecs. Il n'y pas longtemps on s'est pris de passion pour un affrontement au jeu de go entre une machine mise au point par Google et un champion coréen de la discipline.
L'informatique depuis 1983 a fait d'énormes progrès mais les utopies sont les mêmes. Les ingénieurs sont de doux rêveurs ou des marginaux géniaux. En tout cas, la compétition de Computer Chess réunit de très beaux spécimens qui vont s'animer durant trois jours dans un hôtel sans charme.
Nous sommes donc déposés sur la planète Geek mais le réalisateur n'a pas du tout l'envie de se moquer ou de rendre cette communauté encore plus étrange qu'elle ne l'est déjà. Il filme surtout dans un noir et blanc décalé la tristesse et la solitude du programmateur, qui pense toujours à un possible ailleurs, informatique et mathématique.
Il y a des phrases philosophiques mais tout cela se fait autour d'une farce calculée, qui prend son temps pour dépeindre ses personnages. C'est drôle et la mise en scène est d'une étrange douceur, se laissant porter par les gus qu'elle observe comme un documentaire fauché.
Une comédie artificiellement intelligente d'une certaine manière. C'était facile, pardon!




