BOXE BOXE – Mourad Merzouki – Quatuor Debussy- Théâtre du Rond-Point

Du ring, de la danse et des cordes…
L’œuvre est belle. Ils sont douze sur le plateau, danseurs et musiciens. Les danseurs sont ceux de la compagnie Käfig. Les musiciens sont issus du quatuor Debussy. Les compositeurs se nomment Schubert, Ravel, Verdi, Glenn Miller, Philip Glass, Mendelssohn, AS’N. Le chorégraphe, Mourad Merzouki, le scénographe, Benjamin Lebreton.
Zelliges couleur sable en filigrane sur le cyclo de fond scène, volutes en fer forgé plus ou moins cabossées, costumes noir et blanc aux tonalités burlesques plantent le décor d’un ring où tout semble possible. Orchestrés par un arbitre bedonnant et par un quatuor à cordes, les danseurs se laissent embarquer dans une variation sur la boxe qui les magnifie. Avec élégance et humour, Mourad Merzouki parvient à mêler un sport spectaculaire aux défis gravitationnels de la danse contemporaine, du hip-hop et des notes classiques.
Tout commence sur un ring, avec des gants couleur nez-de-clown, marionnettes vibrant en musique. La partition fonctionne. Le mouvement entre en action. Les gants donnent naissance à un amas de chair mouvante dont s’extraient les danseurs. Et le danseur fut. La sortie du ring pour le plateau est immédiate. Les danseurs s’élanceront alors pendant près d’une heure dans un ballet en hommage à la boxe et au corps.
La performance est physique mais également esthétique. Les ruptures de rythmes produisent des effets hypnotiques : les actions ralenties des danseurs mêlées aux lumières de Yoann Tivoli semblent sortir d’un mirage. Les danseurs fantomatiques avancent sur nous. Le résultat est stupéfiant. Les duo, trio et ensemble s’enchaînent à un rythme effréné dans des chorégraphies qui mettent en avant contacts harmonieux en opposition avec l’image « choc » de la boxe. Les coups et les narrations sont visuelles, fondées sur l’art de l’esquive et la perception des espaces. Un unique tableau montre le boxeur en action sur un sac de frappe, comme un hommage appuyé et ces forçats de l’effort. L'ensemble n'est que plaisir pour les oreilles et les yeux . Le lyrisme est là, le temps suspendu, les corps poussés au-delà. Une poétique de la boxe d’une grande élégance à ne pas manquer.
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Drôle de lutte / Boxe Boxe par WebTV_du_Rond-Point
SOS ma famille a besoin d’aide…tu m’étonnes !


On le sait tous, NRJ12 est LA chaine de l’intellect, la farouche concurrente d’Arte, la crème des sciences humaines, du creusé neurologique, du Ô toi cerveau comme tu es beau, comme tu voles haut, envole toi, vas y, pas trop haut tu vas te faire percuter par une mouette, merde trop tard.
C’est lors d’un samedi caniculaire, chaudement réveillé de ma sieste par des gloussements de rire d’enfants, en l’occurrence les miens, s’échappant d’une piscine (qui verra le soir même mon humble personne tomber dans les bras velus et rugueux d’un calva de 1932 qui, à l’heure où j’écris ces lignes me rappelle à quel point l’alcool de pomme n’est pas le meilleur ami du crâne et de l’homme qui le porte), que je m’échouais devant un téléviseur grand angle près d’un jardin rempli de roses roses et blanches, et, dans un zapping aléatoire, et dieu sait qu’aller à Thouars depuis une cuisine n’est jamais simple, je m’attardais circonspect, aux confins du bientôt circoncis intellectuellement, devant une émission dont je sentais par avance tout le potentiel poétique de notre belle société, en mode « mais merde ça existe ça !!!? ».
L’œil encore mi-clos et le bermuda sur cette chaise simili skaï accroché à mes poils de cuisse comme une mouche à un bandeau piège à la colle forte se baladant aux grès du vent dans une cuisine de maison de campagne, je prenais un café bien noir pour pouvoir affronter la ½ heure qui s’annonçait devant moi, entre un adolescent détraqué en mal d’affection que nous appellerons John-Killian, un beau-père de 39 ans au tarin à la découpe confinant à celle du Vésuve un soir d’éruption et qui te rassure vachement sur ton propre physique de mec presque quarantenaire que nous appellerons Francky, une mère de famille au parcours chaloupé ballerine Cendrillon des temps modernes dont on pressent tout le potentiel pour tomber amoureuse en deux deux d’un motard de passage effectuant des burns sur le parking de chez Netto dans la ZAC voisine, que nous appellerons Jenny.
Et bien sûr, Pascal le grand frère, reconverti en coach pour famille à la dérive, bras en zinc, recordman du monde de punching-ball de la Foire du Trône sans discontinuer entre 1996 et 2009, Chuck Norris de la vanne, et adepte des « tu t’prends pour qui gamin, tu m’parles encore une fois comme ça j’te fais une tête que ta mère demain é sait pas qui t’es, COMPRIS !? ». Bref, un programme Rosa, rosas, rosae, Victor Hugo, Baudelaire, latin en 3ème langue, Grec ancien, philosophie, Socrate, cinéma d’auteur, finesse du verbe, coup de poing dans ta gueule, plaisir d’offrir, joie de recevoir, c’est pour une occasion spéciale ? Non ? bah j’te fracasse le pif quand même.
Dès les premières minutes, ça se met à nu, ça n’y va pas par quatre chemins, sans détour, coup de boule coup de boule ; la voix off te dresse le tableau, pas glorieux ma bonne dame, de ces petites vies en bas de jogging où Jenny a connu Francky à seulement 17 ans, folle amoureuse, larguant son CAP sanitaire et social pour vivre la grande vie, tout ça parce que Francky jouait au foot, bossait déjà, et qu’elle était beau sur sa grosse sa moto. Puis John-Killian est arrivé, bien trop tôt, pas assez profité de la vie ; puis Jenny, du coup, à 27-28 ans a eu un flash, elle n’avait pas assez profité de la vie justement ; alors le mouflet et puis le Francky ont commencé à passer leur samedi soir ensemble quand la Jenny voulait revivre une jeunesse qu’elle avait le sentiment de ne pas avoir eue donc a enchainé les discothèques 8 salles 8 ambiances, a forcément rencontré des Francky bis, pas plus beau non, pas plus chic non plus, mais bon, une banquette de R19 chamade est si vite arrivée quand on a bu un peu trop de Vodka-Pomme et que l’on s’est sentie un peu plus belle dans le regard d’un autre. Alors parfois, 9 mois plus tard, arrive une petite Pamela, dont les cheveux roux couleur rouille pot d’échappement de mobylette kitée n’est pas franchement la garantie que Francky 1er en soit le père, même pas franchement du tout même.
Mais on s’en accommode, parce que Jenny s’est un peu calmée, quoique des doutes subsistent ; et le Francky est malheureux, et le grand, le John-Killian qui va sur sa 15ème année, bah il avait plus grand monde pour lui donner les bons codes, les bonnes lignes, les bons quais de gare, les bons trains. Alors il a fait comme son père, il a commencé à picoler un peu jeune, un peu trop, puis de plus en plus ; puis le collège a fini par ne plus appeler, donc il est resté à la maison, puis à foutre sur la tronche à sa mère, comme son père le faisait et le fait encore ; alors que c’est pas un mauvais bougre le John-Killian, mais bon, oui, des fois, il l’avoue à Pascal le grand frère pendant une épreuve de boxe dans des sacs où sont marqués les mots « rages »/ « insultes »/ « alcool »/ « parents »/ « Vie de merde », oui, il traite sa mère de pute, il a même des doutes sur le fait que Francky soit son vrai père, parce qu’une fois une cousine aux fessiers huit fois plus volumineux que son cerveau d’huitre, lui a fait la confidence que toute la famille pensait et disait en douce que bah…ça serait bien le Riton, le meilleur pote de Francky, qui serait son père ; alors forcément, ça perturbe, ça tracasse, ça fout la haine, ça donne envie de prendre le fusil de chasse du grand-père et de taper dans le tas.
Et là d’épreuve en épreuve, de séance de psy en coup de poing dans le journal intime familial, le Pascal le Grand Frère fout un sacré bordel, à raison, sûrement ; sauf que toi, là, en bermuda, devant ta téloche dans ta baraque de campagne, parce que tu connais le métier, tu sais qu’autour de la caméra épaule qui filme la débâcle, ce grand tout le monde à poil d’alcool de tromperie de coucherie de papier peint Jacky Chan dans la chambre du gamin déjà percé tatoué déchiré de l’intérieur, bah y’a 10 mecs de la prod qui voient tout ça se faire et une bonne demi douzaine de techniciens, qui, quand ça chiale pas assez, quand on n’a pas assez senti la rage dans le vol plané d’assiettes de cette cuisine minable collante et poussiéreuse, ils doivent la refaire la scène.
T’es partagé, là, un samedi aprèm de sortie de sieste, entre le sentiment que le Pascal costaud a peut-être aidé ces braves français de base, oui, ces gros beaufs, oui, je t’entends le dire, oui ces gros beaufs, et le fait que merde quoi, à quoi bon étaler ça devant quelques centaines de milliers d’autres, pas mieux, qui se rassurent peut-être, se reconnaissent même parfois, ou s’émeuvent, dans le meilleur des cas, ou se moquent, violemment, bien planqués derrière leur téléphone à baver comme des reptiles froids, quand tu vas mater Twitter malgré une connexion d’entre les vignes…
Tu te dis qu’après ça, le voisinage de Jenny va définitivement la prendre pour une légère, une frivole, une couche toi là ; que le Francky va passer définitivement pour le cornu qui brame devant sa 1664 quand la Jenny fout sa mini jupe pour aller chez Netto, et qu’après tout ça, une fois les caméras parties, t’as de gros doutes sur le fait que John-Killian il ne la prenne pas la carabine de chasse du grand-père…
T’as un peu les boules quand même, t’es pas à l’aise, beaucoup, tu coupes la télé, tu vois tes enfants au loin qui pataugent dans la piscine et se marrent, t’es pas mécontent d’avoir un peu de bol, un peu de chance, un peu d’être là toi et pas avoir été un John-Killian.
Tu vas près de la piscine, tu embrasses tes enfants, tu passes ta main sur la nuque de ta femme, et tu balances un « je vous aime bordel ».
Allez, j’vous embrasse.
L’ombre de Stella – Pierre Barillet – Denis d’Arcangelo – Théâtre du Rond-Point

Denis d’Arcangelo ou la force des paradoxes
Denis d’Arcangelo, seul en scène, joue Mylène. Mylène a été la secrétaire particulière de Stella, star des années 40. En échange d’un contrat, Mylène accepte de replonger dans un passé nostalgique aux arcanes ténébreux, souvent douloureux et de l’enregistrer. C’est l’occasion pour la secrétaire de sortir de l’ombre du silence et de briller quelques minutes sous les feux de la rampe.
Denis d’Arcangelo, dans une mise en scène de Thierry Harcourt et sur un texte de Pierre Barillet, y joue une femme prolétarienne à la gouaille et au ton affirmés. Le parler est franc, tinté d’un accent titi parisien. La bascule dans la mémoire de l’histoire opère rapidement. Avec douceur et tendresse, Denis d’Arcangelo attrape le temps et l’égraine pour mettre en évidence tous les paradoxes d’une relation fondée sur l’admiration, l’amour d’un métier, l’amour d’une femme en réussite et les tiraillements intérieurs d’une femme qui voit sa vie consacrée à celle d’une autre.
On sourit. La mémoire est en spectacle. Les grands événements laissent leurs traces. La femme-personnage témoigne de la vie amoureuse d’une autre femme amoureuse d’un allemand sous l’occupation. Les parfums de la collaboration remontent. Le doute s’installe. Mylène aime sa star. Mylène est une femme prisonnière de l’histoire, des paillettes et de sa fidélité. De la servitude à la grandeur, Mylène voyage. Le spectateur avec.
A travers ce texte et le jeu tragi-comique de Denis d’Arcangelo, on s’imprègne des jalousies, des brisures, des fêlures qui fabriquent les hommes et les femmes. Un récit de vie humble, touchant. Un numéro d’acteur audacieux. Bienheureux les fêlés qui laissent passer la lumière.
Afterglow

Terrible exercice pour Asgeir que ce deuxième album "international worldwide"!
Il a la voix perchée. Celle qui fait pleurer les gros gaillards tatoués et les midinettes défoncées au romantisme. Il a une gueule d'amour. Elle est exotique car elle vient du pays du froid par exellence, l'Islande. Là bas, on sait que les artistes sont étranges, inspirés et souvent très indépendants. Asgeir est en plus un beau viking.
Il a connu un certain succès avec In the Silence, un bel objet électro hypnotique qui lui a permis de sortir de son île pour faire le tour du Monde. Fils d'un poète local, aidé par l'artiste John Grant, la version anglaise de son disque a fait de lui une vraie découverte. Il tente de concrétiser l'exercice avec Afterglow qui reprend en gros, la formule gagnante.
C'est donc un sage mélange d'électro et de pop avec de jolies paroles, une belle voix et surtout une production beaucoup plus léché. En faisant le tour du Monde, Asgeir a visiblement pris conscience des arrangements et des sons qui marchaient. Afterglow a donc toute l'élégance du Monde. Tous les sons sont connus mais parfaitement digérés. Il sait y faire pour ne pas tomber dans la facilité alors que tous les pièges sont énormes.
Même son hit incontournable Stardust est réussi. Son refrain donne la pêche et devrait bien tourner cet été. On devine que le bonhomme veut la reconnaissance et ne pas trop se compromettre dans des choses simplettes. Il fait le grand écart mais ne se casse jamais la figure. C'est déjà ça.
Les parties instrumentales sont intéressantes. Avec l'armada de techniques que l'on entend sur le disque, l'aspect vulnérable de l'auteur est un peu agaçant mais il faut bien reconnaître que l'Islandais sait y faire pour écrire de belles chansons à l'aise dans leur époque. La prise de risque sera certainement pour plus tard. Afterglow pourra nous faire patienter idéalement.
Because music - 2017
Son

Voilà un drôle de gus qui fait plaisir à entendre! Ecolo, écorché, ébahi, Vincent V pourrait faire le v de la victoire car son album est plus que convaincant.
C'est un type qui est tombé dans le rock quand il était petit. Il en fait son métier. Il est resté bien longtemps à l'ombre des géants. Il tente en toute humilité d'attraper un peu la lumière. Il a écrit et réalisé ce disque avec le sens de la tradition et le besoin de tout y mettre.
C'est donc un joli exercice de pop rock comme peu d'auteurs français osent. Il va même plus loin, il mélange l'anglais et le français. Ses envies se bousculent à travers les mots mais aussi les arrangements, souvent mélodiques et cajoleurs.
Il dénonce la société de consommation, la pollution et tout ce qui l'inquiéte sans faire dans la démonstration grotesque. Il donne des contours pop échappés des années 80 (les "bonnes" années 80, celles de l'Irlande conquérante avec les meilleurs groupes du Monde).
Son style est entrainant. Il y a de la conviction et des choix. L'homme s'est construit sur des héros et des découvertes tout au long de sa vie. On les devine dans ces titres un peu trop humbles mais toujours authentiques. Il a bati sa musique sur des voyages et le disque peut se voir comme une invitation à regarder ailleurs. Il y a que des bonnes choses dans cet album courageux, simple et assuré!
2017
Faut pas lui dire

Une comédie au féminin avec un très léger accent belge... c'est peut être ça qui fait toute la différence et qu'elle ne nous énerve pas trop ces éternelles insatisfaites!Chronique tendre et sexiste
Ancienne avocate, la réalisatrice Solange Cicurel sait ce que c'est que le mensonge! Elle sait à quel point on l'utilise de manière courante et parfois de la pire des manières. Quatre cousines sont les championnes du petit mensonge qui arrange tout. Pourtant un beau jour, trois d'entre elles découvre que la quatrième va se marier avec un homme qui la trompe...
Et elles décident de se taire! Plutôt étrange comme réaction mais bon cela permet des portraits de femmes modernes un peu largués dans leurs histoires de cul et d'amour. Ce n'est pas nouveau. C'est même parfaitement agaçant car derrière le plan cul arrive toujours la petite morale romantique qui remet tout dans l'ordre.
Heureusement c'est belge. Il y a donc un petit décalage qui sauve les meubles et les comédiennes, toutes agréables dans le registre des femmes délaissées mais dégourdies. La chanteuse Jenifer s'en sort mais elle est sacrément soutenue par des copines parfaites comme Camille Chamoux, les Belges Stéphanie Crayencour, Tania Garbarski et quelques garçons discrets mais amusants.
On se surprend à ne pas jeter ce dvd par la fenêtre. Il y a les dialogues parfois attendus, trop écrits. La mise en scène est quelconque malgré la capitale Bruxelles, aussi belle que Paris, lieu de bien des déconvenues amoureuses. On a vu mille fois ce genre de comédies de midinettes et pourtant, ca fonctionne... le charme belge surement. Et pas la bière ou la frite!
Avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Tania Garbarski et Stéphanie Crayencour - Orange studio - 2017
Leymergie, youhooou, retraite number one !!!


Alors ça y est William, c’est la quille, c’est la fin, c’est la retraite.
Le wagon du terminus arrive en gare, faut descendre maintenant, bah oui mon gars, attends j’vais t’aider.
Bien sûr, t’es grimpé dedans avec Michel Field et David Pujadas, à peu près le même jour, humble consolation, pour toi, qui, durant des années et des années, depuis toujours en fait, t’es levé à 3 du mat’ pour rejoindre Nathalie Rihouet pour des lancements météo de déglingo, ahhhhhh Nathalie Rihouet, elle va te manquer pour sûr !
Mais ça y est, t’as tous tes points retraite à plus de 70 ans, oui, à la télé, des fois ce sont un peu des points retraite en âge chien, on pense que vous les avez cumulés jusqu’à l’âge légal, mais non, incorrigibles vous êtes et vous vous accrochez comme des foufous à vos fauteuils, infatigables, imperturbables, confins mode Pape, tant que je suis vivant, je reste ! Nananère la jeunesse, nananère le spectateur, nananère ma villa en Provence, nananère je reste !
Comme Bouvard à la radio avant toi, comme Drucker encore et encore et encore, comme Berlusconi en Italie, un peu comme Sarko en politique, je pars, puis non, puis si, puis je reviens, puis faut vraiment me foutre dehors, et encore je mets le pied dans l’entrebâillement de la porte, non non non, ça se passera pas comme ça, vous êtes un peu punk les mecs, no future mais never dead, grand-mother fuck*r !
Alors oui, je te vois venir William Leymergie, mon vieux pote du matin de mes hôtels de province durant des années à touiller mon nescafé tiède de flemme d’aller au buffet du petit déj, mon vieux rocker des matinales, mon vieux Sid Vicious des chroniques beauté minceur yoga, ahhhhh t’en as déroulé du câble vieux brigand, mon vieux punk, tu ne vas pas te laisser faire, donc, pour anticiper, imaginons, les dix reconversions que tu nous prépares en secret.
- Tu vas créer ta start-up « Guten Tag papier » spécialisée en formation pour chroniqueurs de revues de presse des journaux allemands, toujours inutile mais tellement savoureux à 6h48 du mat’ de voir la tronche d’Angela pour te rassurer sur la tienne.
- Tu vas animer « Salut Bonjour », le Télématin canadien, t’es cap de tout, donc tu vas même prendre l’accent québécois et mettre un gilet en peau de castor, t’es un dingue mon pote.
- Tu vas enchainer les invitations dans les bêtisiers de fin d’année, à côté d’une bimbo ex les anges de la téléréalité, pour une foultitude de séquences de fou rire entre toi et tes chroniqueurs. On se régaler.
- Tu vas devenir chroniqueur dans Touche Pas à mon Poste, sorte de sas à recyclage pour animateurs télé, ta place entre Castaldi et Julien Courbet a déjà ton nom marqué dessus.
- Tu aimes faire l’acteur, bah vas-y mec, qui pourrait t’empêcher de devenir le nouveau patron d’un bar de nuit pour soirée cuir durant deux trois quatre saisons de Plus Belle la Vie. Terminé Panam, vive le pastis de nuit et les cagoles.
- C’est décidé, tu vends tes services à Montagne TV, tu débauches tous tes chroniqueurs de Télématin, tu spécialises Laura du Web en Laura des Alpes, point piste rouge piste de verte par Valérie Maurice, ça la changera des périphs blindés, qui quand ils sont blindés, bah tu regardes pas car t’es déjà dans ta caisse, rubrique escalade par le monsieur gentil avec des yeux en mille feuilles des 4 Vérités, pour une mega matinale mode 6h-11h30, puis tu animes le JT de la montagne à 13h, puis Passion Chamois de 16h à 20h, puis tu fais le 20h, bref, tu prends d’assaut cette foutue TV de la montagne ; vas y gars ! Lalala HiHouuuu.
- Tu rachètes Vivolta, la chaine des séniors dirigée par les séniors de la TV, avant y’avait Gildas, maintenant ça sera toi, œil pour œil, vieux pour dents.
- Tu deviens dingue et tu surprends ton monde, tu postules et tu obtiens la présentation du journal du hard !!! Rhoooo imagine le kiff mon poto ! Et tu fais remplacer le nom par The Leymergie Big Boobs show ! Génial !
- Tu te lèves tous les matins à 3h, tu te mets en faction devant le siège de France télévisions et tu pourris la vie à celui qui te remplace, clous devant le parking, danse cul nu devant la rédaction (pense à garder ton badge), manifestation avec tous les anciens de France TV, ils finiront bien par te filer des Prime time sous la pression !
- Si c’est pas Montagne TV, t’as plein d’autres chaines à la ramasse à racheter pour faire durer ta carrière, peu importe la thématique, l’essentiel c’est d’être à l’écran, reprends Piwi, Télétoon+, Histoire, Dog TV, qu’est-ce que tu t’en cognes ! Rachètes, on verra après !
Voilà William, j’espère que mes conseils sauront t’apporter de quoi nourrir tes plus folles ambitions, rien n’est perdu mec, n’oublie pas, t’es un punk !
J’t’embrasse
Land

Et au milieu coule une rivière... Fredda fait dans le charme bucolique et nous emmène respirer le grand air!
Muse du chanteur Pascal Parisot, Fredda est une chanteuse qui aime les voyages. Ce qui lui vaut quelques beaux succès au delà de nos frontières. Ce qui lui permet de réaliser des albums différents. Ce qui lui offre une grande liberté.
C'est une passionnée. Ses compositions sont sincères et sont marquées par une grande sensibilité. Elle vit de sa musique. C'est une amoureuse. Cela s'entend. Evidemment on ne peut rester insensible.
Le premier titre de ce cinquième album trace un sillon donc dans une ambiance de cowboys. Fredda traine sa poésie dans la poussière d'Arizona et les racines américaines. Ma rivière nous emmène dans un quelque part fantasmagorique entre le Mexique et le Texas. Les plaisirs sud américains s'entendent sur la chanson suivante, l'espiègle Maintenant.
Neige Rose a la classe d'un vieux crooner. Fredda quitte le monde élégant de la chanson française et c'est la bonne idée de Land. Elle adapte le style de l'americana. L'album est d'ailleurs mixé aux Etats Unis par Jim Waters, complice de Jon Spencer Blues Explosion. On ne peut pas faire plus yankee.
Le Gardien des Fleurs montre tout de même que Fredda n'est pas Dolly Parton mais une exquise chanteuse qui connait bien Françoise Hardy ou Arielle. C'est une amoureuse des mots et de son compagnon, toujours présent. La suite continue à nous plaire. A chaque fois, on sent cette passion, cette ouverture d'esprit, ce travail si bien fait, où tout semble être à sa place.
Les arrangements sont carressants. La voix nous envoute. On pense à une version francaise de Calexico ou une version féminine de Chris Isaak. La France et l'Amérique sont de vieux complices depuis des Siècles. Ici l'alliance est irrésistible.
03h50 L'autre distribution - 2017
French Kiss

Les héros du rock français sont sympas et accessibles. Ils ont la poésie du bitume et une vision décalée d'un moribond quotidien. Askehoug chante la solitude et les affres de l'existence avec une classe très française.
Matthieu Aschehoug est un type discret. Ca lui permet d'observer ses contemporains. Il peut profiter comme tout le monde des verres de trop, des ivresses nocturnes et de plusieurs petites faiblesses. Il a déjà écrit deux disques assez tristes et le revoilà, en papa poule, qui a enfin retrouvé la joie de vivre et d'écrire.
Maintenant son rock chanté-parlé a un enthousiasme agréable. La voix est grave comme le constat qu'il fait tout en nuances. De la nuit sort ce dandy parisien qui a tout compris de la finesse. Ses paroles sont aussi ciselées que sa fine moustache.
Il est pourtant connecté à son temps et condamne cette monstrueuse moderne solitude. Son rock est doucement électro. Ce qui compte c'est la mise en scène des mots. Comme Bashung ou Christophe, on devine un noctambule bien conscient, accroché à l'art comme bouée face à la déprime et au pessimisme!
L'ironie est mordante et on est vraiment séduit pas ce charmeur étonnant, accroché à de vieilles références que l'on avait un peu oublié. Simplicité musicale. Passion des mots. C'est un rock daté mais à la subtilité rassurante. On embrasse sa cause sans aucun problème et on vous conseille vite un rendez vous galant avec ce drôle de gus!
L'autre distribution - 2017
Les fantomes d’Ismael

Ha bah quand même!! Une fois de temps en temps, Arnaud Desplechin peut rater un film. C'est presque rassurant. Malgré son casting trois étoiles, le cinéaste lettré s'autoparodie malgré de belles fulgurances!
A lui tout seul, Arnaud Desplechin peut représenter tout le cinéma d'auteur français, de ses clichés jusqu'à sa vérité et sa grace. Sa filmographie est étrange et merveilleuse. Il va au delà des stéréotypes. Il arrive à mélanger la fiction et la réalité comme personne. Il sait passer du burlesque au tragique avec une gymnastique incroyable dont il est le seul à connaître le secret. La Sentinelle, Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), Rois et Reine, Trois souvenirs de ma Jeunesse et d'autres font une série d'oeuvres atypiques, intouchables et foisonnantes.
Il se raconte dans des grandes sagas du quotidien. Il philosophe sur les petits riens de l'existence. Il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Il connait le petit monde parisien mais revient toujours vers ses racines, à Roubaix, dans une famille un peu folle!
Desplechin est unique. On a toutes les raisons de le détester et de l'adorer. Facile de le reconnaitre dans le personnage principal de son nouveau film. Ismaël Vuillard est un type torturé, mal remis de la disparition soudaine de sa première femme, amoureux de Sylvia, douce et attentive.
Alors qu'il tourne un film inspiré par son frère, un diplomate bizarre, il voit revenir dans sa vie, cette femme disparue, Carlotta. Le choc est immense. Les fantômes de sa vie lui font la vie dure et hante des cauchemars qu'il ne supporte plus, "il se ferait bien couper l'hypothalamus d'ailleurs"!
Le genre de détail qui fait tout le charme du cinéma de Desplechin. Il peut envisager le scénario le plus obscur: il l'illumine de réflexions drôles et enlevés. Ici, il veut clairement nous perdre dans la réalité, le cinéma, la fiction et les sentiments, destructeurs ou apaisants.
Il nous sème tellement bien que Les Fantômes d'Ismael souffre clairement d'un manque de fluidité. Le lyrisme est une particularité de Desplechin. Il a disparu. C'est frontal mais assez mal calibré. Il manque quelque chose dans la recette. Encore une fois, la mise en scène est subtile. Des scènes sont outrancières et formidables. Mais mais mais...
Il y a bien Mathieu Amalric, point de repère et reflet essentiel du cinéma de Desplechin. Il incarne encore avec vitalité les nombreuses questions existentielles du réalisateur. Il n'a pas peur du ridicule. Il y a bien Charlotte Gainsbourg qui fait du Charlotte Gainsbourg. Marion Cotillard fait aussi du Marion Cotillard. Ca tourne finalement un peu à vide ce trio amoureux, qui devrait nous projeter dans un espèce de patchwork métaphysique. Desplechin serait il fatigué se raconter encore une fois ses obsessions?
Les extravagances n'aident plus le romanesque. Et inversement. Le film est décousu. C'est peut être le film le plus transparent de l'auteur. Le spectre d'une remise en question serait peut être nécessaire!
Avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard et Louis Garrel - Le Pacte - 16 mai 2017 - 1h54





