Les fantomes d’Ismael

Ha bah quand même!! Une fois de temps en temps, Arnaud Desplechin peut rater un film. C’est presque rassurant. Malgré son casting trois étoiles, le cinéaste lettré s’autoparodie malgré de belles fulgurances!

A lui tout seul, Arnaud Desplechin peut représenter tout le cinéma d’auteur français, de ses clichés jusqu’à sa vérité et sa grace. Sa filmographie est étrange et merveilleuse. Il va au delà des stéréotypes. Il arrive à mélanger la fiction et la réalité comme personne. Il sait passer du burlesque au tragique avec une gymnastique incroyable dont il est le seul à connaître le secret. La Sentinelle, Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), Rois et Reine, Trois souvenirs de ma Jeunesse et d’autres font une série d’oeuvres atypiques, intouchables et foisonnantes.

Il se raconte dans des grandes sagas du quotidien. Il philosophe sur les petits riens de l’existence. Il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Il connait le petit monde parisien mais revient toujours vers ses racines, à Roubaix, dans une famille un peu folle!

Desplechin est unique. On a toutes les raisons de le détester et de l’adorer. Facile de le reconnaitre dans le personnage principal de son nouveau film. Ismaël Vuillard est un type torturé, mal remis de la disparition soudaine de sa première femme, amoureux de Sylvia, douce et attentive.

Alors qu’il tourne un film inspiré par son frère, un diplomate bizarre, il voit revenir dans sa vie, cette femme disparue, Carlotta. Le choc est immense. Les fantômes de sa vie lui font la vie dure et hante des cauchemars qu’il ne supporte plus, “il se ferait bien couper l’hypothalamus d’ailleurs”!

Le genre de détail qui fait tout le charme du cinéma de Desplechin. Il peut envisager le scénario le plus obscur: il l’illumine de réflexions drôles et enlevés. Ici, il veut clairement nous perdre dans la réalité, le cinéma, la fiction et les sentiments, destructeurs ou apaisants.

Il nous sème tellement bien que Les Fantômes d’Ismael souffre clairement d’un manque de fluidité. Le lyrisme est une particularité de Desplechin. Il a disparu. C’est frontal mais assez mal calibré. Il manque quelque chose dans la recette. Encore une fois, la mise en scène est subtile. Des scènes sont outrancières et formidables. Mais mais mais…

Il y a bien Mathieu Amalric, point de repère et reflet essentiel du cinéma de Desplechin. Il incarne encore avec vitalité les nombreuses questions existentielles du réalisateur. Il n’a pas peur du ridicule. Il y a bien Charlotte Gainsbourg qui fait du Charlotte Gainsbourg. Marion Cotillard fait aussi du Marion Cotillard. Ca tourne finalement un peu à vide ce trio amoureux, qui devrait nous projeter dans un espèce de patchwork métaphysique. Desplechin serait il fatigué se raconter encore une fois ses obsessions?

Les extravagances n’aident plus le romanesque. Et inversement. Le film est décousu. C’est peut être le film le plus transparent de l’auteur. Le spectre d’une remise en question serait peut être nécessaire!

Avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard et Louis Garrel – Le Pacte – 16 mai 2017 – 1h54

Auteur: Pierre Loosdregt

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