Baby Driver

La compilation absolue. Le cinéaste Edgar Wright double Tarantino et son gout pour la bande son vintage avec un disque à l'énergie vivace et jubilatoire. On dirait un trip des programmateurs de FIP!

Edgar Wright est un réalisateur rock'n'roll. Une version anglaise de Tarantino. Il a réalisé des films malpolis et populaires comme Shaun of the Dead. Il a dit non à Marvel qui voulait calmer ses ardeurs autour de Ant Man. Il s'est défoulé avec Baby Driver, film de gangsters stylisé, un peu répétitif mais sacrément bien armé en matière de musiques.

Le héros de Baby Driver entame des courses poursuites avec la police uniquement en écoutant de la musique. Toute sa vie est régie par la musique. Il danse sa vie. Et le choix des musiques est absolument royal. Wright a une ouverture d'esprit incroyable.

Il pioche dans tous les genres et permet en même temps de créer une harmonie sur un double album qui va vous réveiller et vous brosser dans le sens du poil... jusqu'au frisson!

Il réalise la plus belle compilation de l'année et redéfinit un peu la soundtrack avec un choix bariolé mais énergique. On prend plein les oreilles. On redécouvre des morceaux. Les chansons se suivent et se répondent bizarrement. Tout est question d'harmonie et d'intelligence. On devine une logique. Le rock a une place particulière mais il y a des intrusions de soul, de rap et des vieilleries qui nous font faire le tour de la musique populaire en mettant le pied au plancher. Incontournable!

Sony- 2017

The Greatest Showman

Pasek and Paul, retenez bien ce duo car il va nous casser les oreilles dans les années à venir. Attention à vos oreilles, ca va couiner très fort!

On fait bilan en fin d'année des quelques musiques de films que l'on a bien aimé mais on a aussi le droit de sortir un gros carton rouge pour ce qui va arriver. Peut être votre mémoire vous a fait une fleur: vous avez oublié une adaptation musicale des Misérables, affreuse, prétentieuse et génante pour Hugh Jackman, excellent comédien mais piètre chanteur.

C'est pourtant sa passion: le chant et la danse. C'est un artiste complet. Il joue, jongle mais il geint. Comme il est costaud et qu'il rapporte des millions de dollars avec ses films, personne ne lui dit rien. Il faut dire qu'il fait preuve de bonne volonté comme il l'avait fait aux Oscars il y a quelques années et dans d'autres cérémonies. Il ne dira jamais non à un petit pas de danse!

C'est pourquoi il est la tête d'affiche de The Greatest Showman, évocation musicale de Barnum et du cirque il y a des siècles! Mais à la sauce Broadway. Ou à la sauce Disney. On ne sait plus trop tellement les chansons sont sirupeuses et totalement interchangeables.

On doit cela à deux compositeurs, Benj Pasek et Justin Paul. Le théâtre. La télévision. Le cinéma désormais. Tout le monde veut travailler avec eux. Après le succès de leur chanson City of Stars pour le film La La Land, ils vont envahir Hollywood tous les deux.

Ils sont déjà responsables des prochaines chansons des adaptations live des vieux Disney (Aladdin, Blanche Neige) et ils démontrent leur force de frappe avec ce film original mais qui se vautre dans la modernité la plus ringarde avec des acteurs qui font ce qu'ils peuvent pour reprendre des compositions qui feraient passer une chanson caritative pour un pamphlet anarchiste. De la bouillie...

Et ce n'est que le début... Protégez vos tympans en 2018 mais bonne année quand même

Atlantic - 2017

Spécial Noel: Lady Gaga

Spécial Noel: Eartha Kitt

Django

Etienne Comar, ambitieux, est allé chercher le barbu Australien Warren Ellis pour nous faire replonger dans le talent fou de Django Reinhardt. Ca fonctionne!

Réalisateur du biopic sur le célèbre guitariste, Etienne Commar est un dingue de jazz manouche. Logiquement, pour la musique de son film, il a pris le meilleur. Le trio Rosenberg se charge donc des reprises. C'est irréprochable. Techniquement, la virtuosité nous emporte.

C'est bien le minimum. Le plus curieux finalement, c'est la nature du producteur de la BO: Warren Ellis. Australien, complice de Nick Cave, il s'interesse aux musiques de films depuis plusieurs années. Il obtient même un César chez nous pour la bande son du film Mustang.

Il aime les objets décalés et pourtant il se révèle assez strict pour Django. C'est impressionnant mais ca ne chavire pas vers quelque chose de différent. Le classicisme prend le dessus. Ce n'est pas désagréable. Au contraire. Il reprend même une oeuvre inachevée du guitariste, sorte de requiem.

Mais quand on connait un peu Warren Ellis, on est tout de même un poil déçu. Et le rock alors? Heureusement les Néerlandais Rosenberg Trio font le boulot. On n'a pas le coté vieillot des enregistrements de Reinhardt mais ils s'éclatent dans le répertoire du mentor du jazz.

Ca fonctionne, ne vous inquiétez pas. Le disque est parfait pour les soirées d'hiver. Il est feutré et délicat. Son enthousiasme est sympathique jusqu'à un final plus sombre. Reste toujours que l'on aurait un petit peu de folie... et ce n'est pas le cas.


Impulse - 2017

Chanson d’actu: Noel

Happy Birthdead

CA COMMENCE TRES BIEN DANS L'AMBIANCE COMME IL FAUT AVEC UN LOGO UNIVERSAL QUI TOURNE EN BOUCLE ET QUI ASSUME DEJA TOUTE L'IDEE DU FILM QUI EST VRAIMENT ALLECHANTE.

LA MORT EN BOUCLE OU LE DERNIER JOUR DU RESTE DE TA VIE POUR TOUJOURS, ENCORE ET ENCORE, A MOINS QUE L'ON NE TROUVE POURQUOI ON SE FAIT BUTER LE JOUR DE SON ANNIVERSAIRE . UN CONCEPT QUI NE MANQUE PAS DE SOUFFLE ET QUI POUR LE MOMENT REVISITE SURTOUT DANS LE GENRE HORRIFIQUE.

L'HEROINE EST CRAQUANTE ET ATTACHANTE ET C'EST LE GRAND ATOUT DU FILM, ET ON NE VA PAS S'EN PRIVER. ON A VRAIMENT UN RETOUR DE SLASHER COMME "DETENTION", "SOUVIENS TOI L'ETE DERNIER" OU MÊME "SCREAM" ET ÇA, ÇA FAIT VRAIMENT PLAISIR.

ON A VU PAS MAL DE TRES BONS FILMS D'HORREUR MAIS FINALEMENT TRES PEU DANS CE SOUS GENRE ET SURTOUT SOUS CET ANGLE. EN BREF HEIN, LE FILM A TOUT POUR PLAIRE, AVEC UNE VRAIE IDEE ET DES JUMP SCARE CLASSIQUES BIEN PLACÉS QUI ONT BIEN FAIT LEUR EFFETS.

C'EST JUSTE DOMMAGE QUE LES DIALOGUES DU DEBUT AVANT QUE TOUT NE COMMENCE A ETRE UN GROS BORDEL, ACCUMULENT CERTAINS CLICHÉS ASSEZ VULGAIRES ET PEU NÉCESSAIRES. LE FILM AURAIT PU ETRE TRANSCENDÉ AU DELA DE CA PUISQUE LA SECONDE PARTIE, UNE FOIS QU'ELLE COMPREND CE QUI LUI ARRIVE VRAIMENT, EST TRES APPRECIABLE.

UN PETIT SLASHER QUI OSE INNOVER, DROLE, MALIN ET SUFFISAMMENT EFFICACE POUR QU'ON SE LE MATE ENCORE, ENCORE ET ENCORE. POUR CEUX QUE CA INTERESSE DE NE PAS ME LE FETER C'EST LE 23 MARS MERCI.

AVIS AUX AMATEURS

Avec Jessica Rothe, Israel Broussard, Ruby Modine et Charles Aitken - 15 novembre 2017 - Universal - 1h37

Spécial Noel: Fernandel

War of the Planet of the apes

Une partition robuste qui montre enfin l'étendue du talent d'un compositeur à l'ombre des géants. Une bataille est enfin remportée pour Michael Giacchino.

On va profiter de la fin d'année pour vous causer un peu des musiques de film, genre dont on ne parle pas ou peu d'habitude. Et pourtant entre les sound design, les compilations rock et les partitions classiques, il y a toujours quelque chose à découvrir dans ce petit monde si feutré et surveillé par l'industrie du cinéma.

Michael Giacchino est un vieux complice de JJ Abrams. Grace au succès de ce dernier, il prend la tête d'orchestre pour des blockbusters de plus en plus costauds. Mais on lui a souvent reproché de reprendre des thèmes sur des franchises (Star Trek, Star Wars) et de les gonfler à coups d'élans lyriques.

C'est pour la franchise de La Planète des Singes qu'il réussit le mieux à s'émanciper. Il avait réussi le précédent épisode. Il explose tout dans ce dernier volet, martial à souhait qui débute avec un morceau de 10 minutes qui fait trembler les murs!

Le reboot de la série va au delà de toute espérance. La musique en fait tout autant. Rarement on a été pris par des violons stridents et des tambours exaltants. Giacchino a vite fait oublier l'effort de Patrick Doyle sur le premier épisode. En quelques notes, il nous emmène dans un monde animal, sulfureux et dangereux.

On retrouve le coté sauvage de la série Lost qu'il avait animé en musique. Il joue constamment sur les ruptures de ton. Il amène une guitare électrique. Il s'éclate littéralement et cela se ressent dans l'énergie communicative du disque. Ce n'est pas un registre sage et classique. L'auteur joue les aventuriers lui aussi comme les héros plus ou moins poilus du film.

Tous les styles se téléscopent dans la partition sans être une bouillie sans forme. Il y a une vraie harmonie dans l'ensemble. Au delà de la performance, il y a l'émotion que procure les mélodies, tribales ou tendres. De toute facon, elles dressent les poils.

Sony Classical - 2017

« LES TONDUES », Perrine LE QUERREC, Jacques CAUDA

 

La quatrième de couverture donne le « la » époumoné de ces « Tondues » à qui l’écrivaine Perrine Le Querrec lègue ses mots et le peintre Jacques Cauda son crayon à dessin. « N’a-t-on jamais demandé aux hommes s’ils avaient couché avec une allemande, les a-ton transbahutés sur des charrettes à travers villes et villages sous les huées ? A-t-on jugé leur sexualité, a-ton jugé leur chair, leur pénis, leur cœur ? »
Ceux qui se targuaient de clamer hier « Je suis Charlie », auront-ils le cran (sic) de clamer aujourd’hui « Je suis tondu » ? A défaut de tignasse, je n’en mettrais pas ma main à couper, mais qu’importe…

En un peu plus de trente pages courageuses (merci aussi à l’éditeur Z4), un épisode sinistre de l’histoire de France passe la mémoire enfouie des hommes à la Marie-Rose pour rendre moins lisse le crâne de l'infamie.

En même temps que tombent les chevelures tombent les masques des maîtres de l’exemplarité et rebondit le destin des femmes à travers les siècles. Le duo Le Querrec / Cauda scalpe au sécateur le non dit intemporel des outrages faits au « sexe faible ». Quand l’une écrit avec le vif de ses entrailles, l’autre fomente ses noirs dessins. Perrine s’exprime en urgentiste, Jacques décolore le trait. A chacun, chacune, sa partition dans un témoignage essentiel : donner à entendre pour effacer le silence de la langue, donner à voir pour gommer le silence des yeux. « Le silence des femmes. Ce silence de la peur de la honte un silence séculaire la langue mordue la tête tondue. Silence reste à ta place attends mon retour attends ton tour sur la ligne brisée de ton départ sans espoir d’arrivée. Et les cheveux tombent et les femmes tombent et la raison tombe et l’humanité tombe et je tombe le corps attaqué au sommet ».

A l’heure où les extrémismes de tout poil font sortir du bois la bête du totalitarisme, Perrine Le Querrec et Jacques Cauda nous appellent à bien plus que la vigilance, ils crient la rage de résister et le refus du laisser-faire. Leur crédo universel renvoie dos à dos le dévoiement des religions alibis de l’horreur, le diktat sexuel, le plaisir trouble du bourreau face à sa victime, l’oppression originelle du fort sur la faible.

« L’ennemi est désigné c’est l’ennemie, la femme c’est l’ennemie la faute le trouble l’incendie les bombes la menace. La chevelure c’est l’ennemie. Baudelaire. La poésie. La liberté. La sensualité. L’être profond. Les violences varient. Les violences spécifiques. A coups de ciseaux à coups de fouet à coups de pierre à coups d’acide à coups de rasoir à coups d’insultes à coups de verges. »

Loin des philosophes bénis oui-oui habiles à couper en quatre les cheveux de la réalité pour légitimer le déni, à contre courant des castes revanchardes pseudo-féministes, ce livre va au-delà de la demande d’égalité des sexes. Il est un vibrant plaidoyer pour le respect du « moi » de la femme, son essence et son intégrité, dusse-t-il en coûter aux hommes le partage du pouvoir qui va avec, et le vertige de la peur qui change de camp.

« Nous sommes métisses / Nous sommes l’épouvante et la puissance / L’utopie et la faille / L’inégalité flagrante vivante souffrante vibrante rayonnante / Nous sommes une bouche le langage – des seins un cœur- des bras l’étreinte – des cuisses la force – des yeux la perception – deux cerveaux l’intelligence – un sexe la vie / Une chevelure / Une femme. »

« Les Tondues » Z4 Editions. 12 euros.

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