La Montagne entre nous

C'est bientôt Noël! Entre miévreries et fraicheur, voilà un film parfait pour la saison.
C'est le genre de films qui sortent au moins de l'ordinaire! C'est toujours étonnant de voir des grands noms du cinéma se compromettre dans des films absurdes, fantasques sans le savoir, nul et prétentieux au final. C'est donc le cas du monumental La Montagne entre nous, sorte de survival glacial avec des sentiments qui tiennent chauds!
Armé d'un solide second degré, vous allez franchement vous marrer et passer un bon moment. L'immense Idris Elba est donc un neurochirurgien en deuil et l'immense Kate Winslet est une photographe de guerre. Leur avion ne peut pas décoller à cause d'une tempête. Présomptueux, ils louent un petit coucou. Manque de bol, le pilotefait un avc et le couple s'écrase tout en haut d'une montagne...
Un long périple plein d'épreuves les attend... et surtout ils vont s'ouvrir l'un à l'autre et comprendre le sens de la vie, de l'amour et plein de sentiments qui s'acclimatent au froid extrème et aux dangers de la nature. Le film ne fait pas dans la demi mesure.
Les paysages sont spectaculaires mais c'est bien la seule chose qui impressionne. Les comédiens en font des tonnes. La musique est crispante. Les situations et les rebondissements sont grotesques. Il y a même un chien qui cabotine pour bien nous attendrir. Mais heureusement tout se passe dans une nature sauvage. C'est l'argument choc du film et c'est vrai que le spectacle conserve un petit intérêt. C'est le plaisir champêtre de ce genre de nanar, "le film de stars dans la montagne boisée et enneigée". Ce n'est donc pas l'Everest ce film. Plutôt une morne plaine mais on peut y franchement rigoler! Pas sûr que ce soit l'effet voulu!
Avec Idris Elba, Kate Winslet, Beau Bridges et Dermot Mulroney - 20th century fox - 8 novembre 2017 - 1h45
Revolt

Vivre c'est se battre. Se battre c'est vivre.
Quand un film commence par ces mots, l'amateur de nanar ne peut que lever la tête sur ce film inédit finalement pas si nul. Si maintenant les petites séries B sont mieux que les blockbusters, où va la Monde. Parce que Revolt nous venge de tous les Transfomers qui abrutissent les masses et ridiculisent les fans de cinéma.
Pourtant il y a dans ce film des robots extra terrestres qui aiment bien la baston! Et ils s'en prennent à la Terre entière. Mais comme le budget n'est pas celui d'un navet de Michael Bay, on s'exporte en Afrique. C'est la bonne idée de ce film d'invasion. Le décor est inédit et sert un propos qui cherche l'efficacité maximum.
On n'est pas en lieu sûr donc malgré un scénario catastrophe que l'on connait que trop bien. Avec un héros mystérieux qui souffre du syndrôme de Jason Bourne, une doctoresse française donc pas mal foutue qui est débrouillarde avec une mitraillette et des machines venues du d'ailleurs qui détruisent tout.
Comme les moyens ne sont pas énormes, le pouvoir d'évocation est recherché par un cinéaste assez habile pour rendre l'invasion crédible et surtout le récit haletant. Le film est un peu cheap mais il fait beaucoup d'efforts et cela se voit. Le dépouillement général du film n'est pas sans rappeler la sécheresse déprimé de John Carpenter dans ses meilleures oeuvres.
Voilà donc un direct to video surprenant, humble et amusant. Une série B comme en fait peu désormais.
Avec Lee Pace, Bérénice Marlohe, Jason Flemyng et Leroy Gopal - factoris films
Eugénie Grandet, Balzac, La Guillonnière, Théâtre Montansier


Par le passé, Eugénie Grandet m’a déjà plu deux fois. La première lorsqu’à l’adolescence j’ai lu le roman d’Honoré de Balzac, et la deuxième en visionnant la belle adaptation télévisuelle signée Pierre Moustiers en 1994, avec Jean Carmet dans le rôle du père Grandet. Le 12 décembre dernier, la Compagnie « Le temps est incertain… » m’a donné une troisième occasion d’apprécier cette œuvre, au théâtre cette fois.
Le père Grandet est un avare digne de celui de Molière. Homme le plus imposé de sa ville, il n’en compte pas moins jusqu’aux morceaux de sucre et se montre avare en tout, même en paroles (il règle l'ensemble de ses affaires en quatre phrases : « je ne sais pas, je ne puis pas, je ne veux pas et, surtout, nous verrons cela »). Il inculque à sa fille unique, Eugénie, le culte de l’argent qu’il met au-dessus de tout, mais c’est sans compter sur l’Amour qui vient bouleverser la jeune femme et ses certitudes.
Un décor réduit à l’extrême (à la façon des Bouffes du Nord) illustre le dépouillement auquel l’avare astreint sa famille et permet au spectateur de mieux se concentrer sur l’écriture magnifique de ce texte visionnaire.
« Les avares ne croient point à une vie à venir, le présent est tout pour eux. Cette réflexion jette une horrible clarté sur l’époque actuelle, où, plus qu’en aucun autre temps, l’argent domine les lois, la politique et les mœurs. (…) Quand cette doctrine aura passé de la bourgeoisie au peuple, que deviendra le pays ? »
Le texte est beau mais difficile. Comment adapter au théâtre la richesse de la langue de Balzac sans la réduire aux dialogues ? Le metteur en scène Camille de la Guillonnière trouve la solution en ne distribuant pas vraiment les rôles mais en faisant tourner la parole entre les comédiens, la représentation ressemblant alors plus à une lecture qu’à une pièce de théâtre. Et c’est tant mieux en l’occurrence !
Bien sûr, il y a quelques maladresses dans la mise en scène, comme ces phrases prononcées à l’unisson par les six comédiens. Ce procédé fut à la mode il y a quelques (dizaines d’) années et je me souviens que toutes les adaptations/captations de pièces de théâtre à la radio en ont usé, jusqu’à l’écoeurement. Le problème de la monodie est qu’elle est fatigante pour l’oreille et, surtout, qu’elle bride les comédiens qui sont obligés de trop articuler et d’adopter un rythme artificiel pour pouvoir se caler les uns sur les autres. Maladroite aussi cette tirade dite par Lorine Wolff sur un rythme slamé façon lascar.
Mais ces quelques défauts ne retirent pas à la pièce ses grandes qualités au nombre desquelles figure la finesse du jeu de ces six jeunes comédiens dont la fougue nous fait ressentir avec émotion la force du drame qui se joue. Mention spéciale à Hélène Bertrand et à Charles Pommel. Elle pour sa touchante interprétation d’Eugénie Grandet et lui pour sa poignante interprétation d’un Grandet agonisant.
Eugénie Grandet, ou l’argent domine les lois, la politique et les mœurs
Les 12 et 13 décembre 2017
What if Nothing

En France, on ne connait pas ou peu Walk The Moon. Ailleurs ils ont cartonné avec quelques chansons pop joyeuses et légères. Mais le groupe doit désormais faire face à une terrible épreuve: que faire après un succès mondial?
Nick Petricca aime se déguiser. Il est le chanteur de Walk the Moon mais il adore les looks absurdes et les maquillages exubérants. Il rebondit partout et en plus, il chante plutôt bien. Il ne pouvait pas rester inaperçu avec son groupe de Cincinnati, Walk the Moon.
En 2014, le groupe balance des hits à la pelle avec l'album jaune Talk is Hard. Le succès a usé le groupe qui se remet en question après avoir connu tous les excès, les fatigues, les drames... Inspiré par la new wave mais aussi le rock, le groupe a un art certain de la pop grand public mais pas trop sacrifiée aux modes.
Le quatrième album montre que le groupe a connu des tiraillements. Il y a des choses électro pop et des objets sonores plus rock, voir punk. On devine les interrogations d'un groupe face au succès et à l'attente. Ils font donc un peu de tout mais avec un peut trop d'empressement. Il y en a pour tous les gouts. Certains titres seront bien installés sur les radios californiennes et d'autres seront plus discrètes.
Talk is Hard synthétisait sans aucune erreur la pop actuelle. Là, c'est un peu plus caricatural mais ce n'est pas déshonorant non plus. Le quatuor reste sympathique car il y a toujours de l'énergie qui force le respect. On pourrait même les soupconner de conserver une douce ironie face à leur art de la pop.
La pochette ressemble au sentiment que donne le disque: un patchwork un peu grossier de différents genres. Les liens entre les styles sont plus gros et le résultat impressionne moins que dans le précédent album. On ne leur en veut pas: l'exercice était vraiment dur!
RCA - 2017
Last Call

Je suis un tueur en affaires. Un chasseur de têtes. Je vends du rêve américain. Je suis au téléphone 70 heures par semaine et je profite du système à fond. Je suis le meilleur. Le loup de Wall Street, à coté de moi, c'est le clochard de Beverly Hills. Je suis joué par Gerard Butler, le roi des beaufs donc évidemment tu dois regarder ce film avec des sentiments.
Car c'est peut être la première fois que Gerard Butler décide de montrer qu'il a un petit coeur qui bat. Il interprète un requin qui baigne dans un océan d'avares omnubilés par l'argent et les clients. Comme il a tué des méchants par milliers, Gerard Butler, ca ne le dérange pas le capitalisme dans ce qu'il a de plus caricatural. D'ailleurs, la caricature, c'est un peu son fond de jeu à notre Gege, qui mine rien, file sur les traces de Steven Seagal ou Christopher Lambert.
Donc notre chasseur de tête va oublier le luxe, le business et les dollars quand un médecin va lui annoncer que son fils a une leucémie. Le rêve américain se brise et l'infame cadre redécouvre son petit coeur qui bat et que les autres, ce ne sont pas des chiffres ou des résultats financiers. L'équilibre vie privée vie professionnelle était précaire.
Là c'est carrément la catastrophe mais l'homme, le mâle, va devoir faire des choix cruciaux entre son humanité ou son portefeuille de cadre dynamique sans pitié et sans peur. Il va redécouvrir les choses simples de la vie, sa femme, ses enfants et tous les instants ricoré qu'il avait oublié.
Mais la mort rode. Il y a donc des scènes cruelles où Gerard Butler musclent ses larmes et son regard de chien triste. Il n'est plus le héros huilé et décidé mais un homme normal, victime des affres du Monde. Un père qui a oublié son sens des responsabilités et qui les retrouve un peu trop tard.
On devine l'hommage appuyé à ce cinéma généreux de Frank Capra. Dommage ce n'est pas ce dernier qui a réalisé ce Last Call, mélodrame ultra démonstratif comme une compétition de monsieur Univers. Les patrons sont des gros cons avides de pouvoir. Les femmes sont des victimes. Les hommes sont des abrutis. Et les enfants sont malades. C'est déprimant. Last Call sera mon dernier nanar de l'année, j 'espère!
Avec Gerard Butler, Gretchen Mol, Willem Dafoe et Alison Brie - Marco Polo
Monolith of phobos

Tous les clichés du psychédélisme sont là. De la pochette au troisième oeil, jusqu'au titre mystérieux qui pourrait sortir d'un livre de sf des années 50. Heureusement, il y a un petit plus dans ce disque qui fait tourner la tête.
Sean Lennon, fils de John, a rencontré le bassiste de Primus, le doué Les Claypool. Visiblement le courant est bien passé et les deux ont fusionné en un groupe ouvertement psychédélique: le Claypool Lennon Delirium. Le fiston de John a toujours aimé les ambiances ouatées et partage avec son papa, un regard assez éthéré sur la musique. Les Claypool est un type doué mais un peu jemenfoutiste. Effectivement les largesses musicales du genre vont parfaitement bien aux deux musiciens.
Qui se lachent comme des lions jetés dans une arêne. Ils tentent tout et souvent cela fonctionne. Bizarrement, ils vont chercher le moindre tic du genre pour le mettre dans leurs compositions mais ils réussissent à éviter la redite.
Bien entendu on grimpe dans le rock enfumé, qui s'essaie à tous les sons et les alliages les plus baroques. Les deux hommes trippent littéralement sur leurs instruments mais cela ne relève pas de la fumette dans un studio entre deux hurluberlus.
C'est largement accessible. On n'osera pas comparer avec les grands noms du genre mais dans la lignée de Tame Impala, le groupe assure. On a souvent peur du disque de branleurs. Ce n'est pas le cas. Les mélodies sont délicates et les instruments s'imposent en harmonie sans grande démonstration. Parfois on les perd un peu en chemin mais l'impression du disque est bonne, vivifiante et sincère.
Ca plane pour eux. Et pour nous!
Ato records - 2017
Jungle

Pour ceux qui veulent se faire mal sans trop souffrir, je vous conseille fortement la filmographie de l'Australien Greg McLean, spécialiste du film qui martyrise, qui sort son nouveau film physico-physique, le très vert Jungle.
On a découvert ce cinéaste avec Wolf Creek, et son chasseur australien fou qui traquait les touristes au fin fond de l'Australie. C'était déjà un spectacle rude et sans concession. Pour montrer qu'il aimait le bon gros film bourru, il a encore martyrisé des touristes avec le nature Rogue et son crocodile affamé.
Depuis le réalisateur a enchainé les films durs, couillus et bourrus. Il a déja décu et déconcerté. En bon Australien, le gaillard ne fait pas dans la demi mesure. Il le prouve une fois de plus avec Jungle qui raconte le calvaire réel de Yossi Ghinsberg, perdu pendant trois semaines dans la forêt amazonienne.
Après trois années dans l'armée israelienne, le jeune homme a besoin de voir ce qu'il y a au bout du monde et voyage seul durant un an. A La Paz il fait la connaissance d'un baroudeur qui veut l'entrainer dans les contrées inconnue de l'Amérique du Sud. Avec deux autres amis, il décide de partir avec son petit sac à dos et ses espoirs d'aventures!
Il va être servi: la nature ne fait pas de cadeau et la jungle devient un piège qui se replit sur le jeune barbu, innocent et rêveur. Daniel Radcliffe en prend plein la tronche. Le petit Harry Potter veut s'émanciper du rôle qui lui a offert la renommée et n'en finit pas de choisir des personnages torturés et moins lisses que le petit sorcier. Ici, il se fait mal.
Et le spectateur souffre avec lui. MccLean sait vraiment plonger le spectateur au coeur de la douleur, de la nature, de la minéralité et du désespoir. Le chemin de croix est une idée de cinéma pour McLean. C'est un peu long mais Jungle ne veut pas être un film poli et il s'acharne à ne pas être glamour ou rassurant. Juste pour ca, on dit merci! Welcome to the jungle!
avec Daniel Radcliffe, Alex Russell, Joel Jackson et Thomas Kretschmann - 2017






