Jester Show, David Foster Wallace, Laurent Lafargue, Les Déchargeurs


Livre culte parue en 1996, L’Infinie comédie est un livre fleuve de 1486 pages qui a passionné des millions de lecteurs dans le monde entier. David Foster Wallace y propose une vision pessimiste de l’avenir des États-Unis.
A l’occasion de la sortie de la traduction française de L’Infinie Comédie en 2015, Laurent Lafarge se voit proposer une lecture de ce texte méconnu en France. Cette lecture lui donne envie d’aller plus loin en montant un spectacle. Laurent Lafarge a du retravailler ce roman foisonnant afin d’en proposer une version théâtrale d’une heure quinze. Il a choisi de traiter principalement le thème de l’addiction.
Le spectacle se décompose en deux parties. Durant la première partie, plusieurs récits s’entrelacent afin d’expliquer l’addiction et les démarches vaines pour essayer d’en sortir. Ces récits sont rythmés par l’apparition de Pat, doctoresse punk et veineuse de l’Ennet House. A mi-chemin entre le centre de rétention et la télé poubelle, l’esthétique kitsch tranche avec les discours désespérés des résidents.
On a du mal à suivre le fil rouge de cette première partie. Nous sommes ballotés entre les récits de shoot, les généralités de Pat et des extraits vidéos visant à dénoncer la société de consommation.
La seconde partie consiste en un très long monologue mené par Poor Tom qui raconte sa longue agonie. C’est lent, glauque et on finit par se laisser bercer par le son de sa voix sans prêter attention aux mots.
Les éléments pris séparément semblent fonctionner : le texte abrupte, la mise en scène rock’n’roll, la performance des acteurs. Mais, cela reste compliqué d’apprécier le sens globale de cette pièce et d’y retenir un message clair. On ne cesse de se demander : Où va-t-on ?
Du 16 octobre 2018 au 3 novembre 2018
Jester Show
Texte de David Foster Wallace / Mise en scène de Laurent Lafargue
Jeu avec Antoine Basier et Déborah Joslin
Les Déchargeurs
Young girls punk rock

Le disque kawai et punk de l'automne!
Parce qu'elles sont toutes mignonnes nos trois punkettes de The Lilix & Didi! Les grandes marques impriment désormais des tshirts Ramones, Clash ou Motorhead. Les trois adolescentes se sont mises à les écouter.
Ainsi que des choses plus françaises comme les Wampas et Renaud. Le rock. Le pur. Le dur. Celui qui fait suer et cracher. C'est cela qu'elles aiment. Elles jouent donc vite et fort, aidées par un adulte guitariste.
Les voix sont hautes perchées et vont bien au punk à l'ancienne. Elles célèbrent leurs héros et s'amusent visiblement beaucoup à maltraiter la bienséance et les conventions d'aujourd'hui. Elles vont faire pleurer les vieux schnoks ou notre vieil ami Philippe Manoeuvre. Leur reprise de Boom Boom Boom est assez réjouissante. De toute façon, elles brisent toute envie de critiquer car les musiciennes sont passionnées! Cela s'entend: c'est une grande qualité sur un album!
En avance sur leur âge, elles assurent avec leurs titres qui dépassent une seule fois les trois minutes. Elles respectent le cahier des charges et jouent sans réserve. Pour ceux qui critiquent tout le temps les jeunes, voilà un disque qui réconcilie avec la jeunesse... si on aime l'énergie pétaradante, la transpiration, les doigts d'honneur et le bon vieux punk des familles!
En tout cas, Young Girls Punk Rock nous venge des Kids United!
M&O Music - 2018
Chansons bizarres 3

Chansons bizarres et plaisirs vieillots, c'est le programme que nous propose le très très discret, héros des années 60, Long Chris.
Pour les plus calés, Long Chris n'est pas un inconnu. C'est un proche de Johnny Hallyday. Ils se brouillent lorsque notre regretté Jojo épouse la fille de Chris, Adeline. Et pourtant, Long Chris vaut mieux que les pages people: c'est un artiste attachant.
Il a écrit de nombreuses chansons dont Gabrielle, valeur absolue de Johnny Hallyday. Sous son nom, sa discographie est très limitée. Long Chris avait tout quitté pour le monde des antiquités, son autre passion. La reconversion était totale. Mais en 2017, il donne une suite à son album de 1966, Chansons bizarres pour gens étranges. Et voici donc un troisième volet à 76 ans.
La voix est un peu hésitante mais le rock est intact. Simple. Binaire. Bizarre selon les critères de 2018. Aidé par Gregoire Garrigues, musicien couteau suisse, ils découpent ensemble ce rock à la française, plutot sensible, toujours aiguillé par Dylan et les plaisirs évidents des années 60.
C'est décalé. Mais attachant. On tombe sous le charme avec une ballade comme Je me suis Réveillé dans ton Matin. On sourit lorsqu'il ouvre le placard rempli de fantomes du rock'n'roll. Produit sans fioriture, c'est un peu kitsch mais cela fait tout le charme de l'album.
Car il semble y croire encore. Ca fait de lui un type bizarre. Et nous, des auditeurs étranges!
Milano records - 2018
Cold War

La Pologne d'après guerre. Un amour impossible. Un noir et blanc rayonnant. Un sombre destin. Cold War est un mélo de poche, subtile et magnifique!
Pawel Pawlikowski sait faire des films en noir et blanc. Avec un cadre d'image presque carré, il veut faire la différence et la cultiver. Cela a très bien fonctionné avec Ida et il confirme tout son talent avec Cold War. On est saisi par la simplicité et la beauté de ses images dans un noir et blanc d'une subtilité rare.
Le choix esthétique lui permet des raccourcis narratifs énormes. La grande qualité de son cinéma c'est de ne pas expliquer ou de démontrer. Son illustration d'une romance interdite est concise et très réfléchie. Certains trouveront cela douteux.
On a le droit de s'enthousiasmer devant un type qui fait les choses autrement! Le mélo selon Pawel Pawlikowski passe sous la barre de l'heure et demi tout en profitant au maximum de l'économie de moyens. Pourtant nous allons passer une quinzaine d'années dans les bras de Wiktor et Zula, deux amants pris dans les tourments de l'Histoire.
Il doit monter une école de musique en Pologne, juste après la guerre. Sur des ruines, il réussit à monter une troupe, qui finit par intéresser le monde politique. Wiktor n'en a que faire de la gloire de Staline. Il a un rêve de liberté. Jouer du jazz à Paris. Il veut le partager avec une de ses élèves, l'impétueuse et ravissante Zula...
Les deux personnages vont s'aimer et se haïr. Les regards, les positions, les gestes ont leur importance. Le noir et blanc magnifie tout cela. Le Paris Bohème rassure à coté d'un Berlin marqué par la déchirure et la violence ou la boue de la campagne polonaise.
Pawel Pawlikowski pourrait tomber dans le cliché mais sa mise en scène nous permet d'envisager le mélo sous une autre forme, cherchant une poésie dans chacun de ses plans. Le réalisme tombe comme nos amoureux pris dans une guerre froide plus cruelle que toute relation amoureuse.
Epuré, le mélo devient innovant. Chaque image se gorge d'émotions et de subtilités incroyables. Tragédie, Cold War est un vrai petit moment de cinéma, mélancolique et stimulant!
avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza et Jeanne Balibar - diaphana - 24 octobre 2018 - 1h27
Halloween

40 ans que ca dure. Cette fois ci il retrouve sa proie favorite. Et nous on retrouve presque le charme du premier épisode d’Halloween !
Finalement, c’est ce qu’on aime chez ce cher Michael Myers: son efficacité. Assassin immortel caché derrière un masque, effrayant par sa neutralité, John Carpenter a inventé il y a quarante ans déjà, l’ultime monstre de cinéma. Pas de sentiment. Pas de pathos. Pas de paroles. Une machine à tuer. Simplement.
Il rentre donc chez l’habitant et transforme le moindre outil en arme fatale. Depuis le film de Carpenter, il y a eu des suites plus ou moins regardables. Rob Zombie, maître de l’horreur sauvage, lui a consacré deux épisodes bien agressifs mais trop explicatifs. La longévité d’un tel concept a de quoi surprendre. Même Freddy Krueger ou Jason Vorhees n’ont pas le même impact.
Ici, le cinéaste estampillé « indé » David Gordon Green, revient un peu aux bases. Il a le soutien de Jason Blum, qui rentabilise comme il faut le succès de Get Out. Halloween, version 2018 fait omme si toute la saga n’avait pas existé. Il y a donc Michael, surnommé The Shape, et Laurie Strode, baby sitter initial et victime légendaire. Elle est désormais grand-mère mais se prépare au retour du serial killer. Elle a donc tout prévu et toute sa famille la prend pour une survivaliste alcoolo.
C’est cet aspect qui est intéressant : deux marginaux rongés par la violence et l’envie d’en découdre. Deux faces de la même pièce. Le réalisateur réussit une bonne partie du temps à élever le niveau de la mise en scène assez maniérée mais agréable.
Il est aidé par une Jamie Lee Curtis qu’on aime toujours autant, crédible en folle de la gachette. Et notre psychopathe dézingue avec toujours autant de talent la gentille vision de l’Amérique blanche planquée dans une fade banlieue.
Hélas, le scénario repose sur des mécaniques un peu visibles et la dernière partie est un peu trop longue pour hisser l’ensemble au niveau du chef d’œuvre de l’horreur de John Carpenter. D’ailleurs c'est encore une bonne idée: avoir mis Carpenter à la place du compositeur.
Il s’amuse comme un petit fou avec son célèbre morceau toujours aussi flippant. C’est lui qui fait le lien entre les scènes plus ou moins attendus. Trop synthétique, le film est un assemblage de scènes assez bien revisitées mais pas toujours convaincantes. Inégales, ces retrouvailles semblent loin de l’inévitable mode des « reboot ». C’est déjà ca !
Avec Jamie Lee Curtis, Nick Castle, Judy Greer et Will Patton - Universal - 24 octobre 2018 - 1h40
Venom

Finalement c'est presque marrant, un film de super héros totalement raté. J'avoue qu'aujourd'hui encore j'ai une petite pensée émue pour le fameux 4 Fantastiques qui s'est écroulé sous des tonnes de problèmes de production, entre un réalisateur foireux et un rereremontage catastrophique.
On se disait que ca ne pourrait plus arriver: Venom démontre que Marvel et DC sont encore capables de faire de véritables navets, couteux et presque charmants. Car ils sont vendus comme de beaux véhicules clinquants et ont vraiment du mal à résister au contrôle technique.
Justice League était bien foireux, mais là, on a l'impression de retomber dans les travers des années 90. Le film de Ruben Fleischer aurait sa place entre le Batman & Robin de Joel Schumacher et Spawn, film qui semble inspirer le look du fameux Venom.
Car notre super héros est en fait un vilain virus visqueux venu de l'espace qui squatte le corps des humains. Lorsqu'il tombe sur le corps costaud de Eddie Brock, il se dit que faire le bien c'est peut être pas mal après tout...
Mais bon, il y a toujours un sombre milliardaire pour embêter tout le monde et conquérir le Monde. Et puis il y a toujours une blonde amoureuse. Et il y a des voyous idiots. Et des courses poursuites. Et des types de bonne volonté...
Le cahier des charges est complet mais le réalisateur (du sympathique Bienvenue à Zombieland) n'arrive pas à lier toutes ses obligations. Pire, il laisse Tom Hardy dans un rôle casse gueule où il n'est qu'une parodie de lui même. Et que dire de Michelle Williams qui n'est la que pour prendre quelques dollars pour se payer une opération... Tout le monde s'ennuie cruellement, à commencer par le spectateur. Pas de prise de risque. Pas d'imagination. Pas de surprise. Pas d'effets convaincants. Parce que la créature de l'espace est finalement un super héros comme les autres, Venom est consternant. On en regrette presque les 4 Fantastiques!
Avec Tom Hardy, Michelle Williams, Riz Ahmed et Jenny Slate - sony - 10 octobre 2018 - 1h45




