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Anaconda, Tom Gormican, Sony Pictures


Jack Black fait des grimaces et de la musique avec sa bouche. Comme toujours. Paul Rudd fait le beau gosse maladroit. Comme toujours. Steve Zahn reste le second couteau le moins bien exploité de la planète. Tout comme la charmante Thandie Newton, cachée sous la coupe de cheveux la plus étrange de l’année. Voilà le quatuor qui va affronter de nouveau le serpent géant et carnivore !
Et autant le dire tout de suite : on est à peu près au même niveau que cette saga qui comporte déjà six films (des direct to video). C’est mauvais. Ce nouvel épisode se veut une variation comique du film d’aventures et d’horreur. Ce n’est pas drôle et ça ne fait pas du tout peur.
Pourtant les vingt premières minutes sont assez sympathiques. Les deux stars d’Hollywood font leur numéro mais ils le font assez bien. Pour un quadra cinéphile, voir des stars jouer des quadras cinéphiles, c’est assez touchant. La fascination du cinéma, le plaisir coupable des nanars, les utopies que la fiction peut engendrer, le rêve de gloire… Oui, le film observe les doux rêves de paumés dans la vie.
Et l’idée de les voir refaire le film Anaconda est amusante et bien sentie avec l’arrivée d’un personnage brésilien joué par Selton Mello, plus nuancé que les autres acteurs. Le film devient pourtant plus flou à partir de son arrivée. Le scénario se perd comme les personnages s'enfoncent dans la forêt amazonienne.
Il y a une histoire d’or, un anaconda affamé et des zozos largués au milieu du fleuve qui dissertent sur le coup de boule. En termes de tensions, comiques ou horrifiques, les scènes s’annulent les unes après les autres.
Le réalisateur (Tom Gormican), qui a refait récemment Le flic de Beverly Hills, compile les blagues meta et les situations grotesques, presque gênantes. Tout est en pilotage automatique et sans grand intérêt. On devine un film sympa mais totalement saccagé par une histoire qui n’est jamais tenue. Ça sent l'improvisation. Une réplique dans ce sens ressemble à un aveu.
Ainsi les acteurs semblent un peu largués dans ce film qui partait sur un postulat intéressant. Bon allez, du navet pendant les fêtes, ce n’est pas si indigeste. Mais on regrette que ce soit réellement sans saveur !
Au cinéma le 30 décembre 2025
avec Jack Black, Paul Rudd, Thandie Newton et Steve Zahn
Sony Pictures - 1h30
Avatar 3, de feu et de cendres, James Cameron 20th Century Fox

Un peu raté, un peu passionnant, Avatar 3 est un film “un peu”. Ce n’est pas forcément le vœu de James Cameron, roi du monde numérique et qui trouve enfin ses limites avec ce troisième épisode sur la planète Pandora.
En réalité, le nouvel Avatar est comme le précédent : trop long. Quand le temps se met à traîner, le spectateur a le temps d’échapper à la force de l’émerveillement et d'observer les contours, les finitions et finalement les répétitions. Avec sa carrière exceptionnelle, James Cameron fait dans l’autocitation et ça donne une impression de tourner en rond. Ça sera le gros problème de Avatar 3.
On découvrait la faune de la planète dans le numéro un. On comprenait la complexité de la planète dans le numéro deux. On baille poliment devant le numéro trois qui se permet une narration trop proche du numéro deux. Et un vilain sentiment de copié-collé pour les scènes finales, spectaculaires et finalement ennuyeuses.
Bon une fois encore, on est sur un film de plus de trois heures. Donc quand les Na’vi défendent une écologie new age et simpliste, on regarde sa montre. On est plus sensible sur quelques scènes intimistes : Cameron réussit avec toute sa technologie contrainte et voyante, à faire passer des émotions. Juste pour cela, cet Avatar est passionnant.
Les effets spéciaux se mettent au service de sentiments. Et cela fait la différence dans le monde lissé des blockbusters ! L’artifice rend compte d’une réalité affective. C’est bluffant. Car finalement les Na’vi sont la version guerrière des Schtroumpfs.
James Cameron restera comme le plus grand technicien de tous les temps mais il est plus fragile sur l’aspect narratif. Il nous fascine avec ses obsessions (en gros le parallèle homme machine) mais il se base sur des stéréotypes parfois grossiers. Il fait néanmoins un énorme effort ici avec une méchante charismatique, Varang, sorcière d’une tribu qui vit à l’ombre d’un volcan.
Là, il y a de la hargne et de la malice. A quelques endroits, le personnage apporte un miroir déformant des héros presque malaisant. Belle et cruelle, elle nous fait espérer le meilleur puis au milieu du film, plus rien : elle devient un second couteau, comme une vieille James Bond Girl que l’on jetterait aux crocos. A l’inverse, l’enjeu du film se base sur le personnage le plus faible et caricatural du film. Si bien que le film devient bancal.
Les héros sont des bénis oui oui. Les méchants grimacent comme des catcheurs américains. Et pourtant il y a encore cette magie. Cameron, avec Avatar, veut clairement créer une mythologie moderne. Mais reste très conventionnel. L'œuvre dans son ensemble est même un échec à ce niveau.
Pourtant le réalisateur de Titanic conserve cette technicité qui nous plonge, presque malgré nous, dans un monde réellement original, avec quelques zones d’ombres bien senties (petite passion pour les calamars voraces et évidemment géants) et une grande ambition qui conjugue tous les médias et tous les sens. Avatar, en odorama, on y est presque.
Ce troisième épisode est encore sensoriel. Se dire que tout est numérique force le respect. C’est un blockbuster mais il est honnête par tous les sentiments qui le traversent. Ceux de l’auteur, toujours à la recherche d’une formule magique ; ceux des personnages qui n’existent pas vraiment et qui pourtant arrivent à être vibrants ; ceux du spectateur qui rencontre un parc d’attraction inédit, parfois ridicule, parfois secouant.
Cameron tente trop de nous convaincre qu’il est un créateur. Son film manque d’humilité : cela gonfle à la fois les défauts et les qualités. De toute façon, même un Cameron en petite forme, cela donne une œuvre fascinante à suivre.
Au cinéma le 17 décembre 2025
de James Cameron
avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Stephen Lang et Oona Chaplin
20th Century Fox - 3h17
Dossier 137, Dominik Moll, Haut et Court


Dominik Moll est un auteur insaisissable. Lorsque l’on observe sa trajectoire depuis son premier succès Harry Un Ami qui vous veut du Bien, en 2000. Avec son complice Gilles Marchand, le cinéaste continue d’épurer son idée du thriller jusqu’à la moelle… ou le réel le plus réel.
Car il est loin le temps de Lemming, sortie fantastique du réalisateur. Depuis La Nuit du 12, on redécouvre un passionné de polar qui s’en prend aux fondations du genre. Très astucieux et respectueux au début de sa carrière, l’homme a retiré les oripeaux au genre et sa dernière œuvre est un regard clinique aussi froid que motivant.
C’est Ken Loach chez les flics. Le social pénètre totalement une intrigue d’une banalité apparente et presque ennuyeuse. Stéphanie Bertrand travaille à l’IGPN. Face au mouvement des Gilets Jaunes, en 2018, elle recueille les plaintes de tout bord. Une femme vient porter plainte car son fils est à l’hôpital après un tir de flashball.
La policière mène son enquête et fait une découverte qui évidemment ne va plaire à tout le monde. Dominik Moll jouait avec les images et les ambiances, il y a quelques années. C’est fini. Le style est posé mais très direct.
Le film s’infiltre entre le boulot plutôt ingrat de la flic, parfaitement jouée par Lea Drucker, et sa vie personnelle bousculée par un ex mari un peu virulent et l’arrivée d’un chat errant. Mais il n’y a rien d’extraordinaire chez cette personne, assez volontaire.
Comme il n’y a rien de folichon dans son enquête qu’elle dirige avec quelques collaborateurs qui ont de la compassion pour la colère des manifestants et les réactions parfois violentes de leurs collègues.
Pourtant, par un habile montage, Dominik Moll nous attrape par la main et nous met dans le sillage d’un fait divers qui illustre une violence sourde, idiote et même étouffée par les institutions. Le réalisateur nous installe ensuite à coté de Stéphanie Bertrand et nous fait deviner tous les sentiments qui l'habitent.
Les témoins et les victimes ne sont donc plus que des points d’ancrage pour arriver à la vérité, qui d’ailleurs ne donne aucune forme de réconfort. Comme à son habitude, Moll conserve ce ton rageur malgré une forme différente de ces premiers films. C’est une succession de faits, qui finissent en constat mais qui trouve dans une forme cinématographique, une efficacité d’un thriller à l’ancienne. C’est froid et indélicat mais terriblement bien fichu.
Avec Léa Drucker, Solan Machado Graner, Jonathan Turnbull et Stanislas Mehrar - Haut et court - 1h55
Disques diablotins pour Noël

Bon on va continuer de fuir les petits anges, les saints glinglin et la naissance du petit Jésus avec des disques joyeux, heureux et d'une certaine manière, exigeants ! Vous n'avez pas l'impression de baisser vos exigences lorsque les sapins de Noël se pointent dans votre salon ? Le bon goût semble disparaître à l'avantage d'un ensemble culturel rigide, ennuyeux, rouge et vert. Ce n'est pas vraiment la magie de Noël mais plutôt la loi de Noël !

En bas du sapin, je vous invite à y déposer le disque de Blu et August Fanon, un formidable album de hip hop, qui nous console de toutes nos productions locales, sclérosées elles aussi par des conventions lourdingues.
Ici, on parle musique et on fait une mise au point sur la quarantaine, moment phare qui permet de prendre du recul et d'avoir des idées pour le futur. Le flow est d'un lyrisme étourdissant et surtout il se dépose sur les boucles sonores d'August Fanon, petit génie du sample.
C'est un peu fait à l'ancienne mais on apprécie grandement les rassurantes influences jazz et soul. C'est un vrai cadeau que ce disque qui refuse de faire dans le jeunisme.
Il y a une vraie réflexion sur le temps qui passe et la place d'un art dans une vie. C'est d'une élégance rarement entendue dans un style qui apprécie plus le clash et la démonstration. On retrouve le goût de la chronique et des paroles assez poétiques. Le tout est vraiment collaboratif. C'est un disque de bonne action.

La musique de Vulfpeck est elle aussi pleine de bonnes vibrations. Cette fois-ci, pour les fêtes, le groupe vous invitera à une grande farandole autour de grooves joliment datés. Voici le genre de groupes qui ne peut sortir que des Etats-Unis et son entertainment forcené. Impossible de résister aux riffs de Vulfpeck, ses lignes de basses délicieuses et ses rythmes gorgés de funk. Ajoutons à cela une voix exceptionnelle.
Clarity of Cal est une nouvelle excuse. Comme Dave Matthews Band, les chansons sont des pistes pour des sessions de jam bands qui devraient électriser les salles de concerts du Monde entier (ils sont à Paris en juillet). Cela reste de très beaux morceaux avec des musiciens qui bien entendu font monter la qualité du son à des hauteurs inimaginables.
Quelques parties instrumentales hérissent les poils de plaisir. Les rats de studio se prennent pour des stars et Vulfpeck ressemble à une belle revanche sur un système qui voudrait tout ripoliner. Le professionnalisme se confond avec le talent, l'humour (bah oui) et l'exaltation. Ce disque est le plus beau chant de la saison. Du soft rock en état de grâce.

Enfin, pour Noël, on vous offre des pulls moches alors que l'on devrait vous donner une grande épée, un bikini (pour vous aussi messieurs) et un cheval blanc pour aller vous battre contre les forces du mal. C'est ainsi que se présente la chanteuse du groupe Castle Rat qui réunit des fans des costumes médiévaux et du métal exalté.
The Bestiary est le nom de leur second opus et confirme bien que le groupe se vautre avec délice dans un heavy metal, qui a inspiré par le passé toutes les grimaces de Jack Black. Heureusement pour nous, la blague n'a rien de grotesque et est joliment exécutée.
On n'a pas du tout l'envie de les prendre au sérieux quand on voit les costumes assez délirants du groupe, la licorne sur la pochette et les inspirations kitsch. Mais musicalement la leader du groupe, Rat Queen, assure le spectacle : une voix qui se glisse dans une cérémonie électrique d'une remarquable confiance.
Pas de second degré et ça fonctionne: c'est un disque d'heroic fantasy. Cela va plutôt bien à l'hiver avec ses ambiances blanches et mortes. On ricane avant de se laisser convaincre.
Les New-Yorkais réussissent à nous transporter dans un univers crédible musicalement qui rappelle les grandes heures de Black Sabbath et quelques titres de Genesis ou Led Zeppelin peuplés de druides et autres bestioles rupestres et imaginaires. Si vous êtes en manque du Seigneur des Anneaux, ce Bestiary fait le job : de la grosse artillerie lourde mais présentée avec beaucoup de cœur...
Pour que votre Noël soit différent cette année...
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L’inconnu de la Grande Arche, Stéphane Demoustier, Le Pacte

Mon père est passionné d’architecture. Quand je lui ai dit avoir vu le film sur le concepteur de la Grande Arche, il m’a répondu simplement : « je sais juste qu’il a un nom imprononçable ». Le titre du film est donc bien mérité.
Et donc nous présente un récit méconnu et pourtant passionnant. Stéphane Demoustier avec son style sec mais très précis nous offre une petite leçon d’histoire brillante et pétillante. Avec des effets spéciaux à couper le souffle.
Hé oui : vous serez bluffés par la reconstitution du quartier de la Défense dans les années 80. L’air de rien, les travaux pharaoniques du président Mitterrand sont très bien retranscrits à l’écran. On a vraiment les pieds dans la boue et le nez dans le béton.
Au milieu de cela se trouve effectivement un Danois, droit comme un piquet, qu’on pourrait prendre pour un clone de Monsieur Hulot. C’est pourtant le très rigide Johann Otto Von Spreckelsen, architecte discret mais qui remporte à la grande surprise de tous, le concours lancé pour faire de la Défense, le plus grand quartier d’affaires d’Europe.
Sur ce monsieur taciturne et courageux, tombent la responsabilité d’une œuvre immense, l’ambition d’un président grandiloquent et mille et un compromis à faire pour la réalisation de ce qu’il appelle « le cube ».
Le gros souci de cet architecte : il veut réaliser l’œuvre de sa vie !
Mais la réalité est sans pitié. Très vite, il doit mettre de l’eau dans son vin et entendre les vérités politiques, les enjeux économiques et les défis techniques. Le jargon quasi scientifique pourrait nous inquiéter ou nous perdre. Stephane Demoustier a la belle idée de prendre des acteurs qui juste avec leur physique nous permettent de nous perdre avec plaisir dans cette satire du pouvoir.
Les corps sont plus explicites que les décors. On se prend d’affection pour ce type immense perdu dans les couloirs de la vie politique française. On aime le fiel contrôlé de Michel Fau qui prend un malin plaisir à jouer François Mitterrand. Xavier Dolan apporte lui de la fraicheur en pion ministériel tandis que Swann Arlaud continue de montrer qu’il est peut-être le meilleur comédien français actuellement. Sidse Babett Knudsen est bien entendu parfaite. C’est une vraie troupe et cela fait vivre une histoire qui, sur le papier, pourrait paraitre fade.
Tout se raconte avec une subtilité rare et on apprécie le ton aimable du cinéaste qui ne fait pas dans la démonstration facile. Il décrit simplement un géant aux pieds d’argile et comment il se les prend dans le tapis de l’administration française. Jamais populiste, ce film est d’une douceur mordante que l’on connait plus. Donc à découvrir !
Au cinéma le 5 novembre 2025
Avec Claes Bang, Michel Fau, Swann Arlaud et Xavier Dolan
Le Pacte – 1h45























