The unseen in between

Il a un beau visage fin. Il a un regard clair un peu perdu. Il est un fil de fer à l’élégance naturelle. Il aime les guitares et les ambiances un peu ouatées. Steve Gunn est le mélodiste du mois.
Car le bonhomme a une discographie conséquente qui a tout de suite plus à Kurt Vile, nouveau maitre étalon du song-writing en Amérique. Il a travaillé avec tous les nouveaux héros du genre comme War on Drugs.
Il a le look de ses artistes torturés et surdoués, qui devraient finir incompris. Mais en ce début d’année, il y a de la place pour son nouvel album, The Unseen in Between, œuvre qui rappelle rapidement l’importance des mélodies et des harmonies. Et puis aussi, c’est un disque de guitariste.
Touche à tout, il aurait pris son temps cette fois. L’homme pressé a vécu un deuil et s’est mis à écrire alors pour lui-même. C’est un album d’introspection. Mais on ne s’ennuie jamais car le musicien reste le patron et ne s’abandonne pas à tout sentimentalisme. Non, c’est un disque dur et fort en guitares.
Il s’exprime à travers elles, qui embrasent des mélodies diffuses mais réellement éloquentes. Il fait penser à Neil Young par cette façon de sa cacher derrière un instrument capable d’être protéiforme. Il profite allégrement des transformations sur dix nouvelles chansons qui vont de la pop à la country.
C’est bel et bien de la musique américaine. Belle et raffinée. Elle a l’intelligence de suggérer. Elle cherche à nous convaincre que la beauté existe même dans la tristesse. Steve Gunn a eu raison de prendre son temps. Son disque est l’une des découvertes de ce début d’année. Le genre de petit plaisir qui nous fait aimer les débuts d’année…
Matador - 2019
L’absence de guerre – David Hare – Aurélie Van Den Daele – Théâtre de l’Aquarium

La théâtralité en question
L’absence de guerre est un thriller politique qui emmène le spectateur dans les coulisses d’une campagne électorale sur le sol britannique. George Jones appartient au parti travailliste. Alors que la campagne s’annonce compliquée, un rebondissement politique lui permet de saisir la chance d’apparaître dans la lumière médiatique pour emmener son parti au pouvoir.
Dès lors le spectateur assiste au machiavélisme et au cynisme d’hommes et femmes à la conquête du pouvoir, quels que soient les obstacles à franchir. « Tu comprends, les gens croient que les élections, ça se gagne à coups d’arguments... Ils croient que quand un homme politique parle, c’est un acte raisonné. Mais pas du tout. C’est une stratégie. C’est une prise de position. Ce n’est pas un débat. En fait, il n’y a jamais de débat. » proclame le conseiller politique de Jones. Le texte écrit en 1993 par David Hare, appartient à une trilogie qui explore, sous forme de chroniques sociales et de comédies de mœurs, l’Angleterre de la fin du XXème siècle. Le ton est sévère. L’actualité politique et sociale française donne aujourd’hui une nouvelle coloration au texte britannique.
L’absence de guerre interroge par les mots la citoyenneté occidentale contemporaine. La mise en scène d’Aurélie Van Den Daele interroge le regard su spectateur et la théâtralité de la fiction. Le plateau, siège du parti, est surplombé d’un écran géant sur lequel est vidéoprojeté tout au long du spectacle gros plans et plans américains des comédiens. Le mur de fond de scène, vitré, laisse apparaître un autre espace scénique occupé par les comédiens, tandis que la partie jardin, seulement visible du caméraman, est occupée par un couloir allant vers le fond de scène. Une scénographie spectaculaire.
Le cameraman qui travaille au Steadicam retransmet le discours des personnages invisibles du spectateur sur le grand écran. La performance technique est remarquable. L’importante alternance des plans séquence dans les espaces OFF avec le jeu des comédiens en scène, la musique sous tension, donnent une réelle urgence à la pièce de Hare dans laquelle la théâtralité finit par se dissoudre au profit du tout-cran et d’une fiction plus cinématographique proche des séries américaines à succès comme House of cards. L’écran captif, les mouvements permanents des comédiens dans des espaces éclatés, font leur effet. Si le spectateur, hyperstimulé, perd en sensibilité pour absorber le point de bascule dramatique et la chute de l’anti-héros, le spectateur ne peut que s’incliner devant la force du dispositif scénique et le rythme très soutenu des comédiens. Un spectacle en phase avec notre civilisation audiovisuelle et la domination d'une image parlante qui laisse peu de place aux silences.
http://www.theatredelaquarium.net/L-Absence-de-guerre
à l’Aquarium du 8 janvier au 3 février 2019
du mardi au samedi à 20h - le dimanche à 16h
en tournée du 21 mars au 12 avril 2019
le 21 mars 2019 - LA FAÏENCERIE - CRÉIL
> les 2 et 3 avril 2019 - THÉÂTRE LES ÎLETS - CDN DE MONTLUÇON
> le 5 avril 2019 - FONTENAY EN SCÈNES
> du 9 au 12 avril 2019 - THÉÂTRE DE LA CROIX ROUSSE - LYON
(en cours sur 2019/20)
Souviens moi

Laurent Montagne, grimpeur confirmé de la musique hexagonale, continue de se promener sur les sommets avec une légèreté bienvenue.
C'est ce que l'on aime chez ce musicien de la Drome: son aridité lui offre une grande liberté. Depuis vingt ans, il jongle avec les mots pour soutenir sa réalité. Une vérité délicieuse, celle d'un poéte moderne, fils des Tetes Raides ou Louise Attaque.
Il arrive à faire des ponts entre la pop et la chanson française. Il a la politesse de mettre de l'élégance dans ses colères et ses révoltes bien contemporaines. Il aime les riffs qui balancent. Il évite toute agression. Il pense avec de la joliesse dans ses compositions.
Après un album pour les enfants, il se rappelle à notre bon souvenir comme une espèce de chanteur orgueilleux mais sincère. Souviens moi rassemble tout ce que l'on aime chez un compositeur bien de chez nous: il a la gouaille, le charme et l'humour des paroles drôlement assemblées et des refrains assez doux.
Il y a donc une espèce d'ironie qui émerge et qui fait franchement plaisir à attendre. Dans notre époque où ca ne dérange plus de se matraquer pour des idées, la nuance est une qualité que l'on apprécie beaucoup. On est servi par ces dix nouvelles chansons qui séduisent sans aucun problème. Il a la bonne idée de revendiquer sans hurler et surtout de chercher à nous convaincre avec le gout certain de la séduction. Le chanteur à découvrir en ce moment: c'est le conseil du jour!
Quasi indestructible production - 2019
The front runner

Jason Reitman observe son passé pour décrypter le présent. Facile mais intelligent.
Gary Hart est un démocrate ambitieux. Il est jeune. Il est beau. Il est intelligent. Il est progressiste. Il a une femme admirable et il ferait presque peur à Ronald Reagan, président des années 80. Il a une femme admirable. Il a une équipe qui croit en lui pour battre le sbire conservateur, George Bush.
Mais le problème est déjà là : il est démocrate. Cette bonne vieille tradition des candidats démocrates à trop aimer les femmes. Kennedy, Clinton etc. Jason Reitman, poil à gratter du cinéma américain (Juno, Young Adult), fait donc un petit cours d’histoire, sur une époque étrange où un homme voulait préserver sa vie privée.
Une bonne blague aujourd’hui. Mais Reitman (fils du grand Ivan dont il va reprendre la série des Ghostbusters) parle finalement d’aujourd’hui. Il propose un moment presque anecdotique mais finalement, c’est un reflet assez effrayant des méthodes médiatiques et politiques d’aujourd’hui. Cependant il ne fait pas la morale.
Bien au contraire, c’est un film assez délicat. Il filme sans nervosité, un type qui se prend les pieds dans les médias. On comprend ses réserves et son droit à une certaine intimité. Reitman prend le temps. Il observe le piège se mettre en place. Mêmes les journalistes ne se rendent pas compte du système qu’ils imposent petit à petit. Mais les mœurs ne sont plus les mêmes et Gary Hart, qui aurait pu nous éviter la saga Bush, est un homme politique plus que brillant mais un être incapable de se compromettre avec les médias. Une petite faiblesse qui le perdra !
Reconstitution minutieuse d’un scandale oublié, The Front Runner profite de la grande qualité du cinéma de Reitman : une direction d’acteurs irréprochable. Il aime sa star, Hugh Jackman, comme le moindre second rôle. D’ailleurs il retrouve pour la septième fois JK Simmons, décidément le meilleur second couteau de la planète Hollywood.
C’est du bon cinoche. Prévisible, attendu mais drôlement bien fait !
Avec Hugh Jackman, JK Simmons, Vera Farmiga et Alfred Molina - sony - 16 janvier 2019 _ 1h50
Doubles vies

Olivier Assayas filme le petit monde de l’édition bouleversée par l’arrivée du numérique sauvage et déstabilisant. Parisien à souhait, son film pourrait ressembler à du Woody Allen à la française !
Ce qui est pas mal du tout comme qualité ! Il y a donc un éditeur, Alain. Il aime sa femme, comédienne dans une série, mais il couche avec sa nouvelle chargée de l’édition numérique, une fille libre et diablement sexy.
Son ami, Léonard, publie des livres. Il est souffreteux mais couche tout de même avec la femme d’Alain. Pourtant il vit une longue histoire avec Valérie, qui lui passe tout. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps mais ne semblent plus s’entendre comme avant.
Leurs relations vont tendre une espèce de pièce où des tableaux sont joués avec gourmandise. Ca faisait longtemps que Guillaume Canet n’avait pas été aussi bon. Le casting d’Olivier Assayas est diablement attirant. Juliette Binoche amène une frivolité inattendue. Nora Hamzawi est une belle et lumineuse surprise. Christa Theret abuse avec délice de toutes les ambivalences. La cerise sur le gateau : Vincent Macaigne dans son rôle de prédilection, celui du type décalé…
Rien à dire. Reste à savoir s’il s’agit vraiment d’une comédie. Assayas n’est pas un spécialiste du genre et son film se regarde plutôt comme un état des lieux. Passionné de culture, effectivement son film a quelque d’urgent dans son style (filmé en super 16) et dans son propos. Il s’interroge sur le déclin du réel et l’invasion du virtuel.
Il le fait avec les clichés du cinéma parisien. Des Bourgeois qui dissertent autour d’un diner arrosé mais il dépeint les faiblesses, la petitesse et l’amertume. On se demande si tout ceci est réellement ironique. Cela pourrait agacer certains mais les conventions ont quelque chose de rassurante sur des dialogues assez graves et des réalités pas toujours glorieuses.
Loin de ses envies de films internationaux, Assayas montre qu’il continue de coller à son époque. C’est sa qualité en même temps que son défaut. Bavard, réjouissant et parfois redondant, Doubles vies est une œuvre qui ne se laisse pas appréhender avec facilité. C’est souvent bon signe !
Avec Juliette Binoche, Guillaume Canet, Vincent Macaigne et Nora Hamzawi – Ad Vitam – 16 janvier 2019 – 1h40
Glass

DERNIER VOLET DE LA TRILOGIE COMMENCÉE PAR M.NIGHT SHYAMALAN EN 2000 (ET OUI DÉJÀ !) AVEC « INCASSABLE » ET 2016 « SPLIT ». ON POURRAIT DE DEMANDER COMMENT LES 3 FILMS S’ENTREMELENT SURTOUT AVEC 19 ANS D’ÉCART. IL Y A T’IL VRAIMENT UN PROPOS DE CLOTURER UN CHAPITRE QUI EN APPARENCE NE RELIE PAS?
OU JUSTE UNE ENVIE DE NOUS TORTURER A CHERCHER SE LIEN ENTRE TOUS. JE N’AI PAS DE SOUVENIR TANGIBLE « D’INCASSABLE » MAIS J’AI BEAUCOUP AIMÉ « SPLIT » ET C’EST VRAIMENT CETTE DERNIÈRE RAISON QUI ME POUSSE A VOIR “GLASS” AUJOURD’HUI.
ET PUTAIN MOI QUI N’EN ATTENDAIS RIEN, JE VIENS DE ME PRENDRE UNE SACRÉE CLAQUE ! ET ÉMOTIONNELLE EN PLUS ! SANS M’Y ATTENDRE, J’AI MÊME FINI AVEC LES LARMES AUX YEUX, OUI OUI ! CA TIENT LA ROUTE, CA SE MET EN PLACE PETIT A PETIT ET C’EST EXTRÊMEMENT PLAISANT A VOIR. NOTAMMENT GRACE A LA PERFORMANCE DE JAMES MCAVOY. SERIEUX DEJA DANS “SPLIT” IL ETAIT SPECTACULAIRE MAIS LA IL EST JUSTE INCROYABLE !
J’ÉTAIS PERPLEXE SUR LES 20 PREMIÈRES MINUTES, QUI SEMBLAIENT FACILES. COMME SI CES 19 DERRIÈRES ANNEES N’ÉTAIENT RIEN, NI POUR BRUCE WILLIS, QUE L’ON RECHERCHE ACTIVEMENT (PAS TANT QUE CA DIS DONC) ET PUIS SUFFIT D’UN TOUR DE PASSE-PASSE AVEC LA BÊTE POUR QU’ILS SOIENT TOUT 2 ENFERMÉS DANS L’HÔPITAL PSYCHIATRIQUE OU, MIRACLE EST ÉGALEMENT ELIJAH, MR GLASS EN OS ET EN OS.
UN PEU TROP GROS MAIS CA A TOUTE SA PLACE AU DÉROULEMENT DU FILM. ET CA PERMET DE RATTRAPER PRESQUE 20 ANS D’OUBLIS. LA PREMIÈRE PARTIE EN INTROSPECTION PSYCHOLOGIQUE EST TRÈS INTERESSANTE ET DONNE UNE DIMENSION AUX FILMS QUE LES 2 AUTRES ONT MOINS. IL Y A TELLEMENT A DIRE ET TELLEMENT A COMPRENDRE DANS CE FILM QUI REJETE LE SUPERFLU. TOUT EST PENSÉ, TRAVAILLÉ ET CE N’EST QU’A LA FIN (COMME BEAUCOUP DE FILMS OUI) QUE LE PUZZLE S’ASSEMBLE.
IL Y A UNE VRAIE RÉFLEXION ET ELLE EST LA EN PERMANENCE: SOMMES NOUS DANS UN FILM IMITANT L’ART IMITANT LA VIE ETCETERA ? EST CE QUE LA VIE EST UN COMIC BOOK ? EST CE QUE LEURS POUVOIRS SONT RÉELS ? OU RATIONNELLEMENT OPPORTUNS ? UN VRAI PROPOS QUI SE TIENT DU DEBUT À LA FIN, AVEC DES REBONDISSEMENTS UTILES.
L’ÉCRITURE EST PROPRE. LES QUESTIONS TROUVENT LEUR RÉPONSES. MÊME LES SECONDS RÔLES SONT A LA HAUTEUR DES AUTRES. C’EST D’AILLEURS LES MEMES ACTEURS QUE DANS LEUR FILM D’ORIGINE ! CA AUSSI FALLAIT LE FAIRE. ET CE ROLE DES 3 ALTERNANTS, CASEY, JOSEPH ET CHARLAYNE, COMME DES AVATARS A NOS HÉROS EST PARTICULIÈREMENT BIEN PENSÉ. LA BANDE SON EST EXCELLENTE ET M’A RAPPELÉ CELLE DE “THE CELL”, AUTRE FILM DE FOU.
L’AMBIANCE EST OPPRESSANTE. JE NE PENSAIS HONNÊTEMENT PAS PRENDRE AUTANT DE PLAISIR A VOIR CE FILM. CERTAINS LE TROUVONT PEUT ÊTRE PLAT MOI JE L’AI TROUVÉ TRES CONSISTANT ET EXACTEMENT LA OU JE L’ESPÉRAIS VOIR PLUS. SHYAMALAN EST DÉFINITIVEMENT DE RETOUR. ET SI L’ON COMPARE LES FILMS DE SUPER HÉROS (VOUS CONNAISSEZ MA PASSION POUR CE GENRE), CELUI SORT DU LOT ET DONNE VRAIMENT ENVIE D’EN VOIR PLUS. TO BE CONTINUED.
AVIS AUX AMATEURS
Avec Bruce Willis, James mc Avoy, Samuel Jackson et Sarah Paulson - Walt disney - 16 janvier 2019 - 2h10
chant libre

Chansons heureuses et constestataires, le créneau de Collectif 13 est bien connu mais tout cela est fort bien exécuté.
Il n’est pas impossible que quelques Gilets Jaunes apprécient le second album de Collectif 13. On entend cette France en colère mais qui ne manque pas d’humour et d’espoir. Chant Libre pourrait être la bande son de quelques rond- points.
Mais ne réduisons pas le travail de ce joyeuse bande qui se moque de tout et aime les mélanges des genres. On retrouve donc des membres de Tryo, La rue Kétanou, Massilia Sound System et quelques autres pour une sorte de patchwork de chansons modernes et populaires.
Ils mélangent tout avec un gout certain pour le refrain jubilatoire. Ils partent de leur histoire pour chercher une sorte d’universalité simple et rassurante. Ils défendent leurs valeurs de partage et de fraternité dans un grand bouillon musical.
Parfois ils buttent sur quelques riffs faciles et des clichés un peu stéréotypés mais on s’amuse tellement à écouter leur délire collectif. Ils cultivent la joie et la bonne humeur. On aime leur amour pour le rap, le reggae mais aussi les sons plus traditionnels.
Alors oui ils aiment les champs, la nature, les petits oiseaux, mais ils aiment aussi critiquer le monde qui nous écoeurent. Leur combat reste légitime et évidemment d’actualité. Mais le plus intéressant chez Guizmo et ses compères, c’est ce besoin de légèreté qui manque tellement à notre époque. Juste pour ça, leur disque tombe à pic !
columbia-2019





