Perfecto

Un disque venu du froid canadien: un disque qui réchauffe les zygomatiques!
Bien sur que la musique c'est une chose sérieuse. Heureusement il y a des gens qui savent être réfléchis et drôles en même temps. C'est presque une tradition chez les chanteurs francophones du Canada. On le sait: le Canadien aime beaucoup rigoler et prendre tout à la dérision.
La joliesse de leur accent et de leurs expressions offre des tours d'équilibriste autour des mots et des cultures. Car nos cousins d' Amérique sont au carrefour des influences. Ils savent être drôles mais ne négligent pas la musique pour autant. C'est le cas du groupe Bleu Jeans Bleu, qui se marre beaucoup mais sait surtout écrire une chanson.
Avec tous les petits riens de la vie, Bleu jean Bleu réalise des petits morceaux funks et souvent irrésistibles. Le gout des frites, un petit bowling ou un café, tout inspire le quatuor canadien qui en profite pour fait avec un naturel déconcertant des petites hymnes légères et indispensables.
Ils auraient pu faire dans un créneau beaucoup plus respectueux et respecté: ils adorent l'humour potache mais aussi les riffs efficaces et les refrains chantants. En faisant les clowns, ils racontent aussi l'étrangeté du quotidien et obligent un reflet déformé mais agréable de nos sociétés. On peut rire de tout: avec la manière, c'est tellement mieux!
Chalet musique - 2019
Les Bruits de la ville

De tous les minets à moustache qui hantent désormais la pop française et la chanson à texte, Voyou a su se différencier avec un sens de la mélodie assez incroyable et une fraicheur que l'on connait peu dans nos contrées.
Ce premier album confirme tout le bien que l'on pensait du blondinet. Il semble avoir tout compris à la pop. Les refrains sont craquants tout comme les paroles faussement naïves. Lillois de 28 ans, Thibaud Vanhooland alias Voyou est un pur rayon de soleil dans la production nationale.
Il faut traverser la Manche (jusqu'au 29 mars, c'est encore possible), pour trouver quelques comparaisons. On pense à Blur et toute une partie de la britpop, moins lads, plus ironique et toujours sensible aux petites choses qui représentent finalement bien plus.
Ces chansons sont des petites chroniques, jolies et parfaitement maîtrisées. Le jeune homme ne cherche plus à démontrer son talent. Son disque est pensé avec un sens du détail (des références à la bd nous rappellent qu'il a grandi à coté de la Belgique, grosse terre de musique) et un gout pour la modernité assez précieux. Dans l'air du temps, il sait aussi s'échapper vers un classicisme qui ne manque jamais d'élégance (le mélancolique Il neige).
Mais il y a toujours la touche électro (le gars invite Yelle, ce qui n'est pas donné à tout le monde) qui se déclenche assez souvent. Voyou trouve l'équilibre et multiplie les titres avec fierté et enthousiasme. C'est le disque qui bêtement donne la patate. Juste pour cela, en période glaciale, Les Bruits de la Ville devient essentiel!
Entreprise - 2019
High flying bird

Steven Soderbergh s'amuse bien avec son iphone. Il sort son second long métrage sur Netflix. Et c'est du grand cinéma! Coup de poker dans le monde du basket!
Bon okay, il faut s'accrocher. Si on ne connait pas grand chose sur le monde de la NBA, c'est assez coton de découvrir Ray Burke et ses pérégrinations. En pleine grêve, l'agent de prometteurs joueurs est sous pression. Il a l'air bel et bien au bout du rouleau mais il a peut être une lumineuse idée pour que les riches propriétaires s'entendent avec leurs puissants athlétes...
Il y a donc une succession de coups tordus, de trahisons et de retournements de situation. Ray Burke jongle avec les mots et les personnes. Steven Soderbergh filme cela avec son petit téléphone mais surtout un grand angle qui fait clairement de l'effet. On est dans la mythification, le bigger than life, le capitalisme derrière le sport!
Les personnages semblent écraser par le paysage et on donne pas cher de la peau de Ray Burke, drôle de héros en costard et passionné des terrains. On comprend bien qu'il s'agit là d'un monde impitoyable qui ferait passer JR pour un petit gilet jaune texan. Ici, ca ne rigole pas: c'est bien à l'image de l'Amérique d'aujourd'hui que fonctionne la fameuse NBA.
Ecrit pa le scénariste de Moonlight, le film est particulièrement politique dans sa forme comme dans le fond. La doénonciation passe par la mise en scène précise et élégante de Soderbergh, qui lui s'émancipe de toute contrainte hollywoodienne avec un petit budget et des acteurs parfaits. Il cumule toujours le poste de monteur et de directeur photo. La précision est le point commun entre les films pourtant très divers de Steven Soderbergh, venu du cinéma indépendant, artisan solide d'Hollywood puis retraité malicieux du système.
Si vous changez l'enseigne NBA par Hollywood, vous trouverez un petit concentré d'ironie autour de l'idée du pouvoir et des puissants. Il profite de la technologie d'aujourd'hui pour parler aussi de la soi disante liberté qu'offre les réseaux, les smartphones etc. Le discours pourrait être plombant mais Soderbergh instaure une exigence qui fait plaisir à voir. Les images servent des dialogues profonds et le film fête surtout l'intelligence et la volonté. Sans le moindre ballon sur le parquet, cette oeuvre sportive dépasse la sortie anecdotique mais prestigieuse sur Netflix. Comme souvent chez Soderbergh, c'est bien plus que du divertissement!
Avec Andre Holland, Bill Duke, Melvin Gregg et Zazie Beetz. 1h30 - netflix






