Grande -, Vimala Pons, Tsirihaka Harrivel, 104


Massés aux portes de la salle encore fermée, un décompte régulier nous avertit que quelque chose va commencer. Quand les portes s’ouvrent, le plateau est à vue, le sol marqué de la cartographie de l’imminent voyage à venir, depuis le fond de scène émergent six podiums accueillant chacun des objets nombreux et disparates, ici une poupée, là, un mannequin, des vases, un tabouret, une télé…, Un toboggan se hisse au plus haut de la salle, en avant scène des câbles, manette de manutention et une table à nouveau, regorgeant de platines, synthés, micros, batterie… Le compte à rebours se poursuit. Une femme vêtue d’un peignoir en satin, capuche rabattue sur les oreilles sillonne le plateau, notre imaginaire s’ouvre sur celui d’un boxeur attendant le combat imminent. Son partenaire adopte le même rythme nerveux, déambule lui aussi.
Le bric à brac commence à s’ordonner. Le décompte n’est plus seulement auditif, il est aussi visuel. Un panneau recouvert de tissus brodés de chiffres prend le relai du décompte. Tandis que le paravent s’effeuille, Vimala Pons empile, par lui cachée, les couches de vêtements en vue d'un mémorable striptease. Le ton du spectacle est donné, un imaginaire de music-hall revisitant les classiques du genre tout en les détournant dans un hétéroclite quotidien qu’on serait tenté de qualifié de bordel sans nom mais dont on comprendra rapidement qu’il est soigneusement organisé, méticuleusement ordonné. La précision est de rigueur dans le cirque où les interprètes jouent leur vie au millimètre près.
Avant le spectacle, une « map » nous est distribuée. Elle nous guidera pendant le voyage à travers une histoire d’amour contemporaine, n’ayant peur ni de son lyrisme ni de ses médiocrités, montant littéralement dans les hautes sphères puis s’écrasant de nouveau, avant de repartir à travers huit revues imbriquées et séparées les uns des autres par des intermèdes musicaux durant lesquels des techniciens remettent en place le plateau.
Ici tout se fait à vue, Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel choisissent de tout nous montrer, faisant quasiment passer sous silence l’intensité de leurs prouesses respectives, comme si elles allaient de soi, comme si elles nous concernaient tous. Ebahi par le voyage, le public se lève pour saluer d’une standing ovation le génie de l’entreprise. Comme pour mieux nous indiquer que tout cela existe aussi grâce à nous, le public, salué à son tour par les interprètes, sort par le plateau.
Grande -
du 19 février au 02 mars 2019
104, Paris
One drop of truth

Allez hop, on décroche son stetson, on appuie sur la pédale wah wah et on se prend pour des cowboys en compagnie de trois frères qui s'y connaissent!
Ils ne se ressemblent pas vraiment les frères Wood. D'ailleurs le troisième larron n'est pas de la famille. Jano Rix, avec sa tête de premier de la classe, joue de tous les instruments et suit fidélement les aventures musicales du groupe.
Chris Wood se cache derrière une barbe et une basse tandis qu'Oliver laisse les cheveux descendre comme un rideau sur son visage long et mince. Les trois sont différents mais défendent une idée précise de la country ou de la musique traditionnelle américaine.
Il y a le bon accent, le gout du foin, les instruments acoustiques qui dépoussièrent les oreilles... on les imagine dans une grange pour trouver l'inspiration et la tranquillité.
Leurs chansons elles ne sont pas si tranquilles. Les gars ajoutent une bonne grosse dose de rock pour que le passé n'envahisse pas trop leurs compositions. Sur un air de country, ils construisent des petits hymnes énervés et spectaculaires.
On se fait avoir par leurs tronches de rednecks. Ils éclairent leur style avec une virtuosité qui surprend. On s'excuse de nos préjugés. C'est finalement des folkeux qui rêvent de grandes salles. Leur ambition les pousse à sortir de la zone de confort. Les paroles chatouillent et les rythmes nous font remuer le popotin... difficile de résister à ce trio qui espérons le va arriver à s'exporter. Il a visiblement l'envie d'effacer les frontières...
Honey jar records - 2019
Les Fourberies de Scapin, Molière, Denis Podalydès, Comédie Française


Aucune apparente fourberie dans la mise en scène de Denis Podalydès servie par la scénographie d’Eric Ruf. Sous leur direction, la pièce retrouve l’apparente simplicité recherchée par Molière lors de la création. Ici, point d’artifices démonstratifs, ou si peu. Tout s'efface pour mieux servir le jeu des acteurs.
Le décor, jouant plus sur la hauteur que la profondeur du plateau, campe les quais d’un port qu’on sait être celui d'un Naples révolu. Par ce jeu de hauteur et d'absence de profondeur, habilement, tout nous est mis sous le nez. Quand Scapin surgit nu d'une trappe, tel un personnage arrivant des enfers, les autres personnages, recouverts de parures en tout genres, descendent un escalier pour rejoindre le plateau, comme descendus du ciel. On peut y lire une subtile allégorie des jeux de pouvoir et de classes sociales. On peut aussi y voir un Scapin terrestre et matériel, quand tous les autres sont "perchés". Un Scapin à même de se jouer de la comédie humaine.
Tout ici se joue du classicisme et de son subtil détournement pour servir au mieux le texte et ses interprètes.
Les acteurs jubilent pour notre plus grand plaisir. Le « divin génie » de Scapin nous réjouit et nous nous délectons des légendaires scènes de face à face.
Un grand moment de redécouverte du patrimoine théâtral parfaitement à sa place dans la Comédie française.
Les Fourberies de Scapin
Jusqu'au 19 mars 2019
A la Comédie Française
Molière, mise en scène de Denis Podalydès
Scénographie : Éric Ruf
Costumes : Christian Lacroix
Lumières : Stéphanie Daniel
Son : Bernard Valléry
Maquillages : Véronique Soulier-Nguyen
Collaboration artistique et chorégraphique : Leslie Menu
Assistanat à la mise en scène : Alison Hornus
Assistanat à la scénographie : Dominique Schmitt
Bakary Sangaré, Gilles David, Claire de la Rüe du Can, Benjamin Lavernhe, Elise Lhommeau, Julien Frison, Didier Sandre, Gaël Kamilindi, Pauline Chabrol, Léa Schweitzer
Dr Feelgood

Houla, je regrette pour la nouvelle génération ce petit plaisir de fouiller dans de vieux disques et de les écouter à nouveau. La dématérialisation, ca n'a pas que du bon. Une petite visite au fond d'une cave et ca réveille des souvenirs. De l'odeur même de la pochette jusqu'aux riffs qui restent coincés dans nos mémoires.
Nous sommes donc quelques mois avant la déflagration du grunge et du metal. Metallica se met en retrait pour composer son black album. Les morveux de Seattle commencent doucement à se faire entendre. Les Guns doivent confirmer leur succès.
Au milieu de tout cela, il y a déjà Motley Crue pour défendre le rock qui en a dans le pantalon. Ils ont des tatouages. Ils ont une libido de repris de justice. Ils ont de vilaines habitudes qui défraient la chronique. Ils sont entre le grandiose et le burlesque.
En matière de sexe, de drogues et de rock'n'roll, on ne fait pas plus stéréotypé que nos solides gaillards californiens de Motley Crue. Déjà au sommet, Dr Feelgood vient donner le change à ceux qui les pensaient finis.
Il y a du gros riff. Le hard reprend sa place aux mises en scènes et aux looks pour le moins improbables. Le groupe ne s'éparpillent pas dans les faits divers. Il convoque Bob Rock, le producteur de The Cult, pour mettre de l'ordre dans leurs chansons.
Elles se succèdent avec une redoutable efficacité, qui peut annoncer tout le bruit et la fureur qui va suivre à l'entrée des années 90. Derrière la beauferie, il y a bien une rage qui va plaire à tous. Tommy Lee et ses compagnons ne veulent pas se laisser faire. Ils finiront par plier dans le ridicule par la suite mais ce Dr Feelgood a encore de la tenue et joue parfaitement son boulot de Madeleine de Proust. L'auteur et Motley Crue dans le même article, c'est aussi ca la magie de la musique!
Elektra - 1989
Olympic Girls

Observez bien la pochette du troisième album de Tiny Ruins. Regardez bien le fond. Imprégnez vous des formes. Suivez les gestes et les regards. Bref rentrez dans cette petite maison chaude. On vous attend quasiment pour tailler une bavette...
C'est vous dire si l'on veut vous mettre à l'aise. C'est la démarche de Hollie Fullbrook, jeune femme au regard profond venue de Nouvelle Zélande. A l'autre bout du monde, la folk music se pratique de manière différente même si l'on retrouve tous les instruments.
Il y a la jolie voix sans fard. Il y a les guitares qui accompagnent. Il y a un discret violon ou un vieux xylophone. Il y a la petite laine et le chocolat chaud pour s'installer au coin du feu. Mais en Nouvelle Zélande, on ne s'endormira pas!
En apparence, le refrain est connu. Un peu de spleen et d'inspiration pour nous faire rêver la vision élégiaque et féminine de la folk. Déjà vu. Ce que Fullbrook et ses amis font, c'est une véritable surprise: ils ont planqué des structures mouvantes.
La maison est cosy mais il y a plein de pièces secrètes finalement. C'est en fait un trompe l'oeil au charme redoutable. Olympic Girls doit se réécouter pour en apprécier la richesse. Le jugement hatif est vite condamné.
Dans les chansons, il y a toujours un instrument qui veut s'échapper. Et on le laisse faire. Les arrangements sont finalement très subtiles et beaucoup plus complexes. L'évidence de la pochette cache un labyrinthe d'idées et finalement d'émotions car la voix est notre guide et on s'y attache très vite. La folk en forme olympique!
Marathon artists - 2019





