Dr Feelgood

Houla, je regrette pour la nouvelle génération ce petit plaisir de fouiller dans de vieux disques et de les écouter à nouveau. La dématérialisation, ca n'a pas que du bon. Une petite visite au fond d'une cave et ca réveille des souvenirs. De l'odeur même de la pochette jusqu'aux riffs qui restent coincés dans nos mémoires.
Nous sommes donc quelques mois avant la déflagration du grunge et du metal. Metallica se met en retrait pour composer son black album. Les morveux de Seattle commencent doucement à se faire entendre. Les Guns doivent confirmer leur succès.
Au milieu de tout cela, il y a déjà Motley Crue pour défendre le rock qui en a dans le pantalon. Ils ont des tatouages. Ils ont une libido de repris de justice. Ils ont de vilaines habitudes qui défraient la chronique. Ils sont entre le grandiose et le burlesque.
En matière de sexe, de drogues et de rock'n'roll, on ne fait pas plus stéréotypé que nos solides gaillards californiens de Motley Crue. Déjà au sommet, Dr Feelgood vient donner le change à ceux qui les pensaient finis.
Il y a du gros riff. Le hard reprend sa place aux mises en scènes et aux looks pour le moins improbables. Le groupe ne s'éparpillent pas dans les faits divers. Il convoque Bob Rock, le producteur de The Cult, pour mettre de l'ordre dans leurs chansons.
Elles se succèdent avec une redoutable efficacité, qui peut annoncer tout le bruit et la fureur qui va suivre à l'entrée des années 90. Derrière la beauferie, il y a bien une rage qui va plaire à tous. Tommy Lee et ses compagnons ne veulent pas se laisser faire. Ils finiront par plier dans le ridicule par la suite mais ce Dr Feelgood a encore de la tenue et joue parfaitement son boulot de Madeleine de Proust. L'auteur et Motley Crue dans le même article, c'est aussi ca la magie de la musique!
Elektra - 1989
Olympic Girls

Observez bien la pochette du troisième album de Tiny Ruins. Regardez bien le fond. Imprégnez vous des formes. Suivez les gestes et les regards. Bref rentrez dans cette petite maison chaude. On vous attend quasiment pour tailler une bavette...
C'est vous dire si l'on veut vous mettre à l'aise. C'est la démarche de Hollie Fullbrook, jeune femme au regard profond venue de Nouvelle Zélande. A l'autre bout du monde, la folk music se pratique de manière différente même si l'on retrouve tous les instruments.
Il y a la jolie voix sans fard. Il y a les guitares qui accompagnent. Il y a un discret violon ou un vieux xylophone. Il y a la petite laine et le chocolat chaud pour s'installer au coin du feu. Mais en Nouvelle Zélande, on ne s'endormira pas!
En apparence, le refrain est connu. Un peu de spleen et d'inspiration pour nous faire rêver la vision élégiaque et féminine de la folk. Déjà vu. Ce que Fullbrook et ses amis font, c'est une véritable surprise: ils ont planqué des structures mouvantes.
La maison est cosy mais il y a plein de pièces secrètes finalement. C'est en fait un trompe l'oeil au charme redoutable. Olympic Girls doit se réécouter pour en apprécier la richesse. Le jugement hatif est vite condamné.
Dans les chansons, il y a toujours un instrument qui veut s'échapper. Et on le laisse faire. Les arrangements sont finalement très subtiles et beaucoup plus complexes. L'évidence de la pochette cache un labyrinthe d'idées et finalement d'émotions car la voix est notre guide et on s'y attache très vite. La folk en forme olympique!
Marathon artists - 2019
Vice

Roi des pitres, Adam McKay continue d'explorer la bétise la plus crasse avec un sujet plus contemporain et historique. Salutaire et séduisant.
Il a toujours aimé les bouffons. Il a réalisé les meilleures comédies de Will Ferrell et a fabriqué la légende de ce crétin magistral. Dans son film, Very Bad Cops, on a deviné que les envies de réalisateur s'éloignaient doucement des pitreries qui font sa gloire.
Et puis, il y a eu Big short avec son casting génial et son sulfureux projet: décrire la crise des subprimes de 2008. L' humour est là mais la description de l'Amérique de Bush, celle de l'après 11 septembre, est sacrément acide.
Avec un Oscar en poche (celui de la meilleure adaptation), Adam McKay continue sa mutation vers un cinéaste moraliste qui sonde l'immédiate histoire de l'Amérique. Sa formule est encore plus impressionnante avec Vice, indiscrétions sur le plus secret des hommes politiques, Dick Cheney.
Cette fois ci, ses intentions sont évidentes: il veut dégommer un homme qui a sournoisement transformé le pays et qui a pris le controle du pouvoir en évitant tout ce qui ressemble à de la démocratie!
Odieux, grotesque, pas très fin, Dick Cheney est un vieux routard de la politique qui a un sens de l'éthique tout à fait douteux. Le film joue la carte de l'humour une fois de plus mais tout est acerbe et assez consternant.
Brillant, le réalisateur monte et démonte le passé et le présent du vice président. Il entrechoque les époques pour mieux expliquer une politique conservatrice, étriquée et mal aimée.
La culpabilité apparait peut être dans les nombreuses crises cardiaques de Dick Cheney. Mais pour le reste, on découvre l'homme qui va tout justifier, de l'affairisme en politique jusqu'aux torturs odieuses.
Christian Bale ne fait pas dans l'imitation: on est vraiment avec le vice président. C'est très confusant. Sur le principe de réalité et de fiction, le réalisateur use de toutes les techniques pour montrer le système véreux que met en place Cheney. Loin des films politiques d'Oliver Stone, Adam McKay avoue faire un film polémique, avoue qu'il s'agit d'un point de vue, l'assume avec une virtuosité de cinéaste que l'on ne connaissait plus.
L'humour potache est une illusion. McKay ne veut pas que divertir. Il ouvre les yeux sur un monde effrayant et cynique. Il ne se laisse pas faire. Il agit et son cinéma est méchamment drole ou drolement méchant. Mais il a une hargne qui n'existe plus à Hollywood. On espère bien qu'un jour, il s'intéresse à l'actuel locataire de la Maison Blanche...
Avec Christian Bale, Amy Adams, Steve Carell et Jesse Plemmons - Mars film - 13 février 2019 - 2h15






