La Tempête, William Shakespeare, Vingtième Théâtre

A NE MANQUER SOUS AUCUN PRÉTEXTE !
Voici un vrai, un excellent spectacle populaire. On verrait bien certaines scènes transposées sur des tréteaux de foire, dans quelque festival de rue. Pour le reste, les effets spéciaux, la scénographie, la création lumière (harmonie de gris et de noir), s'accordent très bien au Vingtième théâtre. (suite…)
Goodbye Lyzelle

Voilà un homme qui a du cœur. Leader des géniaux Jayhawks, gardien du style Americana, frondeur constant et aimable, Mark Olson sort après 30 ans de carrière son troisième album solo. Pour ceux qui ne connaissent pas cet artiste, on pourrait oser la comparaison avec Lennon ou McCartney, version country.
Au début des années 90, avec les Jayhawks, Olson donne un bon coup de pied dans la folk music et la country en électrisant les genres avec de sacrés bons albums américains dans le bon sens du terme. A l’intérieur du groupe, Olson trouve son meilleur ennemi, Gary Louris. Ils se bagarrent à coups d’albums et de projets de groupes alternatifs. En 2008, ils enterrent la hache de guerre avec un album en commun.
Comme Lennon, il fait désormais des albums avec sa femme, Lyzelle. C’est la mode en ce moment chez les chanteurs guitaristes. Ben Harper a composé un très joli disque avec sa maman ; Mark Olson partage son micro avec son épouse.
Cela donne un disque bricolé où ils se répondent avec douceur. Un peu plus, l’artiste glisse vers de la folk assez dépouillée. C’est très agréable car il y a un aspect authentique mais il y a un peu trop d’inconséquence dans l’orchestration pour que l’on soit attentif aux roucoulements artisanaux d’Olson et sa bien-aimée.
Mais le bonhomme a du cœur et on lui passe ses petits errements de production. La simplicité a aussi des vertus qu’il aimerait découvrir. Tout ceci est très mignon : une promenade amoureuse dans les bois où l’on se prend à rêver d’une innocence perdue et d’un amour éternel.
Glitterhouse records - 2014
L’invitation

L'été permet beaucoup de choses et notamment de lire des BDs qu'on avait loupé lors de leur sortie. En effet, la trève des confiseurs se produit au mois d'août pour les libraires de BD. Alors avec un été pourri tel que nous l'avons connu et des vacances de toute façon raccourcies du fait du changement de job, ben il ne reste qu'à flâner entre les rayons à la recherche du truc qu'on aurait manqué. Ce fut mon cas cet été avec l'album de Jim et Mermoux "L'invitation" (Editions Vents d'Ouest 152 pages).
Cette invitation c'est d'abord l'esprit de Jim qui trouve toujours des développements à ses histoires personnelles. En effet, le scénariste nous confie en fin d'album que tout est parti d'une illumination en fin de soirée à quelques kilomètres de Montpellier.
L'auteur dine dans un trou perdu, mais voilà que reprenant la route la voiture ne démarre pas. Il appelle un premier pote qui bredouille une excuse bidon. Jim se rend compte qu'il n'a pas envie de venir perdre sa soirée. Il joint ensuite une copine qui malgré le fait qu'elle soit déjà couchée n'hésite pas une seconde à venir dépanner son ami.
De là nait l'intrigue: Si demain je me mets dans la même situation pour éprouver la sincérité de mes copains, qui se déplacera? Chacun est en droit de se poser cette question. Est-il nécessaire de passer à l'acte? Si oui, quelles en seraient les conséquences une fois vos potes débarqués au milieu de nulle part s'apercevant que vous n'êtes pas du tout dans les emmerdes. Et puis, que penser de ceux qui ne sont pas venus?
Je vous laisse le soin de savoir d'abord si vous seriez capable d'avoir le désir d'éprouver de la sorte l'amitié de vos potes; ensuite, ce qui est plus intéressant à mon sens, de savoir si vous seriez capable de vous lever à point d'heure afin d'aller aider un ami qui vous dit qu'il a besoin de vous...
La conclusion de Jim est plutôt sympa, les rebondissements sont nombreux servis par un dessin qui n'est pas a tombé par terre mais qui accompagne correctement cette histoire de potes. Vous avez 150 pages pour découvrir où tout cela peut mener. Je vous laisse avec cette Invitation, personnellement je n'ai pas été appelé...
Vents d'Ouest - 152 pages
« Le Roi Lear » , Wu Hsing-Kuo , 50 ans du Théâtre du Soleil

La troupe du Théâtre du Soleil, dirigée par Ariane Mnouchkine, fête ses 50 premières années ! Des temps forts et festifs viendront ponctuer cet anniversaire tout au long de la saison.
Fondée le 29 mai 1964, la compagnie est installée dans le cadre bucolique de la Cartoucherie de Vincennes depuis 1970. Le Théâtre du Soleil c'est à la fois un lieu de création (y compris de textes, musiques, de scénographies, de masques...) et une troupe (une société coopérative de production - S.C.O.P.) dirigée par Ariane Mnouchkine, qui créé donc collectivement des spectacles vivants ("1789", "1793", "les Atrides", "Tambours sur la digue", "les Ephémères"...) et des films ("1789", "Molière"...). L'ambition de la compagnie peut se résumer ainsi: faire vivre et partager un théâtre populaire.
Cette saison-anniversaire sera marquée par un hommage à l'Orient (large source d'inspiration) et aux grands Maîtres qui ont marqué la troupe.
Premier invité: l'artiste taïwanais Wu Hsing-Kuo, un performer exceptionnel qui interprète seul en scène "Le Roi Lear" de Shakespeare. Wu Hsing-Kuo souhaitait amener à l'Opéra traditionnel chinois (qui mêle chant, déclamation, performance et acrobatie) un public plus jeune. Depuis 1986, il a adapté des grands classiques occidentaux (Shakespeare, Euripide, Eschyle...) et des grands classiques de l'Opéra de Pékin et a diffusé ces formes nouvelles lors de nombreux festivals à travers le monde.
Le Théâtre du Soleil n'édite pas de programme de saison; et d'ailleurs, certains temps forts de cette saison sont en cours d'organisation. Pour sûr, on annonce pour bientôt une nuit du "Kathakali"...
A partir du 8 octobre, la troupe reprend sa création de "Macbeth" de Shakespeare qui a déjà accueilli la saison passée plus de 30 000 spectateurs.
Et jusqu'au 19 octobre, le Théâtre du Soleil s'associe au très beau Théâtre de l'Epée de bois voisin (situé également dans la Cartoucherie du bois de Vincennes) et présente: "Les Egarés du Chaco", un spectacle de la compagnie Dorénavant (Jean-Paul Wenzel - Arlette Namiand) avec des acteurs boliviens (compagnie AMASSUNU): une adaptation de la pièce "Lagune H3" de l'auteur franco-bolivien Costa du Rels:
"La force de cette écriture, c’est que l’auteur donne à voir la réalité de ces hommes errant dans la jungle aux prises avec la faim, la soif, la peur, l’épuisement, les fièvres, une petite communauté d’hommes où la hiérarchie sociale, militaire, les ambitions, le pouvoir, les trahisons, la solidarité, le cynisme, l’espoir, le désespoir, le rire et les pulsions de violence, redéfinissent à chaque pas, à chaque souffle, les lignes de force et de fuite. Dans le même temps, Adolfo Costa du Rels nous ouvre un monde fantastique, peuplé d’ombres mouvantes, de lueurs dans les fourrés, habité de présences diaboliques ou féériques, un univers qui nourrit la peur et l’angoisse des hommes comme leur capacité de rêve, leur imaginaire, leur puissance de survie." (Arlette Namiand)
La Cartoucherie, c'est dans le bois de Vincennes, Route du champ de manœuvre, 75012 Paris; une navette gratuite vous y amène depuis l'arrêt "Château de Vincennes" de la ligne 1 du métro.
"Le Roi Lear" c'était les 26, 27 et 28 septembre au Théâtre du Soleil;
"Macbeth" c'est à partir du 8 octobre au Théâtre du Soleil;
"Les Egarés du Chaco" c'est jusqu'au 19 octobre au Théâtre de l'Epée de Bois
This is All Yours

Lauréat du prix Mercury, valeur la plus sûre de la musique, Alt-J remet son titre en jeu avec un nouvel album, aussi riche que le précédent. Il n’y a plus la surprise mais le plaisir subsiste.
Leur nom a beau faire référence à un raccourci (de claviers), le groupe Alt-J n’a pas peur des croisements vertigineux entre styles, sons ou voix. L’ambiance de leur premier disque est un alliage bizarroïde, bariolé et très actuel. Les hipsters, les bobos ou les modernes ne peuvent que s’extasier devant ce trio, ex-quatuor indéfinissable qui a ouvert ses oreilles à toutes les musiques.
C’est donc sur un magma sonore que débute le disque, une intro spectaculaire, un découpage d’influences, où l’équilibre se remarque déjà. Puis un piano prend la relève pour que les chansons se succèdent dans une belle harmonie.
Là encore, l’ombre de Radiohead plane car le groupe conjugue expérimentations avec mélancolie et douces sensations. Les voix sont incroyablement travaillées. Presque trop. Comme leurs aînés, ca tourne un peu à la démonstration.
Mais il y a aussi la volonté de faire un peu de rock dans tout cela. Il y a même un très sixties Left Hand Free qui donne le frisson. Le disque précédent jouait sur la corde électro. Ici, les membres s’affirment un peu plus. Le succès du premier essai les pousse à sortir des habitudes et s’affirmer un peu plus. Il y a des accents psychés. Le confort financier leur permet de tester des idées parfois assez dingues. Vous n’avez pas encore entendu qu’ils mélangeaient du Miley Cyrus avec du Alfred de Musset ?
Le disque est agréable, alterne excitation et calme. Il souffre peut être d’un coté répétitif mais le trio fait le boulot, surmonte l’épreuve du second album. Ils en font peut être un peu trop mais ils offrent un album passionnant, où l’on se perd pour mieux découvrir toutes ses nuances.
2014 - Infectious records
L’île du Point Nemo

Ce livre est une fusion bizarre entre deux univers qui, en apparence, n'ont rien à voir. D'un coté, il y a une aventure qui ferait plaisir à Jules Verne où des aventuriers courent après un diamant volé dans des contrées mystérieuses, aidés par des machines volantes qui feraient plaisir à Diabolo et Satanas.
Cette référence est un peu trivial car l'autre histoire est beaucoup moins exotique, terre à terre, contemporaine. Le quotidien d'une usine dans le Périgord, dirigé par un chinois libidineux et amateur de colombes. L'alliage entre les deux déconcerte grandement. L'équilibre est précaire et l'idée première du romancier et professeur, Jean Marie Blas de Robles, est assez loufoque.
Car les deux époques se répondent assez tardivement. Ce qu'on lit, c'est une défense ardente de la fiction, du livre et de la passion. Mais les sauts temporels sont parfois un peu trop ardus pour les lecteurs. D'un coté, on se plaît à suivre des dandys dans une folle course poursuite à travers les continents. De l'autre, on découvre un constat sans appel, un peu saccadé et stéréotypé du monde actuel où la mondialisation mécanise même les sentiments et les envies (même sexuelles).
L'auteur ne manque pas de fougue. Son projet est quasi fantasmagorique, développant des histoires et des personnages avec une énergie incroyable. Elle est à la hauteur de son ambition. Mais la dualité du récit nous empêche d'adhérer totalement aux deux univers décrits, avec un entrain incroyable et très surprenant dans ces temps de réalisme pesant et de nombrilisme franchouillard.
Cela reste bancal malgré des qualités omniprésentes. L'île du Point Némo est le livre qu'on aurait voulu aimer. Mais si vous partez sur une île deserte, il peut par sa richesse, être un bon compagnon.
Workship the sun

Encore un groupe d’inadaptés qui semblent exister uniquement dans les années 60 et ses lumineuses utopies. Encore un bon disque qui tient chaud !
Depuis que les portes de la perception a été ouverte par Morrison et tous les aventuriers du LSD, une faille spatio temporelle existe réellement pour certains musiciens qui brûlent d’idées sous le soleil de la Californie.
On le sait depuis le film Dig, avec l’exemple du Brian Jonestown Massacre : le son vintage est un piège dangereux où le génie se confond avec la douleur créatrice, où les obsessions des harmonies peuvent mener à la folie et à la destruction. Il y a bien de la douce folie chez les Allah-Las, groupe de disquaires de Los Angeles.
Ceux là sont peut être un peu moins toxicomanes que certains groupes locaux, défenseurs d’un rock psyché : ils sont certainement mélomanes. Leur second effort est très bien réalisé, les musiciens fabriquent une imitation parfaite des héros des années 60. Musicalement c’est coloré, chaleureux et sucré.
C’est un disque qui donne l’envie d’aller au bord de la plage et s’essayer au surf. C’est un album qui vous envoie sur une planète cool, relax, détendu, sans problème et sans guerre. C’est une pop clinquante, ripolinée et rétro. C’est une succession d’hymnes à la fraternité et la beauté, galopants et soyeux.
Vous marchez dans le sable, vous écoutez de douces voix qui s’inspirent des Beach Boys et de Love, vous bronzez grâce à une musique où les instruments claquent et sont tout en écho. Ce n’est pas subtil. La formule est connue mais elle est si agréable. Les Californiens rêvent encore et ca fait plaisir à entendre. Le terme West Coast n’appartient plus au rap : il définit très bien le style des Allah-Las.
Because Music - 2014




