Quand le requin dort

Une jeune femme raconte sa famille. Comme nous sommes en Italie, ils sont tous un peu fous et composent un ensemble baroque, où la folie se conjuguent avec le grotesque ou la beauté. Tout dépend de la personne. Il y a la grand mère qui parle trop. Il y a la mère malade. Le fils mélomane. Le père absent. La tante pulpeuse et toute une tripotée d'amants.
Milena Agus est une romancière à succès. L'exotisme de son écriture est réel. La profondeur derrière ses descriptions poétiques est palpable à travers ce court roman. La fiction aide à imposer quelques réalités et vérités qui ne sont pas pas toujours bonnes à dire, lire ou décrire.
Pourtant elle le fait avec une certaine grâce et une fausse candeur, qui pourtant finit par agacer. Car finalement ce premier essai de l'écrivain (qui sera reconnu chez nous avec Mal de Pierres) accumule avec gentillesse des poncifs sur les familles dysfonctionnelles.
Milena Agus, la fille de Sardaigne, souligne les non dits de la société rigide mais aligne des personnages un peu trop caractériels pour être attachants. Certains sont transparents et d'autres, trop imposants. On aime la tante et sa libido un peu farfelu mais le portrait des hommes reste fade. On finit par s'ennuyer, à rebondir de névroses en psychodrames. Comme le requin du titre, on aurait bien tendance à somnoler.
168 pages - Livre de Poche
TRATANDO DE HACER UNA OBRA QUE CAMBIE EL MUNDO,

Comment décrire cet objet sans modèle, ce jamais vu, ce spectacle inouï de la jeune compagnie chilienne LA RE-SENTIDA ? (suite…)
Puzzle 14

Il ne bouge pas. Il ne changera pas. On ne va pas lui en vouloir! Paul Personne trace sa route sans aucun doute et toujours avec cette rage de faire du rock en version française. Champion de la guitare, il continue de se prendre pour le Stevie Ray Vaughan d'Argenteuil.
A 64 ans, il apprécie faire couiner sa six cordes avec un talent inégalable dans notre hexagone. Il est peut être le seul actuellement à faire réellement du blues rock tout en français. Cela donne des albums qui se ressemblent les uns aux autres mais qui restent foncièrement sympathiques.
Car Paul Personne réalise son rêve. Il joue du rock. Depuis les années 80, il s'est battu pour s'imposer dans le paysage français. Il est devenu une référence. Un talent brut, inégal mais d'une sincérité déconcertante. Il est très difficile de dire du mal de ce type tellement sa passion déborde sur ses compositions!
Ce quatorzième essai est donc très roots. Il fabrique une nouvelle pièce de son puzzle personnel. Comme les autres, elle part un peu dans toutes les directions pour qu'il puisse jouer de la guitare. Entre blues, rock et pop, il tente des hymnes parfois héroïques, parfois paresseux.
Bizarrement on admire le musicien mais assez peu le compositeur. Les paroles ne sont pas toujours heureuses. Un peu faciles. Les accords de guitare rutilants sauvegardent un intérêt pour des chansons assez classiques finalement. Paul Personne n'arrive pas à étonner. C'est dommage mais c'est le gros défaut de Personne, qui pourtant bataille avec ses armes.
On est toujours indifférent à ses nouveaux titres mais on apprécie toujours le voir jouer et chanter avec une innocence sans âge.
Trahisons, Harold Pinter, Comédie Française


Le classique trio amoureux du théâtre bourgeois (le mari, la femme, l'amant) est ici décortiqué et raconté à rebours.
Dans la première scène, Emma et Jerry se revoient deux ans après leur rupture. Jerry est l'ami de jeunesse de Robert, le mari d'Emma. En quelques tableaux situés de plus en plus loin dans le passé, on ausculte le sentiment amoureux (et amical) au cours de conversations brillantes et de remises en question permanentes. (suite…)
« Faites entrer Dominique Rizet »

Un peu à l’image d’un petit troll diablotin imaginaire qui, après une soirée spacecake/rhum/téquila, apparait partout où tu vas, une fois rentré chez toi, titubant la langue en gant de toilette, la mèche qui colle et le poil qui bave, te suit dans ta salle de bain, sous ton lit, dans tes chiottes, que tu crois qu’il est parti et puis non tu ouvres ton frigo et Bam !, il est encore là en ricanant bêtement et t’assiégeant d’un « t’as trop bu, tu vas être malade, gnarf gnarf garf », il est des personnages du paf qui surgissent de partout, genre petit troll diablotin donc, et se collent dans un coin de ta télé ou de ta radio en faisant « gnarf gnarf gnarf » re-donc. (suite…)
Le dernier gardien d’Ellis island

New York, 3 novembre 1954. Dans cinq jours, le centre d'Ellis Island, passage obligé depuis 1892 pour les immigrants venus d'Europe, va fermer. John Mitchell, son directeur, officier du Bureau fédéral de l'immigration, resté seul dans ce lieu déserté, remonte le cours de sa vie en écrivant dans un journal les souvenirs qui le hantent : Liz, l'épouse aimée trop tôt disparue ; Nella, l'immigrante Sarde porteuse d'un étrange passé ; Lazzarini, l’anarchiste Italien exfiltré qu’il laissera entrer sur le territoire américain malgré son passé…
« En août 2012, je visitais à New York Ellis Island, aujourd’hui transformée en un musée de l’Immigration, à quelques brasses de la statue de la Liberté. Comment expliquer la fulgurante émotion dont j’ai été saisie dans ce lieu chargé du souvenir de tous les exils ? Comment expliquer l’état second, à la fois vertige et apnée, dans lequel j’ai parcouru ce lieu[…] ? Quelques semaines plus tard, sans que j’aie, à un seul moment, pensé ou même souhaité écrire quoi que ce fût à ce sujet, cette histoire s’imposait. » (P. 165)
Plutôt que « roman fleuve » bruyant et grouillant de millions de destins qui se jouent, se croisent, se font et se défont, Gaëlle Josse a choisi le format « nouvelle ». Trois petites histoires, trois petits destins qui se jouent eux aussi, se croisent, se font et se défont. Trois petites histoires vécues au plus intime par le narrateur, un homme solitaire et sensible, à qui elle prête sa plume délicate.
Il est rarement donné de lire une prose à ce point sensible, émouvante et fluide. Gaëlle Josse a ce talent de savoir exprimer beaucoup avec peu de mots. Beaucoup de sentiments puissants, beaucoup de malheurs terribles, mais aussi beaucoup d’espoirs d’une vie meilleure.
Le dernier gardien d’Ellis Island a la beauté fragile et tragique des femmes et des hommes que l’on y côtoie et dont on se souvient longtemps après les avoir laissés à leur destin.
De Gaëlle Josse
Notabilia - 165 pages
Musique de l’annonce faite à Marie

La partition de L’annonce faite à Marie prend son envol pour un concert exceptionnel au Festival Madame Lune. Un moment de grâce.
Dans l’intimité du salon des mariages de la mairie du IVe, sans leurs costumes de scène, les comédiens et musiciens de la pièce se sont prêtés au jeu de faire exister la musique de la pièce sans la pièce. Pari risqué mais ô combien réussi.
L’idée est venue aux organisateurs du Festival Madame Lune de monter en concert la musique de L’annonce faite à Marie. Grand succès de l’été aux Bouffes du Nord, la pièce de Paul Claudel mise en scène par Yves Beaunesne avait été salué notamment pour sa musique comme descendue du ciel.
Talentueux jeune compositeur, Camille Rocailleux signe sa partition à la croisée entre chant sacré, opéra, musiques d’influence corse ou tzigane. Chaque comédien et musicien était alors libre d’ajouter la musique de son choix aux airs de la pièce. Hormis le Kaddish de Ravel, chacune a trouvé sa place pour donner corps à un concert très applaudi.
Performance vocale des comédiens Judith Chelma et Damien Bigourdan, le concert subjugue. Les deux s’en donnent à cœur joie pour interpréter Regina Coeli, l’air sicilien O Lola ou la Dalmatique. Leurs voix s’accordent en acoustique. Leurs énergies se transmettent. Judith Chemla en robe à paillette irradie la scène. Sa voix aussi puissante que douce donne des frissons. Elle interprète la musique avec la même grâce qu’elle habite ses personnages.
On souhaite de nombreuses futures représentations à ce concert unique et vibrant d’émotions.




