FLA-CO-MEN, Israel Galván, Théâtre de la Ville


Présenter du Flamenco sur une scène de l'envergure du théâtre de la Ville est une gageure.
Cette musique, cette danse sont d'ordinaire réservés aux bastringues tout comme le Rebetiko grec, ce qui permet dans ce confinement infiltré d'ivresse d'observer une montée en puissance du spectacle et son public, jusqu'à la transe.
Israel Galván est pourtant un expert en la matière. Justement, ce coup-de-Maître-là dérange...
Ouvrant la pièce en tablier, c'est bien un cuisinier du style flamenco qui ironise devant nous.
Mélangeant tout dans son chaudron, mots, pied en plâtre, coups de talons, de hanches et autres claquements de doigts, Israel Galván sidère son public qui, décontenancé, réagit en public de cirque et multiplie les applaudissements inopportuns.
A force de morceaux de bravoure face à ses complices musiciens merveilleux mais semblant suivre sans bien comprendre, la monstration continue: danse dans le noir, bruits de l'intérieur du corps, variation des sols et effets de résonances, jeux de percussions... Et toujours, la vitesse harassante des pieds du génie qui inventa le solo flamenco masculin.
On retient quelques fulgurances: un tableau de silence en clair-obscur (interrompu par le public), une séquence très gitane de pas sur un tapis de piécettes, le poème chanté hommage aux toreros, une de ses belles obsessions...
Mais, celui que Georges Didi Huberman a nommé Danseur des solitudes a été plus poétique, plus narratif aussi.
Peut-être est-ce comparable à l'évolution d'un mathématicien de haut vol; de plus en plus abstrait, il en perd un peu le sens, les liens et aussi la douceur des métaphores.
Ces exercices de style trop littéraux le révèlent en tant qu'il est d'avantage dans FLA-CO-MEN musicien expérimental; alors que la nostalgie pour le danseur tout en retenue laisse une ombre sur scène.
Ce qui existe de plus remarquable chez Galván se traduit dans les manifestations les plus simples: la façon dont il casse son poignet à angle droit sur des doigts fermés, corps de profil; les postures que lui seul a inventé et qui ont ouvert des ponts imaginaires infinis.
Exégète de l'histoire des danses, sa silhouette raconte tout ce qu'il a intégré: torero aux profils d'égyptien, guerrier ninja toujours en noir, surréaliste qui met les objets sans queue ni tête...
Il est si puissant de constater combien sa danse a creusé l'enveloppe de son corps; ayant perdu beaucoup de poids il y a quelques années, il ne lui reste plus que son instrument de travail, au plus nu. On distingue, lors de la pantomime du salut final, les bandes de contention sur ses mollets et cuisses; Galvan au corps rendu machine...
On pourra penser à Joseph Nadj face à cette tentative de dialogue ultra contemporain entre corporéité dans la danse, musique et espace scénique. Nadj y réussit beaucoup mieux, mais Joseph Nadj a depuis longtemps renoncé à être un danseur.
Souhaitons qu'Israel Galvan ne perde jamais sa danse, et qu'il nous emmène encore longtemps à travers solitudes, sonorités et silences.
Du 3 au 11 Février 2016
Théâtre de la Ville
Les Gens Honnêtes T.4

Voilà 8 ans maintenant que Jean-Pierre Gibrat et Christian Durieux nous racontent façon Pennac les aventures de Philippe et de sa bande. Et malheureusement ils terminent cette tendre histoire avec le tome 4 qui vient de paraitre dans la collection Aire Libre des editions Dupuis.
Les gens honnêtes, c'est vous, c'est moi. On est entre Ana Gavalda et Barbara Constantine. Des histoires qui pourraient nous arriver à chacun d'entre nous mais toujours avec un côté improbable, inexplicable qui apporte une dimension kitsch à ces récits. Le gros avantage, c'est que ces histoires vous laissent plein d'optimisme, d'espoir envers l'humanité qui n'est pas désagréable. Quelle vision du monde!
Le premier tome nous plongeait dans cette famille où Philippe, le héros (sorte de Malaussène avec moins de frères et soeurs et sans maman excentrique...) apprend le jour de son anniversaire qu'il est viré de son boulot. Bien sûr tous les membres de sa famille entourent ce quinquagénaire de leur aide, de leur affection. Mais le chemin sera long et difficile pour s'adapter à cette nouvelle vie; à trouver de nouveaux repères.
Le tome deux, c'était la réinsertion, un nouveau travail, les lien de Philippe avec son ami médecin, la découverte 'un bouquiniste aussi fantaisiste qu'amateur de bons vins. Et surtout, c'est la découverte de l'amour avec une jeune femme de 20 ans sa cadette.
Le tome 3 évoquait la vie dans un village du sud-ouest. Philippe y tient le seul commerce du village. Loin de Bordeaux, la vie est plus douce, les rapports humains sont à la fois plus silmples et plus chaleureux.
Le dernier album se conclut tout en laissant de nombreux personnages partir sur de nouveaux chemins, dans de nouvelles voies.
Les auteurs, s'ils regardent le monde d'une façon indulgente et optimiste, n'en sont pas moins lucides sur son état et ses faiblesses. Leur démarche est aussi politique, même si elle n'est pas militante. Le chômage, la mondialisation, l'engagement politique sont quelques uns des thèmes abordés. Mais tous se fait avec légèreté, laissant au lecteur la possibilité de se faire sa propre opinion. Les personnages sont des héos ordinaires avec leur force et surtout leur faiblesse.
Le dessin et surtout les couleurs pastel du tome 4 rendent cette atmosphère apaisée. Quelque chose qui ressemblerait à une chanson de Brassens. Le fond y est, la forme reste tranquille. C'est un peu la marque de fabrique de Gibrat que ce soit dans les aventures de Goudard où il décrivait le passage de l'adolescence à l'âge adulte ou dans ses récits sur l'Occupation que ce soit "Le corbeau" ou dans "Le sursis".
Les gens honnêtes, c'est un peu comme si Philippe était une sorte de Goudard approchant de la retraite.
Réjouissez vous des choses simples, d'un récit plein d'humanité, de sensibilité et d'émotion au travers de cette dizaine de personnages que vous n'oublierez pas.
Repeupler

Gontard! est un petit nouveau (il a de l'expérience mais c'est son premier disque) dans le monde du rock. Il nous charme sans aucun problème avec son rock torturé et ses paroles désenchantées. Quand on est sans concession, le rock est le meilleur étendard!
Le musicien qui se cache derrière le nom de Gontard! est un enfant du rock. Celui qu'aime Virginie Despentes ou les écorchés vif, les corbeaux noirs de cette musique bouillonnante! Celle de l'absolu. La musique où tout peut se dire. Ou la confession peut se mélanger à la révolte. Où la colère se transforme en mélodies plus ou moins percutantes.
Gontard! rappelle un peu Fauve et ses paroles psalmodiées. On devine les mêmes angoisses, les mêmes doutes et les mêmes espoirs. Les textes nous font frôler les rêves et les désillusions. La tristesse devient une force, souvent électrique mais très ouverte sur le monde ou le passé.
Il y a des influences arabisantes. Il y a des ambiances pas loin d'un jazz chaloupé. Il y a de la poésie profondément rock'n'roll. Le regard est celui d'un chirurgien mais il y a une petite lumière qui lui permet d'espérer malgré le constat pas très glorieux du Monde. Son rock est un collage étrange, baroque où un vieux synthé peut s'allier à une guitare lancinante. Où le coeur du chanteur bat en symbiose avec des instruments libres et un peu fous.
Gontard! sait créer des ambiances. Elles ne sont pas confortables mais elles passionnent par leur complexité et les petits secrets mélodiques sonores. C'est un disque mal aimable donc nécessaire. Il nous secoue dans le bon sens du terme. Il est l'expression d'une conscience, entre clairvoyance et désabusement. Gontard! reflète son époque avec une rassurante poésie et l'envie de ne pas faire les choses comme tout le monde! Un véritable artiste à découvrir.
Une autre distribution - 2016
Grand Prix d’Angouleme

Souvent, Angoulême a été taxé d'élitisme, de snobisme et d'une volonté de ne récompenser que des auteurs marginaux, loin des attentes du grand public. Cette année c'est un Maître du 9ème Art, qui a su allier la qualité au divertissement: Hermann. Hermann Huppen, c'est un des 4 ou 5 belges récompensés à Angoulême. C'est surtout un formidable conteur d'histoires!
Hermann émerge dans les années 60 - 70 avec Jugurtha. Il réalise les 2 premiers épisodes de ce péplum loin des standards de l'époque représenté par Alix. On est loin de Jacques Martin et de son dessin proche de celui de Tintin. Jugurtha est moderne le trait est vif, l'action rapide. Pourtant Herman n'ira pas au-delà du tome 2 laissant la place à Franz qui réalisera avec brio et Jean-Luc Vernal une quinzain d'albums de cette saga aujourd'hui difficile à trouver ailleurs que chez les bouquinistes et qui fit pourtant les beaux jours du journal de Tintin dans les années 80.
Herman fait alors une rencontre décisive avec Greg. Greg, quand il ne travaille pas sur Achile Talon réalise de brillant sénarii pour des dessinateurs tel que Wiliam Vance. Herman le suivra pendant de nombreuses années avec 2 héros: Red Dust dans la série Comanche et Bernard Prince dans la série du même nom. Pour ce qui est du western, tous les albums de la série Comanche sont d'une excellente qualité. J'ai pourtant une légère affection pour les albums Les loups du Wyoming, Le Ciel est rouge sur Laramie, Desert sans lumière. Course poursuite à travers tout l'état entre une bande d'outlaws et notre héros. C'est du pur bonheur! En plus les auteurs ont su faire évoqluer tous leurs héros au cours de cette dizaine d'albums. C'est la conquête de l'ouest racontée de façon épatante.
QUant à Bernard Prince j'ai une préférence pour le Port des fous. On retrouvera d'ailleurs ce type d'ambiance dans les albums sénarisés par Hermann et notamment dans un hiver de clown de la série Jérémiah.
Avec Jérémiah, Hermann s'émancipait de son maître Greg. Il crée 2 personnages inséparables: Jerémiah et Kurdy Mallow. Tout oppose ces 2 héros dans ce western post apocalyptique né dans les années 80. L'un est un héros au grand coeur plein de vertu et l'autre est un type cinique affublé d'un casque de l'armée américaine surmonté d'une plume. La guerre qui a détruit le monde provient de conflits éthniques. On regrettera que Hermann n'est pas plus exploité cette dimension politique au profit de la pure BD d'aventure. On retiendra quand même La secte, Afromérica, ou les eaux de colère.
L'autre série qui démontre les talents de conteurs de Hermann c'est Les tours du bois Maury. Cette série médiale passe des grans au petit peuple décrivant un haut moyen âge violent, sans pitié. Les 10 premiers albums s'enchainent très bien, les suites où l'on se met à changer d'époque sont de moins bonne qualité.
Hermann, c"est aussi de grands albums "One shot". Pour ceux-ci il dévoilera son goût pour l'Afrque "Missié Vendissendi", "Retour au Congo", ses coups de gueule: "Sarajevo Tango" et sa passion pour le western.
Le dernier album de Hermann, comme beaucoup des derniers albums sont scénarisés par son fils Yves H dont la qualité des histoires n'est pas toujours celles de son père. Celles-ci sont souvent confus. on retindra néanmoins le tout dernier: "OLd Pa Anderson". Vengeance et Klu Klux Klan dans l'Amérique des années 60. Si le récit n'estr pas d'une grande originalité, il se laisse lire.
Hermann c'est avant tout un très grand dessinateur qui sait mettre en scène ses histoires avec brio et virtuosité? On peut donc espérer une grande expo l'année prochaine à Angoulême!
Confessions of a Romance Novelist

Comme The Divine Comedy ou Villagers, il n'y a qu'une seule personne derrière le nom de groupe The Anchoress. Mais elle semble du talent pour plusieurs, qui éclate sur ce premier essai pas parfait mais très enthousiasmant.
Catherine Anne Davies est Galloise et défend une pop un peu plus excentrique que la moyenne. Elle se cache derrière un groupe du nom de The Anchoress. Comme d'autres Gallois, les Stereophonics, Manic Street Preachers ou même Shirley Bassey, elle a l'air d'avoir du caractère et n'aime pas trop la neutralité pour ne pas dire la médiocrité. Il faut à tout prix se faire remarquer. Même s'il faut jouer avec les formats de la pop music.
Elle y arrive très bien avec son premier effort au titre élégiaque, Confessions of a Romance Novelist. Evidemment elle nous parle de ses blessures amoureuses et de sa rage de vivre. Brillante étudiante en littérature et fine connaisseuse de la poésie épique (et pourquoi pas?), sa musique ne peut pas être totalement "populaire" et prête à l'écoute. Ca ne demande pas non plus une exigence de passionnés!
Non, la musique de The Anchoress est accessible. C'est de la pop accrocheuse, qui veut divertir mais avec un peu de prétention typiquement britannique. C'est très agréable à l'oreille. On retrouve un peu le punch de Garbage, la force de Tori Amos et bien évidemment, la jeune femme y va de son hommage un peu appuyée à Kate Bush, passage obligée pour toute chanteuse extravertie du Royaume Uni.
Il y a quelques facilités mais dans l'ensemble, c'est plutôt plaisant. Il y a un vrai potentiel chez The Anchoress. Le tempérament est là. Manque peut être l'expérience. En tout cas, elle annonce déjà un second album, produit par l'ancien guitariste de Suede, Bernard Butler. La pop s'est trouvée une nouvelle diva?
Kscope - 2016
You & I

Non sérieusement les gars, qui a glissé un vieux disque dans la pochette d'Ala.Ni, sur ma pile de nouveautés? C'est rigolo mais bon ce n'est pas très sympa pour cette petite Londonienne qui pousse la chansonnette comme une ancienne star de comédies de Broadway?
Bon au début, on se demande vraiment si quelqu'un n'a pas fait une blague et inséré un disque de Judy Garland dans la pochette de You & I. Chez Ala.Ni, les références sont hors du temps, hors des modes, hors compétition. Avec une vision dans le rétro très poussée, cette choriste de Damon Albarn ne ressemble à personne et c'est tant mieux pour nous.
Car elle ressuscite un charme et un style que l'on avait oublié. Il y a chez elle une fausse naïveté dans ses courtes chansons, chaloupées et finement écrites. C'est tout simplement incroyable comme elle réussit à nous faire remonter le temps, sans perdre de sa personnalité.
Parce qu'elle aime visiblement les grandes dames du jazz et les stars de Broadway, Ala.Ni s'affirme avec passion sur des mélodies douces et amères en même temps. Elle remonte à contre courant les rythmes désuets pour y trouver une certaine vérité, pour ne pas dire une vraie humanité. C'est touchant.
Elle nous transporte à une époque où les music-hall étaient les scènes artistiques. Où la féminité était subtile. Où la musique voulait nous consoler du monde brutal. Ala.Ni nous protège donc en quelques morceaux lancinants de tout ce qui nous fait peur et de ce qui nous veut du mal. A la différence de Lana Del Rey, c'est qu'elle ne prend pas la pause, ne s'obstine pas dans un personnage décalé. La sincérité glisse sur toutes les notes de musique.
Le folk et le jazz se mélangent parfaitement pour que la belle s'épanouisse sur un album pas si sage qu'il en a l'air. Parce que les parents viennent de Grenade, elle s'acoquine avec des airs de Calypso. C'est calme mais diablement sexy. Elle avait sorti 4 EP à chaque saison l'année dernière; 2016 s'ouvre un mois de janvier teinté d'amour et de sérénité.
Le charme est rompu en fin d'album par quelques variations contemporaines mais avant cela, Ala.Ni prouve qu'elle a quelque chose de très particulier et qu'on est bien pressé de la revoir, l'entendre à nouveau, savoir comment elle va gérer cette résurrection de toute une époque en quelques morceaux.
No Format - 2016
« Mon fils, la philo, Arte et les Pokemon…»


Chaque matin, durant les quelques centaines de mètres qui séparent ma modeste demeure de 14 pièces, très chiant à chauffer en période hivernale, gardez vos apparts de 50m² conseil d’ami, de l’école primaire de mon fils fier élève de CE1, un côté artiste rêveur parfois mafieux dealers de billes aux confins du « tu m’embêtes encore une fois je te mets mon front dans ton nez et t’auras mal et tu vas pleurer », nous profitons tous les deux des 5 minutes chrono dont nous disposons pour philosopher, yeux encore mi clos et mèches de père en fils récalcitrantes en mode épis j’mets pas de gel c’est pour les skaters en baggy, même s’il fait du skate et que je mets des baggy le dimanche, non je ne veux pas vieillir.
5 minutes, donc, où tour à tour, matin après matin, nous abordons, l’évocation d’une figurine Goldorak croisée aux détours d’une vitrine d’un magasin dit de pop culture, susceptible d’entrainer de la nostalgie en mon for intérieur et de fait me contraint à devoir définir sur les 2 minutes qu’il me reste ce qu’est la « Nostalgie » ; le pourquoi du comment c’est le soleil qui tourne autour de la Terre, euh enfin non l’inverse, enfin bon, bordel, il a un instit quoi, ça va là !!!; la nécessité de croire en Dieu ou pas, le pourquoi du comment moi j’y crois pas mais que Mamie oui, ou au père noël ou pas, oui tout ce petit monde vit, ou pas, au-dessus des nuages, donc bon, on couple ; la réalité vraie de vraie sur la disparition des dinosaures, et les théories du complot qui l’entoure, si si en cherchant bien sur internet on doit bien pouvoir trouver une jurassic théorie du complot ; la vérité sur le fait qu’avant l’homme était singe, voire poisson, voire pas grand-chose, voire et lui était-il bien une petite graine avant d’arriver dans le ventre de sa mère, et moi de lui répondre qu’il était tard, qu’on revenait de soirée avec maman, que sincèrement j’avais pas vérifié l’état des graines avant, qu’a priori elles étaient en bon état puisqu’il est là même encore 7 ans après, et que d’ailleurs dans mon souvenir à la question « alors elles sont bien mes grosses graines », sa maman d’un seul élan avait lancé un grand « ouiiiiiiiiiiiiiii ».
Oui mais voilà, si ma langue, chaque matin, encore chargée de café noir sans sucre et déjà goudronnée au goût de la première clope du matin, fait très attention à utiliser des mots accessibles ou, à défaut, facilement explicables, du moins en moins de 300m, à l’exclamation d’un matin récent, je cite « Le plus important dans la vie c’est la vie car sinon sans la vie on peut rien faire, hein papa ?! », j’ai eu, interloqué par tant d’ouvertures de portes ouvertes et superposition mille feuilles synthèse de pléonasmes, l’indécence de me trahir par une réponse foireuse, je me cite, « wow, tu philosophes bien bien grave là mon fils » et lui de me répondre « c’est quoi philosophe ? »…et merde.
Bien évidemment, ce n’est pas mon poussif 12/20 en philo au bac il y a 20 ans pile poil et mon humble job de chroniqueur-photographes-testeur de rhum de week-end, qui allait me permettre, en une phrase efficace, d’expliquer à mon rugbyman-basketteur-skateur de fils ce qu’était la philosophie, c’est donc avec un autoritaire « oui bon bah on se grouille on encore être à la bourre, on verra ça demain ce que qu’est la philosophie hein »…
La journée passe…je demeure…sonne l’heure…7h25 merde déjà l’heure.
Observant d’un coin d’œil, au chaud sous ma couette, ma sublime épouse faire des allers-retours dénudée, entre la salle de bain du 3ème (je vous l’ai dit la maison est grande, jvous ai pas menti) et la chambre, où ma couette et donc mon lit et donc moi dedans se trouvent, j’avais l’oreille déconnectée de l’œil, qui s’imbibait, comme chaque matin, de la chronique de Raphaël Enthoven dans la matinale d’Europe 1. Raphaël évoquait ce matin là l’aspect philosophique (philosophale c’est le mec qui mange des philosophes, philosophile c’est le mec qui couche avec, si si si si j’vous jure) de Twitter et du récent départ de « célébrités » dudit réseau social qui, après avoir gonflé leur narcissisme aux hormones de hashtag et de « moi je #jemaime #achetezmondisque», finissaient par s’en détourner pour cause de bashing ou de railleries.
Une fine démonstration de Raphaël en deux minutes chrono, claire, simple efficace me donnait une idée pour la réponse à faire à mon lapin de garenne ; oui parenthèse, en effet, appelons le Raphaël, car la prononciation à l’oral, oui c’est une chronique écrite mais je fais ce que je veux, des noms des philosophes, étant, par tradition, un truc contribuant assez allégrement à l’aversion des lycéens, et même plus tard, donc, pour la philo.
De Niestzche, enfin nichhhte, enfin j’veux dire nicjktie, enfin nichssthhe enfin lui là l’autre, à Glucksmann en passant par Confucius, les mecs, qui ont forcément des actions dans l’agence de pub à l’origine des spots « et vous ? vous êtes passés chez Sosh ? », doivent je pense avoir obligation de prendre un nom imprononçable et de jurer sur le serment d’hypoSocrate de prendre un nom principalement fait de rang de trois consonnes en mode :
-« Raphaël Martin, jurez vous d’être un vrai philosophe vrai de vrai pur de dur, dans la lignée de Nitchhhee, enfin Nicht, enfin Nietzche quoi merde vous m’avez compris ?!? »
- « Oui je le jure »
- « Ok très bien donc maintenant vous devez vous trouvez un nouveau nom »
- « euhhhh, bah je vais coller aux écrans de télévision sur chaque plateaux de Ruquier, donc je veux être l’homme glue, donc Glucksmann !!! »
- «Ok va pour Glucksmann ! Et vous ? L’autre Raphaël philosophe des temps modernes, vous avez choisi quoi comme nom de viking ?»
- « Bah, jsuis très foot, j’adore la hollande, j’aime le PSG, en Hollande on dit PSV, et la ville c’est pas Paris c’est Eindhoven, j’suis un brin enrhumé, donc ça sera Enthoven ! »
- « Ok super, bon dépêchez vous, vos attachés de presse vous attendent pour aller sur les plateaux TV et radio !!! »
Justement, la télé !!! Voilà, impeccable, 7h32, je saisissais mon Iphone 6S flambant neuf, après avoir caressé rapido une fesse de ma femme effectuant son 5ème aller-retour chambre salle de bain du matin, pour regarder si ledit Raphaël animait une émission de télé, qui me permettra, ainsi, d’expliquer la philo à mon fils, suite à sa question de la veille, vous me suivez !?
Et bien oui figurez vous !!! Le soir venu, je posais donc mon animal de 7 ans devant l’ipad, moi à côté. Bon ok, c’est sur ARTE, et faire regarder ARTE à un enfant de 7 ans, c’est un peu comme montrer une video de Jackie et Michel à un pensionnaire mâle de 97 ans d’une résidence 4ème âge du Touquet, c’est pas qu’il veut pas, au contraire même voudrait bien le bougre, mais non il regarde et y’a rien qui se passe.
Bon là, pour la jouer fine, j’avais pris l’émission sur la BD, où la philo était donc illustrée par Raphaël et un de ses potes, à travers le monde des bulles, oui des bulles, c’est pas parce que j’évoque Jackie et Michel un paragraphe avant que je vais nécessairement enlever un L et mettre un O dans le mot bulles.
Manque de bol, il me dit direct « wow trop cool, la BD, va y’avoir des Pokemon !!! », moi de répondre « euh, j’suis pas sûr », et en effet, de Gaston Lagaff au Marsupilami, pas de Pokemon à l’horizon et une tête façon lapin pris dans les phares philosophique de Niestzche, enfin nichhhte, enfin j’veux nicjktie, enfin nichssthhe enfin lui là l’autre…
L’émission se termine, silence, je le regarde, il me regarde, me dit « ouais bah en fait la philosophie c’est réfléchir en pensant et parlant beaucoup c’est ça »…et moi de lui répondre « Oui voilà, t’es une belle petite graine toi »…
Allez j’vous embrasse, à la semaine prochaine.
Doni Doni

La trompette est l'instrument à la mode pour l'hiver 2015-2016. Après le virtuose Maalouf, place au rassurant Erik Truffaz, toujours aussi heureux de jongler avec les codes.
Erik Truffaz est un héritier joyeux de Miles Davis. Kind of Blue fut son premier contact avec le jazz et le grand Miles lui a donné l'envie de s'époumoner sur une trompette scintillante. Il lui a donné aussi le goût du mélange. Erik Truffaz a toujours préparé des cocktails détonants par des emprunts au rap, à l'électro et d'autres musiques urbaines.
Depuis vingt ans, il secoue la planète jazz avec ses bricolages acrobatiques. Pourtant il était plus discret ses derniers temps. Doni Doni devrait le remettre sur le devant de la scène. Car il réalise avec son quartet, un album spectaculaire, africain et jazzy comme on aime.
Si Maalouf est à la mode avec son style arabesque, Truffaz s'applique à freiner au maximum ses notes et ses sons si agréables. Il baisse le rythme de son instrument en demandant à son entourage d'accélérer. Kudu est un morceau qui devrait rester: impressionnant!
La déception vient des intrusions vocales même si on les doit à Oxmo Puccino ou la très douce Rokia Traoré. L'aspect pop est un peu trop visible sur ces morceaux. Mais les parties instrumentales sont tellement appréciables. On y trouve presque un message politique sur l'ouverture et la quiétude. Il y a une proposition autour du temps et de la découverte. A chaque écoute, on trouve des petites subtilités qui nourrissent la richesse du projet.
Pour continuer à explorer le jazz de Mile Davis, il fabrique un son "africain" cette fois ci sans oublier sa très grande modernité et l'efficacité de ses musiciens. Après trois années de silence, Erik Truffaz continue sa mutation, assume sa virtuosité et son groove qui n'est pas tout à fait jazz comme on a l'habitude de l'entendre. C'est fou tout le bien qu'il a fait en vingt ans, cet homme là!
Parlophone - 2016
Spotlight

Film dossier à l’ancienne, Spotlight a toutes les (bonnes) raisons de surprendre. Une vraie leçon de journalisme qui devrait intéresser ceux "qui s'informent que sur internet"... La vérité est ailleurs!
C’est un film de bureau. Rien de plus. Rien de moins. Cela évite tout de suite le sensationnalisme. Michael Keaton est un patron de presse bienveillant. Il a trois journalistes sous ses ordres. Ils font de l’investigation pure et dure pour un journal de Boston. Dans cette bonne vieille ville catholique, très marquée par l’héritage irlandais, ils doivent surmonter un mur de silence autour de la pédophilie de certains prêtres.
Le sujet est donc délicat mais le traitement est d’une sécheresse remarquable. Le film ne cherche pas à choquer le spectateur ou le conduire au jugement naturel. Il observe une longue enquête et les contours qui vont se dessiner autour d’une demi-douzaine de journalistes.
Bien entendu on pensera au maitre étalon du genre, Les Hommes du Président. Le réalisateur Tom McCarthy joue la carte de l’épure, jusqu’à l’austérité. On ne baille pas car le courage des personnages maintient l’intérêt mais nous ne sommes plus habitués à ce genre de spectacle, sobre et d’une subtilité assez rare à Hollywood.
C’est donc un film d’acteurs. On retrouve, un an après Birdman, tout le charme entêté de Michael Keaton en chef de meute qui comprend bien l’aspect politique de l’enquête. On appréciera aussi l’humanité de Mark Ruffalo et de tous les autres comédiens, à la recherche de la vérité, face au mépris des conventions et des non-dits qui enferment l’institution religieuse. Au lieu de nous écoeurer sur les bassesses des religieux, le film étudie minutieusement le travail de fourmis des journalistes, butés et conscients de leurs devoirs.
Le scandale est là. Il pourrit silencieusement la communauté de Boston. Le quatrième pouvoir est glorifié comme une voie vers la vérité. Les victimes sont humanisées sans prendre trop de place. A l’heure où tout le monde s’informe n’importe comment sur le net, cette mise en point est salutaire et donnerait l’envie de s’abonner à un quotidien.
La distance et la mesure sont les valeurs défendues par le film. C’est intelligent car il montre que l’immédiateté est un vice et que le recul est nécessaire à toute enquête. C’est une vraie leçon d’éthique que nous donne Spotlight. Ca fait du bien quand on s’adresse à l’intelligence plutôt qu’à l’émotion. C’est rare donc essentiel.
Avec Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo et Stanley Tucci - Warner Bros - 27 janvier 2016 - 2h05
Red and Black Light

On continue de souffler les bougies de cette nouvelle année avec une trompette! Second volet des aventures merveilleuses d'Ibrahim Maalouf dans le monde du jazz. Son inspiration, il la puise partout et offre un fantastique cocktail de jazz festif et enthousiaste!
En 2015, Maalouf a été vu un peu partout. Il sort un disque avec Oxmo Puccino en janvier. Il joue de la trompette en hommage aux victimes du terrorisme. Il hante les salles de concert. Il sort un élégant disque en et il enchaîne directement avec un autre disque miroir, avec ses potes pour nous faire remuer le popotin.
Maalouf semble partout mais ne s'éparpille pas. Son nouveau disque "dansant" (Illusions était très accessible) est pas loin d'une pop fantaisiste ou d'une world music qui fanfaronne joyeusement entre morceaux de bravoure et mélodies bien plus qu'entêtantes.
Le premier disque rendait un hommage à la chanteurs Oum Kalthoum; celui ci s'empare de la féminité pour se confronter à la dureté du jazz et du funk. Red & Black Light finit sur une reprise feutrée de Run the World (Girls) de Beyoncé, la femme ultime en ce moment dans l'industrie du disque! Maalouf dans ses reprises, fait toujours des choix ironiques, qui prouvent qu'il n'est pas un élève appliqué ou un savant héritier des traditions, ou un admirateur aveuglé de Miles Davis.
Sa trompette n'est pas solitaire. Elle se nourrit des autres. Ici, ce n'est pas la classe de New York comme sur Kalthoum. Il s'agit ici du virtuose Eric Legnini (Claviers), François Delporte (Guitare) et Stephane Galland (Batterie). L'enregistrement est beaucoup plus brut. Le modernisme envahit les compositions. L'électro et le funk s'invitent.
Les huit titres sont assez irrésistibles. Pour Maalouf, le jazz ne doit pas s'enterrer sous les conventions. On est quasiment en transe sur certains numéros d'artistes! Il fait virevolter les stéréotypes avec ses pistons capricieux et son souffle intrépide.
C'est un disque pour ceux qui n'aiment pas le jazz. Ceux qui n'aiment plus faire la fête. Ceux qui regardent trop derrière et qui craignent ce qui va arriver. C'est un son optimiste qui fait vibrer. Un disque essentiel pour paraphraser un titre de l'album. Rouge de plaisir!
Mister Productions - 2015



