Bliss

Portrait touchant et énergique d'une adolescente perdue dans le quotidien américain. Roulez jeunesse!
Faire du roller est il le dernier geste punk? C'est bel et bien une vraie révolte et cela fait tout le charme de la première réalisation de la comédienne Drew Barrymore. Connue pour sa jeunesse délurée, la jeune femme a toujours fait preuve d'une irrévérence dans le choix de ses rôles. Entre girl power et doigts d'honneur, la blonde n'est pas une prune: son film a autant de caractère que son initiatrice!
Dans la banlieue d'Austin, Bliss s'ennuie. Sa maman voudrait qu'elle soit une jolie princesse. Bliss voudrait simplement vibrer un peu. Sa vie quotidienne est triste. Elle découvre alors une bande de jeunes femmes qui profitent de leur week end pour participer à la ligue des courses de rollers féminines...
Ces filles se mettent des coups. Elles vont vite. Elles jurent. Elles assument leur indépendance et leurs mauvaises manières! Elles sont drôles et déroutantes. Elles semblent sorties d'une autre époque. Excellente idée de la réalisatrice: nous perdre dans le temps. On a bien du mal à dire à quel moment se situe l'aventure sportive de Bliss.
Drew Barrymore réunit dans son film les attitudes rocks et rebelles de plusieurs décennies. Le rock, la baston, la vulgarité mais aussi l'amour et la solidarité deviennent les preuves d'une désobéissance nécessaire.
Car la vie américaine est filmée avec une haine de la monotonie assez jouissive. L'actrice Marcia Gay Harden (Into the Wild, The mist) défend des valeurs niaiseuses sans donner la nausée. Malgré les courses énergiques des sportives insoumises, le long métrage filme la révolte avec une étrange douceur et un humour assez finaud.
Bien entendu, tout vient de la grâce d'Ellen Page, héroïne de Juno et une fois de plus, exceptionnelle en jeune fille en crise. Le parcours initiatique est classique mais le traitement surprend et surtout séduit.
En plus d'Ellen Page, le gang sur roulettes revisite la comédie pour teenagers avec une hargne assez savoureuse. Les blagues et la romance sont revus et corrigées par des nanas bien barrées et franchement étonnantes. On appréciera les seconds rôles jamais lisses, toujours dépeints avec tendresse. Cela donne une excellente comédie, vraie surprise à découvrir, à apprécier et surtout à revoir...
Blackstar

Allez on profite des vacances d’hiver pour se réchauffer auprès de David Bowie qui mine de rien nous a laissé un puissant testament qui marque la grandeur du personnage. Chapeau l’artiste !
Il avait donc tout prévu. On trouvait les paroles de son petit dernier, assez sombres. Son clip le montrait agonisant ! David Bowie préparait bel et bien sa mort. Deux jours après la sortie de son 26e album, Bowie tirait sa révérence après une dernière mutation musicale.
The Next Day était un disque commercial, plus traditionnel avec des hits et des ballades. Cette fois ci il expérimente de nouveau. Il s’acoquine avec un saxophone libre et il a visiblement des envies de jazz et d’électro. Difficile de ne pas prendre en compte la mort soudaine de l’artiste, mais Blackstar est drôlement inventif.
On reconnait donc le Bowie sauvage qui au crépuscule de sa vie, se lance dans une dernière bataille contre les stéréotypes et les étiquettes. Il s’arrache à la retraite bien sage qu’on lui a promis. Son espiéglerie prouve qu’il a toujours été un jeune homme sacrément ingénieux. Aidé par le fidèle Tony Visconti, il secoue de nouveau son sac à malice pour nous offrir des petites surprises, peu nombreuses, mais assez fascinantes.
Il théâtralise radicalement sa façon de chanter. On se croirait chez David Lynch, un univers feutré, moderne mais à cheval sur le passé. Les machines sont derrière l’homme. Le saxophone de Donny McCaslin est d’une précieuse aide pour intriguer l’auditeur avant de le séduire. On est au croisement de tous les styles qui font la gloire de l’artiste protéiforme, à l’aise dans tous les genres, toutes les exubérances.
Il livre certes son œuvre la plus sombre depuis très longtemps mais elle est surtout marquée par l’originalité. Il cherche cet espace de créativité qui lui reste entre l’artiste et le succès colossal qui a fait la légende de Bowie. On est encore surpris par cette façon d’aborder de nouveaux genres, l’air de rien, avec un naturel classieux et une voix qui défie encore le temps !
Son sens de la mélodie et sa voix subtile résistent aux capricieuses envies de la star de se réinventer à nouveau, créer une nouvelle étoile dans sa discographie. Elle est noire. Mais son éclat est évidemment éblouissant juste après sa disparition. Il faudra peut-être réévaluer la dernière œuvre du grand Bowie dans quelques mois, mais elle est à coup sûr étonnante et déroutante.
Columbia - 2016
Ce qu’il en reste

Ce qu'il en reste de cet album? L'idée d'un beau voyage en Irlande. Mais en français!
Avant de parler de la musique, saluons la jolie pochette de ce premier effort de Parnell. Une pochette qui vous transporte dans un ailleurs, une belle invitation sépia marquée par la mélancolie et l'harmonie. Il y a un homme seul sur la jetée... Il avance vers la ligne d'horizon...
Et visiblement Parnell se promène beaucoup en Irlande. Parnell est français mais sa musicalité s'est construite dans les plaines écorchées de l'Irlande, grand pays de la musique populaire. On applaudit l'exploit: il exporte toutes les qualités du folk anglo-saxon.
Il y a là tous les stéréotypes du genre: on entend même la petite rivière coulée derrière quelques accords. Mais on il y a tout le coté rustique de la musique irlandaise, des bardes torturés et des constats doux amers sur l'existence.
Vous savez quoi? Parnell est un digne représentant du genre. Il y a toute la sincérité dans ses compositions. Il parle beaucoup de ses bobos au coeur mais il le fait avec d'une habile manière. Il fabrique de jolis petits objets mélodiques où la voix rappelle celle de Damien Rice à ses débuts! Et puis la voix fait aussi penser à Manset, petite référence qui vaut son pesant d'or quand on voit comment plusieurs artistes courent après le respectueux chanteur de Saint Cloud.
C'est de toute façon, un disque qui s'échappe de l'hexagone, qui prend de l'élan pour aller à la rencontre du Monde. De son expérience, Parnell prouve que la vérité est ailleurs, dans les voyages, dans les rencontres. Ce qu'il en reste, c'est ici l'amour de la musique.
Wallou prod - 2016
Steve Jobs

La tragédie de Steve Jobs, entrepreneur de légende et piètre papa. En trois actes, le réalisateur Danny Boyle et le scénariste de Social Network, Aaron Sorkin affrontent le mythe!
Il faut se préparer au style! Birdman est passé par là: un débit de dialogues sans fin sur des longs plans séquances absolument virtuoses. Et il faut aussi s'y connaître dans l'histoire du micro-ordinateur, de l'ingénierie et les marchés financiers. En gros, il vaut mieux connaître la vie professionnelle et tumultueuse de Steve Jobs, patron des patrons, Dieu du libéralisme, Phénix qui renaît de ses cendres pour se venger de ce même libéralisme qui lui a coûté si cher!
Aaron Sorkin est le scénariste qui s'intéresse aux puissants de ce Monde. Avec A la maison Blanche, il instaure les règles de la série politique. Avec Social Network, il montre la naissance du géant du net. Avec La Stratège, il critique le monde ultra libéral du sport. Avec Steve Jobs, il continue de transformer l'histoire contemporaine en une longue tragédie humaine où l'individu doit faire face à un univers sans pitié: le capitalisme.
Mais Sorkin n'est pas un communiste: il aime le spectacle. Il confie son scénario sur le roi d'Apple à Danny Boyle, cinéaste inégal mais talentueux qui se lance ici dans une cavalcade filmique autour d'un héros qui nous fait un peu pitié. Car le directeur général d'Apple, si heureux sur une scène est un pauvre type en coulisses!
Des ambiguïtés qui ne font pas peur à Michael Fassbender, habitué aux rôles border-line. Il joue cela comme une création shakespearienne: c'est la forme à laquelle s'accrochent les deux auteurs, le scénariste et le réalisateur. Comme tout cela a lieu après l'oscarisé Birdman, sur une forme similaire, ca sent un peu la récupération!
Boyle et Sorkin sont de flamboyants seconds: on pense beaucoup trop à Birdman avec sa théâtralisation outrancière et ses histoires de famille qui se mélangent au boulot. C'est très bien fait mais tout cela a un coté opportuniste. Ce qui gâche un peu la vision du film.
Il y a tout de même plein de qualités à ce film qui raconte habilement l'évolution d'un héros du Monde moderne. Si l'aspect familial est un peu caricatural, on se plait beaucoup à observer les petites revanches de Jobs dans un univers impitoyable.
Cependant le film est trop énorme pour être totalement honnête. C'est dommage car c'est le genre d'initiatives que l'on veut soutenir. De la fiction pour comprendre un peu plus notre monde: un autre regard!
Avec Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen et Jeff Daniels - Universal - 3 février 2016 - 2h
Obsolescence Programmée

Sur la pochette, on devine un écorché vif mais Erwan Pinard renverse la table du rock pour une java du tonnerre. Amusez-vous avec ce trublion festif et engagé !
Bon on va éviter les jeux de mots avec son nom qui évidemment ne passe pas inaperçu. Du moins on va essayer car le bonhomme nous fait tourner la tête avec son style tempétueux et son amour du rock, sec et brutal !
Avec Obsolescence Programmée, Erwan Pinard supplante pas mal d’artistes en colère. Justement parce qu’il maîtrise ses émotions et les libère juste quand il faut. Son disque est parfaitement pensé pour nous offrir un grand huit entre rock endiablé, folk dépouillé et même un petit reggae amusé !
Ne vous fiez pas à ce titre d'album obséquieux. Comme beaucoup de chanteurs, il a un regard acerbe sur ce qui l’entoure mais il a un sens de l’humour qui le sauve du stéréotype. C’est rare de voir un chanteur taquiner une institution nationale et commerciale comme Jean Jacques Goldman. Tonitruant, il rit de tout avec une vigueur que l’on trouve rarement dans nos contrées.
Il sait être sérieux mais ses paroles sont marquées par un solide second degré et une vraie tendresse. Il transforme ses mornes idées en pétaradantes chansons, drôles et sensibles. C’est une sorte de punk tout en retenue, sans impulsion mais avec une rare intelligence dans l’écriture. Aidé par deux musiciens mais aussi des cuivres et des cordes, il orchestre une douzaine de titres, à la subtilité cachée.
Il est toujours bon de découvrir au fil des écoutes, des petites choses qui à chaque fois transforment l’appréciation. On imaginait un bougon énervé : on découvre au fur et à mesure un artiste farouchement indépendant.
C’est en tout cas du sacré rock’n’roll à la française, celui qui vous fera sauter en l’air, qui vous surprendra, qui ne se laisse pas faire ! Ici, on adore et on en redemande… Jusqu’à l’ivresse. Pardon on n’a pas résisté à la promesse du début !
Inouie distribution - 2016
Anomalisa

Des petites marionnettes font l’amour… et ça vous émeut. C’est le petit miracle offert par ce film d’animation mélancolique, presque misanthrope.
Auteur torturé, Charlie Kaufman a toujours travaillé sur le faux pour chercher le vrai. Les histoires rocambolesques qu’il écrit, sont marquées par cet alliage fou entre la réalité et l’art, la vérité et l’artifice, le quotidien et le rêve. Dans la peau de John Malkovich, Adaptation ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind, quelques titres pour définir la singularité de l’auteur qui s’arrache encore un peu plus aux dictats d’Hollywood avec sa nouvelle création, encore plus étrange que les autres.
Vous prenez quelque chose de très artificielle… cette chose réussit à vous toucher. Malgré son aspect bricolé ou synthétique. Je ne sais pas vous, mais moi, j’appelle cela un tour de force.
La première fois que cela m’a vraiment fait cet effet incroyable, ce fut sur le film de Henry Selick, L’étrange Noel de Monsieur Jack. Mais c’est aussi un petit miracle qui se cache dans les films d’animation de Disney, Pixar ou de Folimages.
Ici, il s’agit d’un film pour adultes ! Il y a même une incongrue scène d’amour entre deux personnages ou plutôt les deux petits pantins qui pourtant vont bien nous faire vibrer. Leur morosité, on la partage, malgré les effets de stop motion : les acteurs de ce petit film sont simplement formidables !
Michael Stone (avec la voix du british David Thewlis) est donc la référence du service clients. Son livre a éclairé des milliers de téléopérateurs et le voilà, invité à Cincinnati pour une conférence ! L’homme n’est pas si enthousiaste que ça. Il traine avec lui un spleen profond.
Il profite de son passage en ville pour revoir une ancienne conquête. Le rendez-vous se passe mal. Angoissé et un peu alcoolisé, il frappe à la porte de ses voisins dans son hôtel. Il tombe automatiquement sous le charme de la discrète et naïve Lisa (et la voix exquise de Jennifer Jason Leigh)…
Mais le film ne sera pas une comédie romantique. Notre anti héros n’arrive pas à se défaire de ses doutes et son aigreur. Il a l’humour triste mais encore des espoirs quand il trinque avec la jeune femme. Il s’emporte tout comme son imagination.
Les thèmes chers à Kaufman sont présents : l’aliénation, la solitude et l’absurdité. Une fois de plus, la condition humaine fait souffrir les individus et Michael Stone est un triste sire, incapable de connaître le bonheur, condamné à supporter une existence banale.
Sorte de huis clos existentiel, le film profite de l’animation, astucieuse jouant sur toutes les ambivalences avec le réel. Il semble pourtant inabouti car le film se termine un peu trop vite. Il y a comme un goût d’inachevé dans cette histoire de solitudes qui se rencontrent ou s’affrontent. Pourtant le film est romantique et arrive à faire battre notre cœur. Un exploit avec de simples marionnettes !
Paramount – 3 février 2016 – 1h30
My Wild West

C'est une petite fille américaine. Il faut l'imaginer dans sa petite ferme au fin fond de l'Iowa dès sa tendre enfance. Fermez les yeux! Une petite blondinette avec de jolies taches de rousseur qui court dans les champs de maïs comme dans les meilleurs clichés du cinéma américain.
Désormais, cette jeune femme est devenue une Californienne qui s'épanouit à Hollywood. Elle n'a pas froid aux yeux: son troisième album est constat presque amer de cette vie d'artiste sous le soleil de Los Angeles. Lana Del Rey a du souci à se faire: voilà une sérieuse rivale dans le genre "le spleen ca peut rendre très jolie".
Et puis il faut compter sur elle pour faire de l'ombre à Sia ou Adele, deux autres tenors de la pop au féminin! Lissie Maurus digère depuis quelques années ses forces et ses faiblesses. Son nouvel album est un gros album pop où sa voix fait dans le sensationnelle sans trop se renier!
Elle décrit le star system et montre qu'elle est clairvoyante sur la situation. Elle ne joue pas les innocentes, bien au contraire. Cependant elle ne crache pas dans la soupe: sa musique est très bien produite et joue le jeu des productions actuelles. Il y a tout ce qu'il faut pour cartonner sur les radios et titiller l'attention de quelques oreilles plus pointus.
Vous trouverez du single efficace et des choses plus troublantes. C'est assez déroutant car la jeune femme glisse comme pas mal d'artistes féminines de la country et de la folk vers une pop plus acidulée mais pas franchement désagréable. Il y a une vraie personnalité qui se dégage. On aimera beaucoup les paroles plutôt acides mais il y a aussi une recherche du tube imparable qui gène un peu.
En tout cas, Lissie Maurus n'est pas fade. Quelque chose de sympathique subsiste sur ce troisième album. L'introspection l'empêche de sombrer dans la pire production à l'américaine. Une bizarrerie inoffensive, voilà ce qu'est ce Wid West pas si sauvage!
Cooking Vynil -
New York Melody

He ho les zamoureux! Voici pour vous un petit conseil ciné pour avoir le sourire et croire que tout est possible dans la vie... surtout aimer, respirer, chanter, rire et aimer encore et toujours.
D'un coté, vous avez un vieux producteur raté et de l'autre une petite Anglaise charmante qui a bobo au coeur. Entre eux vous avez New York City, décor idéal de cinéma et de comédie romantique. Pour raconter tout cela, vous avez le réalisateur de Once, une petite pépite irlandaise qui parlait de musiques et de sentiments.
Pour rigoler, on va vous dire ici que le refrain est connu. Mais la façon de jouer est un peu différente.Un peu seulement. Car nous sommes à New York et qu'il est question de rêve de musique, puis de gloire, puis d'Amérique! Ici, la vie est l'endroit de tous les possibles. De la grandeur et de la décadence.
Le héros a tout du décadent. Producteur à succès, il s'est fait aspirer par l'alcool et la dépression dans un trou sans fin et sans création. Mais tombe sous le charme d'une petite désoeuvrée qui a un joli filet de voix. Deux solitudes dans une grande ville assourdissante, ce n'est pas le sujet le plus neuf mais John Carney sait ce qu'il faut faire pour que ca ne soit pas complètement rébarbatif.
Il confie les rôles à deux acteurs touchants, Keira Knightley et Mark Ruffalo. Il soigne les seconds rôles. Il filme Big Apple avec une gourmandise non dissimulée. Il se moque du mauvais goût et tente de parler des fameuses Good Vibrations si cher à des génies comme Brian Wilson. Ca parle de musique et de tout ce que l'on peut mettre dedans. C'est un art commercial mais il peut y avoir des petites surprises.
C'est très naïf mais le réalisateur semble assumer ce coté fleur bleue sans tomber dans tous les pièges. On veut bien se laisser aller à cette douce déclaration à la musique sincère, aux amitiés fidèles et aux amours déchus. C'est un peu ringard mais le charme agit contre toute attente. Le cynisme se fait laminer par la mélodie du bonheur joué par des interprètes sympathiques. Cucul mais pas si concon!
Avec Keira Knightley, Mark Ruffalo, Adam Levine et Hailee Steinfeld - TF1 vidéo - 1h38 - 2013
Le Discours aux animaux, Valère Novarina, André Marcon, Bouffes du Nord


Cher lecteur,
J’ai quelque difficulté à rédiger une chronique digne de ce nom sur ce spectacle: j’y suis allée par curiosité et… ben j’ai rien compris mais rien du tout…
En fait, il y a quelques années, la langue de Novarina m’avait paru complètement absconse, mais j’espérais qu’avec le temps, et surtout grâce au talent d’un comédien poète et passeur de mots comme André Marcon (qui a créé et joue régulièrement le texte depuis 30 ans!), je comprendrais enfin, que l’oeuvre s’éclairerait – au moins en partie. Mais je me suis trompée.
Je suis désolée, je me sens incapable d’en écrire plus sur ce spectacle…
Que faire? Si j’avais le temps de m’avaler une thèse sur Novarina, d’écouter des entretiens ou de m’intéresser aux œuvres qui se sont construites à partir de ce texte (« L’Animal du temps » et « L’Inquiétude »), je pense que je pourrais écrire quelque chose qui ait du sens… Mais je n’aurai tout simplement pas le temps.
Alors, Cher lecteur,
Si tu as la passion d’un poète et si tu parles plus de 5 langues étrangères: je te recommande ce spectacle.
PS: si tu l’as aimé, s’il te plait, explique-moi sa beauté en utilisant le champ « commentaire » au bas de cette chronique.
Richard III, William Shakespeare,Thomas Jolly, Odéon


Du contemporain bien traditionnel...
La tragédie de Richard III nous fait réfléchir au sens des mises en scène ultra-contemporaines vues beaucoup depuis quelques années, à l'esthétique glam-rock ici ultra léchée.
D'autant que chez Thomas Jolly, lui en tête en tant que comédien star, le travail du texte en revanche nous apparaît ultra classique: un style déclamatoire emphatique et précieux, très Théâtre National de Bretagne (on songe à Stanislas Nordey), des déplacements très littéraux (on franchit les seuils de portes, on monte les marches ostensiblement, on informe le public des changements de lieux...) et une gestuelle trop expressive chez les personnages.
On remarque les visages blanchis, marque de fabrique de Bob Wilson, on se souvient de pièces bruyantes où Vincent Maquaigne provoquait déjà ces interactions forcées avec le public (" répondez, applaudissez..."), on retrouve un moment de concert punk-rock déjà entendu; on compte involontairement les références, probablement inconscientes, mais qui parasitent une possible distinction de cette mise en scène.
Ce qui restera remarquable quoique outrancier, c'est la métamorphose monstrueuse du corps de Thomas Jolly-Richard. Ses postures étranges touchent juste à rendre visible la perversion toujours plus triomphante de son monde intérieur, prospérant à mesure que ses costumes deviennent de plus en plus chargés.
L'autre intérêt de l'intrigue, et ce peut-être à travers ses longueurs parfois pénibles, c'est de transcrire sans apitoiement aucun l'érosion fatale d'une famille confrontée au pouvoir. Dès lors que la toute-puissance pourrait être accessible, l'ordre et la différence des générations sont pulvérisés et les liens familiaux déviés jusqu'aux pires carambolages.
La lumière, malheureusement trop présente à côté d'autres éléments de décors trop rudimentaires (rideaux, photos grand format assez ineptes...), métaphorise la mégalomanie de plus en plus mécanique, automatique et droit devant du héros. Ainsi oriente-t-il les faisceaux des projecteurs comme on ferait claquer un fouet...
Mais l'importance de ces effets de lumières, comme du glamour des costumes n'aboutissent qu'à un flagrant "donné à voir" et sont insuffisants à constituer un style.
On peut louer les grandes qualités des personnages donnant la réplique au tyran, lui qui déverse une parole sans adresse, laissant ses interlocuteurs face à eux-mêmes, leurs abîmes les plus ambigües, ce qui fonctionne ici très bien.
Mention spéciale pour le très sobre Mohand Azzoud (vu chez Nordey, Mouawad...) qui incarne Richmond pour l'affrontement final et parvient à canaliser une belle énergie après quatre heures de pièce.
jusqu'au 13 février 2016



