Empire State

Depuis Scarface, c'est trop cool d'avoir des cols "pelle à tarte" et des grosses lunettes fumées avec un accent étranger pour dire des mots comme "fooock" ou "shiiiit". Depuis L'impasse, il n'y a rien de mieux que de replonger dans les années 80, à une époque où New York n'était pas un parc pour touristes mais une poudrière de gangsters plus ou moins charismatiques. Mais tout le monde n'a pas le talent de Brian de Palma.

Dito Montiel - rien à voir avec ce voyou de Bernard qui hante le sud de la France et les plateaux de télévision - est fasciné par les voyous et les légendes du Queens. Ses films se situent dans ce quartier bouillant de New York, où les communautés se côtoient avec plus ou moins de bonheur. Il aime filmer le bitume et ses lascars. Il a une vraie fascination pour ça depuis son premier vrai succès, Fighting avec son ami bovinesque, Channing Tatum.

Il doit bien aimer les acteurs inexpressifs car il engage pour Empire State le costaud catcheur sympathique Dwayne Johnson pour jouer un flic qui se pose des questions sur deux amis qui pourraient être responsables d'un braquage incroyable de fourgons blindés.

Pour interpréter les apprentis voleurs, le réalisateur a débauché Liam Hemsworth, le frère du balèze Chris "Thor" Hemsworth et nettement moins charismatique, et Michael Angarano, gamin qu'on a vu grandir dans plein de films et qui a conservé l'aspect tête à claques du gamin star qui cabotine en permanence.

Pour le coté "incroyable" de cette histoire vraie, il faut aussi s'interroger: la reconstitution est pleine de couleurs avec des fringues improbables, des voitures clinquantes et quelques titres funky. Mais c'est mou, mou, mou. C'est évidemment dû à l'interprétation des deux héros! Montiel a beau travailler une solide reconstitution à la manière de... il n'est qu'un petit délinquant face à des monstres sacrés comme Scorsese ou de Palma. Ce petit polar est une petite faute de goût dans un genre qui révèle les grands noms du cinéma américain. Quand on s'appelle Montiel...

Avec Liam Hemsworth, Dwayne Johnson, Emma Roberts et Michael Angarano - 2013

The Waiting Room

Première claque de l'année, le nouveau disque des Tindersticks est une vraie surprise au lyrisme inattendu. Un déluge d'instruments et une voix de plus en plus fascinante au fil du temps. Ca a du bon de vieillir!

Car on ne voyait pas les Tindersticks allaient aussi loin avec leur rock un poil déprimé, enclin aux cordes et à quelques instruments classiques. Le chanteur Stuart Staples traîne sa mélancolie depuis bien longtemps et l'exporte même sur les bandes originales de films de Claire Denis. Avec l'étiquette "groupe farouchement indé", on pouvait s'imaginer un style figé, cinéphilique et un peu prétentieux.

Le onzième album surprend. La voix est morne toujours et encore mais quelle générositié après plus de vingt ans d'existence, pas mal de passages chaotiques (des départs en pagaille avec le temps), un ou deux chefs d'oeuvre... et désormais ce Waiting Room éclatant!

Car les membres du groupe, nouveaux et anciens, amènent un swing noir, un jazz feutré et un son vraiment hypnotique. On pense même à une version acoustique du Blackstar de feu David Bowie: le groupe a l'art de mettre la musique en retrait, de l'éloigner de nos existences, de créer quelque chose de transcendant dans un art en apparence classique. Help Yourself est l'exemple parfait: des cuivres en liberté, une guitare tendue l'Afrique et un chanteur en pleine possession de ses moyens.

Le travail pour le cinéma est digéré et inspire les nouvelles chansons, toutes uniques et spectaculaires sans pourtant sortir l'artillerie lourde, l'orchestre symphonique ou un spleen explosif. Stuart Staples paufine une fois de plus son rôle de crooner réaliste, de Nick Cave anglais, de monsieur Loyal faussement usé par la vie et véritable poète.

Les arrangements sont d'une singularité que l'on attendait plus. Là où l'âge aurait du mener la bande à la sécurité, l'envie de se transcender subsiste malgré les galères et les réussites. Le disque est accompagné d'un film. Les Tindersticks travaillent avec sérieux leurs ambiances différentes, minimalistes mais fourmillant de détails croustillants,de petites idées musicales charmantes et de parties instrumentales reposantes.

The Waiting Room propose de prendre le temps. Il le remonte même avec un duo Hey Lucinda avec la chanteuse disparue Lhasa. C'est un disque étrange, fait d'espoir, d'images et de mélodies qui se détendent au fil des écoutes. Perce alors une infinie douceur, celle que l'on connaît auprès de ses vieux amis. Après vingt ans, on se disait qu'on avait un peu perdu de vue ce drôle de gus de Staples. Les retrouvailles sont incroyables. Un vrai bonheur!

City Slang - 2016

Baba Yaga, Héloïse Martin, compagnie Carabistouilles, Comédie Bastille

baa

 

LA BABA YAGA, c'est un conte traditionnel russe, cité notamment par Clarissa Pinkola Estés dans son excellent essai "Femmes qui courent avec les loups". C'est un modèle de résilience. Et c'est surtout un bon moment de théâtre à partager en famille, le week-end à la Comédie Bastille.*

Vassilissa, une petite fille gracile et attachante, aux couettes blondes bientôt chiffonnées, vit dans la taïga. Son père s'absente souvent. Sa mère meurt quand elle a seulement six ans, non sans lui remettre un objet magique, une poupée fétiche qu'elle pourra appeler à l'aide au besoin. Ses ennuis commencent quand son père se remarie avec une femme dure et sèche ; la marâtre l'exploite et, cherchant à se débarrasser d'elle, envoie Vassilissa chercher du feu chez le seul être qui en possède dans cette sombre forêt: la vieille et cruelle (supposée ogresse ou sorcière) BABA YAGA. Grâce à l'amour de sa mère qui vit toujours en elle, grâce à sa poupée magique, et surtout grâce à ses propres qualités, Vassilissa échappera à son sort. Et plus: elle réhabilite la grand-mère BABA YAGA, retrouve son père, envoie la marâtre brûler en Enfer et, brillante de sa toute nouvelle énergie, séduit le Tsar qui passait par là...

Vous l'aurez compris, Vassilissa l'emporte malgré ses doutes, peurs et fragilités, grâce à ses qualités et à sa force intérieure.

Une leçon de sagesse et de "vraie vie", pour nos enfants gavés d'aventures de super-héros plutôt invraisemblables...

Le costume de la BABA YAGA ne manquera pas de vous étonner. Le spectacle de la compagnie Carabistouilles réserve aussi des chansons russes et pas mal d'interactivité. Les petits spectateurs en sortent excités et ravis.

Comédie Bastille, 5 rue Nicolas Appert, 75011 Paris
Tel:
* Samedi à 14h30, dimanche à 10h30 ; pendant les vacances scolaires, du lundi au samedi à 14h30.

Les Petites Chéries

Le film du samedi soir : petit rendez vous pour les amoureux du cinéma qui détend et qui pourrait même rendre un peu bête. Amis du plaisir coupable, soyez les bienvenus dans cette nouvelle chronique.

Et pour bien commencer, je vous invite à retourner dans votre douce adolescence, ce moment crucial où les hommes ont la voix qui mue et les filles s’affolent devant le moindre mâle qui a plus de deux poils sur le torse.

Gros succès aux Etats Unis, Les Petites Chéries rappellent que les adolescents à une époque ne faisaient pas peur aux plus grands. Ils ne voulaient pas partir en Syrie. Ils ne préparent pas un massacre dans leur lycée ! Non, les adolescents des années 70 veulent juste s’amuser dans de jolies colonies de vacances.

Maintenant ce genre d’endroit n’est connu que lorsqu’il s’y passe un drame : ici le grand malheur, c’est d’être encore vierge ! Bah oui , c’est inconcevable. Que vous soyez une petite fille de prolo ou une bécasse de la bourgeoisie wasp. A 15 ans, il faut dire adieu à ses petites habitudes de filles modèles et devenir une femme, une vraie, qui  s’émancipe et qui n’a pas peur du loup !

Le film de Ron Maxwell raconte donc la rivalité entre Ferris et Angel pour appâter les beaux mecs durant leur séjour au bord de l’eau dans de jolis cabanons peuplés de donzelles excitées et d’animateurs forcément dépassés.

C’est American Pie avant l’heure, avec une pointe de féminité, un peu de psychologie et pas mal de liberté. C’est hilarant de voir la description du monde adolescent qui bien entendu ne veut pas faire dans le trash à la Larry Clark ou dans l’élégiaque à la façon de Gus Van Sant. Le film brille par sa petite cruauté autour du thème obligatoire du passage à l’âge adulte. Les niaiseries des niaiseuses ne sont pas anodines que ça.

Mais pas de moralisme ici. Ce qui compte ce sont les looks et les blagues. Vous ne vous remettrez pas de ces canons de beauté que sont à cette époque,  le gringalet Matt Dillon et le viril Armand Assante. Leurs coupes de cheveux peuvent rentrer dans la légende capillaire du cinéma.

Le style est délicieusement marqué. Les blagues sont bien régressives et on finit le film en sifflotant du Pierre Perret. Puisque l’on vous dit qu’ici on célèbre le cinéma qui rend un peu bêbête…

Avec Tatum O'Neal, Christy McNichol, Matt Dillon et Armand Assante - 1980 - 1h35

FLA-CO-MEN, Israel Galván, Théâtre de la Ville

flacomen

 

Présenter du Flamenco sur une scène de l'envergure du théâtre de la Ville est une gageure.

Cette musique, cette danse sont d'ordinaire réservés aux bastringues tout comme le Rebetiko grec, ce qui permet dans ce confinement infiltré d'ivresse d'observer une montée en puissance du spectacle et son public, jusqu'à la transe.

Israel Galván est pourtant un expert en la matière. Justement, ce coup-de-Maître-là dérange...

Ouvrant la pièce en tablier, c'est bien un cuisinier du style flamenco qui ironise devant nous.

Mélangeant tout dans son chaudron, mots, pied en plâtre, coups de talons, de hanches et autres claquements de doigts, Israel Galván sidère son public qui, décontenancé, réagit en public de cirque et multiplie les applaudissements inopportuns.

A force de morceaux de bravoure face à ses complices musiciens merveilleux mais semblant suivre sans bien comprendre, la monstration continue: danse dans le noir, bruits de l'intérieur du corps, variation des sols et effets de résonances, jeux de percussions... Et toujours, la vitesse harassante des pieds du génie qui inventa le solo flamenco masculin.

On retient quelques fulgurances: un tableau de silence en clair-obscur (interrompu par le public), une séquence très gitane de pas sur un tapis de piécettes, le poème chanté hommage aux toreros, une de ses belles obsessions...
Mais, celui que Georges Didi Huberman a nommé Danseur des solitudes a été plus poétique, plus narratif aussi.
Peut-être est-ce comparable à l'évolution d'un mathématicien de haut vol; de plus en plus abstrait, il en perd un peu le sens, les liens et aussi la douceur des métaphores.

Ces exercices de style trop littéraux le révèlent en tant qu'il est d'avantage dans FLA-CO-MEN musicien expérimental; alors que la nostalgie pour le danseur tout en retenue laisse une ombre sur scène.

Ce qui existe de plus remarquable chez Galván se traduit dans les manifestations les plus simples: la façon dont il casse son poignet à angle droit sur des doigts fermés, corps de profil; les postures que lui seul a inventé et qui ont ouvert des ponts imaginaires infinis.
Exégète de l'histoire des danses, sa silhouette raconte tout ce qu'il a intégré: torero aux profils d'égyptien, guerrier ninja toujours en noir, surréaliste qui met les objets sans queue ni tête...

Il est si puissant de constater combien sa danse a creusé l'enveloppe de son corps; ayant perdu beaucoup de poids il y a quelques années, il ne lui reste plus que son instrument de travail, au plus nu. On distingue, lors de la pantomime du salut final, les bandes de contention sur ses mollets et cuisses; Galvan au corps rendu machine...

On pourra penser à Joseph Nadj face à cette tentative de dialogue ultra contemporain entre corporéité dans la danse, musique et espace scénique. Nadj y réussit beaucoup mieux, mais Joseph Nadj a depuis longtemps renoncé à être un danseur.

Souhaitons qu'Israel Galvan ne perde jamais sa danse, et qu'il nous emmène encore longtemps à travers solitudes, sonorités et silences.


Du 3 au 11 Février 2016
Théâtre de la Ville

Les Gens Honnêtes T.4

Voilà 8 ans maintenant que Jean-Pierre Gibrat et Christian Durieux nous racontent façon Pennac les aventures de Philippe et de sa bande. Et malheureusement ils terminent cette tendre histoire avec le tome 4 qui vient de paraitre dans la collection Aire Libre des editions Dupuis.

Les gens honnêtes, c'est vous, c'est moi. On est entre Ana Gavalda et Barbara Constantine. Des histoires qui pourraient nous arriver à chacun d'entre nous mais toujours avec un côté improbable, inexplicable qui apporte une dimension kitsch à ces récits. Le gros avantage, c'est que ces histoires vous laissent plein d'optimisme, d'espoir envers l'humanité qui n'est pas désagréable. Quelle vision du monde!

Le premier tome nous plongeait dans cette famille où Philippe, le héros (sorte de Malaussène avec moins de frères et soeurs et sans maman excentrique...) apprend le jour de son anniversaire qu'il est viré de son boulot. Bien sûr tous les membres de sa famille entourent ce quinquagénaire de leur aide, de leur affection. Mais le chemin sera long et difficile pour s'adapter à cette nouvelle vie; à trouver de nouveaux repères.

Le tome deux, c'était la réinsertion, un nouveau travail, les lien de Philippe avec son ami médecin, la découverte 'un bouquiniste aussi fantaisiste qu'amateur de bons vins. Et surtout, c'est la découverte de l'amour avec une jeune femme de 20 ans sa cadette.

Le tome 3 évoquait la vie dans un village du sud-ouest. Philippe y tient le seul commerce du village. Loin de Bordeaux, la vie est plus douce, les rapports humains sont à la fois plus silmples et plus chaleureux.

Le dernier album se conclut tout en laissant de nombreux personnages partir sur de nouveaux chemins, dans de nouvelles voies.

Les auteurs, s'ils regardent le monde d'une façon indulgente et optimiste, n'en sont pas moins lucides sur son état et ses faiblesses. Leur démarche est aussi politique, même si elle n'est pas militante. Le chômage, la mondialisation, l'engagement politique sont quelques uns des thèmes abordés. Mais tous se fait avec légèreté, laissant au lecteur la possibilité de se faire sa propre opinion. Les personnages sont des héos ordinaires avec leur force et surtout leur faiblesse.

Le dessin et surtout les couleurs pastel du tome 4 rendent cette atmosphère apaisée. Quelque chose qui ressemblerait à une chanson de Brassens. Le fond y est, la forme reste tranquille. C'est un peu la marque de fabrique de Gibrat que ce soit dans les aventures de Goudard où il décrivait le passage de l'adolescence à l'âge adulte ou dans ses récits sur l'Occupation que ce soit "Le corbeau" ou dans "Le sursis".
Les gens honnêtes, c'est un peu comme si Philippe était une sorte de Goudard approchant de la retraite.

Réjouissez vous des choses simples, d'un récit plein d'humanité, de sensibilité et d'émotion au travers de cette dizaine de personnages que vous n'oublierez pas.

Repeupler

Gontard! est un petit nouveau (il a de l'expérience mais c'est son premier disque) dans le monde du rock. Il nous charme sans aucun problème avec son rock torturé et ses paroles désenchantées. Quand on est sans concession, le rock est le meilleur étendard!

Le musicien qui se cache derrière le nom de Gontard! est un enfant du rock. Celui qu'aime Virginie Despentes ou les écorchés vif, les corbeaux noirs de cette musique bouillonnante! Celle de l'absolu. La musique où tout peut se dire. Ou la confession peut se mélanger à la révolte. Où la colère se transforme en mélodies plus ou moins percutantes.

Gontard! rappelle un peu Fauve et ses paroles psalmodiées. On devine les mêmes angoisses, les mêmes doutes et les mêmes espoirs. Les textes nous font frôler les rêves et les désillusions. La tristesse devient une force, souvent électrique mais très ouverte sur le monde ou le passé.

Il y a des influences arabisantes. Il y a des ambiances pas loin d'un jazz chaloupé. Il y a de la poésie profondément rock'n'roll. Le regard est celui d'un chirurgien mais il y a une petite lumière qui lui permet d'espérer malgré le constat pas très glorieux du Monde. Son rock est un collage étrange, baroque où un vieux synthé peut s'allier à une guitare lancinante. Où le coeur du chanteur bat en symbiose avec des instruments libres et un peu fous.

Gontard! sait créer des ambiances. Elles ne sont pas confortables mais elles passionnent par leur complexité et les petits secrets mélodiques sonores. C'est un disque mal aimable donc nécessaire. Il nous secoue dans le bon sens du terme. Il est l'expression d'une conscience, entre clairvoyance et désabusement. Gontard! reflète son époque avec une rassurante poésie et l'envie de ne pas faire les choses comme tout le monde! Un véritable artiste à découvrir.

Une autre distribution - 2016

Grand Prix d’Angouleme

Souvent, Angoulême a été taxé d'élitisme, de snobisme et d'une volonté de ne récompenser que des auteurs marginaux, loin des attentes du grand public. Cette année c'est un Maître du 9ème Art, qui a su allier la qualité au divertissement: Hermann. Hermann Huppen, c'est un des 4 ou 5 belges récompensés à Angoulême. C'est surtout un formidable conteur d'histoires!

Hermann émerge dans les années 60 - 70 avec Jugurtha. Il réalise les 2 premiers épisodes de ce péplum loin des standards de l'époque représenté par Alix. On est loin de Jacques Martin et de son dessin proche de celui de Tintin. Jugurtha est moderne le trait est vif, l'action rapide. Pourtant Herman n'ira pas au-delà du tome 2 laissant la place à Franz qui réalisera avec brio et Jean-Luc Vernal une quinzain d'albums de cette saga aujourd'hui difficile à trouver ailleurs que chez les bouquinistes et qui fit pourtant les beaux jours du journal de Tintin dans les années 80.

Herman fait alors une rencontre décisive avec Greg. Greg, quand il ne travaille pas sur Achile Talon réalise de brillant sénarii pour des dessinateurs tel que Wiliam Vance. Herman le suivra pendant de nombreuses années avec 2 héros: Red Dust dans la série Comanche et Bernard Prince dans la série du même nom. Pour ce qui est du western, tous les albums de la série Comanche sont d'une excellente qualité. J'ai pourtant une légère affection pour les albums Les loups du Wyoming, Le Ciel est rouge sur Laramie, Desert sans lumière. Course poursuite à travers tout l'état entre une bande d'outlaws et notre héros. C'est du pur bonheur! En plus les auteurs ont su faire évoqluer tous leurs héros au cours de cette dizaine d'albums. C'est la conquête de l'ouest racontée de façon épatante.
QUant à Bernard Prince j'ai une préférence pour le Port des fous. On retrouvera d'ailleurs ce type d'ambiance dans les albums sénarisés par Hermann et notamment dans un hiver de clown de la série Jérémiah.

Avec Jérémiah, Hermann s'émancipait de son maître Greg. Il crée 2 personnages inséparables: Jerémiah et Kurdy Mallow. Tout oppose ces 2 héros dans ce western post apocalyptique né dans les années 80. L'un est un héros au grand coeur plein de vertu et l'autre est un type cinique affublé d'un casque de l'armée américaine surmonté d'une plume. La guerre qui a détruit le monde provient de conflits éthniques. On regrettera que Hermann n'est pas plus exploité cette dimension politique au profit de la pure BD d'aventure. On retiendra quand même La secte, Afromérica, ou les eaux de colère.

L'autre série qui démontre les talents de conteurs de Hermann c'est Les tours du bois Maury. Cette série médiale passe des grans au petit peuple décrivant un haut moyen âge violent, sans pitié. Les 10 premiers albums s'enchainent très bien, les suites où l'on se met à changer d'époque sont de moins bonne qualité.

Hermann, c"est aussi de grands albums "One shot". Pour ceux-ci il dévoilera son goût pour l'Afrque "Missié Vendissendi", "Retour au Congo", ses coups de gueule: "Sarajevo Tango" et sa passion pour le western.
Le dernier album de Hermann, comme beaucoup des derniers albums sont scénarisés par son fils Yves H dont la qualité des histoires n'est pas toujours celles de son père. Celles-ci sont souvent confus. on retindra néanmoins le tout dernier: "OLd Pa Anderson". Vengeance et Klu Klux Klan dans l'Amérique des années 60. Si le récit n'estr pas d'une grande originalité, il se laisse lire.

Hermann c'est avant tout un très grand dessinateur qui sait mettre en scène ses histoires avec brio et virtuosité? On peut donc espérer une grande expo l'année prochaine à Angoulême!

Confessions of a Romance Novelist

Comme The Divine Comedy ou Villagers, il n'y a qu'une seule personne derrière le nom de groupe The Anchoress. Mais elle semble du talent pour plusieurs, qui éclate sur ce premier essai pas parfait mais très enthousiasmant.

Catherine Anne Davies est Galloise et défend une pop un peu plus excentrique que la moyenne. Elle se cache derrière un groupe du nom de The Anchoress. Comme d'autres Gallois, les Stereophonics, Manic Street Preachers ou même Shirley Bassey, elle a l'air d'avoir du caractère et n'aime pas trop la neutralité pour ne pas dire la médiocrité. Il faut à tout prix se faire remarquer. Même s'il faut jouer avec les formats de la pop music.

Elle y arrive très bien avec son premier effort au titre élégiaque, Confessions of a Romance Novelist. Evidemment elle nous parle de ses blessures amoureuses et de sa rage de vivre. Brillante étudiante en littérature et fine connaisseuse de la poésie épique (et pourquoi pas?), sa musique ne peut pas être totalement "populaire" et prête à l'écoute. Ca ne demande pas non plus une exigence de passionnés!

Non, la musique de The Anchoress est accessible. C'est de la pop accrocheuse, qui veut divertir mais avec un peu de prétention typiquement britannique. C'est très agréable à l'oreille. On retrouve un peu le punch de Garbage, la force de Tori Amos et bien évidemment, la jeune femme y va de son hommage un peu appuyée à Kate Bush, passage obligée pour toute chanteuse extravertie du Royaume Uni.

Il y a quelques facilités mais dans l'ensemble, c'est plutôt plaisant. Il y a un vrai potentiel chez The Anchoress. Le tempérament est là. Manque peut être l'expérience. En tout cas, elle annonce déjà un second album, produit par l'ancien guitariste de Suede, Bernard Butler. La pop s'est trouvée une nouvelle diva?

Kscope - 2016

You & I

Non sérieusement les gars, qui a glissé un vieux disque dans la pochette d'Ala.Ni, sur ma pile de nouveautés? C'est rigolo mais bon ce n'est pas très sympa pour cette petite Londonienne qui pousse la chansonnette comme une ancienne star de comédies de Broadway?

Bon au début, on se demande vraiment si quelqu'un n'a pas fait une blague et inséré un disque de Judy Garland dans la pochette de You & I. Chez Ala.Ni, les références sont hors du temps, hors des modes, hors compétition. Avec une vision dans le rétro très poussée, cette choriste de Damon Albarn ne ressemble à personne et c'est tant mieux pour nous.

Car elle ressuscite un charme et un style que l'on avait oublié. Il y a chez elle une fausse naïveté dans ses courtes chansons, chaloupées et finement écrites. C'est tout simplement incroyable comme elle réussit à nous faire remonter le temps, sans perdre de sa personnalité.

Parce qu'elle aime visiblement les grandes dames du jazz et les stars de Broadway, Ala.Ni s'affirme avec passion sur des mélodies douces et amères en même temps. Elle remonte à contre courant les rythmes désuets pour y trouver une certaine vérité, pour ne pas dire une vraie humanité. C'est touchant.

Elle nous transporte à une époque où les music-hall étaient les scènes artistiques. Où la féminité était subtile. Où la musique voulait nous consoler du monde brutal. Ala.Ni nous protège donc en quelques morceaux lancinants de tout ce qui nous fait peur et de ce qui nous veut du mal. A la différence de Lana Del Rey, c'est qu'elle ne prend pas la pause, ne s'obstine pas dans un personnage décalé. La sincérité glisse sur toutes les notes de musique.

Le folk et le jazz se mélangent parfaitement pour que la belle s'épanouisse sur un album pas si sage qu'il en a l'air. Parce que les parents viennent de Grenade, elle s'acoquine avec des airs de Calypso. C'est calme mais diablement sexy. Elle avait sorti 4 EP à chaque saison l'année dernière; 2016 s'ouvre un mois de janvier teinté d'amour et de sérénité.

Le charme est rompu en fin d'album par quelques variations contemporaines mais avant cela, Ala.Ni prouve qu'elle a quelque chose de très particulier et qu'on est bien pressé de la revoir, l'entendre à nouveau, savoir comment elle va gérer cette résurrection de toute une époque en quelques morceaux.

No Format - 2016

Trending

Most Discussed

F.A.I. 2009 / BERTRAND BELIN et TATIANA MLADENOVICH

Et la laïcité bordel !

Diamond Dogs / David BOWIE / (EMI – 1974/ Rééd.2004)

Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu?