Christo et Jeanne-Claude – Fondation Maeght – Et le Mastaba fut !

Et le Mastaba fut !
Depuis la fin des années 6O, Christo et sa compagne Jeanne-Claude en rêvaient. C'est fait. Le Mastaba rêvé trône au milieu de la cour Giacometti de la Fondation Maeght à Saint Paul-de-Vence. Hommage posthume à Jeanne-Claude disparue en 2009, le monument haut de 9 mètres, long de 17 et large de 9 brille de mille feux. Avec comme unité de construction, de simples barils - 1076 - le Mastaba en impose. L'expérience se veut esthétique. Le choix de la matière est épurée. Fini les barils de pétrole de récupération et les boîtes empaquetées de tissus sombres, de fils d'acier et de cordes. Les barils sont devenus des pièces de construction parfaitement calibrées aux proportions finement équilibrées. Les couleurs sont vives et chaudes : rouges, ocres, bleus, jaunes.
Le Mastaba prolonge l'expérience de The Wall et ses 13000 barils en 1998 en Allemagne, mur qui mettait déjà en scène des barils de couleurs vives. Force est de constater que le résultat est à la hauteur de l'exploit technique et artistique. Le cadre naturel de la Fondation Maeght, la verdure des pins parasol, le bleu du ciel, la lumière de la région si chère aux impressionnistes font leur oeuvre. La poésie du lieu enchante.
La cour Giacometti met régulièrement en valeur des sculptures, la Pieta de Jan Fabre était superbe - une autre émotion que l'emplacement de la Biennale de Venise. Ici, le Mastaba écrase le volume et s'empare du lieu. Le contraste est saisissant. Vue d'en bas, la sacralité monumentale du Mastaba est forte. Le détour par l'étage de la Fondation est dès lors incontournable pour prendre la respiration qui s'impose. On s'amuse alors à imaginer le Mastaba au milieu de la nature comme les oeuvres de Miro ou celles exposées au Domaine du Muy.
L'exposition qui suit revient sur la genèse graphique de ce Mastaba et du suivant, probablement le plus emblématique, unique oeuvre permanente du couple. Christo prévoit d'édifier un Mastaba à Abu Dhabi dans des dimensions hors du commun : 150 mètres de haut, 225 mètres de profondeur, 300 mètre de large. L'idée germe en 1973 et devrait voir le jour dans les années futures. "S'il y a beaucoup de préparation, au final chacune de nos réalisations se construit selon un process très rapide : comme les nomades qui construisent leur tente dans le désert. Ce côté nomade est important dans tous nos projets. A Abu Dhabi, en quelques jours quelques heures le paysage changera. Ce contraste est très important."
Incontestablement l'oeuvre est à voir. Le paysage en est changé. L'exposition dure jusqu'au 27 novembre 2016.
Certaines n’avaient jamais vu la mer

Eté au Japon. Mille petites histoires qui font la grande Histoire, un style, une intensité… Certaines n'avaient jamais vu la mer est un roman court et fort. Un roman marquant.
Au début des années 20, des femmes quittent leur Japon natal pour traverser le Pacifique et rejoindre, aux Etats-Unis, leurs époux Japonais immigrés qu’elles ont épousé par procuration. Elles ont entre quinze et quarante ans. Elles ne connaissent l’homme qu’elles rejoignent que par des lettres et des photos qui s’avèreront très éloignées de la réalité qui les attend.
Sans jamais incarner l’une ou l’autre de ces femmes en particulier, mais en leur donnant à toutes la parole au travers de phrases courtes, laconiques, juxtaposées avec intelligence et sensibilité, Julie Otsuka compose un ample récit, à la fois poétique, romanesque et historique.
Découpé en chapitres thématiques – Les blancs, Les enfants, Traitres, Dernier jour, Disparition – le roman balaie trente ans de dépaysement, de désillusion, de labeur et de souffrance d’une communauté émigrée, pauvre, condamnée à travailler et à se taire, victime de discrimination raciale et pour finir stigmatisée, exilée et enfermée dans des camps d’internement lorsque l’Empire du Levant attaque les Etats-Unis à Pearl Harbour en 1942.
« Au début nous nous posions sans cesse des questions. Pourquoi montaient-ils sur leurs chevaux par la gauche et non la droite ? Comment parvenaient-ils à se différencier les uns des autres ? Pourquoi criaient-ils toujours ? Etait-il vrai qu’ils accrochaient des assiettes aux murs à la place des tableaux ? Qu’ils avaient des verrous à leurs portes ? Qu’ils gardaient leurs souliers à l’intérieur ? […] A quoi rêvaient-ils ? Qui priaient-ils ? Combien de dieux avaient-ils ? Etait-il vrai qu’ils voyaient un homme dans la lune au lieu d’un lapin ? Qu’ils mangeaient du ragoût de bœuf lors des enterrements ? Qu’ils buvaient le lait de vache ? Et cette odeur ? Qu’est-ce que c’était ? « Ils puent le beurre », nous expliquaient nos maris. » Chapitre Les blancs - Page 35
« Du jour au lendemain, nos voisins se sont mis à nous regarder différemment. Peut-être était-ce la petite fille un peu plus loin sur la route qui ne nous faisait plus signe depuis la fenêtre de la ferme. Ou ce vieux client qui soudain disparaissait de notre restaurant, de notre boutique. […] Les dames comme il faut et leur club boycottaient nos étals de fruits car ils redoutaient que notre marchandise soit empoisonnée à l’arsenic. Les compagnies d’assurance cessaient de nous assurer. Les banques gelaient nos comptes. Les laitiers ne nous livraient plus. […] Les enfants nous regardaient, puis s’enfuyaient comme des faons effrayés. […] Et nos maris avaient beau nous avoir prévenues malgré tout – Ils ont peur –, nous n’étions pas préparées à cela. A nous retrouver soudain à la place de l’ennemi. » Chapitre Traitres - page 95.
Faute de personnage féminin emblématique, Julie Otsuka s’attache aux détails avec une minutie qui rapidement fait sens et donne une portée universelle à son récit. Débarrassée de toute nécessité romanesque classique (description des lieux et des personnages, récit linéaire et structuré, etc.), elle mêle l’anecdotique à l’essentiel, multiplie les angles et les variantes, sans jamais édulcorer son propos. Cette densité de petits riens qui font un grand tout est d’une prodigieuse efficacité. Et ont valu cette année à Julie Otsuka le PEN/Faulkner Award for fiction aux Etats-Unis et le prix Femina Etranger en France !
140 pages - 10/18
L’insouciance

Bon on va passer le mois d'aout à écouter des choses acoustiques et très américaines. On fait un détour par les vignes françaises pour rencontrer le gentil Baptiste W.Hamon qui réalise son rêve américain.
Un de mes amis a dit cette phrase qui fait rire à l'écoute du premier album de Baptiste W.Hamon: "Tiens, on dirait du Yves Duteil". La remarque est croquignolesque mais finalement la comparaison n'est pas si mauvaise. Il y a chez ce jeune homme, le goût de la terre, du plaisir simple, de la campagne, des sentiments qui font mal et des petits plaisirs qui font l'existence.
Le musicien ne vit pas sur petit pont de bois mais dans les vignes. Il écoute dans sa jeunesse des vieilleries comme Dylan, Van Zandt et pleins d'autres songwriters américains. Sa culture en la matière semble quasi parfaite et il le prouve en composant des chansons qui ressemblent beaucoup à de la country et de la folk.
Après des EP remarqués, il réalise son rêve à Nashville où il invite des stars du genre comme le ténébreux Will Oldham. Il y a aussi des filles comme Alma Forrer et Caitlin Rose. Il n'en fait pas trop. Il s'offre son rêve et le bonheur glisse dans chaque refrain.
Il fait cela en version française et le résultat est bluffant. On critique beaucoup la mondialisation mais ici, cela a du bon. C'est bel et bien de la chanson française avec des accents yankee. Comme la (bonne) country, il a cette façon très humble de toucher à la mélancolie pour en trouver une énergie. Comme la folk, la musique accompagne avec douceur des confidences lumineuses.
Un peu d'insouciance dans cette période trouble est une utile pause, un pur bonheur et un moment tendre.
BMG - 2016
Les Goonies

On reste dans le monde de l'enfance. Impossible de disserter des années 80 sans évoquer ce bide qui au fil des années a obtenu son titre de film culte ! Tous à l’abordage !
Après le succès d’ET, Steven Spielberg fonde sa propre compagnie, Amblin. Passionné, il peut ainsi se consacrer à plusieurs projets en même temps, et pas seulement ses propres réalisations. Il fait appel à sa bande de potes pour réaliser des films qui lui ressemblent beaucoup.
Son imagination va profondément marquer les années 80, de Gremlins à Retour vers le futur en passant donc par Les Goonies qui fut pourtant une grosse déception à sa sortie. Richard Donner a souffert sur la table de montage.
Les Goonies fut perçu comme un film baclé, remonté à la va vite à cause de nombreuses sous intrigues et d’une scène avec une pieuvre qui ne fonctionnait pas du tout. Des erreurs sont encore flagrantes.
Pourtant ce foutoir donne un aspect très libre à cette comédie réjouissante, ode à l’enfance et aux rêves de l’enfance. Les Goonies sont une bande de gamins sans argent et bientôt sans toit. Mickey le plus jeune découvre une carte qui lui permettrait de découvrir un trésor de pirates. Personne n’y croit sauf ses quelques amis et les Fratellis, une famille de gangsters d’une stupidité rare…
La mise en place est longue. Les personnages ont tout le temps de marquer leurs territoires. Il y a Mickey, le rêveur ; Brandon, le grand frère ; Bagou, la grande gueule, Data , l’inventeur et Choco, le petit gros. Comme souvent ils sont un peu en marge de la société. Les problèmes d’argent des plus grands va faire exploser le groupe.
Il ne reste que cette idée folle que Willie Le Borgne et son trésor soient cachés dans la région. Leur recherche les entraîne dans une aventure dingue, truffée de pièges incroyables, poursuivi par une famille de tarés. Ils prennent aussi leur revanche sur la vie qui ne leur fait pas de cadeau.
Le panache vient au fil des minutes et des engueulades très crédibles et hilarantes entre les mômes. Les trentenaires connaissent les répliques par cœur. Stéréotypés, ils n’en sont pas moins attachants car ils prolongent leur innocence. Dans les souterrains de la ville, ils découvrent un nouveau monde correspondant à tous les désirs d’aventures d’un enfant. Le mythe de Peter Pan n’est pas loin.
C’est pourquoi le film, malgré ces énormes défauts, a marqué les esprits et les cœurs. On ne peut que vous conseiller le dvd où les acteurs s’attardent sur des anecdotes croustillantes ou comment Spielberg et son réalisateur ont tout fait pour qu’ils réagissent le plus naturellement possible.
Maladroit et pas abouti du tout, Les Goonies a survécu à ses défauts. Il en fait des qualités simples et attendrissantes. Après ce film, on n’a vraiment plus envie de grandir ! Et on peut revenir souvent chez eux pour profiter de leur fontaine de jouvence !
Phrase culte (parmi tant d’autres) : « En 9eme j’ai triché à la compo d'histoire et géographie, en 8eme j’ai fauché la moumoute de mon oncle Matt et j'l’ai collé sur ma figure pour jouer moise dans la fête de mon cour d'hébreu et en 7eme j’ai fait tombé ma soeur dans les escaliers et j’ai fait punir le chien... [...] C'est pour ça que ma maman m'a envoyé dans une colo spéciale pour les enfants trop gros et alors un jour au déjeuné j’ai craqué et j’me suis groinfré et ils m'ont foutu à la porte... [...] Mais le pire des trucs que j’ai jamais fait, j’ai fait une bouteille de faux vomi chez moi et j’suis allé au cinéma de mon quartier j’avais la bouteille dans mon sweat shirt, j’suis monté m’asseoir au balcon et alors... Et alors... J'ai fait un bruit dégueulasse... Buarrrrrkk buarrrrrk... et j’ai vidé la bouteille de dégueulis, j’l'ai jeté par dessus bord sur la salle et alors… Ca a été vraiment horrible tout le monde s'est mis a dégueuler dans la salle, ils dégueulaient partout les uns sur les autres… De toute ma vie j’ai jamais autant regretté ce que j’avais fait »
My Bodyguard

On continue notre voyage dans le temps en retrouvant quelques pépites des joyeuses années 80. Aujourd'hui on vous présente un petit inédit très attendrissant où Matt Dilloon joue le voyou du lycée. Irrésistible.
Dans les années 80, John Hughes a mis sur orbite le cinéma pour adolescents avec des comédies assez amères comme Breakfast Club ou Ferris Bueller. Mais l'adolescent reste une étrange créature qui a inspirté d'autres longs métrages durant cette décennie.
Au tout début des années 80, l'adolescent avec un grand A, c'était tout simplement Matt Dillon. Le jeune comédien était l'image du petit débrouillard avec une belle gueule et la grande qualité d'être un beau parleur. My Bodyguard est son troisième film et il interprète le mauvais garçon avec son style inimitable et les cheveux laqués.
Par la suite, Francis Ford Coppola en fera une véritable icone avec Outsiders et Rusty James mais pour l'instant il montre sa bonne bouille dans des petites comédies aigres douces. Après Violences sur la ville et Mes Petites Chéries, il se montre très crédible en caïd new-yorkais des cantines du lycée.
Il harcèle avec sa bande, les plus petits que lui et surtout un fils d'un directeur d'hôtel de luxe. Il devient la victime préférée du gang mais il demande à l'élève le plus étrange de l'école de devenir son garde du corps. Le film s'attache à dépeindre cette drôle d'amitié entre un gosse vivant dans une bulle luxueuse et un gamin costaud, incapable de se remettre d'un drame intime.
La chronique est peu subtile mais les comédiens sont bons. On reconnait les frimousses de Jennifer Beals, Joan Cusack et de Adam Baldwin, second couteau remarqué dans Full Metal Jacket ou héros de la série d'espionnage, Chuck. Le film doit beaucoup à ses acteurs.
On appréciera aussi la description sociale de Big Apple, où l'on arpente les grands hotels mais aussi les vieux garages rouillés à la fin des années 70. C'est une oeuvre assez anecdotique mais qui se regarde sans déplaisir, en pensant aux petites racailles qui traînaient devant notre lycée et leurs têtes de turc.
A Sailor’s Guide to Earth

Incroyable guide de la musique américaine. Venu de nulle part, Sturgill Simpson est un capitaine fier et brave! A l'abordage!
Welcome to Earth: Bienvenue sur Terre! Bienvenue à Sturgill Simpson, chanteur de country qui semble avoir regarder vers tous les horizons tellement on s'éloigne des conventions (avec des franges) du genre! Welcome to Earth donne le ton: en une seule chanson, il y a une richesse instrumentale stupéfiante. On est noyé sous les idées musicales du chanteur du Kentucky.
Mais on respire rapidement: ce disque est unique en son genre. Pour son premier effort pour une grosse compagnie, Sturgill Simpson s'est fait plaisir. C'est une pièce baroque où tout est au service des envies du chanteur qui s'éclate avec sa voix so sixties. On est tout sauf dans les standards.
Il y a de la soul, du jazz, du rock et surtout une voix qui pourrait parfois rappeler la fièvre d'un certain Van Morrison. On vérifie vraiment la date de production. C'est soyeux et délicat. La production est parfaite. Chaque morceau est finement découpé, écrit et réalisé. C'est tout simplement une révélation.
Et c'est ce que l'on aime dans la musique: se faire avoir. Etre harponné par un parfait inconnu. Et devenir proche en quelques notes. Inspiré par la paternité, le disque est généreux et profondément humain. Il y a bel et bien des traces de country mais il y a aussi l'émergence forte des racines du genre et la modernité du bonhomme. Sa reprise de In Bloom de Nirvana est très personnelle avec des cuivres qui vous feront jubiler.
Ce type là ne triche pas. Il y a de la créativité à tous les étages. On est bluffé par toute l'originalité qui sort et se ressent de ce disque pourtant si américain, produit du coté de Nashville. Album concept, le coeur parle dans chaque titre. Il a tout mis dans ses compositions: Sturgill Simpson est un nouveau capitaine à découvrir. La vie de papa lui donne des ailes et du courage. Son navire a fière allure.
Toutes les chansons qui suivent Welcome to Earth vont vous faire chavirer.
Atlantic records - 2016
Earth

On est toujours surpris par l'énergie du Loner, indécrottable écologiste qui retrouve une nouvelle jeunesse avec les fistons de Willie Nelson. On arrête avec la nostalgie et on se consacre un genre boisé parfait pour l'été. Bienvenue sur Terre!
Il ne s'arrête plus. Neil Young semble increvable. On le dit à chaque chronique de disque. Et on se répète souvent car le bonhomme est productif. Est ce l'approche du crépuscule d'une vie? Ou une éternelle jeunesse? En tout cas, le héros des années 60 est encore vert et poursuit ses nombreux combats en fabriquant de solides chansons.
Les livraisons sont plus ou moins convaincantes mais Neil Young attire vers lui les jeunes de tout poil. Il y a eu Pearl Jam pour un album incroyable. Il a croisé de chemin de Jack White et maintenant il tourne autour de la planète avec les rockers Promise of the Real. Le Crazy Horse peut se reposer: les fils de Willie Nelson canalisent les plaisirs électriques qui font la légende de Neil Young.
Earth est donc une bizarrerie puisqu'il y a là un live et une thématique. La nature a toujours inspiré Neil Young: il réunit ici des chansons autour de ce thème. Il interprète des morceaux plus ou moins connus. Il reprend simplement des vieux titres qui sentent la chlorophylle ou continue de fabriquer des murs de sons qui défendent la bonne cause.
C'est entrecoupé par des cris d'animaux et des ambiances champêtres. C'est une sorte de boeuf furibard d'un vieux coucou ravi de jouer avec des petits jeunes transis d'amour. Ils reprennent des classiques et des chansons moins connues écrites à des époques bien différentes pour le Loner. A la fin, ils font le concours de la plus longue chanson avec Love & only love de 28 minutes rugissantes.
Mais l'album est bien plus qu'une captation de concert à but commerciale. C'est un vrai travail pensé et maîtrisé. Neil Young défie le temps et les jeunes musiciens qui sont avec lui. Ce live a une fraîcheur inédite. Il nous fait aimer la vie, la nature et tout ça. Ses rêves se réalisent. La planète est bien plus belle avec lui.
Reprise - 2016
Hotel California

Votre serviteur a quarante ans et il danserait bien un bon vieux slow langoureux dans la chaleur moite de l'été. Ca tombe bien, les Eagles lui ont offert à sa naissance, la plus grande et longue chanson de tous les temps.
Au point qu'on a le droit de détester Hotel California, ballade de plus de six minutes connue pour sa bataille acharnée entre deux lead-guitares, celles de Joe Walsh et Don Felder. Ha on a grandi et dragué sur cette éternelle chanson ! On a peut être roulé des pelles dans son adolescence. Le morceau est une madeleine de Proust pour beaucoup de monde!
New Kid in Town, le titre suivant est lui aussi tout en mid tempo et nettement plus exotique car moins connu. Pourtant elle est tout aussi triste: une fois de plus, il y a un voile de spleen qui fait toute la différence chez les Eagles, réduit à l'état de groupe souriant californien. Un peu comme les Beach Boys, il y a une méprise.
D'ailleurs l'irrésistible Life in the fast line, autre succès de l'album s'amuse à décrire une vie d'excès. Non, les Eagles ne sont pas d'anciens hippys au rock soyeux et propre. Tout est très west coast. Mais plus de quarante ans plus tard, ca conserve une vraie classe dans l'écriture et la production.
Il y a de belles choses dans ce disque très américain où les auteurs s'interrogeaient sur le cynisme, la vacuité et les autres vilaines réalités du Monde. Les Eagles étaient déjà connus mais Hotel California allait être l'un des disques les plus vendus sur la planète: 32 millions de copies! Pas mal. Pourtant le disque est plus aigre que doux.
C'est cela que l'on retient. Plus que les solos héroïques et la production inattaquable. Le soleil californien réchauffe mais brûle parfois. Les Eagles étaient des stars mais leur clairvoyance a toujours fait la différence. Aujourd'hui encore!
Asylum - 1976
La ballade de l’impossible

Eté au Japon. Plongée dans le passé des années 1960 au Japon et dans l’adolescence d’un jeune homme qui doit s’initier aux mystères de l’existence. Envoutant.
Dans La ballade de l’impossible, publié en 1987 et réédité durant l’hiver 2007 par les Editions Belfond, Haruki Murakami raconte une histoire aux accents autobiographiques transcendée par sa sensibilité et son sens inné de l’étrange.
Ce roman retrace le parcours de Watanabe, un jeune homme dont le meilleur ami se suicide à dix-sept ans. Cette mort planera sur le parcours de Watanabe durant lequel il quittera sa ville natale et viendra à Tokyo suivre des cours à l’université, retrouver Naoko, la petite ami de Kizuki, le garçon suicidé. Tout cela se passe à la fin des années 1960 avec, en toile de fond, les révoltes estudiantines et la musique, notamment celle des Beatles et Norwegian Wood qui revient en motif le long du récit.
Murakami n’a pas encore atteint la quarantaine quand il se retourne vers une époque révolue. Il n’a pas encore adopté la forme métaphorique des récits auxquels il nous a habitués. Sous l’influence de Raymond Carver ou de Fitzgerald, il nous livre un roman descriptif où les personnages sont englués dans leurs existences comme dans l’imaginaire.
En fait, Murakami nous livre un roman de formation, tel que nous avons appris à l’aimer dans la littérature du 19e siècle. Un roman où il s’agit pour le personnage principal de passer de l’état enfantin ou adolescent à celui d’adulte. Aimer, souffrir, vivre, espérer, voilà ce qui est en jeu.
Et comme la présence de la mort est envahissante, l’enjeu pour Watanabe est de l’apprivoiser, l’accepter. Autrement dit, pour vivre, il faut connaître la mort d’un proche. On passe après par tous les différents états de la perte. Mais il faut traverser cette expérience comme un prix à payer, une livre de chair au royaume des songes.
Comme souvent chez Murakami, une finesse extrême dans la description des sentiments et des paysages côtoie un érotisme omniprésent et parfois trivial. Les femmes qu’il décrit sont à la fois profondément perturbées et sexy en diable.
Pourquoi lire ce roman de Murakami ? Parce qu’il touche au cœur et qu’il dévoile l’humanité douloureuse de ses héros autant que la nôtre.





