Metal Hurlant

Les Américains enviaient notre magazine Metal Hurlant. Ils lui rendent hommage avec un excellent film d’animation, loin d’être anodin, pépite assez discrète des années 80.

Au début des années 80, Metal Hurlant fait rêver les petits Français avec les délires de Druillet, Moebius et tous leurs copains qui défendent une science fiction décomplexée. Les Américains adorent le concept et l’adaptent à leur manière.

Cela donne un film d’animation, pour adultes. Si le concept est banal aujourd’hui. A l’époque, Disney est la référence et rares sont les tentatives d’un cinéma d’animation mature et tourné vers les plus grands.

Nos amis américains convoquent donc plusieurs petits studios pour adapter des histoires de leur cru. Pour des raisons de droits, ils n’ont pas pu utiliser la matière tricolore. Ce n’est pas bien grave. L’esprit est là. Celui d’une contre culture émergente qui est désormais la norme. Dans un des sketchs on découvre un archétype du geek qui se transforme en guerrier !

Le résultat est inégal. Une substance maléfique et verdâtre fait le lien entre différentes intrigues. Il y a du polar futuriste (qui aurait inspiré Besson et son Cinquième élément), de la parodie de science fiction, de l’heroic fantasy pur et dur, de l’horreur old school et d’autres réjouissances qui offrent un spectacle inédit à l’époque et toujours frappadingue.

Bien entendu les techniques semblent archaïques mais elles montrent l’enthousiasme du projet et aussi sa marginalité. Les styles sont variés. Les coups de folie sont nombreux. Nos prudes voisins américains déshabillent de pulpeuses créatures de rêve. La violence n’y est pas caché et encore moins tous les autres vices de nos sociétés. On devine des signes de la JPop et du Manga. Tous les fantasmes se bousculent dans cette succession de contes plus ou moins pertinents.

C’est irrévérencieux et particulièrement culotté. Du sexe. De la violence. Du gros rock qui tache (Black Sabbath Trust, Blue Oyster Cult etc.). Evidemment ce n’est pas très fin. Mais on peut y voir les vestiges de notre culture actuel. Il suffit pour cela d'observer le tout dernier film de Zack Snyder, Sucker Punch. C'est troublant!

Oxygène

Il y a quarante ans, Jean Michel Jarre prouvait que l'electro ca marche et c'est même mieux quand c'est fait par un petit frenchy.

Ha on s'est bien moqué du spectaculaire auteur de Equinoxe. Jean Michel Jarre et ses concerts géants. Jean Michel et ses machines. Jean Michel et Charlotte Rampling. On a juste oublié qu'il fut l'un des pionniers de la musique electronique. En 1976, la sortie de son troisième album sera la vraie révolution des machines.

Brian Eno bidouille depuis des années. Tout comme les zinzins de Kraftwerk ou l'hédoniste Vangelis. le fils du compositeur Maurice Jarre tient donc la formule gagnante avec ce troisième essai, totalement instrumental et assez austère en apparence. Pourtant le public va très bien réagir. Ce sera un succès fulgurant pour l'artiste, qui abandonnera toute forme d'humilité par la suite.

En écoutant de nouveau ce disque, on sera donc surpris par la modernité. Evidemment que l'on pense à tous les champions de la french touch. Les mélodies flottantes. Les synthétiseurs élégiaques. Les notes hypnotiques. Le champion de la musique électronique veut nous faire voyager dans le cosmos. Il aura de nombreux suiveurs et de nouvelles stars mondiales.

Mais il est vrai qu'il pose ici les bases avec ses recherches sonores et sa partouze de synthétiseurs. On pense à la musique minimaliste de John Carpenter, autre pionnier. Mais il y a ici l'emphase et le courage. Rien n'arrête Jean Michel Jarre dans sa démesure. Par la suite on va le perdre mais c'est vraiment intéressant aujourd'hui de réécouter ce disque aux ventes pharaoniques.

Motors - 1976

Je Hais les Acteurs

- Dites c'est la première fois que je vois un Chinois parler en yiddish!
- Ne lui dites rien, il croit qu'il apprend l'anglais!

Des répliques comme celles ci, il y en a un petit paquet dans Je Hais les Acteurs, film comique à l'ambition inédite dans la production française.

C'est le film qui rend un peu triste: la plupart des comédiens sont morts depuis ce glorieux fait d'armes. Bernard Blier, Pauline Laffont, Jean Poiret, Michel Galabru ou l'excellent doubleur et trop rare à l'écran, Patrick Floersheim, sacré gueule cinéma à qui le noir et blanc va très bien.

Gérard Krawczyk a eu un petit coup de génie dans les années 80. Je Hais les Acteurs excuse tous les Taxi qui a fabriqué pour son ami Luc Besson. Adapté un roman sur le Hollywood des années 40, Je Hais les Acteurs est un polar, une satire et un festival de comédiens au sommet de la vanne élégante.

C'est The Artist avec de l'humour. C'est une version pauvre du dernier film des frères Coen, Avé César. Pas mal comme références. En rendant hommage au cinéma hollywoodien en noir et blanc, le film vieillit bien et rappelle aussi le cinéma d'Audiard, finement écrit, où les costards cachent des idées noires et des phrases lumineuses.

C'est donc une éclatante comédie policière. Chaque comédien récite son numéro en état de grâce. On ne peut pas oublier le numéro de charme de Michel Galabru avec Bernard Blier dans les bras. Toute la pléiade de comédiens s'amusent et cela se ressent, même trente ans plus tard. Il y a quelques facilités excusables. Ce n'est pas de la nostalgie que l'on ressent devant Je Hais les Acteurs, c'est de la joie! On est très loin de la haine!

Chansons d’actu: quand on n’a que l’amour

Chansons d’actu: Douce France

Chanson d’actu: Teresa

Destroyer

Bon ce sont les archétypes du rock dans sa version grand cirque et grand guignol... On ne prend pas trop ces Américains au sérieux. Pourtant ils sont sacrément doués et ce quatrième album a fait d'eux les gargouilles du hard rock. Pas assez destroy mais réellement efficace.

Qui dit Kiss pense maquillages et effets pyrotechniques. On oublierait presque ces héros du heavy metal était de très bons musiciens. Leurs premières chansons posaient les bases d'un hard classique mais encore fréquentable. Paul Stanley et ses potes grimés passaient des heures à imaginer des mises en scène spectaculaires mais la musique n'était pas (encore) facultative.

Destroyer est leur disque le plus accessible car les sources du blues sont encore visibles et le lyrisme a encore un petit coté grandiose, bigger than life! Les riffs ne sont pas encore lourds. Le groupe a fait venir le producteur d'Alice Cooper pour apporter un petit coté "Maison hanté" à Destroyer. Il y a encore malgré tout une grosse influence glam. il suffit de regarder les très jolies chaussures sur la pochette de l'album.

Le groupe ne fait pas dans la subtilité mais a le grand mérite de faire tout ce qu'il faut faire dans un bon vieux disque de heavy metal. Il y a donc de nombreuses références à la musique classique comme un emprunt à Beethoven sur Great Expectations. Il y a une virtuosité au niveau des guitares qui relève de la leçon d'université.

Il y a des chansons de stade (l'indispensable Shout it out loud) et des ballades (le sirupeux Beth) qui prouvent que derrière le sang, le sexe et la boue, il y a un petit coeur qui bat. Kiss est un groupe romanesque qui se décline sous toutes les formes. On a souvent oublié qu'ils étaient des musiciens: Destroyer est une bonne piqure de rappel...

Casablanca - 1976

Euro 2016 : Dansleculaô !

Bon, ça c’est fait, après un parcours griezmanien, des envolées payetesques, on pouvait pas tomber pogba, on a eu beau picoler des bières comme des crétins, chanter la marseillaise comme des vikings, sortir les drapeaux des greniers, bah non, dansleculaô, on n’a pas gagné, ils ont perdu, on aurait dû brandir la Coupe d’Europe, ils ont tout foiré. Oui, importante utilisation de la personne à laquelle on parle ou l’on écrit, quand on gagne, c’est nous, peuple de France, quand ça paume, c’est eux, les 23 mecs de l’équipe de France, c’est comme ça, c’est mauvaise foi, c’est bien nous !

Pis, on aurait pu/dû féliciter chaudement les portugais, qui rappelons-le, n’ont gagné qu’un seul match dans le temps réglementaire dans cet Euro, mais non, nous on s’en cogne, quand on gagne, on sert pas la main du pauvre allemand qui passe dans la rue dépité rougi par les soleils de début juillet et franchement rincé de l’intérieur au Ricard ; quand on perd, c’est jamais franchement de notre faute, voire même carrément pas, et dans le mode mauvais perdants, on n’est pas champions, juste on excelle.

Après la victoire des portugais ce dimanche 10 juillet 2016, les concerts de klaxons ont rappelé à quel point les lusitaniens (terme, avouons-le qui fait un peu beaucoup habitants voisins de la planète Lusiton, juste après saturne en passant à droite de la Lune, premier feu en sortant à gauche direction rocade ouest de Jupiter) étaient nombreux en France, que, d’habitude, ils bossaient depuis 50 ans dans nos belles provinces sans faire de bruit, et que nous, braves cons, on avait tendance à les snober et pas qu’un peu.

Malgré tout, amers, nous ne pouvions nous empêcher d’être « grave vénéres », éteignant notre télé sans finir nos bières, renvoyant comme des mal propres à la porte nos voisins venus voir la finale pour plus de convivialité, on m’enlèvera pas de l’idée d’ailleurs que c’est la gamine de la voisine avec son maquillage bleu-blanc-rouge qui nous a porté malheur, petite conne, et, au premier son des portugais, heureux, qui passaient dans la rue, nous nous révélions un brin susceptibles à l’écoute d’une quinzaine de phrases, dès aujourd’hui et dans les semaines à venir, sur lesquelles, dans la rue, au bureau, chez soi, en famille, à l’apéro, un "Oh ça va ta gueule" devenait soudainement assez tentant sans autre forme de politesse :

1. La philosophe pro-Mélenchon en fac de socio -> "Ça va ça reste du foot hein »
2. Le cousin de ton pote venu à ton anniversaire car il était en vacances chez ton pote -> "M'en branle j'ai du sang portugais de par mon arrière grand tante, c’est un peu comme si j’avais gagné »
3. La copine de ta femme qui regarde la chaine Voyages l’après-midi parce qu’elle est en congés mat’-> « Il parait que Lisbonne c’est super beau comme ville »
4. Dans la rue juste en bas de chez toi -> "Purtugal purtugal purtugal »
5. Ta voisine -> "Mais finalement il a pas joué longtemps Ronaldo non ?!"
6. Ton banquier lourd -> « C’est marrant mais Griezman il avait l’air de faire grise mine »
7. Ton assistante -> « Ah c’est drôle, la nouvelle stagiaire elle est d’origine portugaise ! »
8. Ta mère -> « T’as déjà lu la Valise en Carton, il parait que c’est super triste »
9. Encore ta mère -> "On fera du melon au Porto dimanche ? »
10. A la machine à café -> « Dans The Mentalist, mon personnage préféré c’est l’agent Lisbon ».
11. Ton collègue qui préfère l’ovalie et qui préfère surtout te faire chier oui !!! -> « Sont quand même plus forts au foot qu’au Rugby les portugais, tu me diras c’est pas pour autant qu’on gagne les VI nations au Rugby tu me diras… »
12. Daesh -> « Quand on fait terrorisme, ils chialent, quand on fait pas terrorisme, ils perdent et après ils chialent…sincèrement c’est des tapettes les français. »
13. A la cantine -> « Aujourd’hui après la débandade, c’est brandade ! »
14. Dans la rue juste en bas de ton taf 3 jours plus tard alors que t’y pensais même plus -> "Purtugal purtugal purtugal »
15. La copine lesbienne de la fille philosophe pro-Mélenchon en fac de psycho -> "Ça va ça reste du foot hein »
Oui, pour tout ça, un "Oh ça va ta gueule" devient définitivement assez tentant sans autre forme de politesse.
Allez, pour moi c’est vacances, je vous retrouve à la rentrée pour une 13ème saison de chronique sur etat-critique.com

La Brocante Nakano

Aujourd’hui, au Japon, une jeune fille travaille dans une brocante. Elle y vit une relation difficile avec un jeune homme. Et le lecteur redécouvre combien les romans d’apprentissage peuvent être enchanteurs.

Certains romans ont la grâce. Ils vous rappellent que la délicatesse peut faire bon ménage avec la profondeur. Ils ont le bon goût de ne pas jeter de sel sur des plaies déjà à vif.

Ce qui est formidable dans La brocante Nakano, est l’apparente banalité de l’histoire qui nous est contée. Et la manière dont l’étude d’un microcosme finit par déboucher sur une perception du monde d’une très douce acuité.

Hitomi est une jeune femme qui travaille à la brocante Nakano, dont le nom est celui du propriétaire, Monsieur Nakano, un homme d’une cinquantaine d’années, aux phrases confuses et à l’appétit prononcé pour les femmes. Ses nombreux "rendez-vous à la banque" sont autant de 5 à 7. Pour aider Monsieur Nakano, il y a Takeo, un jeune homme effacé, qui est solitaire et amoureux d’Hitomi. Ajoutons Masayo, la sœur de Nakano qui fait des expositions de poupées et dont la vie sentimantale tourmente son frère. Et réciproquement.

La brocante est une affaire qui marche bien parce qu’elle expose des objets datant d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années qui permettent aux Japonais de ressentir une certaine nostalgie pour un passé qui leur échappe. De plus, Nakano s’initie à la vente sur enchères par le biais d’Internet. Tout est donc plutôt florissant.

Mais il faut compter sur les peines de cœur, les désarrois affectifs, tout ce qui sépare les êtres, les grains de sable qui enrayent les machines les plus fiables.

Kawakami Hiromi nous dépeint un Japon où le travail est aussi difficile à trouver et à garder qu’en France, ce qui ira contre nos préjugés gaulois. Elle adopte un style où, pour paraphraser Verlaine, rien ne pèse ni ne pose.

L’auteur de ces lignes a lu ce roman alors que la campagne électorale française bat son plein. Il a trouvé fort agréable de changer de société. Cela ne veut pas dire qu’on change de problèmes, mais on change forcément de point de vue.

Voilà donc un tableau attachant d’une communauté de fortune où les êtres frêles se frôlent et où fuient les frissons.

Picquier - 291 pages

Dune

Autre moment magique pour toute personne qui a perdu le sommeil : Dune ou une montagne d’ennui signé David Lynch.

Le film est signé David Lynch mais il fut mené d’une main de fer par le producteur italien Dino de Laurentiis. Vous n’imaginez tout de même pas que le futur réalisateur de Blue Velvet est allé chercher le groupe de rock FM, Toto, pour la musique du film (au début, Pink Floyd puis Magma avaient travaillé sur le projet). Le cinéaste a juste eu le droit d’inviter Brian et Roger Eno pour un thème.

Pourtant Lynch a bien signé le scénario. Il a dû compresser au maximum l’ample roman de science fiction de Frank Herbert. Son film devait durer 5 heures. Les producteurs ont rugi de colère. La voix off tentera de guider le spectateur.

Le roman était jugé inadaptable. Le film donnera raison à cette hypothèse. Même si Lynch donne un ton tragique à l’ensemble, il s’écroule devant tous les personnages qui hantent les clans qui s’affrontent.

Pour rappel, les Atréides n’aiment pas les Harkonnen. Ils doivent se partager la planète Arrakis qui produit de l’épice, l’élément essentiel de la galaxie. La famille royale de la maison Atréides tombent dans un piège tendu par les Harkonnen et L’empereur (pas celui de Star Wars, un autre très doué aussi en matière de double jeu).

Le prince Paul se retrouve coincé sur Arrakis avec sa mère et devient l’idole des Fremen, peuple qui aime faire du rodéo sur des verres de terre géants. On vous l’a fait courte : Dune est un nid de crabes et de guépes qui complotent dans toutes les maisons, toutes les armées, toutes les familles.

Le pauvre David Lynch n’accorde alors aucun répit au spectateur. Les personnages déboulent et repartent. Les acteurs sont réduits à des pauses shakespeariennes. Ca tombe bien, beaucoup sont britanniques (comme Patrick Stewart futur capitaine de Star Trek Next Generation). D’autres sont aussi perdus que nous.

Le film enchaine les scènes explicatives et informatives. Si les séquences d’action ne sont pas trop mal, le temps a fait son œuvre sur les effets spéciaux et bien entendu la musique. Au début on s’amuse des décors, des costumes et des looks gothiques… mais rapidement on sombre devant tant de problèmes narratifs et des fautes de gout plus ou moins assumés.

Depuis Lynch s’est rattrapé. Dune reste une efficace anesthésie générale. Si vous avez du mal à trouver le sommeil, achetez le dvd !

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