I had a dream that you were mine

D'un coté, le chanteur énervé des Walkmen et de l'autre une tête pensante de Vampire Weekend. Hamilton Leithauser et Rostam Batmanglij s'allient pour une collection de chansons pop rêveuses.
C'est une vieille tradition: les supergroupes. Quand vous prenez la batteur de machinchose et le chanteur de Trucbidule pour jouer avec les musiciens de babiole! Cela donne des albums souvent décevants mais on a tout de même le droit à de bonnes surprises. Comme ce duo qui sort du lot entre le chanteur des Walkmen, groupe peu connu chez nous, et le pianiste chanteur de Vampire Weekend, groupe adoré dans nos contrées.
L'union fait la force. Ensemble ils apportent clairement le meilleur de leurs univers. La voix de Hamilton Leithauser est agressive, un peu cassé et tellement américaine. Il faut s'habituer. Il appartient à ses hurleurs du rock, sauf qu'il sait aussi faire dans la nuance. Le musicien Rostman Batmanglij vient avec sa science si particulière de la pop, tout en décalage.
Leurs chansons sont simples dans la forme, complexes dans le fond. Les instruments sont nombreux, libres et offrent des mélodies claires dans un joyeux bordel organisé. On dirait deux sales gosses qui voudraient s'appliquer à chanter une chanson douce mais n'y arriveraient pas. C'est très agréable car ils secouent un peu nos habitudes, avec quelques titres capricieux et souvent réussis.
Les arrangements sont surprenants mais ils nous amènent à réécouter de la pop à la sauce américaine. Cela fait du bien car il y a du coeur et de la volonté chez ces deux là. Ils ne se reposent pas sur leurs lauriers. Ils forment un duo tout à fait passionnant. Ils rappellent un peu Arcade Fire et le feu sacré qui les habitent. Ils fusionnent leurs talents avec une souplesse qu'on ne pensait plus écouter de nos jours. Une vraie bonne surprise!
Glassnote - 2016
I, Gemini

Rosa Walton et Jenny Hollingworth ont de longs cheveux. Elles ont le regard triste, la peau blanche et des jolies lèvres dessinées. Ce sont de petites poupées de porcelaine. Elles ont 16 et 17 ans. Elles montrent une maturité hors du commun avec leur premier disque, I, Gemini!
A leur âge, on ne pouvait pas attendre une telle écriture, une impressionnante volupté et une ambiance ambiguë. Les filles de cet âge là ne sont pas des as des arrangements et de la combinaison pop et electro. Elles jouent sur leur évanescence mais leur musique est d'un sérieux étonnant.
C'est ce que l'on appelle: se prendre une claque! L'album est incroyablement riche. Les sons, les notes, les voix, tout va vous dérouter et surtout vous rassurer sur cette jeunesse qu'on accuse perpétuellement d'être un peu plus crétine que les précédentes. Nées à la fin du Siècle, Rosa Walton et Jenny Hollingworth nous introduisent dans la musique d'un nouvel âge.
Rarement on aura été touché en un seul album par tant d'inventivités. C'est le genre de premier album qui fait chavirer les coeurs et les certitudes. Leurs chansons sont remplies d'émotions et séduisent les oreilles. Avec elles, le changement c'est vraiment maintenant et qu'est ce que ca fait du bien!
Elles nous invitent dans un disque atmosphérique où la pop est une chose fragile et délicate. Ici, les meilleures copines ne sont pas des gourdasses. Elles retrouvent ce mystère qu'explorait avec poésie Sofia Coppola dans son film Virgin Suicides. Il y a quelque chose de vraiment surréaliste dans leurs compositions qui bidouillent et s'arrangent avec le classicisme.
I, Gemini force le respect. C'est un chef d'oeuvre automatique. On ne sait pas trop ce que cela donnera pour les deux artistes en herbe. Mais elles nous présentent une copie parfaite, qui dépasse toutes nos espérances et nos appréhensions. Let's eat Grandma aiguise notre appétit! Sublime!
Transgressive - 2016
Instinct de survie – The Shallows

Chouette un requin affamé! Zut, il n'est pas encore prêt le digne successeur des Dents de la Mer!
Parce que le film de Steven Spielberg est tellement grand, beau et fort que toutes les tentatives de films "avec des requins" se révèlent médiocres. On n'y peut rien: c'est comme ça. Le requin inspire au mieux une série B ringarde mais amusante. Ce qui est tout juste le cas de Instinct de Survie!
Car le squale de ce film est bien trop discret par apport à la mouette qui va servir d'acolyte à la jolie Blake Lively coincée sur un rocher au milieu d'une mer paradisiaque. Le survival aurait pu être âpre et piquant. Au lieu de cela, tu dois suivre les discussions passionnantes entre la blonde et l'oiseau qui nous font un remake à peine caché de Seul au Monde, où Tom Hanks sympathisait avec un ballon de volley.
Le scénario est poussif. Si le concept est bon (une blonde subnlime face à un requin énervé), les scénaristes se sont pollués l'esprit pour le gonfler de faits inutiles et de fausses bonnes idées. Réalisateur doué, Jaume Collet Serra (habitué des gros films d'action de Liam Neeson), réussit tout de même à renouveler sans cesse la bataille entre le gros poisson et la belle bipède quand ils veulent bien s'affronter.
Mais ca n'avance pas. La marée est bien basse! Une fois que l'on a admiré les formes généreuses et musclées de Blake Lively, qui visiblement s'est bien entrainée pour le film, on finit par plonger dans une mare d'ennui, avec des rebondissements qui pataugent et un climax qui ressemble à un pétard mouillé. Bref, Instinct de Survie ne propose qu'une seule chose: une bonne douche froide!
Avec Blake Lively, la mouette et le requin - Sony - 17 aout 2016 - 1h27
Skeleton Tree

Plus sombre, plus triste, plus beau, les morceaux de Nick Cave et ses bad seeds impressionnent encore une fois. Au fond du trou, le corbeau australien continue de chercher la lumière. Inlassablement.
Skeleton Tree sera de toute façon, un disque particulier. Celui du deuil. Celui de la perte. Celui d'un très grand artiste. Nick Cave a connu des hauts et des bas avec son groupe, les Bad Seeds. Depuis toutes ses années, c'est bien normal. Artistiquement, il s'est parfois perdu même on a toujours apprécié son goût pour un rock saugrenu, entre Tom Waits et Johnny Cash. Avec un petit supplément d'âme barré ou baroque!
Cette fois ci, c'est la déprime. L'artiste vient de perdre son fils adolescent dans un accident. La douleur est donc omniprésente sur les huit chansons de Skeleton Tree. C'est en effet un album décharné, au minimalisme assumé, où seule la musique est importante. Sorte de geste de rédemption, petite parenthèse pour un homme en souffrance.
La musique est donc un peu plus synthétique mais la voix elle psalmodie. Il y a encore de la force. On l'entend même si les mots sont rudes, difficiles et ne cachent plus les émotions. Un peu comme le BlackStar de Bowie, l'émotion n'est plus que dans la voix, sincère. Le reste n'est qu'illustration. Heureusement les Bad Seeds ne sont pas des feignants. C'est très beau. Presque doux! et lumineux!
Pourtant la tragédie est partout. Jusque sur la pochette. D'un noir presque gênant. Lui qui a toujours décrit les marginaux, les fous, les illuminés, est une fois de plus hanté, comme jamais, par la douleur, la culpabilité et tous les sentiments les plus tourmentés. A 58 ans, l'expérience est là, de plus en plus douloureuse. Les 39 minutes de ce disque sont pour lui, un moment face à la mort. Le calme n'est qu'apparent. On a l'impression de l'entendre suffoquer sur certaines phrases.
Face au pire, il reste debout. Il écrit encore. La fragilité est là. Les copains aussi: ils lui fabriquent des airs évaporées mais élégiaques. Ce disque est presque une prière. On avait peur d'assister à un supplice. C'est clairement une des choses les plus sensibles que l'on peut entendre cette année.
Bad Seeds LtD - 2016
Sélection BD: le plein d’actu

Avec tous les médias en ébullition, la globalisation du journalisme ou la formalisation de l’information, plus rien ne nous touche vraiment. Les drames se succèdent et s’oublient rapidement. On a sûrement anesthésié notre sensibilité, à cause de ces infos qui nous collent aux baskets. On n’est pas loin du harcèlement !
C’est pourquoi la bédé s’est intéressée de plus en plus à des sujets d’actualité. Il y a même des bédés qui traduisent l’actualité. Un autre support pour voir les choses autrement. Cela fait du bien. Car la lecture appelle du temps et de la compréhension. Une volonté particulière. Avec des petites bulles et des petits personnages, c’est toujours mieux !
Topo sort dans cette optique : ouvrir les yeux des moins de 20 ans sur l’actualité et tout ce qui les entoure. Un petit cours de sciences. Un petit cours de politique. Des sujets sur le quotidien et pas mal de culture (sur les Sex Pistols). C’est ludique et plein de fraicheur.
Mais il y a aussi des courageux efforts comme Hôpital Public, série d’entretiens illustrés et touchants sur les personnes qui font vivre cet endroit, lieu de joies et de drames profonds. Les dessinateurs se sont installés au CHU de Nantes et on observait les forces et faiblesses de ces hommes et femmes engagés.
Il y a les problèmes d’effectifs. Il y a les urgences. Il y a donc les problèmes que l’on entend tout le temps à la radio et partout d’ailleurs : pas de reconnaissance. Plus de violence. Pas assez de personnel. Le constat est connu mais le témoignage a plus de force avec les coups de crayons de sept dessinateurs qui rendent compte avec beaucoup de complicité des difficultés du métier et des lieux. On doit se rappeler de la toute dernière réflexion : Un hôpital devrait toujours être pensé autour de ce qui est notre cœur de métier : l’humain.
Hôpital Public, entretiens avec le personnel – collectif – 90 pages – Vide cocagne collection Soudain
Topo – Collectif – 146 pages
Victoria

Houlala, une comédie française réussie... il ne faudrait pas rater ça: c'est très rare. Donc précieux.
Allez, on commence par les défauts. Victoria se termine mal... enfin bien... enfin en contradiction un peu avec l'ensemble du second long métrage de Justine Triet, après le très original La Bataille de Solférino. Là encore c'est le portrait d'une femme en crise, mais cette femme est jouée par Virginie Efira, et cela fait toute la différence.
La blonde est d'habitude pétillante et il est difficile de ne pas se laisser charmer par sa beauté naturelle. C'est une belle fille qui a su montrer qu'après animatrice, le métier de comédienne lui allait plutôt bien. Là,c'est simple: elle est incroyable. Elle joue donc Victoria, avocate qui frise le burnout, entre un ex mari envahissant, deux gamins remuants et des plans cul un peu pathétiques. Elle enchaîne des cigarettes pour oublier la vacuité de son petit monde et ne voit même pas que plaider pour un ami peut se révéler dangereux...
Heureusement pour elle, elle croise sur son chemin (de croix), Sam, un ancien dealer dont elle fut l'avocate, qui se met en tête de l'aider dans sa vie tumultueuse. Il se révèle beaucoup plus habile qu'elle le pensait. Les apparences sont trompeuses et c'est ce qui fait tout le sel de ce film vif et capricieux.
Il fuit les standards de la comédie. Il s'installe sur un malaise mais profite des personnages pour en échapper de nouveau. C'est une oeuvre qui, à l'image de son personnage central, fuit tout le temps. La réalisatrice ne veut pas rester en place et se laisser aller à un truc plan plan (d'où un final un poil décevant). L'énergie face au désespoir est communicative dans ce film faussement comique.
On rit, on pleure, on s'agace, on s'étonne. Les émotions se succèdent mais le film ne peut pas laisser indifférent. On pourrait voir une version comique de l'oeuvre de Desplechin. Il y a quelque chose de littéraire dans les dialogues excellents et en même temps, la description du quotidien et de l'époque sont presque terre à terre.
Comme le personnage de Victoria, on est un peu paumé. Mais c'est plus facile à vivre pour le spectateur, qui n'a pas à supporter toutes les contrariétés de l'existence, d'un point de vue personnel et professionnel! Franchement, on est bluffé par ce portrait rapide et clairvoyant. Car la zizanie est finement organisée pour que le film devienne un portrait plus universel et optimiste. Il y a Virginie Efira mais le reste du casting est pas mal non plus pour nous combler. Victoria est un réussite bien de chez nous. Le burlesque peut se trouver n'importe ou dans nos vies. C'est ce que rappelle avec beaucoup de charme, ce film atypique!
Avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud et Laurent Poitrenaux - Le Pacte - 14 septembre 2016 - 1h36
Hit Reset

Voilà ce qu'il faut imaginer chez les filles de The Julie Ruin. Il doit y avoir un petit mausolée avec quelques tiges d'encens autour des portraits de Joey Ramones, Kim Gordon et les Breeders. Entre Punk et Grunge, le groupe n'a pas su choisir. Tant mieux pour nous!
Kathleen Hanna a fondé son groupe en 2010 à New York. Son attitude et sa radicalité a tout le style de Big Apple. Elle fait un punk raide, cinglant mais très plaisant. La demoiselle est sans compromis. Avec ses copines et ses copains, ils dépouillent le rock jusqu'à son essence rebelle.
Ce n'est pas non plus de la grande subversion mais la musique du groupe rappelle que le rock peut par sa matière s'amuser à remettre en cause ou en question. The Julie Ruin a tout du groupe de sales gosses. Elles conjuguent le rock au féminin mais ca n'empêche pas un aspect mal poli mais bienvenu à leur second album qui a tout compris lorsqu'il s'agit de casser les oreilles.
Elles ne font pas un caprices, les filles de The Julie Ruin. Elles savonnent leur rock avec une patine particulière, une volonté adolescent peut être. Les chansons sont presque primaires mais elles nous séduisent malgré tout. Certains parleront sûrement de fraîcheur.
La voix est perchée mais elle est pêchue. Les instruments sont mal traités. Les rythmes sont simples mais efficaces. C'est du rock de garage bien comme il faut. Sans grande surprise mais on veut bien les écouter car tout cela ne manque pas de charme et de savoir faire. Elles ont beaucoup écouté les disques de Ramones ou des chevelus sales du grunge. Comme sur la pochette, la maison semble cabossée et un peu abimé. Ne vous en faites pas: sur les ruines, les bases sont solides!
Hardly art - 2016





