A Cure for life

Est ce du nanar ou du très bon? Le nouveau film de Gore Verbinski laisse dubitatif mais pas indifférent.
Gore Verbinski n'est pas un Yes man d'Hollywood. Il a quelques cartons dans son sac (la copieuse trilogie de Pirates des Caraïbes) et de lourds échecs (Le Mexicain ou dernièrement Lone Ranger). Il tourne souvent pour des budgets énormissimes. Pourtant son cinéma n'est pas standardisé.
Il est généreux dans l'effort. Ses films sont trop longs et complètement baroques. C'est assez fouilli mais il y a toujours de la sincérité chez ce drôle de cinéaste hollywoodien, qui aime bien égratigner malgré tout l'american way of life.
Il le prouve une fois de plus avec la première demi heure brillante, absurde et bizarre de A cure for Life, faux thriller qui met en scène un salopard face à un autre. Pas sûr que le box office face honneur à ce duel qui ne fait plus trop recette.
D'un coté, vous avez donc un loup de Wall Street. Un petit merdeux en costumes (l'intrigant Dane DeHaan bientot Valérian pour Besson), aux yeux rougis par le travail et la réussite aveuglante. Ce petit roi de la finance doit aller chercher un executif de sa société au fin fond de la Suisse. Ce dernier y soigne un burn-out sévère.
La vieille Europe feutrée n'effraie pas le jeune homme qui va pourtant s'étonner de l'ambiance étrange de l'institution qui soigne de vieux fortunés. Mais le bon air helvétique cache une atmosphère nauséeuse malgré les belles montagnes. Le directeur de l'établissement (le ricanant Jason Isaacs) va prendre soin du cadre trop dynamique obligé de rester après un accident de voiture: ses intentions ne sont pas si louables que ça!
Car si on déteste d'emblée le protagoniste de cette aventure aux allures de train fantome, on va vite comprendre que le bon docteur est douteux. Dangereux. Gore Verbinski glisse alors vers le film d'épouvante. A l'ancienne. Avec de vieux clichés qui collent à la nature européenne du genre.
Verbinski ne sait pas faire dans le raffinement. Il connait tout de même ses classiques et sait rendre hommage à tout un pan abandonné du film d'horreur. Pas de zombie. Pas de fantome. Pas de réalisation faite au camescope.
Verbinski redonne du sens. Son film imagine une mini société qui ressemble beaucoup à celle des Américains. Le cinéma fantastique est bon quand il est une métaphore de nos tragédies. A Cure for life est un exemple salutaire de quête de sens et pas seulement un long clip avec sursauts et frissons.
Pourtant le film souffre de son format. Plus de deux heures trente. Comme d'habitude, le cinéaste ne connaît pas vraiment l'ellipse, trop content de nous montrer de belles images, de bien développer son histoire un peu fourre tout et une belle bande son. C'est du beau travail mais qui s'étire comme une vieille peau ridée...
On ne peut pas trop dire si c'est bien ou pas. Les qualités sont aussi évidentes que les défauts. C'est grandiose mais too much aussi. C'est n'importe quoi mais c'est aussi très sympathique car cela semble sincère. C'est le cinéma de Verbinski, grosse bouillie filmique non dénué de sens et c'est déjà pas mal!
Avec Dane DeHaan, Mia Goth, Jason Isaacs et Celia Imrie - 20th century fox - 15 février 2017 - 2h27
William Z Villain

Avant de retrouver le curieux Bror Gunnar Jansson dans quelques jours, découvrez le blues détraqué d'un autre loup blanc du blues au nom de méchant de série Z!
Si William est un vilain garçon c'est bel et bien parce qu'il ne fait rien comme les autres. Il n'aime pas trop suivre les ordres et les règles. Il a pourtant la classe avec son costume à l'ancienne et ses airs de jeune voyou durant la prohibition. Il a l'air de bien maîtriser ses classiques en tout cas, le chenapan du blues.
Il grimace souvent sur les clichés mais il n'aime pas les stéréotypes. Il les brise assez délicatement mais avec pas mal de force. Son premier essai est donc déconcertant: à 26 ans, avec sa voix haut perché, William le Méchant boude avec un éclat inédit sur 10 chansons qui sortent de l'ordinaire.
Aidé par une compagnie français, William Z Villain s'attaque au blues avec une aisance incroyable. Son style est presque chamanique. Il y a bien sûr la brillance de la guitare et sa virtuosité attendue. Mais le monsieur préfère la communion des voix. L'harmonie a une place privilégiée et souvent formidable.
Il redonne un coté vraiment populaire au blues, souvent cintré dans des effets trop attendus. Ici il y a de l'ambiance dans chaque titre. On a l'impression que son voyage sonore dépasse les états du sud de l'Amérique. Venu du Wisconsin, William Z Villain aime regarder au dessus du mur de son cher Président. Il connait l'Americana aussi et le prouve en triturant Tom Waits, Dr John et quelques ancêtres détraqués!
Cela donne un mélange fascinant qui ne ressemble à rien de connu. Il y a cette poésie du marginal, ce goût du risque, cette fausse décontraction, cette véritable valeur ajoutée... Ce hors la loi est un vilain par excellence. On adore toujours les méchants plutôt que les vertueux.
Normandeep blues - 2017
Apocalipstick

Du rock féminin qui devrait ne pas plaire du tout à tous les conservateurs qui viennent de rentrer à la Maison Blanche et qui se font une étrange idée de la femme et de son rôle.
Clementine Creevy, elle, a bien compris le rôle qu'elle avait à jouer. Celle d'une meneuse d'un groupe qui veut juste déconner. C'est une chef de bande qui a de la suite dans les idées. Sa vision du rock est carré et toute simple. Ca fait du bien. Elle sort de l'adolescence et toute son énergie s'est concentrée dans les titres de ce disque féministe et combatif.
Par les temps qui courent, on est bien obligé d'applaudir! La pochette donne le ton et l'envie du groupe! Du kitsch pour faire la guerre. A peine arrivé au pouvoir que le nouveau président voit la contre culture bouillonnait et les ardents musiciens sont déjà là. Clementine, sa copine et son barbu forment un trio poil à gratter qui s'amuse des colères et des frustrations pour transformer cela en garage rock, assez jubilatoire.
Fan de Patti Smith, petite soeur lointaine des rouleuses de mécaniques comme les Breeders ou Hole, Clementine mène son trio à la baguette à 19 ans. Elle joue la capricieuse et la baroudeuse sans aucun complexe. Elle compose des chansons emportées mais toujours chargées d'un solide second degré, marié à un vrai propos qui a sa place désormais.
Moins à l'aise dans la ballade, Cherry Glazerr a donc la bonne attitude punk. Avec un petit synthétiseur, une bonne rythmique et des guitares inspirées, le second disque du groupe montre de la volonté qui fera plaisir à tout ceux qui en ont déjà marre des oiseaux de mauvaise augure, les tristes sires de la morale et de la bienséance.
Donald Trump n'a qu'à bien se tenir!
Secretly Canadian - 2017
Et les mistrals gagnants

L’affiche jaune soleil nous a bien guidés : Et les mistrals gagnants est un film sur la vie. La vie d’enfants, éprouvés par la maladie mais leur vie à la lumière du jour.
Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual ont entre six et neuf ans. Ils nous embarquent dans leur quotidien, entre jeux d’enfants, complicité et rêves en faisant avec leur maladie, sans édulcorer les soins, leurs douleurs, les doutes, les colères. Ils vivent l’instant présent avec l’énergie optimiste de l’enfance et nous montrent des chemins de bonheur.
La grande force du film et sa bonne idée est de donner la parole qu’aux enfants. On voit les parents, les soignants, les petits donneurs de rêves et d’histoires, leur amour salutaire, leur présence si aidante, si délicate, mais l’on retient avant tout les mots des enfants. Leur invitation à aimer mieux, à faire confiance, à vivre chaque instant de la vie avec l’intensité qu’il mérite. « Rien n’empêche d’être heureux. »
A la fois grave et léger, tendre et poétique, lumineux et malicieux, Et les mistrals gagnants est de ces films rares qui jouissent d’un coup de cœur presse et public. Pourquoi ? Parce que ce documentaire éclaire l’essentiel. Et qu’il le filme très bien. Les premières images nous montrent des enfants malades. Au fil du film on ne voit plus que des enfants. Leur besoin d’aimer et d’être aimé, leur goût de l’amitié, du rire et de la nature. Ce film est un éloge au courage, à la ténacité et à la joie communicative.
A travers ces cinq enfants, Anne Dauphine Julliand ne met pas en avant sa propre histoire qui nous a bouleversés dans Deux petits pas sur le sable mouillé mais ce qu’elle a retenu de leçon de vie de sa fille. La sagesse, la force de caractère qu’elle lui a transmise, comme la conscience que la santé est bel et bien une chance. Quand tu vas voir ce film et que tu portes la vie tu es certes d’autant plus submergée par une vague d’émotions, du plus grand rire au flot de larmes, mais tu gardes surtout en toi la promesse d’amour que chaque parent fait à son enfant. Et résonne alors la chanson de Renaud avec une profondeur éclatante.
A m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder les gens tant qu'il en a
Et entendre ton rire s'envoler aussi haut
Que s'envolent les cris des oiseaux
Merci et bravo. Succès mérité !
Nour films - 1er février 2017 - 1h19
Lego Batman le film

ET VOILA LA SUITE, SANS EN ETRE UNE, DES AVENTURES DE NOS HEROS EN BRIQUES.
DEJA PRESENT DANS LA GRANDE AVENTURE LEGO, QUI RAPPELONS LE ETAIT SUPER MEGA GENIAL GENIAL GENIAL, TANT DANS SA REALISATION QUE DANS SON ORIGINALITE, IL N'Y AVAIT PAS ASSEZ DE BRIQUE POUR DECRIRE CE FILM DE OUF! BATMAN, HEROS QUE L'ON NE PRESENTE PLUS, ETAIT DEJA UNE FIGURE INCONTESTEE DU PETIT ECRAN AVEC SES AVENTURES LEGOS MAIS BENEFICIE MAINTENANT DE SON PROPRE FILM. DISONS QUE SUR DU LONG FORMAT CE N'EST PLUS DU TOUT LA MEME REUSSITE.
LES ANIMATIONS, SURTOUT AU DEBUT, NE SONT PAS TERRIBLES. L'HISTOIRE EST PAS MAL MAIS N'A PAS LA FORCE DU PREMIER OPUS. IL Y A BEAUCOUP MOINS D'ENGOUEMENT, DE BLAGUES ET DE JOIE A REGARDER CETTE HISTOIRE POUR PETITS ENFANTS. CA PARLE NON STOP ET CA C'EST VRAIMENT DESAGREABLE.
LA FÉERIE DE L'IMAGE PAR IMAGE A DISPARU. ON EST BEAUCOUP TROP DANS LA SURENCHÈRE D'EFFETS, DE PERSONNAGES, DE TOUT ET CA CASSE PAS DES BRIQUES ! ( FALLAIT BIEN QUE JE LA PLACE). L'ANIMATION EST CLAIREMENT CIBLÉE ENFANTS ET NON ADULTES, TANT DANS LES DIALOGUES QUE LE REALISME MINIMALISTE DES DECORS.
JE NE RETIENDRAIS DONC PAS CE 2EME VOLET C'EST CERTAIN. MALGRES DE BONS MECHANTS COMME LE JOKER, HARLEY QUINN, VOLDEMORT (OUPS J’AI PRONONCER SON NOM !), SORON, DRACULA, ...., QUI AURAIENT PU ETRE DE TRES BON ELEMENTS ESSENTIELS MAIS QUI SONT TRES VITE ECLIPSES PAR LA PRESENCE OMNIPRESENTE DE BATMAN, BATMAN ET ENCORE BATMAN, HEROS A L'EGO PLUS QUE SURDIMENSIONNÉE. LE FILM EST UN PEU LOURDINGUE AVEC UNE BONNE GROSSE MORALE QU'ON A PAS DU TOUT ENVIE DE VOIR DANS UN FILM DE LEGO ANIMÉS!
NAN, ON A ENVIE DE S'EN PRENDRE PLEIN LA GUEULE, D'AVOIR LA BANANE, DE SE TAPER UN BON GROS DELIRE ET LA Y'A CLAIREMENT QUELQUE CHOSE QUI NE FONCTIONNE PAS. SOIT ON ASSUME LE COTE ULTRA KITSCH A FOND, SOIT ON FAIT UNE SUITE QUI VAUT LE COUP ET ON FAIT DONC UN FILM TOTALEMENT DIFFERENT. QUEL GÂCHIS , CA AURAIT PU ETRE TELLEMENT GENIAL.....! JE M'EN VAIS JOUER CHEZ MOI POUR ME RECONFORTER DE CETTE GROSSE DECEPTION !
AVIS AUX AMATEURS
Silence

Le martyre selon Scorsese. Refrain connu pour un long chemin de croix déroutant.
Le sociologue avisé vous dira que le nouveau film de Martin Scorsese est très intéressant. La Foi et la violence, voilà un sujet qui envahit bien trop souvent nos actualités. Pas étonnant de la part du réalisateur de La Dernière Tentation du Christ, souvent obsédé par la religion et la spiritualité.
Silence est donc dans la veine de Kundun, un film presque contemplatif, pris d’assaut par les obsessions religieuses du cinéaste des gangsters et héros triturés par le bien et le mal. Pourtant l’ambiance est nettement plus sombre, très contemporaine.
Cela se passe néanmoins au XVIIe Siècle. Deux jésuites décident de partir à la recherche d’un prêtre disparu dans un Japon effrayant, où tous les chrétiens sont persécutés. Malgré le danger, ils décident de s’y rendre. Leur vérité sera mis à mal par des épreuves de plus en plus cruelles.
Virtuose, Scorsese a tendance à chercher l’épure dans ce film qui devient un chemin de croix pour les deux héros, joués parfaitement par Andrew Garfield et Adam Driver. Il y a peu d’esbroufes, le cinéaste fait confiance à la force de son scénario qu’il a rédigé lui-même.
Le cinéphile sera peut être déçu par cette austérité. Après tout, être fun avec un film sur les persécutions des jesuites au Japon (vous avez quatre heures, après je ramasse les copies), cela relèverait de la faute de goût. Ce n’est pas le style de vieux briscard des épopées violentes.
Au contraire, le film est assez touchant car on le devine à chaque instant personnel. La mise en scène est élégante, impose une certaine douceur alors que l’on découvre des scènes souvent difficiles. Scorsese a mis des années à monter le film et on sent qu’il y met tout son cœur. Difficile de ne pas le reconnaître derrière le personnage du Padre Rodrigues, âme torturée par sa croyance et la réalité.
Il fait confiance au récit qu’il propose. C’est la grande force de ce film où effectivement le silence a sa place, chose assez rare dans le cinéma d’aujourd’hui. Il se fait même avant gardiste, très inspiré par le cinéma asiatique, plus culotté que l’Occident.
Hélas, le film se traine en longueur. On décroche devant les répétitions. On le trouve plus fort qu’un Terence Malick et on pense même à Apocalypse Now dans cette description aussi humaniste que nihiliste du parcours d’un homme dans la folie. Mais la métaphysique est laborieuse. Le plaisir est gâché par la durée excessive. Le martyre, c’est peut être pour le spectateur finalement ! Mais peut être est ce la volonté du cinéaste qui reste un apotre du grand cinéma!
Avec Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson et Tadanobu Asano – Metropolitan filmexport – 8 février 2017 – 2h41
I see You

The XX est devenu un gros vendeur de disques! Ca s'entend!
Ce n'est pas facile de s'arranger avec le succès. On peut facilement tomber dans la démesure. On prend la grosse tête. On a des rêves emphatiques. On oublie le plaisir des débuts, des découvertes, des promesses. On se réalise mais pas forcément dans la plus grande simplicité.
Romy Madley Croft, Oliver Sim et Jamie Smith ont grandi très vite dans l'industrie de la musique. En 2009, leur album réussit à les imposer avec leur pop minimaliste et romantique. Le second confirme qu'ils sont capables de vendre des galettes.
Les tournées mènent à la grosse fatigue et le groupe prend désormais son temps pour sortir un troisième album. Ils sont bien évidemment attendus au tournant et ils reviennent avec une nouvelle formule, plus electro, plus standardisée finalement.
Après un album solo remarqué, Jamie Smith prend le contrôle du groupe et entraine ses compagnons vers une pop plus contemporaine donc moins surprenante. On se demande même s'il n'a pas écrit le disque juste pour tourner dans les magasins de fringues à la mode.
Beaucoup remarquent le changement de production mais le trio en fait désormais un peu trop. C'est trop entendu. Les voix sont toujours en harmonie mais c'est un peu téléphoné avec des rythmes et des bidouillages tout autour. De la musique de pub.
C'est très bien fait mais c'est ennuyeux. Finalement le groupe s'enferme dans les tics de son époque. La subtilité a un peu disparu. A la place, il y a de la technique et des astuces de studio. Le groupe est victime de son succès. Le trio ne surprend plus. Il assure avec sa sa formule enrichie. Il fera danser les foules sur ses titres mélancoliques. Mais ce disque n'est plus celui d'un groupe mais d'une industrie!
Young turks - 2017
NOCE – Jean-Luc Lagarce / Pierre Notte – Théâtre Lucernaire

Une Noce qui l’emporte à l’arrachée
Jean-Luc Lagarce est un des dramaturges contemporains les plus joués en France. Son succès est sans nul doute lié à la force de l’écriture. Une écriture qui cherche sans relâche à réinterroger la langue française et sa représentation théâtrale. Ses personnages sont des fantoches qu’il manipule, n’hésitant pas à les faire répéter leur texte, les faire sortir du discours pour les relancer sur d’autres mots ou d’autres phrases. Le mélange est détonnant, frise l’absurde.
On retrouve sur le plateau les 5 personnages de Noces, une pièce écrite en 1982 dans laquelle Lagarce s’amuse avec le rêve provincial fantasmé d’invitations à la Noce. Serai-je invité à la Noce dont tout le monde parle ou ne le serai-je pas ? Dès lors les personnages vont se heurter à la langue de Lagarce qui se joue d’eux-mêmes et aux événements narratifs qui viendront leur barrer la route. La Noce est fantasmée. Plus le fantasme est grand, plus la lutte pour faire partie des invités sera acharnée. Ils parviendront à entrer pour le meilleur et pour le pire.
Dans cette mise en scène de Pierre Notte, une grande liberté est laissée aux comédiens. Le plateau devient un ring dans lequel les comédiens se débattent avec la langue et parfois avec eux-mêmes. Le décor est succinct : une table pliante, quelques chaises, quelques valises, des accessoires en toc, et des bouteilles d’eau pour les plus sportifs. La musique d’ambiance digne de Psychose est là pour cadencer et martyriser les personnages qui demandent régulièrement un répit au régisseur.
Les conséquences sont sans appel : une course folle dans laquelle le texte est lancé en coups de poing du début à la fin sans crescendo, sans respiration. Paola Valentin joue une enfant-coryphée qui vise juste. Ça claque et ça fuse. Eve Herszfeld joue une dame d’une bonhommie qui allège la charge. Gregory Barco et Bertrand Degrémont un homme et un monsieur aux variations mesurées tandis qu’Amandine Sroussi, cocotte-minute ruisselante, joue une femme en sur-jeu permanent, déséquilibrant le plateau et effaçant dans l’excès tout collectif possible.
Si on comprend bien le parti pris du combat engagé qui s’opère, on comprend assez mal en définitive la nécessité de jeu en surtension permanente pour un texte réduit ici à une partition mécanique, loin de toute nuance et d’émotions possibles. On rit lorsque Lagarce pousse ses personnages dans le pillage de la Noce, lorsque l’absurde s’empare du drame au milieu de barricades. Mais on regrettera sans doute ce trop-plein de cabotinage, de précipitation, de sur-jeu inutile qui court-circuite le possible vertige du texte, la possible angoisse de personnages rejetés socialement, coincés entre l’intrigue et la langue.
Noce de Jean-Luc Lagarce, Mise en scène de Pierre Notte. Théâtre du Lucernaire – Salle Paradis. jusqu’au 11 mars 2017.
South from here

Un gros moustique et un petit matin triste, la pochette de Winter Family donne le ton: un disque qui ne veut pas vous mettre de bonne humeur.
On ne sent pas le vent frais du matin. On n'entend pas un bourdonnement de moustique sur les titres de South from Here. Mais Winter Family refuse tout net de vous mettre à l'aise. Atmosphère, est qu'ils ont une gueule d'atmosphère? Absolument.
Ruth Rosenthal et Xavier Klaine forme une drôle de famille. Qui a une vision pour le moins atypique de la musique. Avec eux, la composition fait simplement ressortir l'expérience vécue, le sentiment enfoui, la tristesse existentielle. C'est la limite et la qualité de leurs chansons.
Ce n'est pas franchement joyeux. Le minimalisme se confond avec un découpage sonore étrange qui ne déplairait pas à ce grand tordu génial et multimédia qu'est David Lynch. L'ambiance est lourde mais la réalisation est brillante, assez virtuose et c'est la bonne nouvelle de cet album emprunt de tous les malheurs du Monde.
Car les rythmes secouent tous les maux de la planète. Il y a un vieil orgue et des boites à rythme. Le duo invente une grande foire aux sons aussi inquiétante qu'un décor de vieux film gothique revisité par des geeks. Groupe franco israelien, Winter Family ne danse pas mais grelote avec style face au Monde.
Leur art les défend et leur permet de mieux appréhender la violence et tous les troubles. Ils ont sillonné le Monde et capté les angoisses d'un peu partout. On écoute des chansons réellement à fleur de peau. Ca c'est sûr, et ce n'est pas une sinécure.
Ici d'ailleurs - 2017





