In a poem unlimited

On revient un peu à notre thématique annuelle: la libération de la parole des femmes. Les disques au féminin sont nombreux et surtout ils sont bons: la preuve avec l'album de US Girls.
Avec un titre comme cela, le groupe de Meghan Remy ne peut que faire l'actualité. Les filles aux Etats Unis, c'est un moment d'histoire en ce moment. Avec un président sexiste, des libidineux qui tripotent en toute impunité et des stars qui se confient, on se rend bien compte que la condition des femmes a encore un sacré pour de chemin à parcourir pour trouver un semblant de liberté ou d'égalité.
Mais nous ne sommes pas là pour la politique mais pour parler du sixième album de ce groupe canadien qui n'a pas froid aux oreilles. Discret, le groupe suit sa route et commence à prendre la bonne direction: la musique de US Girls réchauffe.
La jeune femme et ses complices sont au carrefour des styles: il y a la fois de la radicalité et du classicisme. C'est de la pop énervé ou du rock'n'roll futé. Les arrangements sont d'abord crus avant de laisser de la place à de la complexité. Les instruments se répondent entre eux et on entend à chaque écoute des petites choses qui font plaisir à écouter.
Au delà de la posture de la chanteuse, pas loin de la protestation et de la dénonciation. Bizarrement les chansons à message sont usantes. Ici, elle utilise la légèreté de la pop et la beauté des orchestrations pour adoucir le propos. Cela gagne en efficacité.
La vie de Remy ne fut pas un long fleuve tranquille mais ce n'est pas la motivation de son disque. Les harmonies et les mélodies transcendent les douleurs et les volontés. In a poem Unlimited voit plus loin et nous emmène plus haut. C'est peut être un peu répétif. La voix ressemble un peu trop à celle de Kate Bush. Mais on ne s'ennuie jamais dans ce poème vers lequel on peut revenir sans fin.
4 AD - 2018
Bordeliko

L'hiver nous quitte enfin. Pour se dégeler, on vous conseille l'écoute intensive du nouvel album très chaleureux de Sidi Wacho.
Vous avez souffert la semaine dernière du grand froid. Le fameux Moscou Paris que désormais, la France entière connait. Maintenant, on vous propose plutôt le Cuba Paris! En tout cas, nous voilà en présence d'un groupe qui regarde du coté de Barbès tout autant que de l'Amérique du Sud. Un cocktail évidemment bouillonnant!
Vous allez oublier l'hiver et ses désastres. Avec quelques cuivres et quelques paroles engagés, vous allez vous réchauffer aux sons bariolés de Sidi Wacho, héritier jeune et pétillant de la Mano Negra ou Zebda. Un groupe qui ne se replie pas sur lui même: le mélange est aussi délicieux que épicé.
Alors, les traditions sont respectés: le collectif dénonce toutes les misères subies. Il se méfie du pouvoir, des flics et des puissants. Il aime les pauvres et la simplicité populaire. Il adore surtout la musique et c'est tout le plaisir de ce disque naturellement joyeux.
le bordel souligné par le nom de leur second disque est assez organisé. La cumbia cuivrée vient donc se méler à un groove franchouillard mais tout aussi exotique. Les dedux fonctionnent à merveille et se répondent très bien.
Les influences dépassent les frontières et leurs chansons ressemblent à un échange d'idées et d'amitié. On a l'impression d'être dans un baloche bigaré, heureux et surtout réussi. Ce disque sonne l'arrivée prochaine du printemps: Bordeliko revivifie!
Pias - 2018
Call me by your name

Romance à l'italienne. Entre deux hommes. Chichiteux ou culotté, ce film nous réconcilie avec l'érotisme.
Depuis quelques années, l'érotisme se limite à des touches pipi avec des masques de carnaval et des tapes sur les fesses grâce au succès de 50 Nuances de Grey. De la nuance, il n'y en a plus vraiment sur grand écran et c'est la première qualité de Call me by your name. Les teintes sont chaudes mais elles ne se limitent pas à une esthétique de pub.
D'ailleurs le film de Luca Guadagnino (vieux complice de Tilda Swinton) fait presque peur au début. L'Italie et sa campagne. Un jeune homme à l'aube de son éducation sentimentale. Un décor bourgeois. Et une nature qui réveille tous les sens de jolies filles et de beaux garçons.
On pense à Bertolucci, Antonioni ou même Rohmer: le lexique de parfait petit film sentimental se met en place. Les images sont belles. Tout le monde est beau et intelligent. La bourgeoisie est élégante même quand elle s'ennuie devant un feu de cheminée. Et puis il y a cet Américain prétentieux et costaud. Oliver. Il va faire chavirer les coeurs des poupées italiennes. Mais surtout il intrigue le surdoué, Elio, admiration de ses parents. Un adolescent voulant briser son innocence!
L'éducation sentimentale sous le soleil d'Italie, ce n'est pas vraiment nouveau. Mais il est vrai que le réalisateur de A Bigger Splash parvient à jouer avec les stéréotypes du genre et nous intéresser à nouveau à l'éveil sexuel d'un jeune gentilhomme qui a tout pour lui. Il a bien le diable au corps ce gamin mais le portrait est très sensible. Le sentiment prédomine les images.
Bien joué et bien filmé, on est content de lézarder autour de la piscine de cette villa. La délicatesse n'est plus un spectacle de cinéma et le film a bien ce courage de remettre un peu de tendresse au milieu de conventions massacrées. Le film serait une vraie réussite s'il savait finir sa quête amoureuse: ca se traine en longueur et en atermoiements. Néanmoins, c'est un doux film érotique, une oeuvre qui fait du bien aux yeux et au coeur.
Avec Timothée Chalamet, Armie Hammer, Amira Casar et Michael Stulhbarg - Sony Pictures - 28 février 2017 - 2h05
Dora l’exploratrice a 18 ans…l’interview exclusive


Mais où était donc passée Dora l’exploratrice, les années passent, on Trump on balance nos porcs et on olalalala encore de la neige mais haaaaaann, et pendant ce temps là, la mère Dora, 18 ans la bougresse, vient de passer son permis de conduire ! Elle, la plus internationale des latinos, la plus troubadour des écolières, la plus gavante des petites brunes sac à dos sur le dos, la plus chanteuse à claquer, la voilà majeure !
Attablée au comptoir d’un rade de la frontière mexicaine, look à la Britney Spears des mauvais jours, toujours avec son compagnon Babouche avec qui elle aurait encore aujourd’hui une liaison des plus sulfureuses, nous avons pu interviewer Dora l’exploratrice.
Romestebanr : « Dora bonjour, 14 ans à truster l’ensemble des programmes jeunesse du monde entier, à péter les tympans de millions de parents avec des chansons niaises et des ritournelles à allumer le gaz pour que ça s’arrête, que devenez-vous ? »
Dora l’Exploratrice : « Après une dernière tournée dans le MiddleWest au moment de Noël 2015 en 1ère partie de « Viens danser avec Tchoupi », j’ai décidé de tout arrêter, à 15 ans passé porter encore une salopette bleue avec la coupe de cheveux entre Mireille Mathieu et un photomaton des 70’s, j’ai dit stop ».
Romestebanr : « Et donc aujourd’hui c’est quoi la vie de Dora ? ».
Dora : « Vous connaissez le truc, on arrête, le téléphone ne sonne plus, les mômes vous jettent des pierres dans la rue, les parents à qui j’ai fracassé le crane pendant des années vous insultent sur les réseaux sociaux, Entrevue vous demande de poser nue, des éditeurs vous demandent une autobiographie avec passage sur la drogue en milieu animalier, la routine ».
Romestebanr : « Mais vous vivez de quoi ?».
Dora : « Lapdance, strip-tease, des petits rôles dans la série de mon cousin Diego, enfin de quoi m’acheter ma dose de faritas journalière, d’ailleurs faut que j’arrête je suis passée du S au XXL en 2 ans »
Romestebanr : « Que deviennent vos compagnons de route ? ».
Dora : « Bah avec Babouche ça fait 10 ans qu’on joue à tripote-mi tripote-moi, la Carte avait déjà vachement moins de boulot depuis l’arrivée des GPS, Bébé Jaguar a sombré dans la coke depuis son refus d’intégrer à tort le Zoo de Beauval et se déguiser en panda tous les jours, Sac-à-Dos est toujours en rééduc après avoir pété une lanière dans la Saison 8, le Lutin Grognon tient des conférences dans les associations de hipsters et Schipper a fini par se faire gauler après son 25ème cambriolage, il purge sa peine à Guadalajara, Totor était déjà complément débile quand on avait du succès, alors maintenant j’imagine même pas, heureusement qu’il était gay et que Mister Toucan, gay aussi comme tous les Toucans l’a hébergé pendant des plombes, sinon il aurait été à la rue, et un taureau à la rue, ça fait pas long feu. »
Romestebanr : « Avec votre rôle, vous avez pu aller dans l’espace, rencontrer des bébés dino, parler avec des arc-en-ciel, fréquenter des grands poulets rouges, mais aussi, plus dangereux faire la connaissance de Soufflette, la petite étoile bleue qui permet de chasser les nuages en soufflant dessus ! »
Dora : « M’en parlez pas, la Soufflette c’était elle qui fournissait toute la prod en poudres à étoiles si vous voyez ce que je veux dire…dès le matin au maquillage est vas-y que j’te propose une tite soufflette, et vas-y prends de la poudre d’étoiles, et vas-y pompe moi dessus, souffle moi dessus, une camée de première, jamais plus la blairer ! ».
Romestebanr : « Vous le voyez comment l’avenir ? »
Dora : « Les mômes continuent de m’adorer mais les parents continuent eux de me haïr, j’ai appris à parler huit langues, j’ai parcouru des milliers de bornes avec mon sac à dos, je vais sans doute me lancer dans le tourisme ou, comme j’ai pris du muscle avec les faritas, si le mur entre les USA et le Mexique se fait bah, je ferai chef de chantier, vamos ! »
Une bien belle histoire, adios.
Ni juge ni soumise

Striptease fait son retour au cinéma avec un documentaire rigolo sur une juge d'instruction qui n'a pas sa langue dans sa poche. Le rire fait place à l'inquiétude mais le résultat est bon pour le moral!
Car il met en scène une femme de caractère. Une femme forte. Une bavarde qui sait se servir des mots pour mettre les hommes à leur place. Elle a un regard rusé et on sent que peu de choses peuvent l'user. Elle poursuit les escrocs, les minables, les voleurs, les tueurs, avec une force qui se cache derrière un humour presque trivial.
Le style Striptease est donc reconnaissable car le sujet est un personnage complexe et jovial. Le quotidien de la juge Anne Gruwez nous fait traverser tous les maux de notre société. On peut frissonner: comme la juge, on peut décider d'en rire.
Comme d'habitude, il y a deux manières d'aborder le documentaire: on peut le voir avec un regard très "premier degré" et on a toutes les raisons de s'inquiéter. On peut aussi prendre du recul à travers la réalisation sans filtre (apparent) de Yves Hinant et Jean Libon. L'émission culte se trouve un personnage miroir en la personne de Anne Gruwez.
Ses excentricités (sa passion pour les 2CV, sa cohabitation avec un rat, ses blagues vaseuses mais salutaires) cachent une redoutable justicière. Elle brise les habitudes de la justice et de sa représentation. Le petit accent de nos voisins apporte évidemment un exotisme savoureux. Mais on voit aussi le quotidien de la loi et de ses institutions.
Le film montre un combat sans fin mais passionnant. L'esprit gentiment malin des Belges ressort magistralement dans ce documentaire saisissant car il nous place en face de ce qu'il y a de pire dans notre époque. Les militaires se mettent à hanter les rues. Le terrorisme rôde mais notre juge s'acharne pour que les petits soient aussi considérer.Au delà de toutes les considérations artistiques et politiques, ce documentaire est un étrange reflet de nos sociétés. Drôle. Pathétique. Courageux. Déconcertant. Tout à la fois!
ARP - 7 février 2018 - 1h38




