Wake the dead

Effectivement, le groupe du génial Matt Eliott a peut être écrit la meilleure partition pour zombies. Une musique crépusculaire et envoutante!
Matt Eliott, chez nous, est un chouchou de la rédaction. Il impressionne avec tous ses projets. Ses tentatives de folk sont simplement éblouissantes. Il est une tête chercheuse qu'il faut suivre et rend la passion pour la musique, essentielle car son aventure est toujours surprenante.
Pourtant le revoilà avec le groupe qui a fait sa gloire (passée), The Third Eye Foundation. Pour les novices, il s'agit d'un groupe d'electro qui a réalisé des oeuvres sombres du plus bel effet. Et, avec le temps, les choses ne se sont pas du tout arrangés.
Eliott a visité des terres moins arides mais il revient dans le marasme actuel à ses premiers amours: une musique hybride, qui prend toutes les formes pour définir un spleen contemporain, rude mais fascinant. Car il y a de harmonies sublimes, une batterie folle ou des idées dingues dans leur nouveau disque qui a l'ambition de réveiller les morts.
Matt Eliott et ses copains continuent de sonder les angoisses et la mélancolie. Il y a un lyrisme classique qui continue de danser une valse avec un drum'n'bass très organique, superbement joué et interprété. Les compositions s'étirent mais nous emmènent dans un ailleurs pas réconfortant mais absolument palpitant.
C'est de l'electro fait main. Eliott manipule une matière bizarre que l'on a peu l'habitude d'écouter. Les zombies que nous sommes devraient se rappeler de quelques souvenirs d'humanité à travers ce nouvel opus captivant qui nous rend si vivants! Spectaculaire!
Ici d'ailleurs - 2018
1 heure 23’14 » et 7 centièmes, Jacques Gamblin, Bastien Lefèvre, Rond-Point


Un théâtre de gymnase où, à la façon gréco-romaine, on travaille l'esprit autant que le corps
Un gymnase quasi-vide, seulement deux bancs et des bandes de ruban adhésif de diverses couleurs collées au sol. Coach ultra-investi, Jacques Gamblin, prépare méticuleusement sa séance. D'emblée, on le sent perfectionniste limite maniaque, caricatural, on commence à sourire. Arrive Bastien Lefèvre, son élève, sur-motivé. Là aussi, l'exagération des traits de caractère est plaisante.
La séance commence par une phase de chauffe quasi-muette où l'on découvre deux hommes en symbiose, l'élève exécutant instinctivement et sans jamais ciller les instructions de son maître, pourtant incompréhensibles pour le commun des mortels. On commence à rire de l'absurdité de la situation. Puis, progressivement, le maître hausse le niveau d'exigence et l'élève rencontre enfin une difficulté. L'exercice semble pourtant des plus simples du strict point de vue de la mécanique corporelle mais c'est l'esprit qu'il faut maintenant apprendre à connaître, à surmonter. Alors que l'élève s'entête, s'exaspère en silence, le coach en appelle à son esprit et s'en fait la voix. Tel Rabelais avec Gargantua, Virgile avec Dante ou Jiminy Cricket avec Pinocchio, il conduit son élève à la conscience de lui-même et ainsi à dépasser ses peurs et ses doutes. Et ce qui ne semblait jusque là qu'un banal exercice physique et un spectacle assez léger prend alors l'ampleur inattendue et la profondeur d'une réflexion métaphysique. Usant du mime, de la danse, et de l'humour (absurde surtout), les deux hommes en appellent à réfléchir, à se connaître, à avoir conscience de soi-même, faute de quoi nous ne parviendrons jamais à nous dépasser.
1 heure 23'14'' et 7 centièmes est une pièce étonnante, subtile, qui amène progressivement à son propos. L'idée est excellente, le rendu très agréable. On regrette juste de ne pas arriver plus tôt dans le vif du sujet car quelque chose nous dit, qu'avec leurs talents conjugués, Jacques Gamblin et Bastien Lefèvre n'auraient eu aucun mal à nous emmener encore plus loin dans la réflexion et à nous charmer totalement.
Un spectacle de et avec Jacques Gamblin et Bastien Lefèvre
Jusqu'au 18 mars 2018
Au théâtre du Rond-Point
Geostorm

Geostorm est un chef d'oeuvre, parmi les gros navetons couteux et complètement débiles. Un pur moment de bonheur!
Dean Devlin fut longtemps le scénariste du plus démolisseur des cinéastes, l'impayable Roland Emmerich. On lui doit donc le scénario de Moon 44, Universal Soldier, Stargate, Independence Day et Godzilla. Devlin est lié au film catastrophe et à la destruction massive. Il est donc logique que pour son premier film, il décide de nouveau de malmener la planète et les pauvres humains.
Il faut dire que les hommes sont encore responsables de la situation critique. Le film n'est pas d'accord avec Donald Trump: le climat est détraqué et il faut agir! Un scientifique bourru invente un système de sattelites pour proteger la Terre des catastrophes à répétition.
L'inventeur est tout de même viré par son propre frère et va vivre dans une caravane en buvant de la bière durant trois ans. Heureusement pour sa santé et son foie, le petit frangin a besoin de lui: les satellites débloquent et le Monde est encore en danger. L'amateur de houblon doit repartir dans l'espace pour empêcher les géotempêtes, une réaction en chaines de catastrophes météoroliques. Franchement Emmerich doit être jaloux de ce scénario ravageur!
Avant la spectaculaire (presque) fin du Monde, Devlin respecte les codes avec des bureaucrates complètement dépassés, des politiciens aveugles, des enfants aux yeux mouillés et des milliers de victimes dont on se fout: ce qui compte ce sont les images impressionnantes.
A ce prix, Devlin sacrifie toute logique et toute originalité: cela rend le film extrêmement con et totalement attachant. Car il semble daté dès la première image. Le film réunit des tas d'acteurs compètents (Ed Harris et Andy Garcia quand même) pour défendre des dialogues hilarants et des scènes téléphonés où ils font les gros yeux ou ouvrent la bouche d'effroi face à l'ampleur des dégats.
Heureusement il y a Abbie Cornish, actrice à la filmographie complètement délirante, volupteuse mais très loin de Jane Campion avec qui elle a débuté dans le sublime Bright Star. Mais il y a surtout le roi de le pépite ratée, le champion du gros budget bien loupé, le fromage de tête des films qui puent: le robuste Gerard Butler.
Une fois encore, il est la preuve évidente que l'on voit un super nanar international qui dépasse la stratosphère de tout bon sens et réalisme. Devlin a dû remonter le film: les incohérences sont assumés, l'intrigue se perd dans un complot grotesque. Bref, c'est une pluie d'erreurs qui s'abat sur cette série B. Un nanar qui décoiffe en tout cas et un dvd indispensable!
Avec Jim Sturgess, Gerard Butler, Abbie Cornish et Ed Harris - Warner Bros - 2017
Luna de Papel

Le groupe bordelais est un farouche vestige des années 90. Pour son dixième album, Les Hurlements d'Léo sont toujours coriaces et amateurs d'un rock libre.
20 ans que ca dure. Les Hurlements d'Leo continue son petit bonhomme de chemin à travers le rock français. On avait découvert le groupe au milieu des Têtes Raides, des Ogres de Barback ou la Tordue. Tout un élan musical qui a disparu depuis! Pourtant eux, ils continuent coute que coute!
Les Hurlements d'Leo survivent aux mutations de la musique. Leur dernier opus est aidé par un financement participatif et ca semble décupler leurs ambitions. Luna de Papel est un disque généreux. Les membres du groupe ont toujours des envies de surprendre et c'est l'une des réjouissances de l'album.
Luna de Papel est une oeuvre énergique. Les musiciens ne baissent pas les bras et continuent de développer leur petit univers lumineux, entre punk, rock et douces utopies. Sur des instruments très différents, ils font face aux injustices et chantent toujours des espoirs ou des illusions.
Ce sont encore des guerriers. Ils ne veulent pas se reposer. Ils invitent leurs compagnons. Ils se défoulent sur des riffs débridés. C'est un feu d'artifice cet album. Si on l'esprit grincheux, on peut toujours dire qu'il n'y a rien de très nouveau ici. Oui mais ce groupe combat. Toujours et encore. Dans sa catégorie. Populaire et héroïque. 20 ans plus tard, ils ne se taisent toujours pas et cette idée est rassurante!
ZN/IRFAN - 2018





