Sublime Ordinaire

Les champions de la pop "made in France" sont revenus en force cette année. Juste pour citer les plus fameux come back, on applaudira les retours des Innocents ou de William Sheller. Mais il ne faut pas oublier les petits jeunes qui débutent ou les musiciens adeptes de douces harmonies et paroles aigres douces. Il faut donc absolument faire la connaissance de l'élégant Alain Gibert.
Comme sur sa pochette, tout est question de sobriété et de raffinement. C'est cela le secret de la pop "à la française". Alain Gibert a l'air d'un type discret mais cela le rend assez précieux car effectivement il a l'art de piocher le sublime dans l'ordinaire.
On pensera a Daho mais pourtant il faut voir du coté de Dominique Dalcan, artiste maudit de la chanson française dans les années 90. Comme lui, le lyrisme est sourd et pourtant omniprésent car Alain Gibert joue avec une modestie rassurante et risquée de nos jours.
Ses paroles sont douces et n'ont pas peur d'être poétiques. Il disserte comme les autres de l'amour, la désillusion et tous les sujets propres à la chanson. Mais le classicisme a du bon. Aujourd'hui cela s'apparenterait à du culot. Tout semble baliser chez ce dandy parisien.
Pourtant ses chansons sont plus riches à chaque écoute. Les arrangements sont chaleureux. Une pointe de féminité fait la différence. Les instruments sont choisis avec intelligence. Au delà de la belle apparence, Alain Gibert séduit avec une belle aisance, soulignant son amour pour le cinéma.
Il donne effectivement à ses chansons des petits airs cinématographiques qui font du bien à entendre. Du cinéma d'auteur. Il nous fait sortir en dix titres, de l'ordinaire et son disque toucherait presque au sublime. La relève semble assurée.
Martingale L'autre distribution - 2015
007 Spectre

Casino Royale était un film très réussi. Quantum of Solace ce fut un désastre. Skyfall fut à l'inverse un carton planétaire. Que sera ce Spectre de Sam Mendès? Est ce que notre James Bond a réglé ses problèmes avec le passé pour mieux courir après les vilains de tout poil?
Skyfall fut un monstrueux succès mais tout de même, en y repensant, on se demande s'il n'y avait pas un peu trop de psychologie. James Bond pleurnichait sur son passé et s'énervait bien trop peu pour attraper les méchants. Le film était une énorme thérapie pour l'agent secret. On en demandait pas tant: L'agent 007 est un gros bourrin, qui drague tout ce qui bouge et qui aime bien se battre avec les pires mafieux du Monde entier.
C'est ainsi qu'on l'aime, James Bond. Daniel Craig réussit à humaniser le mythe avec un vrai charisme et pas mal de talent. Mais 007 ne peut pas être un simple métrosexuel! Il a quand même le permis de tuer le gaillard. Et ca fait vingt quatre films qui sauvent le film.
On douterait de lui avec le temps. Dans cette période trouble, le gouvernement anglais préfère les drônes aux agents sur le terrain. La crise, tout le monde la traverse. Bond pourrait donc être envoyé aux oubliettes de l'espionnage mais le bonhomme a encore de la ressource.
Il semble avoir retrouvé toute son efficacité. La scène d'ouverture est spectaculaire et montre un héros déterminé, moins enclin à se regarder le nombril. Il arrive même à mener une enquête sur une organisation mondiale de malfaiteurs. Moins d'enquête et plus d'action. Toute l'équipe de Skyfall s'est réunie à nouveau mais ne fait pas le même film.
Plus cher, plus long mais aussi plus rigolo. Une fois de plus, le scénario veut nous faire le coup de l'ennemi intime et de l'introspection douloureuse mais heureusement une touche d'humour intervient et rappelle tout le coté iconique du personnage. S'il reste aussi longtemps dans nos esprits, c'est parce que 007 est irréel, au delà de toute morale, de toute contrainte et de toute réalité. Tout glisse sur ce personnage, obligé d'affronter son double ricanant, joué par un Christoph Waltz en roue libre.
Bond ne dévie pas de sa mission même si la deuxième partie du film déçoit: il dézingue des malfrats puis se met au lit avec de jolies nanas (ici Monica Bellucci et Léa Seydoux). dans des décors exotiques et des costumes bien taillés. Il reste un panneau publicitaire très élégant. Il conduit de belles voitures et apprécie les gadgets. Le film de Mendes regarde clairement dans le rétroviseur et jouerait la carte vintage, très à la mode ces derniers temps. En tout cas, c'est ce que dit clairement la toute dernière scène du film: c'est dans les vieux pots...
Avec Daniel Craig, Lea Seydoux, Christoph Waltz et Monica Bellucci - Sony Pictures - 11 novembre 2015 - 2h30
Merlin l’apprenti enchanteur

Une comédie jeune public comme un plaidoyer pour une éducation bienveillante: la seule capable de donner à l'enfant confiance en lui et en la vie.
A l'école de la vie et de la magie, Merlin, encore jeune et plein de doute, fuit son Maître et part à la recherche de l'Oracle, seul capable, pense-t-il alors, de le faire progresser dans son art. Il part en taxi-trottinette dans la forêt de Brocéliande, se perd dans une grotte, mal aiguillée par un lutin espiègle, séduit un dragon par la ruse, rencontre finalement l'Oracle et retrouvera son Maître. Après toutes ces épreuves, il saura lui parler d'égal à égal pour bientôt, peut-être, le dépasser.
Le décor est simple, astucieux et élégant, composé de paravents peints représentant tout à tour des scènes d'intérieur et d'extérieur. L'univers est sympathique, mélange d'objets anciens et de high-tech: exemple, Merlin reçoit des messages instantanés, mais sans téléphone, car des rubans colorés volent ou sont dissimulés dans le décor, rubans que Merlin déroule et lit comme des télégrammes du futur...
Même si le jeu des 2 jeunes interprètes est un peu stéréotypé (Guillaume Garnaud en taxi speedé, équivalent du lièvre de mars d'Alice au pays des merveilles, est un peu linéaire et Adrien Deschamps en Merlin un peu gauche, piétine beaucoup la petite scène de la Comédie Nation...), il faut emmener les enfants écouter cette histoire où adulte et enfant parlent finalement d'égal à égal: Merlin avoue qu'il a peur de son Maître qui le dévalorise; le Maître avoue qu'il n'a en effet pas la meilleure méthode.
A l'avenir, le Maître grondera moins et l'encouragera davantage; en contrepartie, l'élève confiera ses doutes et questionnera l'adulte sans crainte d'être jugé.
Finalement, cette comédie rend hommage au pouvoir des mots, faisant écho à la phrase de Dolto: "Ce n'est pas grave: ça passe avec le langage..."
"MERLIN, L'APPRENTI ENCHANTEUR" de Sandrine GAUVIN à la Comédie Nation jusqu'au 31 décembre 2015,
les mercredis et samedis à 14h30; dates supplémentaires pendant les vacances scolaires.
Texte et mise en scène: Sandrine GAUVIN
Avec: Adrien DESCHAMPS et Guillaume GARNAUD
Père

On en frissonne!
Quoi de mieux que le thriller psychologique d'August Strindberg et la Comédie Française pour garantir à Arnaud Desplechin un début théâtral réussi?
Car le texte de "Père", tout d’abord, est une merveille de justesse sur la complexité et la fragilité des relations amoureuses et familiales. L’histoire de ces parents divisés au sujet de l'éducation de leur fille et prêts à tout pour arriver à leurs fins, sonne si vrai et si puissamment qu’on en frissonne.
On est tellement affecté par cette mère, complètement démunie puisque la loi la prive de tout pouvoir de décider pour son enfant, qu’on se surprend à comprendre et à justifier sa malice et sa perversité, quand elle decide d’insinuer le doute de la paternité. Et une fois la machine infernale du doute lancée, on assiste effrayés à la chute du père, qui semble irréversible.
On admire ensuite l'immense attention portée par Arnaud Desplechin à préserver de la douceur et de la tendresse entre ses personnages, surtout dans leurs moments les plus cruels. Car on est d’autant plus glacés par la violence, la cruauté des échanges, qu'ils sont calmement et amoureusement exprimés.
Entre les mots, d’une violence inouïe, de la mère (Anne Kessler) et la fragilité que tout son être exprime, le contraste est saisissant, effrayant. Le père (Michel Vuillermoz) est tout aussi touchant, admirable. Lui qui devrait détenir tous les pouvoirs en tant que père et maître de maison, se révèle rapidement le plus faible, usé par la puissance des femmes et leur ténacité.
Emporté par le souffle criminel du doute, il chavire progressivement vers la folie et ceci à une vitesse folle, comme une fatalité, et on a froid dans le dos de voir la spirale avancer, la paranoïa s’installer, la rapidité, la facilité ou l'esprit et la raison sont dévorés.
Enfin, le décor, sobre et pesant, d’une bibliothèque, dans ce qu’on imagine une immense maison de campagne et où chaque âme semble porter son lot de névroses, accompagne parfaitement le drame.
Père d'August Strindberg
Mis en scène par Arnaud Desplechin
Jusqu’au 4 janvier 2016 à la Comédie Française
Halloween, le nouveau marronnier

Nous le savons tous et nous l’absorbons quand même, faute de mieux, nos JT nos chaînes infos, même désormais nos réseaux sociaux, ont leurs petits sujets rituels à la con, qui reviennent, chaque année, à la même date, ou presque, parce que c’est tradition, ou pas, mais que dans un JT, bah c’est tradition.
Afin d’aider à la compréhension de tous, voici donc en 12 mois comme en cent, ça ne veut rien dire je m’en fous j’écris ce que je veux, les 12 marronniers annuels auxquels nous avons le droit since 1977 (avant j’étais pas là) :
Janvier : Les rimes qui riment avec l’année qui démarre, à la Jean Roucas sur les réseaux sociaux, exemple à venir « 2016 année de la baise » ou année de la braise avec un barbecue en photo avec 15 cadavres de bières à côté…je sais pas pourquoi je le sens bien comme ça…et bien sûr le reportage made in BFM TV sur les derniers fabricants de fèves qui fournis le monde entier même au Qatar etc…passionnant.
Février : Si année bissextile, comprenez une année qui aime indifféremment les filles et les garçons mais ne fait joujou avec les zizis que tous les 4 ans, alors là 15 minutes dans le JT sur les trucs qui ne se font que tous les 29 février avec le témoignage d’un gars qu’est né un 29 février à qui ont pose la question, pas con du tout non non, de est-ce qu’il le fête quand même…
Mars : Direction les pistes de ski sur « alors elle est comment la neige ? et y’en a du touristes cette année » avec un à Val-Thorens tout d’abord où le patron de station est aux confins des grosses larmes comme quoi c’est plus ce que c’était mais sauf qu’en arrière-plan tu aperçois un quasi show room de Porsche Cayenne sur le parking de l’école de ski…et bien sûr une bifurcation dans la petite station familiale où personne ne va mais que les gens
aiment ça, avec 4 cons devant une cheminée à faire de la fondue…
Avril : Là si t’es rédac chef t’envoie 4 mecs sillonner l’Italie pour couvrir le carnaval de Venise où tu pourrais pomper les images de l’année d’avant que ça changerai rien, derrière mon loup je fais ce qui me plaît me plait, devinez devinez qui je suis et puis un tour au Vatican avec Papy en blanc qui dit la messe de Pâques.
Mai : Bien sûr, fête du travail oblige, là y’a débat sur le réel pouvoir des syndicats, avec invitation sur le plateau du dernier Lech Valesa français secrétaire général de CGT-FO-CFDTHUJHI, jamais président le mec car ça c’est pour les riches, toujours une coupe de cheveux faite par sa voisine coiffeuse à domicile dans le quartier survivant des anciennes usines d’acier de l’Est et habillait par Lidl Tendance for men.
Juin : Fête de la musique, invitation de Jack Lang, image d’archives sur les premiers blaireaux qui jouaient du clairon électrique en 81 sous ton appart dès 19h et jusqu’à 5h du mat. Un petit coup de Bac de philo avec zoom traditionnel sur le plus jeune futur bachelier de 15 ans et pas de poils au pubis qui va souffrir grave en prépa lors du week-end d’intégration et sur papy qu’à 86 ans qu’a décidé de passer son Bac alors qu’il ferait mieux de partir en croisière tant qu’il est encore temps bordel !
Juillet : ahhhhhhhhhh, bah les départs en vacances mon con ! Tu dis au journaliste stagiaire d’aller se foutre dans les bouchons pour interroger dès 8h du mat sur une aire d’autoroute manman en débardeur orange et short en jeans avec le flamby abdominal qui dépasse, pendant que papa fait la queue aux urinoirs et engloutis son premier sandwich fait la veille par manman façon jambon beurre cornich dans un papier d’allu de compet, et puis manman qui te dit que non sont pas fatigués « et puis c’essssttt les vaccannnceesss heiiiiin » et « si faut bah on fait des pausssees heiinn »
Août : Bah pareil mais dans l’autre sens, en employant le mot « chassé croisé » et en recyclant tonton bison futé qui dit noir qui dit orange dans le sens des retours, dans le sens des départs rouges, dans le sens de travers bah vert, bah oui, moins pratique les chemins de terre.
Septembre : C’est la renttrréééeeeeee ! vas y que ça pète du cartables à tout va, du stress de la mère de famille parce qu’elle a eu la bonne idée de faire 3 mômes à 3 ans d’intervalle chacun, bah oui forcément ma grande t’avais pas pensé que quand ils auraient 3, 6 et 9 ans t’allais galérer du 3 septembre au 30 juin de chaque année, de 7h du mat à 19h, des cernes sous les yeux, la foufoune qui s’assèche de fatigue, et que CE jour de la rentrée où tu mets quand même une photo sur facebook des mômes de dos avec le cartable Dora, le Cartable Cars et le Cartable Violletta pour faire comme les copines, bah tu te doutais pas que ça deviendrait l’horreur organisationnelle…mais comme France 3 Région vient te voir toi parce qu’en plus t’es parents d’élèves…pfffff…bah tu réponds hein.
Octobre : Un petit coup de vendange, vas-y que j’idéalise le travail façon traditionnel fait avec les pieds et dans la joie et dans la bonne humeur alors que dans la vraie vie tu te pètes le dos, t’en peux plus au bout de 2 jours…
Novembre : Bah là, on n’avait pas grand-chose à part moi perso, quand j’étais môme la bouffe chez Tonton Dédé et Tata Simone le 1er dudit mois où on se faisait chier comme des rats morts, post dépôt de fleurs sur les tombes de gens que t’as pas connu et que du coup bah tu connaitras pas hein…et puis les américains ont fini par nous envoyer définitivement Halloween ! Youpi, des mômes de 3, 6, 9 ans (oui oui ceux de la fille du mois de septembre) qui viennent frapper à ta porte pour 4 bonbons, dans le brouillard, avec le père de famille derrière qu’a mis un chapeau de sorcière, enfin c’est sa femme qui lui mis sur la tronche en lui ordonnant un « ah bah si cette année c’est toi qui y va hein, moi je reste si les mômes du quartier passe et don bah le brave gars qu’a rien demandé bah il est en arrière qu’une envie, bah c’est que ça se termine bordel de m**** !!! Sacrés ricains…
Décembre : Bah un grand reportage traditionnel sur le conflit israélo-palestinien, un point précis sur l’état du ¼ monde en passant par une analyse passionnante sur le travail des enfants en Chine…maisssss noooonnn je déconnneeeee ! Le bon vieux reportage qui sent bon la cave à papy dans les coulisses de la Poste des gens qui répondent aux courriers des nains qui ont envoyé leurs listes au papa noël, mais schutttt faut pas le dire si des enfants regardent, alors du coup, t’as Michel de la compta qui devant les caméras qui porte un bonnet rouge et les filles de la gestion économat qui font semblant de dépouiller du courrier !
C’est bah beau tout ça quand on y pense hein, ce joli annuel !
Allez j’vous embrasse, j’ai vraie vie.
Regression

Alejandro Amenabar, c'est un peu le réalisateur que tu n'attends plus, puisqu'il fait un film tous les cinq ans mais que tu es content de retrouver parce que tout de même, il est l'auteur de Les Autres, Agora et autres petites productions marquantes!
L'Espagnol s'américanise dans ce thriller horrifique au casting typique d'acteurs américains en manque de reconnaissance et de stars un peu à la ramasse comme Ethan Hawke et Emma Watson, qui d'ailleurs, devrait peut être arrêter de jouer, ceci dit en passant!
Avec eux, au final on assiste plutôt inerte à un film, mi thriller, mi horreur qui n'est pas du tout abouti. La première moitié est longue. Plus que vue et revue. Il n'y a rien de nouveau dans la mise en scène ou dans l'écriture. La musique est ultra convenue et constitue à elle seule, un vilain cliché du cinéma iconographique à tendance satanique! Rien que ça!
Pour la seconde partie, le concept s'est malgré lui essoufflé de lui-même, à trop vouloir nous embarquer dans une histoire puis finalement dans une autre. C'est dommage car le concept de Regression est intéressant mais il est mal exploiter par le film.
Tout va trop vite, sans vraiment d'explication. Certains passages sont intrigants et bien pensés mais il ne se passe pas grand chose: on s'ennuie ferme du début à la fin et on ne se prend pas au jeu de la croix "à l'envers". Le sujet a cumulé pour ma part bien trop de mauvais films. Et je viens peut être de voir le dernier!
"J'ai une croix satanique gravée sur le corps, c'est grave docteur?" Non ce n'est pas grave mon enfant mais en fait on commence réellement à s'en foutre. Le film se termine sur une idée générale que le bien, le mal, Dieu, le diable sont pas si éloignés que ça, exprimés de la même façon et s'est vraiment lassant surtout de la part d'Amenabar.
Je passe donc mon chemin (de croix), celui de la répemption, du pardon ou de la cruauté. On verra dans cinq ans en espérant qu'Alejandro Amenabar fera de même!
Avec Ethan Hawke, Emma Watson, David Thewlis et Devon Bostick - Metropolitan filmexport - 28 octobre 2015 - 1h45
Horrostör

Venez et visitez ce haut lieu de la consommation qui pourrait bien être un piège pour l'éternité et la damnation. Une vision acide de la vie au travail avant de virer au cauchemar pur et dur!
Les premières pages d'Horrorstör feront sourire: la vie des salariés d'un grand magasin d'ameublement. Grady Hendrix, journaliste américain, dépeint les amertumes qui se cachent derrière le showroom qui rappelle évidemment Ikea. Chez Orsk, vous pouvez vous offrir des meubles à monter qui feront tout le charme de votre appartement. Tout est fait dans le magasin pour que vous vous sentiez chez vous et que vous achetiez plus que vous ne l'imaginiez.
En face de vous, vous aurez donc des personnes compétentes et heureuses de vous vendre des armoires, des lits etc. Amy n'est plus très motivée par son travail et le management forcé de la boite. Elle fuit son patron Basil, obsédé par les procédures.
Ces deux là vont néanmoins se retrouver une nuit dans l'immense entrepôt avec quelques autres pour surveiller qui s'amuse à saboter les mises en place des salariés. Des événements bizarres ont lieu dans cette boutique et ils vont devenir cauchemardesques.
Le fond et la forme de ce livre d'épouvante sont plutôt malins! La vision du monde du travail est cinglante: l'ennui, la dépression, la lâcheté et la bêtise sont les maux des employés. Le magasin en apparence n'est qu'un cache misère.
La forme s'efforce de nous tromper puisque la mise en page se fait sous la forme d'un authentique catalogue Ikea. Mais cela n'empêche pas l'auteur de glisser vers l'horreur, assez classique mais jouissive. Car Hendrix se rappelle que le genre est surtout une façon de gonfler la réalité de manière gore et surréaliste. La critique provoque donc des frissons différents, de la satire jusqu'aux créatures de la nuit qui hantent le magasin! On évolue vers une expérience glauque, sombre et sanglante.
Quand on s'appelle Hendrix, il est bien normal que le livre soit rock'n'roll!
Milan et demi - 236 pages
Late Knight Special

Des emprunts au jazz, une ambiance noctambule, il y a plein de bonnes choses dans le premier disque du rappeur east coast. Très spécial.
Il vient de Brooklyn. Il devrait nous jouer le jeu du Wu Tang Clan ou déconner comme les Beastie Boys, mais le jeune Kirk Knight récite les évidences du rap avec sa propre idée du rap. C'est une révolution. Faudra revenir pour entendre le gros beat et le gros flow qui fait mal comme tirs en pleine rue.
Kirk Knight parle bien entendu de la rue. Sa violence. Sa beauté. Ses fleurs de bitume et ses rois de la descente aux enfers. Son disque est un bulletin d'information. Un état des lieux. Il ne laisse pas indifférent car le jeune homme voit les choses différemment.
Copain du rappeur Joey Bada$$, Kirk Knight sait utiliser un ton martial mais il peut aussi nuancer son rap avec une musicalité assez rare dans le genre. Plein d'invités, il y a dans son disque mais le disque file à toute vitesse à travers ce rap urbain, sombre mais jamais nihiliste. Car musique offre du plaisir. Dans ses boucles et ses beats, Kirk Knght se révèle être un habile producteur aux arrangements astucieux, rappelant le meilleur de MF Doom ou Madlib.
Il y a une mélancolie jazzy extrêmement harmonieuse sur tout l'ensemble de l'effort. Il joue les badboys mais pas que! Le rappeur est un vrai metteur en scène. Le bonhomme observe avec un recul artistique son district, son quotidien et surtout ses contemporains.
Finalement ses états d'âme nous emmènent sur des morceaux hétéroclites mais en même temps cohérents, les uns avec les autres. On pourrait envisager une version moderne de Mean Streets de Scorsese. Ca cogne fort mais il y a des valeurs. Ce type là ne joue pas un rôle. Son ambition impressionne et ce disque est un bijou noir comme on en voit peu.
Cinematic - 2015
Lolo

Julie Delpy fait dans la comédie populaire! Une bonne idée pour un film moins rigolo qu'il n'y parait!
C'est le petit plus de la nouvelle comédie de l'actrice réalisatrice Julie Delpy: son film est cruel. Beaucoup plus que le norme d'aujourd'hui. Elle pourrait se comparer à l'humour vachement acide de Chatiliez et ses contes moraux, drôles et populaires.
On pense d'ailleurs à Tanguy avec ce drôle d'adulte qu'est Lolo. Un enfant roi qui ne veut pas quitter sa mère, parisienne jusqu'au bout des doigts. Il voit donc débouler sur la Capitale, Jean René de Biarritz. Informaticien doué, il est le nouveau petit ami de Violette, la maman qui travaille dans la mode et qui doit gérer les ambitions artistiques d'Eloi, dit Lolo.
Le trio n'est donc pas très bien accordé mais la partition n'en sera que meilleure. Car Julie Delpy n'a pas froid aux yeux pour décrire les supposés préjugés entre les Parisiens et le reste de la France. Avec Karin Viard, elle forme un duo aussi insupportable qu'hilarant de quadras en mal d'amour, de cul et de tendresse!
Vincent Lacoste est la plus belle tête à claques que l'on est vu au cinéma. Sa répartie, son cynisme et ses idées tordues donnent à voir le pire du parisianisme souvent décrié. Les clichés pleuvent aussi sur la "Province" mais Delpy montre un certain réalisme dans une comédie française: autant vous dire que c'est rare pour être signalé!
Son expérience américaine a peut être amené sa singularité mais le parcours de cette réalisatrice est intéressant car elle touche à tout et le fait avec une fausse désinvolture qui révèle une personnalité assez aventureuse. En tout cas son film est un portrait acerbe de la culture française. Ca n'évite pas deux ou trois situations un peu too much mais, même avec Dany Boon en roue libre, les nuances ont le droit de citer dans Lolo. On est pas dans le comique pour public abruti par la TNT.
Sur la bêtise, sur la famille, sur le choc des générations, le film cache pas mal d'amertume derrière des dialogues croustillants et des comédiens ravis de jouer avec les stéréotypes. Ca rigole beaucoup mais ca ne dit pas que des banalités. Une comédie plus fine que d'habitude. On l'adopte ce Lolo!
Avec Julie Delpy, Dany Boon, Vincent Lacoste et Karin Viard - Mars distribution - 28 octobre 2015 - 1h35
Sundogs

Haaaaa... la Belgique, c'est bel et bien là que tout se passe sur le vieux continent!
En matière de rock et de pop, les propositions les plus alléchantes ont généralement un gros accent en français, une forte odeur de frites et une passion pour la bande dessinée. Vous apprécierez ces clichés à leur juste mesure mais ils noient le poisson: les Belges sont des sacrés amateurs de rock! Des excellents musiciens.
Depuis quelques années, à ce niveau, ils nous épatent. Nous, on n'a pas grand chose à se mettre sous la dent. Chez eux, il y a bien sûr le succès mondial de Stromae mais il y a eu tout un tas de découvertes qui ont poussé les décibels au delà des petites frontières belges: Deus, Puggy, Girsl in Hawaii, Balthazar... on en a toute une caisse!
Great Mountain Fire n'est pas un groupe de hippy californiens, usés par le soleil et les stupéfiants: il s'agit d'un groupe de Bruxelles, défenseur d'une pop aérienne, capricieuse et jubilatoire. C'est léger mais en écoutant bien, les harmonies et les mélodies sont complexes et passionnantes.
A la surface on entendra des refrains qui chatouillent. Il y a des parties plus psychédéliques mais ils ne s'étirent pas inutilement pour épater l'auditeur. En bon belge qui se respecte, ils connaissent bien la science du rock et appliquent des formules souvent simples mais toujours magiques. Effectivement leur joyeuse pochette résume assez bien leurs efforts: une visite en apnée dans un rock (avec une pointe de funk) dénué de cynisme mais savamment calculé! Ca fait du bien au moral: c'est sûrement le feel good album de l'automne!
On rentre dans le terrible et froid mois de Novembre: ce disque vous propose la Belgique comme destination. C'est très loin d'être une aberration. On vous conseille vivement de découvrir cette petite douceur belge!
PIAS - 2015




