Prenons des forces pour la rentrée, avec Laura Groves, Neil Young et Liam Gallagher

Bon allez, ça y est, on va basculer dans la rentrée. Il va falloir penser aux titres de transports, aux factures accumulées et aux patrons qui pètent les plombs. Heureusement la musique est là pour calmer tout cela.

Il y a des artistes qui pourront vous laisser quelques minutes de repos et de joie. Comme Laura Groves. Elle pourrait prolonger un petit plaisir d’été. C’est l’idée de cette chronique : doucement les gars, on reprend la vie active en toute tranquillité.

Laura Groves joue normalement du clavier pour le groupe Bat for Lashes. Toute seule, elle se débrouille aussi très bien. La demoiselle aime la white soul tranquille. On pourrait l’imaginer comme la petite nièce de Billy Joel.

Rien d’exceptionnel mais une fille qui offre de jolies chansons où les refrains viennent vous caresser dans le bon sens, et qui vous propose un petit havre de paix. Son second album cherche à vous faire plaisir avec un rythme low tempo très apaisé.

La voix est claire et les arrangements sont vintage. Laura Groves regarde vers le passé mais en tire le meilleur avec des ballades délicates tout en synthétiseurs totalement eighties. Ça pourrait être léger mais les émotions de la chanteuse transpercent bien les effets et elle nous aide à appréhender le monde “réel”.

Comme d’habitude dans la chronique musique de ce site, nous allons maintenant rentrer dans l’actu “Neil Young” (on parle de lui tous les trois mois environ) avec un nouvel album qui n’en est pas un parce que finalement il n’avait pas voulu le sortir à l’époque mais maintenant ça le fait rigoler.

Donc Chrome Dreams, effort de 1977, sort enfin en 2023. Le Loner a depuis mis ses chansons dans d’autres albums mais effectivement, le style et l’ambiance sont totalement différents. C’est un album très agréable pour reprendre contact avec le quotidien.

Les chansons sont finalement connues mais dans des versions originales. On découvre les œuvres primaires, les premières inspirations. Comme d’habitude, il y a de la country folk qui nous donne l’envie d’aller dormir sous la tente et des guitares qui viennent percuter notre plaisir rock.

Une fois de plus, on a l’impression d’ouvrir un coffre dans le grenier dans nos grands parents et c’est rassurant. Quand c’est la reprise, c’est une vraie joie.

Après il faut se donner de l’entrain pour revenir dans la partie. Alors suivons l’exemple de Liam Gallagher, le frangin taré d’Oasis mais véritable Rock’n’roll Star, chanté assez rapidement sur cet album live à Knebworth, temple de la brit pop. Si tu arrives à remplir ce parc, tu es tout simplement un mythe.

Oasis a réussi cet exploit en 1996. Liam, hurleur du groupe avec sa verve rien qu’à lui, y arrive seul ! Son frère, Noel, reste notre préféré mais le chanteur d’Oasis a une gouaille incroyable et veut toujours être le meilleur. Après tant d’années d’errance, il donne du sens à la plus stupide des chansons. C’est une tête de nœud légendaire mais il sait interpréter des chansons.
Allégrement il reprend les hymnes du groupe qui a fait la légende et entretemps il passe quelques unes de ses chansons qui ne sont pas si mal et plaisent au public. Ça fonctionne. Le tempérament lads y est !

Le garçon a conservé l’urgence de la brit pop, chansons populaires à chanter dans sa bagnole ou dans les transports en commun. Ou dans un stade. Mais c’est  un moment de liberté à s’offrir quand on est contraint à redevenir des working class heros ! Bon courage pour le retour aux affaires.

La nostalgie des blattes – Pierre Notte – Marilyn Pape – Manufacture des Abbesses

Quand la nostalgie devient source de joie et de tendresse.

Tout commence en musique, sous les airs de la Sonate au Clair de Lune de Beethoven. Elle est déjà en scène, assise centre scène sur une chaise noire, sur une plateforme étroite, noire, ne pouvant contenir que deux chaises côté à côte. Marilyn Pape, dans une espèce de corset gainant couleur chair attend et regarde le temps passer. Côté jardin, entre Eulalie Delpierre. Elle s’apprête à monter sur la 2e chaise. Se dévêtit, range sa robe dans un tiroir de la chaise, et endosse une nouvelle peau en corset couleur chair. Elle monte sur la plateforme et prend place.

C’est alors que débutent les échanges entre les deux septuagénaires, la nouvelle venue et celle qui a déjà vu passer une précédente compagne. Le lieu est mystérieux. Au mileu de nulle part, assises comme sur un ilôt perdu dans l’espace temps, exposées comme dans un musées, les deux femmes agées font connaissance et s’apprivoisent, le regard face public en quête de vie et de vie passée.

Avec une grande sincérité, les deux femmes jouent une vieillesse d’une belle humanité. Elles égrainent le temps et son impact sur le corps. Sans rancœur, avec du piquant parfois, elles rappellent combien les souvenirs sont aussi des sources de jeu et d’existence. Le souvenir d’une cigarette suffit à raviver la tentation d’en griller une.  L’une a été danseuse quand l’autre a été chanteuse et comédienne. Le texte de Pierre Notte projette ainsi le texte et les personnages dans des mises en abymes laissant ainsi l’occasion à Marilyn Pape de raviver Le Lac des cygnes et à Eulalie Delpierre une chanson mémorable de Dalida, avec beaucoup de tendresse et d’humour. On rit, on sourit et on se laisse aisément guider par les cabotineries de ces deux vieilles qui évoquent tous les sujets avec dignité.

Face public, l’effet de miroir et d’identification fonctionne parfaitement. En parlant de vieillissement, chacun y trouvera source de questionnement sur la fin de vie. Les deux septuagénaires nous rappellent la préciosité du temps qui passe et qui ne se rattrape jamais. La nostalgie des blattes mise en scène par Marilyn Pape se termine sur la chanson de Serge Reggiani Le temps qui reste. Main dans la main, les deux personnages quittent le plateau, puis la salle. Une fin et une ode au temps émouvantes qui nous invitent plus que jamais à s’en saisir et à agir.

Manufacture des Abbesses – Théatre à Paris

Représentations du 23 août 2023 au 14 octobre 2023 / mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 19h
La Manufacture des Abbesses - 7 rue Véron - 75018 Paris - Métro : Abbesses ou Blanche
Tournée 2023-2024 en cours : La Chapelle Naude (10/11/23), Morteau (1/02/24), Cluny (30/04/24),
Lure (28/06/24).

Le poids du mensonge, Mitch Hooper, Manufacture des Abbesses

Lorsque Marc arrive chez Jean au petit matin, il ne sait pas que son ami vient de tuer femme et enfant. Les deux hommes discutent dans le jardin. L'atmosphère est tendue, les silences s'installent et la rancœur affleure. Manifestement, les deux amis de longue date ont des vieux comptes à régler.

"J't'en veux pas de toute manière.
- Alors pourquoi tu m'en parles sans cesse?"

Les deux hommes remontent ensemble le fil de leur relation amicale, une histoire qui mène au drame. En filigrane, Jean se dévoile. Au détour de phrases à double sens il confie son crime et les raisons qui l'ont poussé à assassiner les siens. Car - comme Jean-Claude Romand (dont le personnage est inspiré) - Jean a menti à tout le monde. Depuis toujours. Lui qui n'a ni diplôme ni emploi escroque ses proches pour vivre. Mais au moment où d'être découvert, il a préféré faire du passé table rase, effacer son passé. Jean est glaçant. Lorsqu’il n'élude les questions, il y réponds de façon à laisser planer le doute.

"T'es le roi du monde, comment t'as fait ?
- J'ai menti."

Par un flashback habile, nous revivons la veille du drame, quand les deux amis et leurs femmes ont dîné ensemble. Là aussi, la jalousie pointe. Chacun.e fantasme la vie de l'autre et lui envie la réussite qu'il lui prête. Mais les apparences sont trompeuses et la dissimulation est reine. On sourit parfois devant l'énormité des mensonges.

"Ça fait des années que je porte ce poids et là, soudainement, je suis en apesanteur.
- Quel poids ?
- Le poids du mensonge."

Jean est un personnage complexe que Julien Muller incarne posément et avec justesse. Le comédien joue tout en retenue et donne au rôle une belle profondeur. Mâchoires serrés et diction lente. il est froid et distant. Il transpire la colère rentrée et le cynisme. On va jusqu'à rire de l'aplomb de Jean qui semble assez content de lui, malgré tout.

"Tout le monde a voulu me croire. Il a fallu continuer. Ils m'ont obligé à mentir."

La mise en scène est à l'épure, du mobilier de jardin, quelques déplacements et c'est tout. Tout repose sur le jeu au cordeau des acteurs qui maîtrisent l'art complexe du silence au théâtre comme celui des longs dialogues.

Julien Muller est bien dans le rôle de Jean, on l'a dit, mais ses partenaires de jeu ne sont pas en reste. Anatole de Bodinat a le charme qu'il faut pour jouer Marc, le beau mec prometteur un peu looser, et c'est un plaisir d'assister à son face-à-face avec Julien Muller. Anne Coutureau restitue bien l'état d'esprit de la femme de Jean ; Carole est manipulée, larguée et résignée. Sophie Vonlanthen, enfin, sait nous montrer combien Laurence - la femme de Marc - est, sous ses airs candides, un personnage froid et pragmatique.

La tonalité de la pièce reste grave, sans verser dans la pesanteur. L'auteur et metteur en scène, Mitch Hooper, réinvente et transcende le théâtre de Boulevard. Sauf qu'ici ce ne sont pas les portes mais les coups de feu qui claquent !

Une pièce sobre, dense et efficace qui mérite d'être vue.

Jusqu'au 15 octobre 2023
Manufacture des Abbesses, Paris XVIII

de 10€ à 26€

Jacques et Chirac, Régis Vlachos, Marc Pistolesi, Contrescarpe

Après la pièce Chirac en 2019, le Théâtre de la Contrescarpe propose de nouveau un spectacle dont l'ancien Président de la République est le (anti) héros. Cette fois, c'est férocement drôle !

En ce 24 août 2023, septième jour de représentation de "Jacques et Chirac", la petite salle du Théâtre de la Contrescarpe est comble, preuve que le bouche à oreille fonctionne déjà bien. Dans le public, il ne semble pas y avoir d'admirateurs invétérés de Chirac... Sinon ils auraient jeté des tomates à la fin !

Rassurez-vous, ce n'est pas un spectacle politico-chiant, pas plus qu'une hagiographie ni un brulot anti-Chirac ; ce sont tous les Présidents de la Cinquième République qui en prennent pour leur grade !

Cette pièce, c'est de la dynamite ! Et plutôt deux fois qu'une.

D'abord, cette pièce, c'est de la dynamite au niveau de la mise en scène et de l'interprétation.

Ils sont trois sur scène. Régis Vlachos (qui signe également le texte) joue le rôle Chirac, tandis que Charlotte Zotto et Marc Pistolesi (aussi metteur en scène) incarnent à eux deux toute la galaxie des personnages gravitants autour de Chirac. Et en cinquante ans de politique, ça fait du monde !

Par un habile jeu de costumes et d'accessoires, les comédiens virevoltent et changent de personnages à toute allure. Pour un peu on se croirait dans un spectacle d'Arturo Brachetti (le transformiste italien) !

Les décors (signés Jean-Marie Azeau) regorgent de surprises. Chaque objet a un double usage : un bureau se transforme en canapé, un abat-jour en couronne... Et cela n'arrête pas pendant tout le spectacle. J'ai bien aimé aussi l'usage fait de la vidéo qui, bien plus qu'un simple élément de décor, agit comme un lien hypertexte, en parfaite synchronisation avec les comédiens.

Ensuite, cette pièce est explosive par son contenu. C'est aussi drôle que Douce France de Stéphane Olivié, mais plus féroce. Il y a un vrai décalage entre le ton survolté et comique de la pièce (Chirac en slip, une petite fille du public, qui n'avait pas les références historiques, était morte de rire) et le fond du texte.

Le texte, bien documenté, raconte comment Marcel Dassault, industriel et ami du père Chirac, a propulsé le jeune Jacques dans la politique. Au départ, le jeune parisien de bonne famille, légèrement paresseux et un brin rebelle, rechigne un peu. Mais lorsqu'il goute au frisson de la campagne électorale, c'est la révélation. Lorsqu'il entre dans l'arène politique, celui fut vendeur de l'Humanité (le journal du Parti Communiste Français!), qui se rêvât cowboy et qui se serait bien contenté d'une carrière peinarde de haut fonctionnaire se transforme en Bulldozer (comme le surnommait Pompidou).

Trouvant appui sur le cas Chirac (un sacré personnage, il faut bien le reconnaitre), la pièce dresse un portrait acide de la Cinquième République, rappelant des vérités historiques - "de massacres en génocides" - dont il n'y a pas de quoi être fiers. "Le réel, c'est pas croyable", c'est malheureusement parfaitement vrai.

C'est vif, c'est drôle, c'est instructif, c'est à voir.

Jusqu'au 05 novembre 2023
Théâtre de la Contrescarpe
de 11€ à 34€

Auteur : Régis Vlachos
Adaptation : Charlotte Zotto
Comédien·nes : Marc Pistolesi, Régis Vlachos, Charlotte Zotto
Mise en scène : Marc Pistolesi
Décor : Jean-Marie Azeau
Lumières : Thomas Rizzotti
Costumes :  Coline Faucon, Louis Antoine Hernandez
Chorégraphie : Mathilde Ramade
Création son et vidéo : Cédric Cartaut
Illustration et graphisme : Emmanuelle Broquin, Cédric Cartaut

Zorglub, la série de BD, Munuera, Éditions Dupuis

Si vous ne l’avez pas remarqué, sachez qu’ici on est plus team Spirou que team Asterix ou team Lucky Luke. Peut être parce que le groom journaliste n’a jamais baissé les bras : il y a toujours eu des aventures de Spirou et Fantasio depuis sa création en 1938. Et à l’heure industrielle, l’aventurier résiste plutôt bien au cynisme ambiant qui consiste à réveiller les vieux mythes de la bande dessinée.

Car Spirou est désormais l’épicentre de tout un tas d’ouvrages plus ou moins réussis. Nous allons essayer d’y voir plus clair. Et on commence la découverte de ce multiverse avec un monde où le héros serait le plus machiavélique des némésis de Spirou: l’infatigable Zorglub.

Il veut toujours le pouvoir et cherche toujours à faire les pires crasses. Mais il a un très gros problème : il a désormais une fille, Zandra. Une jolie poupée aux cheveux violets et surtout une incroyable personnalité : elle est gentille.

Ce qui a le don d'énerver son père, génie du mal et scientifique névrosé. La série (trois tomes actuellement) est menée par Munuera. L’Espagnol a réalisé quelques épisodes de Spirou et Fantasio. Pas les meilleurs mais son coup de crayon allait très bien au rythme soutenu des aventures des deux journalistes.

Ici, le talent narratif de José Luis Munera explose malgré des histoires un peu légères. Mais il ne faut pas bouder son plaisir, Zorglub est un personnage qui ne demande qu’à s’exprimer. Il a une énergie qui trouve enfin son expression dans un récit qui ne concerne que lui et sa délicieuse fille, pleine de surprises pour faire péter les plombs à son géniteur.

Munuera ne manque pas de second degré lorsqu’il fustige l’absence d’idées qui règne dans tous les domaines à l’époque des spin offs, des remakes, de suites, de préludes et des hommages. Ce qu’est exactement l’empire Spirou aujourd’hui !

Zorglub, c’est un mégalomaniaque qui permet une parodie qui ne se moque cependant jamais de son modèle. Comme on aime dans la série “mère”, Zorglub fait preuve d’une modernité qui jure avec ses concurrents coincés dans des cahiers des charges trop contraignants. Ici, Zorglub se noie dans son rôle de père et montre un monde très contemporain, souvent drôle.

Comme le souligne le premier concerné: “enfin une série à la hauteur de mon génie”.

Tome 1 - La fille du Z
Tome 2 - L'apprenti méchant
Tome 3 - Lady Z
Éditions Dupuis
12,50€ le tome

Rapattitude ! Brontez Purnell, The Allergies, Yvnnis

Bon. Mes petits cocos qui font du rap avec du vodocode ou de l’autotune, qui tartinent des textes de gros beaufs nourris par le fiel crétin de Cnews et Hanouna et qui limitent la musique à un son de CPC 6128, hé bien voici trois conseils pour créer une sorte d’émeute qui pourrait ravir le plus grand nombre : une révolution musicale.

Alors passez tous une oreille sur l’Américain Brontez Purnell, un véritable intellectuel car en plus du rap, il écrit des livres, il a eu un groupe punk et il dirige une compagnie de danse. On continue dans les clichés?

Ce type fait du bien, donc, pour lutter contre les idées courtes, celles qui collent au rap les clichés les plus risibles. Et son style est résolument frais. Un peu lancinant mais il n’en fait jamais trop. Cela sort largement des sentiers battus mais on devine à chaque note une exigence qui n’existe plus depuis longtemps dans le rap mainstream. Il embrasse aisément tous les genres avec une souplesse incroyable.

En trente minutes, il égratigne les stéréotypes du genre et rassemble tout l’aspect populaire du genre pour en faire quelque chose d’unique et de très original. Une bouffée d’air frais.

Tout comme la plupart des œuvres de The Allergies. Le duo anglais sait faire les cocktails les plus aromatisés du rap ! Leur nouvel album est une fois de plus une petite bombe euphorisante qui va vous faire tourner la tête.

Tear the Place Up sera sûrement le réconfortant le plus utile à cette année 2023 déjà si tourmentée. De la couche populaire de Bristol au costard le plus funky de la planète, le duo de DJs enfile les costumes avec aisance pour saisir tout le sel du rap, du funk et de la soul.

Le résultat est spectaculaire. Une séance de dance floor à la maison. Impossible de résister à leurs refrains furieux et leurs bidouillages urbains et vivants en même temps.

Les flows tentent de rattraper une musique qui semble vouloir aspirer toute la vitalité de tous les genres. Comme les autres albums, on sort rincé de l’écoute mais on est tellement heureux.

Plus proche de nous et pour se rassurer un peu sur l’état du rap français, il faut aller dans le Val de Marne (après Bristol vous pourrez trouver cela bucolique) et découvrir le rappeur Yvnnis.

Le jeune homme évite les bonnes grosses lourdingues habitudes du genre. Même sa pochette fait preuve de liberté de ton et un style bien à lui. Techniquement c’est très bien fait. Et surtout l’écriture du rappeur ne semble pas à chercher la punchline TikTok ou l’effet marseillais (je me comprends). Pas spectaculaire, sa musique se fait d’instruments jazzy et de beats beaucoup plus nuancés.

On s’étonne de la maturité musicale de ce jeune rappeur. Il y a des petites erreur de jeunesse mais son travail impressionne par un vrai sens de l’introspection et une musicalité qui ferait presque apprécier l’autotune… C’est dire le niveau ! Tant pis pour lui, mais aux apprentis rappeurs, prenez exemple sur ce premier de la classe plutôt que les cancres qui cèdent à la facilité !

Brontez Purnell - No Jack Swing
The Allergies - Tear me Up
Yvnnis - Novae

Voyage avec un âne, Robert Louis Stevenson, Fanette Jounieaux, Funambule

Pour terminer les vacances en beauté, que diriez-vous d'une randonnée dans les Cévennes avec un écrivain et une ânesse ?

Pour se remettre d'un chagrin d'amour, l'écrivain écossais Robert Louis Stevenson (à qui l'on doit notamment Dr Jekyll & Mr Hyde et L'île au trésor) s'est lancé à la fin de l'été 1878 dans la traversé les Cévennes. 220km à pied dans un pays reculé où "il n'y a que des châtaignes et des oignons". Cette aventure a donné un livre intitulé Voyage avec un âne dans les Cévennes, aujourd'hui adapté au théâtre.

Maintenant que la randonnée est devenue une chose commune, on pourrait s'étonner que ce livre soit devenu un classique. Cela s'explique sans doute par le fait qu'il s'agit de l'un des tout premiers récit de la marche en tant que telle. "Je ne voyage pas pour aller quelque part, je voyage pour voyager, pour le plaisir de marcher."

Il faut dire aussi que Stevenson a un talent certain pour nous faire vivre l'aventure par procuration, talent partagé par la metteuse en scène Fanette Jounieaux. Pendant une heure, on part à l'aventure et l'on s'attache à Modestine. On marche sur des chemins difficiles, on dort à la belle étoile, on croise des aubergistes, des moines, des fermiers, des serveuses et autres paysans pas toujours très honnêtes ni accueillants de prime abord : "Je ne parle pas aux colporteurs !". Les rencontres sont drôles, belles, poétiques, mais la plus importante de toutes, c'est la rencontre avec Modestine, l'ânesse rétive mais charmante qui accompagne Stevenson dans son périple. Tout au long du voyage, elle sera sa meilleure amie et même la confidente à qui il livrera ses peines de cœur. Elle lui en fera baver aussi parfois, avec son caractère bien trempé.

Magie du théâtre, Modestine est aussi personnage central sur la scène du Funambule. C'est une comédienne qui - par une petit artifice bien trouvé - incarne l'ânesse d'une façon surprenante, amusante et convaincante.

Cette adaptation est très bien fichue. Beaucoup de choses passent par le son, il y a de nombreux bruitages qui sont fait à la vue du public, comme les changements de costumes (il n'y a, pour ainsi dire, pas de décor). La mise en scène et la scénographie sont efficaces, avec peu de moyens. Un comédien incarne Stevenson tandis que trois autres se partagent le reste des nombreux personnages.

C'est un beau moment de théâtre et j'ai regretté que ma fille de 9 ans ne m'ait pas accompagné car elle aurait été fascinée par ce spectacle qui se fait devant nous.

Jusqu'au 3 septembre 2023
Au Funambule Montmartre (53 rue des Saules 750
18 Paris)
Tout public | durée 1h15

Barbie, Greta Gerwig, Warners Bros.

Deux heures de pub pour Barbie, c'est loooooong...

Appâté par une bande-annonce habile et un succès populaire notable (près de 4 millions de spectateurs en 3 semaines, quand-même !), je me suis laissé tenté par le Barbie de Greta Gerwig.

A BarbieLand, Barbie Stéréotypée vit entourée de ses copines Barbie et de ses admirateurs mâles, les Ken, dont l'unique ambition est de lui plaire. Vivre à BarbieLand, c'est comme vivre dans une comédie musicale rose bonbon inspirée du Jour de la Marmotte, mais en plastique. Tout le monde s'amuse bien jusqu'à ce que la plus belle des Barbie s'interroge sur le sens de la vie. Alors soudain le disque déraille, et notre Barbie stéréotypée doit se rendre dans le Monde Réel pour tenter de rétablir l'équilibre dans le sien.

Grâce à son talent d'actrice, Margot Robbie - qui est l'incarnation même de Barbie - rend ce film à peu près regardable. Ryan Gosling a, quant à lui, bien travaillé les pectoraux afin de ressembler à Ken, l'homme plastiquement parfait. Malheureusement, la préparation physique ne suffit pas à faire de lui un bon comédien. Car avec son expression figée, la star est définitivement un mauvais acteur, un de ces types à la Tom Cruise obligé de cacher son visage dans ses mains pour camoufler son incapacité à jouer.

Si le premier quart d'heure est assez réussi, la suite est poussive et ennuyeuse. Car peut-on parler de film quand il s'agit en réalité d'une longue page de réclame? Si l'on ne compte plus les placements de produits (Birkenstock, Converse, Yamaha, Chevrolet etc.) dans ce film qui est avant tout une publicité pour Barbie, orchestrée par le fabricant de la poupée lui-même. Ce très long métrage (durée 1h55, ressenti 4h00) est, en effet, une production Mattel ! Je m'étonne d'ailleurs que les foules se laissent prendre par ce bonbon acidulé et surtout très marketé.

L'objectif réel du film est confessé dans une réplique : "Il faut sauver Barbie" !

Si la Blonde à la taille de guêpe a pu être critiquée, c'est par des esprits chagrins et de façon outrancière (qui vont jusqu'à la traiter de "fasciste", rendez-vous compte !). C'est tellement terriblement injuste que la pauvre en pleure à chaudes larmes. Séquence émotion.
Car Barbie est "juste une poupée qui représente une femme" et qui montre aux petites filles qu'elles peuvent tout faire. Barbie, un outil féministe d'émancipation, donc.

En faisant le procès des ses détracteurs et en faisant mine de déconstruire Barbie, le film se livre en réalité à une totale réhabilitation de la poupée à la taille de guêpe et aux gros seins. Un peu d'autodérision et hop, on pardonne tout à Mattel ! Vous l'aurez compris, il s'agit finalement de vous donner envie, au XXième siècle, d'acheter une Barbie à votre fille, sans culpabiliser. Au passage, on va également vous refourguer un Ken qui n'est pas aussi inutile qu’il y parait. Et en plus il est revenu (bien vite) du patriarcat.

On peut y voir du second degré, moi je n'y vois qu'un cynisme consommé (et consumériste).

Le 19 juillet 2023
1h 55min
Mattel Productions / Warner Bros

La leçon du mal, Yûsuke Kishi, 10/18

Un livre pour les amateurs de violence gratuite à la Tarantino. Un véritable scénario de série Z.

Seiji Hasumi est le séduisant professeur principal de la 1ère 4 du lycée Shinkö Gakuin, qui s'occupe personnellement de chaque membre de sa classe. Entre les élèves et le corps enseignants, on doit être pas loin de la trentaine ou quarantaine de protagonistes, dont certains ont des noms très proches (Sonoda avec des o comme prof de sport et Sanada avec des a comme prof de math...). Accrochez-vous pour vous y retrouver dans la foultitude de personnages. Personnellement, j'ai dû prendre des notes.

Assez rapidement, on comprend que ce professeur idéal n'est pas si gentil que ça. Manipulateur et dépourvu d'affect, il ne recule devant rien pour parvenir à ses fins. Le livre va donc inévitablement sombrer dans la violence la plus crue, la plus gratuite et, pour moi, la plus ennuyeuse qui soit.

Pour ce cocktail vu et revu, comptez trois doses de violence (ça dézingue à toute berzingue, avec des meurtres par pendaison, immolation, défenestration etc. etc.), deux doses de manipulation machiavélique (avec un personnage aussi séduisant qu'amoral), et une bonne dose de cul (y comprises l'incontournable infirmière cougar et nymphomane et les scènes de domination soft à tendance pédophilique...).

Pour couronner le tout, je trouve d'assez mauvais goût le fait de publier en France, après le Bataclan, un huis-clos où des jeunes se font méthodiquement tuer au fusil.

Si ce roman est un page-turner, c'est surtout parce qu'on a envie de mettre fin le plus vite possible au supplice que représente sa lecture !

Parution en poche le 17 août 2023
chez 10/18
624 pages / 10,10€
Traduction (japonais) Diane Durocher

Vacances la tête en l’air avec Miyazaki

Les Juillettistes ont battu les aoûtiens ! Depuis fin juillet, la pluie et les orages ont gâché les fêtes de campings, les bals de villages et les journées à la plage. Mais avez-vous profité de ce temps variable pour regarder les nuages ?

C’est la plus belle sensation de vacances. Dans nos villes étriquées, voir un gros cumulus se rouler dessus c’est un magnifique spectacle. Observer un ciel avec des petits moutons gris c’est beau. Et que dire des derniers rayons de soleil qui viennent colorer les nuages qui annoncent la tempête ou le beau temps ?

Au cinéma, le ciel est aussi une œuvre à part entière. Et celui qui le regarde avec gourmandise et l’anime avec beauté, c’est bel et bien Miyazaki, maître du cinéma d’animation japonais. Tous ses films se regardent en levant la tête vers les cieux.

Deutsch Grammophon le souligne très bien en convoquant le fameux Royal Philamornic Orchestra pour un disque hommage au complice de toujours de Miyazaki, Joe Hisaishi. C’est bien lui qui amène notre envie de se perdre sur les chorégraphies des nuages et ce que suggère la pochette sobre de cet album symphonique.

Il s’agit donc d’une compilation des tubes du Studio Ghilbi. L’orchestration enroule toutes les caresses de cette musique veloutée. En version anglaise : cela ne gâche jamais la rondeur céleste que cette écriture picturale et inspirante. Bien entendu, il n’y a rien de nouveau dans cette prestigieuse adaptation mais cela reste un appel à la rêverie, à la beauté simple et à un hédonisme élégant.

Puisque ce sont les grandes vacances, poussons le plaisir un peu plus loin ! Fixez le ciel bleu et regardez les petites traces blanches ou les nébuleux cumulonimbus. Écoutez la musique du Château Ambulant.

Une valse d’une heure qui va bien aux divagations et à la poésie d’une nature libre et espiègle. Un piano viendra calmer et rythmer les ardeurs en offrant une mélancolie qui fait du bien au cœur.

Car c’est ce que l’on aime chez Joe Hisaishi. Il y a la performance mais il y a surtout l’absolue tendresse. L’humanité du cinéaste Miyazaki trouve une réponse touchante dans cette capricieuse orchestration qui ne vous lâchera jamais. Promenez vous dans la nature. Observez cette limite ou le vert des forêts vient caresser le bleu ou le banc du ciel… vous verrez. Vous entendrez. Je vous le souhaite : vous vibrerez !

D’ailleurs c’est en ce moment la nuit des étoiles. Ce moment où les étoiles filantes se donnent en spectacle. On peut même voir le train Starlink d’Elon Musk se promener dans la voie lactée… Pour oublier ce cynisme, offrez vous la dolce vita de Porco Rosso.

Là encore vous aurez droit à un festival de notes festives et de mélodies séraphiques. Tout ce qu’il faut pour avoir la tête dans les nuages. Soyez heureux les aoûtiens !

Le film raconte un cochon qui pilote dans l’Adriatique, entre terre et mer. La musique fanfaronne et nous fait voyager dans un monde onirique et d’une légèreté inouïe. Les harmonies nous font découper géographiquement les bordures méditerranéennes si délicieuses et nous emporte dans un vent de mélodies rustiques et rêveuses.

Cet article est écrit depuis la cité mais les rythmes de tous ces titres vous entraineront vers le farniente absolu, la chimère harmonieuse ou l’envie d’ailleurs… Le nuage est votre meilleur ami qu’il fasse beau ou moche!

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