We’re all someone from somewhere

Cet été, ce n'était pas très gai, mais on a eu des nouvelles plutôt réjouissantes des éternels et toxiques leaders d'Aerosmith qui en profite pour se lancer dans une dernière tournée d'adieu qui devrait être héroïque.

Car les deux têtes pensantes du groupe ne sont pas tout à fait dans le même état. Le guitariste a fait un malaise cardiaque en jouant en compagnie de Johnny Depp (ce type a la poisse en ce moment) et le second lui a décidé de sortir son tout premier album solo... à l'âge de 68 ans.

En toile de fond, il y a donc une tournée d'adieu que certains membres du groupe voudraient en fait sans fin. En tout cas, ca sent le crépuscule pour Aerosmith. Les héros de la débauche et du rock'n'roll le plus déluré ou caricatural n'ont plus la pêche. Il y a a bien l'envie mais ca ne suit pas trop, les muscles et l'énergie.

D'ailleurs pour son envol en solitaire, Steven Tyler est d'une sobriété étrange. Il s'imagine d'un seul coup en vieux sorcier cajun avec un album volontairement roots mais tout de même produit pour les radios. Il n'a jamais perdu le sens des affaires, le papa de Liv Tyler (qui a d'ailleurs un peu disparue des radars ces derniers temps).

C'est de la country soyeuse, assez pop pour être entendu par le plus grand monde. Il y a ici et là des guitares qui s'agacent mais sinon, c'est en mode retraité en Louisiane, que Steven Tyler, venu de Boston, se montre pour son premier essai, tout seul comme un grand.

Il a un bon carnet d'adresses. Plusieurs grands noms de la musique country dont l'inévitable et doué T Bone Burnett participent à la production de l'album. Ca ne change pas grand chose au résultat: on dirait une musique de films pour un blockbuster, grande spécialité d'Aerosmith.

Ce n'est pas toujours désagréable mais sur presque une heure, ca sent un peu la redite. On sent que le chanteur à grande bouche voudrait faire sa révolution mais il n'y arrive pas totalement. Ca sonne toujours comme du Aerosmith qui s'est désormais mis à la camomille! C'est un trip de vieux hippy qui est revenu de tout et qui se fait un petit plaisir, un peu coupable en se prenant pour un vieux cowboy. Tyler est rentré dans le rang. Vivement la tournée d'adieu...

Dot Records - 2016

Preliminator

Comme tous les papys du rock, ZZ Top a cherché dans sa barbe quelques vestiges de leur longue carrière pour faire saliver les fans. Facile mais efficace!

Il y a eu pour le trio texan, un avant et après Eliminator, incroyable succès de l'année 1983. Avant ce disque emblématique, le groupe était un sérieux défenseur du rock viril, très western avec grosses voix à l'accent tonitruant et guitares capricieuses.

Par la suite, le groupe rentrera dans une longue période de hard rock fm qui ne fera pas l'unanimité et mettra ZZ Top au sommet des gros vendeurs de galettes dans les années 80. Et pourtant avant de se perdre devant quelques synthétiseurs et des ballades un peu trop sirupeuses, le groupe faisait bel et bien du rock.

A l'ancienne. Basse, guitare, batterie. Ca gratte vite et ca rigole dans un rade du New Jersey en juin 1980. Un an avant la sortie de El Loco où les barbes de Dusty et Billy commenceront à se faire sérieusement remarqués. A l'heure de MTV et des premiers clips, ce détail aura évidemment son importance!

En attendant  cette captation de live montre la douce rage de ZZ Top qui a toujours aimé les traditions du rock texan, entre boogie et hard. Deux ans avant Eliminator, le trio ne rénovait pas du tout le genre. Il le respectait scrupuleusement et c'est ce qui fait le charme de cette archive.

Le style est donc dépouillé. Le boulot est fait avec sérénité et maîtrise. Le succès est confirmé depuis longtemps mais le charme du groupe est certain et on le retrouvera bien des années plus tard avec le succès de La Futura en 2012 et une tournée sans fin où Billy Gibbons et ses potes sont revenus aux bases. Roots comme dans ce morceau d'histoire assez plaisant et bon enfant!

Désolé, c'est facile mais on se poile bien grâce à ce live!

FMIC - 2016

La Chute de Londres

le film parfait pour illustrer le Brexit! Merci Gerard Butler pour cette évocation politico géo stratégico grotesque!

Nous sommes donc dimanche! Il faut se reposer de la semaine et oublier les mauvaises nouvelles qui s'étalent dans le journal. Vous pouvez compter sur Gerard Butler pour mettre vos neurones sur off avec La Chute de Londres, super nanar qui plaira à tous les coups à Donald Trump et tous ses fans.

Car Butler sait flatter le meilleur du républicain. Ses films sont souvent limiter à une pensée bien réac et des scènes d'action crétines. On avait déjà apprécié le patriotisme mal placé de La Chute de la Maison Blanche et ses Nord Coréens violents qui s'en prenaient au président des Etats Unis.

On reprend les mêmes et on recommence: cette fois ci, le méchant, ce sera un trafiquant d'armes Pakistanais qui en veut à la Terre entière puisque les Etats Unis font le ménage à travers le Monde sans se soucier des dommages collatéraux. Qu'il est susceptible! Face au terrorisme, on ne fait dans le détail monsieur!

Bref, le Pakistanais n'est pas content et s'en prend tous les grands de ce Monde, réunis pour l'enterrement du Premier Ministre Britannique à Londres. Des types endimanchés défendent tous les clichés de chaque pays du Monde (l'Italien est avec sa maitresse, le Francais est en retard, le Japonais a un petit zizi etc.) avant de se faire exploser par des gros terroristes qui ne font pas dans la demi mesure et qui veulent faire la peau du président des Etats Unis. Heureusement, il y a Gerard Butler en super agent secret, qui n'aime pas la violence mais faut pas le faire chier quand même...

Il va donc passer son temps à dessouder des méchants qui détestent la démocratie et les monuments de Londres. Il est très efficace dans ce job. Après Washington, il joue au chat et à la souris dans Londres et forme avec le président, un duo de choc qui ferait passer Charles Bronson pour un pacifiste mou.

Comme le célébre moustachu justicier, la plupart des acteurs sont là pour cachetonner et prendre assez de dollars pour la construction du jacuzzi au fond du jardin. En tout cas voilà une bien belle variation sur le Brexit. Comme dans la vraie vie, cela nous pète à la tronche!

Avec Gerard Butler, Aaron Eckhart, Morgan Freeman et Robert Foster - M6 Vidéo

Gods of Egypt

C'est le week end! C'est détente! C'est relache! C'est pourquoi on vous propose un petit duo de nanars haut de gamme, à voir en famille, avec des amis ou tout seul, au fond du canapé. Avec en guest star: le gueulard Gerard Butler!

Car si on se moque souvent de la filmographie de Christophe Lambert ou de Steven Seagal, certains de nos contemporains tentent eux aussi de faire ressembler leur filmographie à celle d'un acteur viril, pas trop regardant sur la qualité, mais adepte de la violence, de la vengeance ou du patriotisme mal placé.

C'est le cas de l'Australien Gerard Butler, connu pour son rôle dans 300 et qui depuis cumule les films d'action bas du front et qui échappe à tout contrôle moral ou artistique. C'est une belle catastrophe, la filmo de Butler. On a bel et bien l'impression que le comédien (enfin si on veut) fait un effort pour se vautrer dans le film loupé, l'action rance ou le navet presque nauséabond. Du mauvais gout à ce niveau là, c'est fort. On respecte!

Donc dans Gods of Egypt, l'acteur massif et beuglant joue le frère félon d'un dieu egyptien. Il bute le frangin et envoie en exil le neveu pour devenir un tyran sur Terre. Mais un petit voleur, Bek, va contrecarrer le plan diabolique du Dieu Butler! C'est vraiment un dieu: les autres acteurs sont si mauvais qu'il devient un véritable comédien shakespearien dans ce film qui ne ressemble à rien d'autre.

C'est le grand mérite de Gods of Egypt: c'est nouveau. Il ne fait pas dans la redite. C'est franchement inédit. Dans la mare que représente la carrière de Butler, Gods of Egypt aura un éclat particulier. Le film fait hélas tous les mauvais choix pour finir en pyramide du mauvais goût! Alex Proyas, auteur de The Crow et Dark City se plante dans les grandes largeurs mais semble tout assumer.

Il veut un grand spectacle populaire: c'est une immonde évocation fantastique de l'Egypte et ses mythes. Les comédiens ne sont pas du tout à l'aise avec les décors virtuels ou les dieux qui se transforment en Chevaliers du zodiaque dès qu'on leur tire un poil du nez! Mais même au delà de ça, le casting est une réunion de comédiens ratés entre le jeune têtard charismatique comme un pin's et une bimbo ringarde. L'accumulation d'erreurs est tout simplement fantastique elle aussi!

Même Geoffrey Rush ne résiste pas au ridicule en jouant le papa des Dieux, assis sur une barque invisible dans le ciel, poursuivi par un ver de terre qui veut manger la Terre... Si si, vous avez bien lu. Le scénario est tout simplement hallucinant. Ecrit sûrement avec des hiéroglyphes.

Tout semble inutile et artificiel. La transparence: voilà effectivement la thématique de Gods of Egypt, le film d'aventures le plus ubuesque de cette année.

Le réalisateur multiplie les grands espaces en CGI pour oublier la vacuité du propos. C'est une grand aberration. Un mystère de plus autour de l'Egypte ancestrale.

Avec Gerard Butler, Nikolaj Coster Waldau, Geoffrey Rush et Brenton Thwaites - M6 Vidéo

Higelin 75

Et si Jacques Higelin était le Neil Young français? Un disque étrange, fou et présomptueux!

Comme le fameux Canadien, le papa de Izia a une capacité à se renouveler, tout à fait stupéfiante. A 75 ans, il refuse la retraite polie et sage. Il est encore un explorateur de la musique. Il ose encore là où beaucoup prospèrent sur une gestion sage d'un patrimoine. Higelin se met en danger et décide de secouer ses fans et les amateurs de variété française.

A 75 ans, Higelin est à la recherche de sa jeunesse, celle des années 70 où l'on n'avait pas peur d'expérimenter. Franchement ce disque est inclassable. Un adjectif usé par la critique mais le bonhomme n'a pas peur de sortir de sa zone de confort. Il est le parrain d'une certaine scène française. Il est le papa de beaux artistes. Il s'en fout: il poursuit son aventure folle, un peu punk et toujours passionnante.

Il y a ce visage sur la pochette, usé par le temps, marqué mais on remarque aussi ce regard perçant. Higelin vieillit mais ne change pas. Il ne laisse toujours pas indifférent. Il y a encore de la poésie en lui. C'est évidemment un disque au crépuscule d'une vie mais qu'est ce qu'il est vivant.

On retiendra ce titre de plus de vingt minutes (autre point commun avec le Loner) mais les autres sont longs eux aussi comme si Higelin faisait durer le plaisir. Il est un peu plus sombre que d'habitude mais musicalement, c'est riche: il est aidé par l'excellent Rodolphe Burger et l'indispensable Edith Fambuena.

Les musiciens montent donc un cirque sonore, où Higelin fait le clown. Il n'a pas peur d'être triste. Comme Nick Cave dans son tout dernier disque, la création permet d'exorciser et d'échapper aux peurs. Il en sort quelque chose de fort et de sincère. Il n'est pas content. Il est touchant. Il s'emporte puis se fait affectueux. On est pris aux tripes. Il faut peut être plusieurs écoutes pour s'habituer à cette poésie bizarre mais la folie créatrice d'Higelin fait du bien aux oreilles et au moral.

SME - 2016

Hollow Bones

Après un excellent album, les petits gars de Rival Sons sont ils encore à la hauteur? On continue notre promenade au pays du bon vieux blues rock qui sent le whisky et la poussière.

Rival Sons sont les auteurs d'un grand disque de rock poilu et psyché où le chanteur imitait parfaitement Robert Plant, où les guitares étaient au delà de l'héroïsme. Great Western Walkyrie a tout du plaisir coupable qui nous permettait d'oublier nos exigences intellectuelles ou notre prétention culturelle. Efficacité à tout prix, ce disque était une pépite du genre.

Difficile pour eux donc d'offrir un digne successeur! C'est le défi de Hollow Bones qui d'abord, nous déçoit obligatoirement avec sa pochette un peu trop vaporeuse qui veut montrer que le groupe veut absolument évoluer. Jay Buchanan, pur produit Californien, est un chanteur qui s'éparpille parfois ( dans le style Morrison Buckley) et qu'il faut maitriser dans des compositions bien solides.

Ce que fait généralement le reste du groupe dont un batteur sacrément cogneur, Mike Milley. Ce dernier montre qu'il fait de la batterie comme s'il était dans une salle de sport. C'est ce coté primaire de la rythmique qui fait le charme des titres de Rival Sons.

En tournée perpétuelle, le groupe a donc eu le temps et la charmante idée d'un album assez court. 37 minutes de rock à l'ancienne. Ils ont l'air d'éviter le piège du trop plein. Mais certaines chansons se veulent un peu trop planantes. Le groupe privilégient plus l'ambiance que l'empoigne rock'n'roll, rude et électrique.

Heureusement il y a toujours les décharges amicales du guitariste, Scott Holiday. Ce gars là est un des guitaristes les plus intéressants à suivre: il transforme toujours avec justesse le son de son instrument et apporte toujours quelque chose aux conventions que respectent bien souvent le groupe.

Un bon disque de rock donc, ni plus, ni moins!

Earache - 2016

Don’t Breathe – La maison des ténèbres

Voici le film que Kim Kardashian, victime d'un braquage dans son loft confortable parisien, aurait dû voir! En plus de traiter d'un sujet qui la touche (ou la saucissonne), le film est bon et c'est assez rare pour être signalé.

Car les films d'horreur ne font plus vraiment trembler: ils tremblent. Depuis Paranormal Activity, les films d'épouvante joue sur une telle économie de moyens qu'il n'y a plus grand chose à voir au final. On ne compte plus les nanars filmés avec maladresse ou cynisme. Ou les deux.

Le réalisateur du remake de Evil Dead est, quant à lui, un passionné. Sa relecture du chef d'oeuvre de Raimi avait le grand mérite d'oser le premier degré et le gore... à fond! Fede Alvarez aime visiblement les films concis et sérieux. C'est encore le cas avec Don't Breath, film d'horreur qui a du style malgré son sujet un peu scabreux.

Dans la banlieue de Detroit, ville maudite depuis la crise des subprimes, un trio d'adolescents braquent des maisons. Un vétéran aveugle, vivant dans un endroit isolé, assis sur un pactole, semble être une cible facile. Le chat et la souris ne sont pas ceux que l'on croit... Comme l'aveugle a le physique massif de Stephen Lang, on se dit rapidement que ca va mal se passer pour les pauvres cambrioleurs!

Doucement mais sûrement, Fede Alvarez, toujours soutenu par Sam Raimi à la production, fait monter le curseur de l'ignominie et de la terreur. Si le cinéma est une histoire d'espace et de temps, le réalisateur va à l'essentiel en isolant les ados dans une maison perdue qui deviendra un lieu de cauchemar.

La réalisation est virtuose mais défend la volonté de piéger les anti héros et le spectateur. C'est du cinéma ludique. Alvarez nous promène littéralement dans la demeure du vétéran pour mieux nous surprendre. Il y arrive sans trop de "jumpscares" trop souvent vus ailleurs. Ici, c'est l'ambiance qui vire au drame moral. C'est un film d'indices. D'abord pour présenter les protagonistes puis pour les mener vers leur chemin de croix où le diable s'annonce plus sournois que prévu.

Le réalisateur cite Panic Room, Le Sous sol de la Peur ou Cujo. Il fait référence en tout cas à des films qui dépassent un peu le simple spectacle horrifique. Le film en dit aussi beaucoup sur l'état de la société américaine. Le portrait est cinglant. Il permet d'oublier les quelques facilités d'une dernière partie beaucoup moins convaincante.

Mais c'est du vrai cinoche qui veut faire peur. Il refuse la connivence avec le spectateur. Juste un film sec et méchant. Malin et flippant. Mille fois plus intéressant que la vie d'une starlette en tout cas!

Avec Jane Levy, Dylan Minnette, Dylan Zovatto et Stephen Lang - Sony - 5 Octobre 2016 - 1h26

Le loup est revenu, compagnie les Nomadesques, Alhambra

 

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Une pièce qui fait rire les enfants et rappelle des souvenirs aux plus grands.

Prêt à boire son jus de carottes, Monsieur lapin apprend la nouvelle dans le journal : le loup est revenu. Mais est-ce une raison pour se barricader chez soi ? Ou l’occasion d’accueillir ses amis venus chercher refuge ? Toc toc toc… : qui frappe à la porte ? Aux enfants de décider : on ouvre ? Mais si c’était le loup ?

Adapté du célèbre livre de Geoffroy de Pennart, Le loup est revenu connaît un grand succès sur les planches. Il plait aux enfants que le lapin ne soit pas un super héros. Comme eux, il connaît la peur, le doute, le manque de force. On retrouve les personnages des contes Les 3 petits cochons, la chèvre et les 7 chevreaux, petit Pierre de Pierre et le loup, le petit chaperon rouge. Et en écho à ces contes, l’histoire joue et déjoue la peur du loup : et si l’animal ne faisait finalement pas si peur ?

Déjà plus de 100 000 spectateurs, petits et grands ont interagi avec les joyeux lurons de la compagnie les Nomadesques. Il faut dire que les comédiens s’amusent sur scène et ont bien compris ce qui fait rire les enfants : comique de répétition, l’interaction, les chutes, les blagues, les jeux de mots.

L’ambiance survoltée mêle les cris d’un spectacle de guignol et les rires d’un numéro de clown. Le spectacle est autant sur scène que dans la salle. La salle devient lieu de vie, de partage et d’échanges. A voir en famille.

 

Du Samedi 8 Octobre 2016 au Dimanche 19 Février 2017 
à 15h30

 A l’Alhambra

Ma vie, Lyn Hejinian,  Les presses du réel

Poétesse, essayiste, traductrice et éditrice américaine, Lyn Hejinian est née à San Francisco en 1941.

En 1987 elle publie My Life.

Ma vie, My Life, poétise, essayse, théorise, la vie de Lyn Hejinian : 45 chapitres de 45 phrases pour une vie comprenant alors 45 années.

Nous naviguons en sa compagnie dans l’archipel de sa mémoire, à bord d’une machine de précision qui subtilement se dérègle. Machine mathématique, poétique, mémorielle, expérimentale.

Dans un même stylo, sur une même page, tiennent des phrases en accéléré, des phrases déchaînées, dans le sens premier du terme, des phrases sans relation les unes les autres,  comme si chacune n’avait qu’un seul but : faire oublier la précédente, se soulevant à mesure que le récit progresse, soulevant les strates de la mémoire, des perceptions, tissant ainsi une toile de vie, serrée, éclatante.

Une histoire orale mais écrite, à la va-comme-je-te-parle, des tête-à-queue syntaxique, des tourbillons phonétiques. Devant nos yeux, à l’oreille aussi, s’érige un récit qu’on dirait épars, qu’on croirait fugace, mais qui est pleinement celui d’une vie : enfance adolescence, engagements, art, amour, sexe.

Répétitions corrélations apparitions réapparitions, la langue est surprise, la vie aussi. La mémoire rassemble puis éparpille et ainsi la phrase grignote la page, avec ombres et reliefs, le soudain des transitions lorsqu’il arrive le soudain, sa soudaineté, le soudain soudainement nous bascule dans une autre phrase un autre chapitre une autre année.

Il y a des mots terriblement loin que l’artiste/la poète/la femme remonte contre la marée de la langue, des floraisons de mots où nos propres souvenirs prennent précisément place, du principal et du détail, mais tout cela si structuré, si joueur, selon un plan que Perec aurait adoré parcourir, que nous empruntons ce chemin de narration tous sens dehors.

Ici le langage est agité, le désordre d’une vie organisé selon une partition musicale expérimentale. En cadence.

Les mots se répètent, et d’un chapitre à l’autre, d’une année à l’autre, se nouent des associations des repères des équilibres, la ponctuation déponctue, laisse sa liberté au flux au sang et coulent les hypothèses s’écoulent les accumulations.

Ma vie, une philosophie combinatoire construite bout à bout par fragments isolés mis en observation et saisis dans l’amplitude du geste poétique.

 

 

Ma vie, de Lyn Hejinian  Les presses du réel

Paru en septembre 2016 (édition française)

176 pages

17.00 €

Kim Braquochiant

 

Ahhhhhhh non mais là bah là d’accord, déjà qu’avec les menaces des adorateurs des promesses de mille vierges une fois s’être fait exploser le buffet à côté d’un Stade de France, on perdait du touriste depuis des mois ; qui plus est quand Trump va être élu il va demander à tous les américains de ne plus se rendre à la eiffel tower trop oulala Parissssss trop oulalala car, finalement, on est un peu tous des terroristes moitié pédé en puissance avec nos idées de gauche, nos vélibs et nos bagnoles hybrides ; v’la’tipas que des méchants gôrs moitié pas baisants (oui je viens de passer mon we en normandie, j’ai appris la langue en deux verres de calva à peine) se sont attaqués à l’icône de la téléréalité US, à la meuf avec le booty ass shake shake shake your booty ass le plus connu de la planète, à savoir Kim Kardashian euhhhh kardichian euuhhhhh karmachiant, ohhhh et puis mer*** Mme Kanye West en personne, qui lui-même était en concert à NYC, c’est dire s’il Kanye pas trop mal l’East aussi !

Rappel des faits : Kim Kardatruc est devenu célèbre avec sa famille, mais elle un peu plus que les autres, en étalant sa vie sur MTV il y a pas loin d’une dizaine d’années, façon on ne sait pas d’où ils sortent mais comme ils sont en mode luxe, avec bouche bottoxisée cerveaux creux cul refait et villa façon Hollywood, pas le chewing-gum, le quartier, forcément je suis américain, ça envoie du bling bling, ça m’intéresse, moi qui ne voit rien d’autre que mon petit nombril au fin fond de mon Kentucky. Pendant des annnnééééeeeeesss, les caméras de MTV les ont suivis partout, douche resto vacances 4x4 hôpital, la transformation d’homme en femme de son beau-père ou père ou oncle je sais plus on s’en fout, la Kim Abrakakadabracian a tapé dans l’œil de Kayne West, il en a fait sa meuf, ils ont eu des mômes, qui dorment dans des lits bébé en or massif et qui assistent les fesses poudrés de coke dans leur transat Dolce&Gabanna aux fiestas de leurs parents à 1 million de $ la saucisse cocktail.

Bien sûr, Kim affole Twitter et Nanagram, postent ses moindres faits et gestes, et des blaireaux du monde entier aiment à s’enthousiasmer à chaque mise en ligne d’une photo d’elle dans son nouveau maillot de bain avec un poulpe sur la tête, de ses lèvres charnues qui utilisent un nouveau lipstick de l’Oreal Paris, dès qu’elle fout une vidéo entrain de se faire couler un café dans une machine Nespresso en argent chromé à 45000$ la capsule…et n’hésitent pas, dans une folle passion pour la lobotomisation primaire, à acheter le même maillot mais en moins cher, la même machine, mais en moins chère, le même lipstisk, mais en moins rouge. Ca peut paraitre, vu comme ça, aux confins du complètement con, mais après la lecture, oui faut le faire, faut se forcer un peu même si oui ça fait mal faut le faire, d’une centaine de commentaires sur nanagram sous une de ses photos, vous comprendrez beaucoup mieux le fait que toute une génération est à deux doigts de faire mentir Darwin sur sa théorie de l’évolution.

Du coup, comme elle fait partie de la catégorie des « stars 3.0 » en mode on sait pas ce qu’elle a fait dans sa vie mais son métier c’est « célébrité » « ah bon mais elle a fait quoi » « bah je sais pas » « ah… » « Bah oui mais elle est célèbre », on l’invite partout, et partout

elle est reine de pas grand-chose, mais on l’invite quand même, on sait toujours pas ce qu’elle a fait dans la vie à part être célèbre, mais pour elle ça sera gratuit, voire mieux, on lui offre des trucs…bah oui, plus t’es con, moins t’as fait de trucs pour la Société, pour le monde, et même pour ton village, bah désormais plus t’as des chances d’avoir des trucs gratuits, moins tu donnes plus on te donne, c’est comme ça ma poule.

A partir de ce moment là de la chronique, entendons-nous nous bien, par écran interposé, je ne cautionne absolument pas le fait, que des mecs mode Braquo 4 façon Anglade et sa bande (excellente dernière saison de ladite série d’ailleurs), s’attaquent à Kim Rantanplan, cagoulés et armés jusqu’aux testiboules, la séquestre dans sa salle de bain de seulement 200m², la pauvre elle a frôlé la claustrophobie, la ligote comme un rôtie de veau du dimanche à mamie, et s’empare…de 10 millions de $ de bijoux et 500 000$de portables (à ce prix a priori y’a une version de l’iphone 7 peu connue qui a des applis pour conduire un Jet Privé, détecter des sous-marins nucléaires, faire le ménage sur 8 étages…) ; évidemment ça ne se fait pas, c’est traumatisant…et surtout surtout, bah ça fout dans la merde les joailliers de la Place Vendôme, qui voyaient déjà plus un chinetoc depuis le début de l’année, et dont le panier moyen sorti de boutique avait chuté de 50% même pour les qataris !!!

Bah oui quoi, déjà quand lors d’un cambriolage, tu te fais piquer tes bijoux, tes montres, les consoles de jeux de tes mômes, des trucs de famille, la gourmette de ton frère disparu, alors que parfois t’as mis des mois à les offrir à ta femme pour son anniversaire, à tes enfants pour qu’ils gardent un méga souvenir de leur 10ème année, et que la gourmette de ton frère c’est le seul truc qui te reste de lui, et que les flics s’en foutent grave, et que l’assurance te rembourse 20% de la « valeur » de tes trucs car ils arrivent à trouver de la vétusté sur une montre de 2010, bah t’as grave les boules mais tout le monde s’en cogne ; mais là, oui là, la pauvre Kim Braquochiant, faut se mettre à sa place, elle a déjà à peine les moyens de s’offrir une île des Bahamas, alors elle se fait prêter des bijoux à 10 millions de $ alors qu’elle a une foutue pression pour la semaine car son rôle va quand même consister, ça faut pas mésestimer la tâche, à s’assoir proche tribune d’un défilé DIOR à regarder des mannequins anorexiques passer et faire clap clap avec ses mains manucurées à 100 000$ les 5 ongles pour que des caméras zooment sur elle et que l’on remarque sur People TV qu’elle portait un bracelet 28 carats de la marque « trucmuch&thekoople joailleries »…tu peux comprendre que la fille elle s’en remettra super difficilement et que l’androgyne sur-stylé qui fait office de responsable des relations publiques chez « trucmuch&thekoople joailleries » il vient de perdre les eaux et qu’ils saignent gentiment du colon.

Voilà, en attendant, Kanye a arrêté son concert, Kim s’est faite enlever les ficelles à rôtie et est repartie à nollywood de le los à geles, les braquos courent toujours, Twitter est en feu, et moi, bah moi, j’idolâtre Darwin malgré tout.

J’vous embrasse.

 

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