Front row seat to Earth

Bon okay, on a trop mangé durant les fêtes. Le citrade de Betaïne est notre meilleur ami. 2017 sera l'année de l'assiette mais elle sera vide, histoire de se refaire une santé et rentrer dans ses affaires de ski (zut il y aura de la raclette) cet hiver, et son slip de bain cet été. Une bonne résolution qui va vite s'envoler mais on peut profiter de la douce quiétude de Weyes Blood, jeune femme à la beauté diaphane qui nous veut que du bien...

Après la grosse ripaille, les gros cadeaux, les gros bilans de fin d'année, la grosse effervescence des vacances de Noël, nous avons besoin d'un peu de calme et c'est exactement ce que propose la brune Weyes Blood, qui, malgré son nom de rappeur de la cote Ouest, ne veut que de la sérénité autour de son auditeur.

Elle s'emploie donc à faire de la belle musique. La lenteur ne fait pas peur à cette Californienne à la voix profonde, qui viendra vous chercher. Le style est grave et mesuré. Après la chenille de fin d'année et les musiques qui font danser, voilà un disque qui ménage.

Elle nous berce sur des orchestrations pas subtiles mais généreuses. Elle fait de la folk un peu hippy mais avec une vraie grâce. C'est stéréotypé mais c'est aussi assez plaisant pour passer un très bon moment.

Weyes Blood s'installe au premier rang pour regarder la Terre et interroge avec ses chansons sage, le Monde qui l'entoure. Elle ne perd jamais le fil d'une certain plénitude mélodique pour se poser des questions sur son époque. Elle semble troublée par ce qu'elle vit mais le transforme en une forme musicale, très accueillante, un peu rétro mais tout à fait estimable. Le régime idéal après les dispensables best of de fin d'année.

Mexican Summer - 2016

De Bowie, Cohen, Prince, Michael…à Jul…rip rip rip houraaa

jul

Ca y est c’est la reprise, en ce début janvier 2017, entre deux « etttt la sanntttéééé heiiinnn, c’est important » « ta gueule ! » « pardon ? » « non rien oui bonne année hein ! », chacun se prend la tête à deux mains pour récupérer ou tenter de sauver les quelques neurones paumés dans la nuit du 31 au 1er de l’an nouveau, même si, je vous l’accorde, tout le monde n’a pas eu la chance d’être déguisé en banane pour le réveillon du nouvel an, moi si, et oui les mecs ! Prise de tête à deux mains également jouable pour faire sortir de son crane la chanson du 31, passait 6 à 15 fois durant la soirée par DJ cousin machin, ayant au passage bousillé toutes vos playlists de votre compte Spotify, les remplaçant généreusement par les kings de l’auto-tune (comprenez chanteurs de faux rap avec une voix de robot sur une rythmique de synthé Bontempi, ça aurait pu être une bonne idée, mais non, bon tant pis), nous y reviendrons. #hashtagmusiksamère

Mais justement, qui dit musique dit danse, donc qui dit danse dit fête, qui dit fête dit fin d’année, dit donc nouvelle année, donc dit en route vers l’inconnu, ou alors qui dit fin d’année dit donc bilan, mais comme qui dit bilan dit donc comptabilité, cela devrait donc dire chiffres, ou encore actif passif, ou encore Auteuil actif passif, donc chanson des Inconnus, ou presque, avec nécessité d’un jeu de mot niveau 1, je tourne en boucle donc, ou alors je retombe sur mes pattes, donc qui dit pattes dit chatte, mais là c’est graveleux et donc ça n’a aucun rapport. #Hastagsexkekette

Bilan, oui, quand même, de cette année 2016, où les réseaux sociaux auront pleuré de toutes leurs larmes devant les coups de chevrotine du ciel guitare, les coups de fusil de la déesse de la musique, où le départ de Prince ou de Bowie auront bientôt plus ému la vox populi que les attentats à Nice et auront surtout fait vachement plus de « like » ou de « comments » au quotidien que les quelques pensées solidaires lors d’attentat en Turquie…qui je vous le concède n’est pas un grand pays de chanteurs ou de chanteuses, quoique, on n’en sait rien, le français moyen ayant déjà du mal à comprendre un texte un peu ciselé en français, qu’il galère en anglais…alors chanteur turc, non mais dis, ça va hein !!! tu vas où là !!! #hastagOhMyGod #PrinceEtaitCommeUnFrère ! #ahbon ??

Oui mais voilà, en cette fin de 2016 et ce début de 2017, n’est-il pas tout aussi légitime entre deux morceaux de galette d’avoir une pensée pour tous les chanteurs ou acteurs non décédés qui n'ont donc du coup pas eu leur heure de gloire sur Facebook, Twitter ou Nanagram. #Hastagjesuisjesuis #MonDieuCestTropDur #CeDépartDeJulioInglesias #CommentCaIlestVivant #HaaaaanLeNase !!!
Pis ! le vrai RIP de l’année n’est-il tout simplement pas la mort pour cause de décès de toute la musique ???

Peut-être pas, je vous le concède, ça fait déjà deux fois que je vous concède des trucs, ça commence à faire beaucoup, mais si l’on y regarde de plus près, il est vrai que le génie d’un Bowie ou d’un Prince peine à se voir remplacer par une nouvelle scène digitalisée tant dans la matière sur laquelle elle s’écoute, enfin quand on ne vous a pas défoncé vos playlists Spotify entre le 31 et le 1er, que dans la voix…et donc la fameuse Auto-tune…on y arrive !!!

Car oui mes très chers frères et mes très chères sœurs, si l’évolution de la société nous a permis en 100 ans de passer du colonialisme ou de la ségrégation à l’arrivée d’Obama pour finalement revenir à Trump en 4 ans, hop là, de la légalisation de l’avortement et l’apologie des droits de la femme à des programmes présidentielles farouchement « c’était tellement mieux avant quand les femmes étaient aux fourneaux, on mange quoi ce soir connasse ! », ce darwinisme à l’envers semble impacter en pleine tronche et bim bam dans les oreilles le monde musical.

Oui ma brave dame, Georges Michael, Leonard Cohen, Bowie et Prince s'en sont allés en un coup de faucheuse, les smileys larme à l’œil pleuvent et hop, quoi que c’est qu’on découvre, que l'album de JUL est disque de diamant et que le mec rempli des Zénith, ouch... #mondedemerdedemerde.

Car oui, s’il est un symbole où un auteur-compositeur-interprète n’a pas besoin de se déguiser en banane un soir de givre de 31 pour perdre l’intégralité de ses neurones, c’est bien ce garçon, ce dénommé JUL, sorte de bout de gras sur pattes, muni d’une coupe de cheveux digne d’un hamster le crane laminé par des roues d’un pick-up d’occasion du Vermont, et disposant de ladite voix auto-tunée, nous y voilà. En même temps difficile de perdre beaucoup de neurones quand on a le QI d’un lama poulpe lobotomisé mais dans ce cas…à quoi bon chanter !!!?

Fort de textes tout droit sortis d’un recueil de Jean-Kevin Froissart élève de CE1 à l’école Primaire Paul Preboist de Chamilly-sur-Bois, de musiques réalisées par les mêmes compositeurs mais bourrés et sous crack du générique de Dora l'exploratrice, le tout avec des arrangements de Nono le petit Robot, qui, admettons-le, reclus dans l’espace après on heure de gloire à l’époque d’Ulysse31 devait bien bouffer, le garçon fait un carton sur youtube, fait plus de spectateurs en salle que n’importe quel mec, et se glisse dans vos playlists Spotify, en se posant juste en lieu et place des Musclés…qui passeraient presque pour des chanteurs à texte, c’est dire.

Bref, on touche le fond, on ne rebondit même plus, 4000 blaireaux dans un Zenith hurlent « Cabre même si la roue est voilée, pétard en billet violet, te déshabille pas j’vais te violer » et pendant ce temps-là, là-haut, pour le 31, ils ont eu droit à un putain de bœuf de stars…oui là, on a une bonne raison de se tenir la tête à deux mains.

J’vous embrasse.

Quelques Minutes après Minuit

En trois films, l'Espagnol Juan Antonio Bayona a peut être tout montrer sur l'enfance face à la mort. Après L'orphelinat, The Impossible, Quelques Minutes après Minuit conclut cette réflexion de façon somptueuse et élégante.

Les pisse froids ne devraient pas aimer le style de ce cinéaste, évidemment marqué par Spielberg qui aime le fantastique, l'emphase et les marmots! Bayona ne fait pas dans la demi mesure pourtant il sait être nuancé. Il prend des concepts énormes mais les développe avec finesse. Son film de fantôme, L'Orphelinat, n'était pas comme les autres. Sa vision du film catastrophe, The Impossible, avait le mérite de se détourner des codes narratifs. Il en va de même avec son film de monstre.

Celui de Quelques Minutes après Minuit, on devine clairement qu'il n'existe pas, si ce n'est dans l'imagination du triste Conor. Le film pourrait commencer comme un drame social à la Ken Loach avec un gamin livré à lui même car sa maman souffre d'un cancer féroce.

Il est cependant arraché à la réalité par un monstre issu d'un arbre millénaire de la colline d'à coté qui ressemblerait elle pour le coup, à un décor gothique de la Hammer. C'est une créature pour le moins étrange car elle veut lui raconter trois histoires. Et ensuite, le monstre veut que Conor lui propose un quatrième récit...

Bien entendu, les histoires sont une catharsis pour le jeune garçon obligé de s'installer chez sa grand mère, jouée avec justesse par Sigourney Weaver. Bayona a aussi l'intelligence d'enrôler dans la famille, Felicity Jones dans un rôle difficile de maman suppliciée par la maladie. Le gamin est tout simplement extraordinaire.

Tout comme l'aventure intérieure qu'il va vivre avec ce drôle de compagnon bizarre tout en écorces. Pour ce dernier, les histoires sont des animaux sauvages; libérées on ne sait pas quels ravages elles peuvent provoquer. Mais la vérité se trouve aussi dans les contes et les cauchemars. C'est la thèse connue mais magnifiquement défendue par le film.

Il faut avouer quelques facilités et quelques larmes un peu tirées mais ce film ne ressemble à aucun autre car il célèbre le conte, l'histoire et l'imaginaire dans un monde qui ne veut pas déconnecter de la réalité, qui peut tout savoir et doit tout comprendre. On cherche des cadres pour nous protéger de tout et de la douleur en particulier.

Le film explique qu'on peut s'échapper par l'imagination, que l'on peut se découvrir dans la fiction, le rêve et même le tourment. La dureté de l'existence est une vérité mais d'autres se cachent dans le monde imaginaire et nous éclairent sur la vie. Bayona célèbre ainsi l'importance de l'art, de ce qu'elle doit rester pour tous. Son film est un mélodrame difficile déguisé en conte macabre sublimé. On est début janvier, et il y a bien des chances que ce film soit déjà l'un des grands moments de l'année!

Avec Lewis McDougall, Sigourney Weaver, Felicity Jones et Toby Kebell, Metropolitan filmexport - 4 janvier 2017 - 1h45

Passengers

Hé bien, il est plutôt fréquentable ce Titanic dans l'espace comme aiment l'appeler les détracteurs du film! Deux heures en compagnie de Jennifer Lawrence et Chris Pratt, ce n'est pas du temps perdu!

Franchement, j'en ai bien profité pour le dernier film de l'année 2016! Mais au delà de l'histoire d'amour dans l'infiniment grand, le film apporte une touche encore peu explorée dans les films où les étoiles règnent en maitre sur le vaisseau spatial!

En tout cas, les étoiles et le vaisseau vont accompagner la vie et le destin des deux protagonistes qui vont se supporter durant les 90 prochaines années. Ils se sont réveillés trop tôt lors d'un voyage a travers la galaxie. Ils vont donc avoir le temps de se construire une vie. Le reste de l'équipage joue La Belle au Bois Dormant mais nos deux héros vont tenter de savoir pourquoi ils sont bien réveillés au milieu de nulle part! Un mauvais rêve pour eux! Du moins en apparence!

Tout est question de temps dans ce space movie qui ne manque pas d'espace pour sûr: un très beau vaisseau vaste pour deux avec en plus un robot Barman nommé Arthur (l'excellent Michael Sheen) qui pourrait rappeler le Bishop d'Aliens. Le film mixe pas mal de films de science fiction avec son concept à la Titanic.

Il aborde les sujets existentiels et le fait avec un peu de cynisme, récupérant un peu les thématiques de Seul sur Mars ou Seul au Monde. Jennifer Lawrence et Chris Pratt sont plus jolis que le ballon de volley de Tom Hanks.

Le réalisateur réussit un tour de passe passe entre son intrigue amoureuse et des scènes sous tension mais sans surenchère d'effets spéciaux. On doit faire abstraction d'un peu trop de bons sentiments mais on ne s'ennuie jamais. Le rythme est juste et on arrive à s'identifier aux deux stars dans les étoiles. C'est drôle, triste et fascinant à la fois. Alors allez vous vivre vos rêves ou allez vous rêver votre vie?

AVIS AUX AMATEURS

Avec Jennifer Lawrence, Chris Pratt, Michael Sheen et Larry Fishburne - Sony - 28 décembre 2016 - 2h

Snowden

C’était le sujet pour Oliver Stone. Le roi du complot face à un lanceur d’alerte pur et dur ! Le résultat est pourtant décevant entre des faits un peu trop vite expédiés et une romance qui frise parfois le ridicule.

Si on enlève toutes les chamailleries entre un Edward Snowden angoissé et sa petite amie très libérée, le nouveau film d’Oliver Stone serait revenu à une durée plus raisonnable. Mais bon le bonhomme n’est pas un habitué de l’ellipse.

La plupart de ses films sont longs et botoxés par une réalisation prétentieuse et pourtant passionnante car le cinéaste est un pur produit de l’Amérique, hanté politiquement par l’Histoire de son pays. Il a su aussi faire quelques grands films comme Platoon, JFK ou Nixon.

Mais Stone ne fait pas les choses à moitié. Quand il plante un film, cela donne du nanar qui fait mal aux yeux et aux oreilles. Il est capable de fulgurances comme il sait aussi se saborder ! Dans Snowden, on navigue entre ses deux eaux.

Le film reprend donc le documentaire Citizen Four pour en faire la structure d’un biopic héroïque sur le plus célèbre hacker de la planète, Edward Snowden. Ce surdoué de l’informatique est devenu un espion malgré lui et surtout il a découvert toutes les dérives sécuritaires des gouvernements américains, de droite comme de gauche (si on peut dire ça pour les Américains).

C’est la partie intéressante et assez classique du film qui nous remet une couche sur notre Monde ultra-connecté et surtout flippant. Le film à dossier fut longtemps la spécialité d’Oliver Stone qui retrouve de temps en temps sa verve et sa force de frappe. C’est beaucoup mieux que ses dernières œuvres, sans grande saveur.

Ici, il filme les dialogues comme des combats. L’amateur d’action qu’il est arrive à se limiter à des scènes assez simples et bien découpés.

Mais il tente une maladroite histoire d’amour contrarié mal défendu par Joseph Gordon Levitt et Shailene Woodley. Ce qu’on aime chez le cinéaste c’est plutôt les seconds rôles tenus souvent par des Outcast ou des bannis d’Hollywood. On adore les trognes de Nicolas Cage (loin de ses nanars alimentaires) ou l'excellent Rhys Ifans en mentor ambigu.

Après 2h15 de parano informatiques, on ne sait pas trop ce qu’il faut penser de ce film. Ode à un lanceur d’alerte ou film arriviste ? Espionnage mou de genou? Oeuvre consciente du Monde qui l'entoure? Sûrement un peu de tout ca quand on connaît la personnalité d’un réalisateur toujours amusant à suivre..

Avec Joseph Gordon Levitt, Shailene Woodley, Rhys Ifans et Melissa Leo – Universal – 2 Novembre 2016 – 2h15

Running out of Love

Johan Duncanson et Martin Larsson n'aiment pas beaucoup leur époque. Ce sont un peu les Calimero d'un rock moderne et synthétique. Ils ne leur arrivent que des catastrophes. Mais cela donne ici un très bon disque.

Ils trouvent que le Monde manque d'amour mais il est vrai qu'ils ont un peu de la malchance avec leur groupe The Radio Depts. Au début des années 2000, ils étaient très appréciés par leur musique inspirée par le shoegazing et une pop éthérée. Sofia Coppola leur pique un titre pour son film Marie Antoinette.

Ensuite ca se complique. Les musiciens sont interchangeables et leur maison de disque sort les crocs. Ils mettront six ans pour sortir leur quatrième album, le temps de régler tous les problèmes. Cette attente a fait du bien au groupe. Il a muté vers quelque chose d'encore plus fort qu'avant.

Car le duo Suèdois vire carrément à l'électro. Il y a encore des instruments mais il y a surtout des ambiances urbaines, dansantes et passionnantes. Leur son a quelque chose qui nous échappe. Leur présent est vraiment fait du passé classieux de références choisies et d'un futur assez expérimental assez convaincant. Car il y a encore des mélodies et des textes. Des chansons donc!

Car sous les belles nappes de synthétiseurs, il y a des titres énervés qui ont la bonne idée de ne pas être énervants. Le duo est malheureux et le dit en dénonçant tous les maux de la société et spécialement le fascisme qui rampe dans toutes les sociétés.

Ils le font avec une infinie délicatesse sonore. C'est perspicace. Car le message est finalement plus accessible. Ce sont des rebelles polis à l'élégance mesurée. Ils n'en font pas trop. Il y a ce qu'il faut ici pour que le mélomane soit aussi satisfait que le militant.

Le cri d'alarme a le grand mérite d'être original. Ca renouvelle le genre même! Ca fait du bien! Un peu d'amour de la musique!

Labrador - 2016

The Party

Cette terrible année et ses traumatismes s'achèvent! Juste un peu moins pire que la précédente. Demain, on fait la fête: on oublie les soucis. On termine donc l'année avec The Party, pépite de l'année à découvrir d'urgence pour redonner le sourire et un peu d'espoir!

Ce n'est pas du tout le disque qu'il faut poser sur une platine pour la Saint Sylvestre ou pour danser jusqu'au petit matin. Andy Shauf est un petit songwriter venu du fin fond du Canada. Il tricote de manière artisanale des petites compositions jolies comme tout.

Beaucoup savent le faire! Néanmoins The Party file la banane. On est en mid tempo mais on finit enthousiaste comme jamais, prêt effectivement pour fêter cette découverte! Après l'écoute du disque, on sort le champagne! Quelle joie de rencontrer un type aussi doué!

Pour faire une comparaison, ce qui est toujours obligatoire dans la chronique heureuse, on pourrait dire qu'il y a chez Andy Shauf, la solitude d'un Eliott Smith, la verve de Ron Sexmith et un peu de séduction de Josh Rouse. En tout cas, on est bel et bien en haut du panier, parmi ceux qui transcendent l'exercice folk.

D'autant que le bonhomme a la bonne idée d'incorporer un peu de pop dans ses chroniques tendres du quotidien. Pas celle des radios. La grande pop. Celle qui a ses racines dans le Pet Sounds des Beach Boys! On pense aussi aux High Llamas, groupe un peu fou anglais qui avait explosé dans les années 90.

Ca faisait longtemps qu'un chanteur ne nous transportait pas avec autant d'économie et de charme. Petite musique de chambre, il a tout de même de l'ambition avec une orchestration humble mais qui n'a pas peur de l'ampleur pour décrire les atermoiements de ses contemporains.

C'est réconfortant de voir et entendre du coeur dans des morceaux délicats qui n'ont jamais peur de la subtilité. En tout cas, on vous conseille ce merveilleux et chaleureux disque pour la fin de l'année. Même pour soigner une digestion difficile, il doit avoir son utilité!

Anti - 2016

Manchester by the sea

Un homme cassé. Un simple gardien d’immeubles dans la banlieue grises de Boston qui gère les problèmes de ses locataires. Il est plutôt mutique mais on sent que ca bouillonne en lui. Un peu plus tard, ce type assez triste et sans histoire doit quitter son boulot précipitamment pour retourner dans sa ville natale.

Son frère ainé vient de mourir. Il obtient malgré lui la garde de son neveu. Il ne sait vraiment pas quoi en faire. C’est tout simple. Et c’est très beau. Un type mystérieux, un paysage endormi et des flash-backs nous plongent dans les méandres de la famille Chandler.

Le grand frère était la figure paternelle. Le héros est un homme torturé qui se révèle doucement à lui-même. Le fils endeuillé est un adolescent de son âge. Malgré la mort de son père, il se demande comment gérer ses deux copines et son groupe de rock !

C’est un film dur mais traité avec une douceur que l’on ne connait plus. Scénariste de Mafia Blues et Gangs of New York, Kenneth Lonnergan prend son temps, observe autant les hommes que la nature. Manchester by the sea s’échappe vers une contemplation inhabituelle et pas désagréable.

Son scénario est un petit bijou de suspens autour d’un personnage central, complètement hermétique et douloureux. Sans arrêt, on devine ce qu’aurait pu être ce film : un affreux mélodrame hollywoodien.

Ici, c’est la simplicité qui prime. Un film qui s’intéresse à des petites gens, ce n’est pas commun alors que tout. Le décor d’un port du Massachusets dépayse par son temps hivernal et tous les habitants, cachés sous leurs doudounes.

L’écriture est précise pour éviter les pièges habituels du gros mélodrame. Habilement les flash backs nous en disent un peu plus pour nourrir un récit autour du thème de la perte mais aussi de l’espoir. Le social se mêle à l’intime. Le portrait est touchant.

Casey Affleck est parfait dans le rôle du revenant. Les seconds rôles sont poignants et apportent même un humour étrange et bienvenu. L’émotion se densifie au fil des scènes anodines de la vie quotidienne. Manchester by the sea est surprenant. Sans super héros, ce film nous montre ce que peut valoir vraiment une personne dans la vie des autres. L’humanité souffre mais elle a aussi ses moments d’héroïsme parfaitement mis en scène dans ce film de saison !

Avec Casey Affleck, Lucas Hedges, Michelle Williams et Kyle Chandler – Universal – 14 décembre 2018 – 2h15

1000 Watts

Nous continuons de vous proposer pour cette fin d'année, des disques qui réchauffent. Voilà donc le soleil de Jamaïque qui s'installe sur notre site avec un disque (faussement) nonchalant qui fait du bien!

Il est facile d'accès tellement il nous brosse dans le sens du poil! Quantic, dj obsédé par les sons du sud, reforme son groupe de reggae pour une petite leçon moderne et accessible. On accroche rapidement à ses rythmes ensoleillés. Il y a le rythme, les effets et l'ambiance. On bronze aux Antilles avec ce disque.

Pourtant après plusieurs écoutes, c'es un peu plus complexe que cela. La virtuosité de Will Holland. A l'époque du repli généralisé dans toutes les nations, son coté globe trotter est passionnant. Nous avons là un Anglais qui a passé beaucoup de temps en Colombie avant de s'installer à New York.

De là, il bidouille une musique chaude et travaillée. Il y a quelques samples dans ses chansons mais il y a de vrais instruments et des vrais chanteurs. Dans celui-ci, on croise U-Roy et Alice Russell entre autres! Il a plusieurs projets et groupes en même temps pour explorer plusieurs genre.

Il trafique autour du jazz et du funk avec d'autres genres plus exotiques. Ici, il y a du dub et du reggae mais il ne peut pas s'empêcher d'ajouter d'autres choses. Sa culture musicale est passionnante et exaltée. Il y a beaucoup de passion dans les titres de 1000 Watts. C'est un travail appliqué et foisonnant. La nonchalance est feinte. Ce qui n'est pas le cas du plaisir, qui déborde de partout et finit par nous contaminer! Un régal pour cette fin d'année!

Tru Thoughts - 2016

Ca fromet

Avant Noel, amusons nous un peu avant de recevoir la (belle) famille, ouvrir les cadeaux et manger gras. Frederic Fromet amène un peu de légèreté.

Il est l'un des humoristes de France Inter. Discret, il reprend des chansons et raconte avec une fausse candeur l'actualité. Frédéric Fromet est un drôle de musicien. Il n'épargne personne et n'a pas peur d'affronter des sujets difficiles. Avec une bonne dose de rires féroces et satiriques!

Il fait correctement son travail de chansonnier mais il est surtout doué pour la musique et la ritournelle bien troussée. Ici, Fromet est aidé par les Ogres de Barback. Il aime le son acoustique mais il est bel et bien branché sur l'actualité et les tendances du moments. Il se moque de tout le monde: les footballeurs, les cadres dynamiques, les bobos, Gad Elmaleh ou les terroristes.

Il ose pas mal de choses et c'est drôle et enlevé. Sa cible préférée semble être le parisianisme et toutes ses branches comme le snobisme et les prétentions en tout genre. Frédéric Fromet a une voix joviale qui effectivement pourrait plaire aux petits.

Mais ses textes ne sont pas à mettre dans toutes les oreilles. L'ancien ingénieur informatique a plus d'esprit que beaucoup d'artistes. Il lui faut à peine plus de deux minutes pour croquer nos contemporains. Son écriture est vraiment désopilante. Il n'est jamais vulgaire, trouve toujours le bon angle, pour montrer nos petites misères. En plus il a la bonne idée de composer de jolis refrains! Avant de passer à table, n'hésitez pas de rigoler un bon compagnie avec ce lutin de l'humour! Joyeux Noel!

Irfan le label - 2015

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