Closure

Un album de fin ! Voilà ce que proposent les discrets Piano Magic, artisans d’une pop restée dans l’élégance des années 80/90 !
Glen Johnson a fondé son groupe en 1996. Depuis, les copains des débuts sont partis et les envies aussi. Pourtant son groupe n’est pas du tout oubliable. Bien au contraire. Il s’agit là d’un petit groupe anglais qui dure, à l’ombre du succès et suit obstinément son bonhomme de chemin.
Mais Johnson a visiblement fait le tour et il affirme désormais que c’est la fin. Il arrête cette pop qui se promène entre les sombres orchestrations de Nick Cave et les crooneries de Lloyd Cole. Il nous offre ici un chant du cygne qui n’a rien de sinistre.
Ca n’a jamais été la guinguette, mais Piano Magic propose huit derniers titres qui contiennent toute la saveur de leur musique un peu baroque, un peu barré, très élégante. C’est triste mais jamais désespéré. Ils trainent sur des mélodies qu’ils triturent avec un savoir-faire évident.
Après vingt ans d’existence ce n’est pas anormal. Mais ce n’est jamais de la musique pépére. On se plait à revenir sur les titres pour y comprendre la structure et l’atmosphère. Ils regardent bien derrière eux mais ce n’est pas un album totalement nostalgique.
Pas sûr qu’ils nous manquent mais les chansons de cette conclusion discographique sont vraiment charmantes. On redevient sensible ces compositions avec un peu d’électro et des arrangements plus lyriques. C’est beaucoup moins froid que la réputation de Coldwave qui colle au groupe. Ce n’est qu’un au revoir…
Second language - 2017
Themes for Dying Earth

Youpi voilà un joyeux titre pour bien continuer l'année des nouvelles qui nous dépriment. Pourtant les petits gars de Teen Daze auraient tendance à nous offrir une joli musique pleine d'espoir!
On n'en finit pas de désespérer de nos contemporains, de nos médias, de nos politiques ou de notre caissière du supermarché. Heureusement il y a a la musique, petite bouée pleine d'humanité et de création, où des artistes transcendent nos mornes existences pathétiques.
Le Monde va mal. Il va mourir. Pourtant le premier morceau de l'album qui se veut l'écho de ce triste constat est plutôt élégiaque avec nappes de synthés et harmonies vocales. Le Canadien Jamison Isaak n'est pas un triste dépressif qui va saccager le rock avant de plaindre l'humanité entière.
Sa pochette d'album est fleurie: il cueille quelques notes d'espoir à travers son électro très apaisé. Dream City, le second morceau, est calme et douceureux avec quelques notes répétées. Le court Becoming montre l'aspect organique de ce sixième album.
Lost est un peu trop téléphoné pour convaincre. On dirait une musique de déodorant mais la suite est nettement plus convaincante. Cherry Blossoms se plante au milieu de l'album et se révèle passionnant avec sa guitare et son synthé euphorisants.
First rain fait du bien aussi au moral même si le tempo baisse sérieusement. On appréciera plus les pulsations musicales de Rising toujours secondés par une guitare vivante. Tout s'enchaine naturellement et sans grand rythme, le musicien nous a tout de même attrapés dans sa toile de sérénité.
Anew nous baigne dans une cool ambiance que n'aurait pas renié Brian Eno dans ses bidouillage les plus pop. Water in Heaven cherche d'ailleurs un onirisme assez anglais dans le style. C'est plaisant et surtout rassurant. Car la fin du monde vu par Teen Daze n'est pas du tout anxiogène. Au contraire, après le dernier titre, Breath, on est totalement vidé... ou requinqué. Mieux qu'un SPA!
Flora _ 2017
Automaton

Huitième album après sept ans de silence, Jamiroquai a pris le temps de la réflexion et franchement, le plaisir est là. Coupable mais là !
Franchement on attend plus grand-chose de ce groupe qui a connu son heure de gloire dans les années 90. Jay Kay, le leader et chanteur du groupe, était devenu une parodie lui-même. Le groupe tournait sur sa classique formule de funk et de pop. Kay semblait préférer rouler des mécaniques dans de grosses voitures plutôt que voir évoluer son groupe diablement efficace, il faut le reconnaître.
Après des embrouilles en pagaille, revoilà donc Jamiroquai ! Un groupe qui aime les basses lourdes et s’est mis à la disco. Ils nous feraient presque penser à Marc Cerrone. Ne vous enfuyez pas puisque cela fonctionne à pleins tubes !
Evidemment il y a des petits ratés. Certains morceaux sont paresseux et sentent la redite mais dans l’ensemble ce huitième album se montre plus complexe dans ses arrangements. L’electro a le droit de citer et les structures ne sont pas aussi simplettes que les derniers albums. Le passage à vide semble terminer et on ne s’attendait pas à autant d’énergie.
Ce n’est jamais classieux mais Jay Kay et ses potos refont un bon vieux gros groove des familles, qui passera bien dans les campings cet été mais pas que. Il y a du travail. On devine même des expérimentations ici ou là.
On danse bêtement mais heureux. Ce n’est pas royal mais la disco pop trouve ici de très jolis titres entêtants. Le roi fainéant remet sa couronne en jeu et défend admirablement son titre.
EMI Virgin - 2017
English Tapas

Un disque qui sent fort le pipi et les fins de soirées arrosées. Avec un titre comme English Tapas, il ne faut pas s’attendre non plus à de la grande finesse ? Et Alors ?
Si vous croisez le chanteur Jason Williamson et son complice Andrew Robert Lindsay Fearn, c’est que vous êtes sûrement en train de finir une soirée digne de ce nom au fin fond d’un pub sordide qui sert de la bière tiède avec de la viande saoule partout autour de vous. Ces deux-là ne fréquentent pas la haute société londonienne. Ils aiment les faubourgs craignos, les lads de tout poil et réinventent tout simplement le punk.
Jason Williamson rappelle avec sa voix agressive celle de Shaun Ryder, autre détraqué de la musique anglaise. Il rappe comme il peut mais il sait que ses paroles visent juste. Il n’aime pas grand monde et le fait savoir avec un rap minimaliste, une pop baroque et des idées anarchistes.
Avec Sleaford Mods, tout le monde en prend pour son grade. La société de consommation, les politiques, les pauvres, les riches, la bouffe, rien n’échappe au radar de Williamson, qui met toute son énergie dans sa colère, entière et sans limite.
Ce n’est pas une sinécure. Le disque nous met sur les rotules mais il a le grand mérite d’être original. On n’écoutera pas cela en boucle mais on apprécie cette vigueur épurée et rentre dedans. Il s’agit du neuvième album. Ils sont passés dans une maison de disque plus confortable mais leur musique continue de bousculer et cogner.
C’est du punk nouvelle génération. Avec leurs gueules cassées, les deux lascars nous en mettent plein les oreilles. Avec pas grand-chose, ils font une sorte de montagne d’art brut… de décoffrage ! Une découverte qui vous mettra KO
Rough trade records – 2017
The search of everything

Toujours aux States, un petit point sur l'une des stars les plus populaires du continent... et si peu connu chez nous. Son septième album est très agréable en voiture!
Bon on a fait de la route. Les fameuses freeway américaines. C'est beau. On a l'impression d'être dans un film dans notre voiture automatique. Les paysages sont ceux de Speed ou de Fast & Furious.Le désert s'invite. Sauf que l'on ne dépasse pas le 70 miles. On est les rois de la route mais aussi de la radio. On y entend souvent John Mayer.
Chez nous, il est personne. Il est peut être connu pour avoir été le boy friend quelques mois de la star Jennifer Aniston. Ses albums sont rarement chroniqués chez nous. Il faut dire que le garçon a un sens très américain de la musique: c'est de la soul jouée par un rocker.
Un gentil et lisse rocker. John Mayer joue très bien de la guitare et soigne de jolis arrangements qui ne vous dérouteront jamais. Il serait le roi de RTL2, le son pop rock, si on lui donnait un peu sa chance.
Pour nous, c'est complètement inconséquent. En Amérique, on raffole de ce beau jeune homme bien sous tout rapport, qui bosse avec des musiciens expérimentés et qui fait de la jolie musique bien classique. Dans une voiture sur une route américaine, on pense comprendre pourquoi il marche. Revenu en France, pas sûr que l'on reste sensible à ses ritournelles élégantes mais pas très originales...
Columbia - 2017
Fast & furious 8

Après l'uberisation de la société, la starbuckisation de la consommation, sommes nous en face de la fast&furiousisation du blockbuster?
Mine de rien, on est devenu extrêmement indulgent avec cette saga assez basique et réactionnaire, où l'éloge de la famille se fait à coups de tatanes chorégraphiées et de cascades viriles! Son succès est incroyable et beacoup veulent imiter cette formule pour le moins simplette. Le premier épisode était un vulgaire ersatz motorisé de Point Break. Le second et le troisième trempaient dans la beaufitude crasse avec petits culs de pépées et grosses bagnoles.
Puis la saga s'est mise en place avec acteurs aux muscles saillants et un récit rudimentaire pour faire du spectacle total: des voitures qui vont vite, des types qui se castagnent et de jolies minettes!
Avec la mort du comédien Paul Walker, on s'est mis à être ému par cette franchise et désormais elle est devenue incontournable. Nous voici donc au huitième épisode. Toretto doit trahir les siens pour sauver la planète d'une troisième guerre mondiale. Bah oui, un pilote rebelle au grand coeur et chauve peut vous protéger d'un destin funeste international!
Comme d'habitude, le comédien Vin Diesel en fait quatre tonnes pour jouer le gars qui sait tout, fait tout et détruit tout! Comme d'habitude, il a une équipe de pilotes qui font tous des blagues devant la mort. Comme d'habitude, il y a des véhicules improbables et des filles avec courtes jupes sur de la musique de mariachis 2.0 . Comme d'habitude il y a des acteurs connus ou sur le retour qui viennent faire des apparitions remarquées.
On retiendra de cet épisode, une Charlize Theron très féroce et rasta, à la peau étrangement lisse et un Kurt Russell, jubilatoire dans le rôle de l'agent vachement secret. Mais ce que l'on retiendra c'est cette scène étrange où toutes les voitures connectées deviennent folles (téléguidées par la méchante) et mettent le souk dans New York. Un moment spectaculaire et inédit comme on n'en voit très rarement dans cette série qui réussit à choper à notre indulgence à coups d'énormités qui bien souvent nous mènent à l'hilarité.
Avec Vin Diesel, Charlize Theron, Dwayne Johnson et Jason Statham - Universal - 12 avril 2017 - 2h05
What we’re made of

Daniel Allen joue de la guitare et chante l'Amérique. La Vraie. Celle qui fait soulever la houppette de Donald Trump de plaisir. Bryan Harris cogne à l'Américaine sur sa batterie pour faire l'admiration de Paul Bruens, mutique bassiste poilu. Richard Forehand seconde idéalement le chanteur et joue comme Jimmy Page de la mandoline et de la pedal steel. Enfin Beau Cooper pianote comme un vieux cowboy au crépuscule de sa vie. The Vegabonds vient du Tennessee et ca s'entend!
On sort donc les Stetson et les cuirs à frange. On se met à la moto. On aime les grands espaces et les bars avec des billards et des néons. Si on peut ajouter quelques belles pépées, on fera l'éloge de l'authentique. Le groupe de Nashville en tout cas ne va pas vous décevoir si vous connaissez ou aimez ce genre d'ambiance.
Comme les vieux rockers de notre enfance, ils ont des lunettes de soleil, les cheveux longs, des barbes hirsutes et des chansons avec plein de sentiments dedans. Allen et ses potos parlent de la vie, de ses souffrances, de ses espoirs et de ses luttes. C'est beau comme du Clint Eastwood.
Vous l'aurez compris: rien de surprenant ici mais l'album est un plaisir aussi coupable qu'exotique finalement. Les petits gars savent se la jouer beaux gosses du grand canyon comme de grands cavaliers du rock'n'roll à l'ancienne. C'est impeccable. Comme un exercice au lasso dans une démonstration de pick up trucks rutillants.
C'est populaire dans le bon sens du terme. Ca sent bon l'Amérique de légende. Pas celle qui nous fait désespérer en ce moment!
Just for kicks music - 2016
Ghost in the shell

Film fantome
Adaptation d’un dessin animé japonais, Ghost in the shell déçoit logiquement. Reste une drôle d’actrice au milieu du délire visuel !
Ghost in the Shell est une référence absolue ! Un monument du dessin animé adulte, du film de science fiction et du cyber punk un poil hard boiled (impressionnant ce que je viens de dire non ?). Bref il ne fallait pas toucher à cette saga et Hollywood, n’a pas du tout pris de pincettes pour l’adaptation.
Vous avez donc des effets visuels spectaculaires. Des robots dangereux. Une héroïne aussi belle que surarmée. Et une histoire d’une pauvreté affligeante. Pour que le spectacle soit bien worldwide, la moulinette hollywoodienne a réduit le récit à une quête d’identité individualiste où la philosophie se limite à quelques réflexions entre deux coups de feu !
Le film du limité Rupert Sanders (Blanche Neige et le Chasseur) se cantonne à de belles images qui rappellent Blade Runner et la star du film, Scarlett Johansson ressemble à une muse de Luc Besson. C’est dire si on est loin du niveau d’évocation et de créativité de Masamune Shirow, mangaka et du cinéaste Mamoru Oshii.
Il est difficile d’apprécier cette version live, qui ne prend aucun risque et finit par ennuyer sans déplaisir, réel. Là où le dessin animé nous faisait vibrer réellement et nous questionner, le film mâche toute notre intelligence pour ne jamais nous froisser. C’est une belle coquille vide
Reste que la belle Scarlett Johansson intrigue dans ces choix dans le film de genre. Dans Under The Skin, elle jouait un alien affamé perdu dans le corps d’une bombasse. Dans Lucy, elle est dissoute physiquement par le cinéaste. Ici, encore son corps est en miette et le personnage central s’interroge encore sur l’apparence et l’intellect. Johansson est une actrice qui aime se faire du mal. C’est bien le seul point réellement positif et un peu ambivalent de ce film décevant.
avec Scarlett Johansson, Takeshi Kitano, Juliette Binoche et Pilou Aesbaek - Paramount - 29 mars 2017 - 1h45
Brimstone

2h30 pour nous dire qu’il faut se méfier des fous de Dieu… c’est peut être un peu trop !
Une jeune femme muette vit paisiblement dans une petite communauté rurale dans de magnifiques montagnes sauvages. Tout a l’air d’un western champêtre. Elle a un mari qui l’aime et deux beaux enfants. Tout change lorsque le nouveau et rigoriste pasteur arrive en ville…
Entre les deux, il y a une animosité qui va se révéler au fil des très longues minutes de ce western quasi gothique qui s’imagine presque comme un film d’horreur. C’est très beau. Les paysages sont incroyables. L’ambiance ouatée et inquiétante rappelle le cinéma d’antan avec de la brume, de l’eau, du feu…
Le réalisateur hollandais Martin Koolhoven s’échappe rapidement des conventions du western. Il y a toutes les saveurs mais le goût est beaucoup plus âpre et cruel. Divisé en quatre chapitres éprouvants, le film va nous faire rentrer dans la folie d’un homme de foi qui ferait passer Robert Mitchum dans La Nuit du Chasseur pour un béni oui-oui.
La poésie de La Nuit du Chasseur est remplacée par une cruelle violence qui lorgne sérieusement sur le gore. Et elle s’étale sur une longue durée. On est à la limite de la complaisance. Pourtant les efforts du cinéaste sont louables.
Il est surtout sauvé par deux acteurs sublimes. L’insupportable Dakota Fanning (La Guerre des Mondes) est devenue une actrice étrange et volontaire. En face d’elle, elle affronte Guy Pearce, déjà vu dans le curieux western Vorace, et qui continue de trainer son physique sec et fascinant dans une œuvre hors norme, dérangeante mais pas toujours convaincante.
C’est en fait un chemin de croix. Pas sûr que la violence graphique aide le propos. Il y a de belles choses dans le film mais le malaise se prolonge trop et le duel autour de la religion et de la famille vire au cauchemar. Autant pour le spectateur que pour les comédiens.
Avec Dakota Fanning, Guy Pearce, Carice Van Houten et Kit Harington – Les jokers les bookmakers – 22 mars 2017 – 2h25
Somewhere under Wonderland

Coucou à nouveau,
Le périple californien se poursuit et je vous envoie une nouvelle carte postale musicale! On se souvient du titre Mr Jones des Counting Crows. He bien, ils existent encore et ils vont plutôt bien!
Ce qu'il y a de bien avec ce groupe c'est qu'il n'est pas nostalgique et n'essaie pas de courir après le succès de leurs débuts, qui furent bel et bien tonitruants. Le chanteur Adam Duritz a pris la notoriété dans la tronche et le star system aurait pu avoir sa peau.
Heureusement les Counting Crows est un groupe solide avec une idée précise et constructive de la musique et du rock en particulier. Ils parlent souvent de L.A. et toutes ses contradictions mais le groupe de Berkeley lui apparaît désormais très structuré et conscient.
En plus de trente ans d'existence, il y a eu peu de départs. Les musiciens cherchent dans leur formation, la chanson parfaite, le rock le plus proche d'eux et leur générosité s'est toujours ressenti dans leurs albums, assez peu nombreux.
Le dernier date donc de 2014. Le groupe a quitté le label Geffen en 2009 et vole de ses propres ailes depuis. Somewhere under Wonderland est leur premier album de compositions depuis cette rupture. Pour l'occasion, il est tout de même distribué par le label Capitol. Ils n'ont pas vraiment changé: du rock classique, légèrement alternatif, avec des paroles très prenantes et une guitare qui s'impose un peu plus que d'habitude.
Le style est donc une sorte de rock inaltérable et amical. On a l'impression d'être avec des potes de longue date que l'on voit trop peu. C'est fraternel en diable et donne bien l'idée d'une Californie comme île idéaliste loin de la férocité d'un Trump. Peace & love, les amis!
Capitol - 2014




