Anarchy and alchemy

On continue de se souvenir de ce joyeux temps où Suede sexualisait la musique, où Pulp se moquait de ses contemporains, où Blur et Oasis se faisait la guerre, avec la sortie discrète du nouvel album de Echobelly, premier amour pour beaucoup de lads!
Car pendant que les Gallagher insultaient le leader de Blur, une autre gueguerre version féminine existait au pays de la britpop avec la blonde des Cranberries et la brune d'Echobelly. D'un coté, il y avait l'Irlandaise un peu réac et de l'autre l'indienne aux yeux d'amande installée en Angleterre.
En plus d'avoir une jolie voix, Sonya Madan avait de quoi charmer les plus taciturnes des auditeurs. Comme beaucoup de groupes, les débuts furent tonitruants puis tout s'est compliqué. Le groupe a disparu définitivement en 2004.
Mais Sonya Madan et le guitariste Glenn Johansson se sont retrouvés pour des concerts acoustiques puis ont recommencé à écrire. C'est à Abbey Road qu'ils enregistrent avec deux nouveaux complices une série de chansons plus matures, moins sautillantes mais encore intéressantes.
Après la nostalgie, vient un esprit combattif que l'on entend peu dans la pop actuelle. Le groupe conserve ce charme londonien, ouvert sur tout et sur parfois n'importe quoi. La voix est moins malicieuse mais plus posée. Les chansons elles sont encore courageuses malgré une structure assez simple. On n'est plus dans les hits joyeux des débuts. Certains seront décus, d'autres apprécieront ces retrouvailles inattendues.
Le disque donne une impression de lenteur. Un retour en douceur peut être. Ce n'est pas mou mais on échappe vraiment à une redite des débuts. On est un peu trop loin peut être du style initial. Pas désagréable. Mais comme lorsqu'on revoit un premier amour, on peut être un peu frustré.
Fauve - 2017
Le monde secret des Emojis

Quel monde étrange, votre téléphone. Il y a une vraie vie dedans. Et cela donne un film qui n'oublie jamais d'être publicitaire.
Ce que l'on ressent c'est tout de même une succession de publicités pour des franchises qui cartonnent déjà sur nos smartphones. Ils sont tellement intelligents que Textopolis abrite tous les émojis qui nous permettent de ne plus écrire et de nous faire comprendre avec des petites images mignonnes et inoffensives!
Gene est donc le petit être jaune qui doit représenter l'émotion, BOF! Mais il n'y arrive pas. Il est capable de représenter beaucoup de sentiments. Il devient aussitot une anomalie et met en péril le bon fonctionnement du portable d'Alex, un adolescent qui en pince pour une lycéenne et qui aimerait bien communiquer avec elle.
Donc tout le monde doit faire des efforts pour parler, se dire les choses, vivre ensemble! C'est le beau message de ce film qui célèbre un moyen de communiquer assez régressif même s'il est ludique et rigolard. Une petite contradiction qui n'empêche pas le film de mettre en avant l'utilisation du portable mais aussi en sous texte, la transformation du langage et la difficulté des rapports humains. Les adultes seront sceptiques; les enfants eux, seront aux anges.
Il y a de la musique qui balance. Il y a du rythme et peu de temps mort. C'est leur univers. Coloré. Mignon comme tout. Et surtout ultra franchisé! Le monde secret des emojis est un pur produit de consommation. Il ne renie même pas ce statut. A l'image des émojis, il y a moyen de rire... jaune!
Sony Pictures - 18 octobre 2017 - 1h20
Kicking up the dust

Il n'y a pas que le shoegazing dans la vie! La Britpop refait parler d'elle avec le retour de vieilles gloires sur le devant de la scène. Teenage fanclub lachait un nouveau chef d'oeuvre l'année dernière. Les Charlatans montrent toujours qu'ils existent.
Liam Gallagher refait parler de lui avec un album solo. Son premier. Il prend certainement toute la place car il y en a d'autres qui reviennent comme Cast, le groupe de John Power, idole de Noel Gallagher.
Pour le guitariste d'Oasis, Cast est le Who des années 90. Le compliment fait date et le groupe continue son bonhomme de chemin après un arrêt de dix ans, en 2001 et 2011. Ancien bassiste des mythiques The La's, John Power a tenté une carrière solo sans grande conviction. Il se sent plus fort avec ses copains de Cast.
A bientôt cinquante ans, le leader de Cast ne fait plus de la grosse britpop efficace qui vous transformerait automatiquement en supporter du FC Liverpool. Ses nouvelles chansons sont plus rock, plus aventureuses, éloignées des débuts turbulents et tonitruants du groupe.
Power et ses fidèles complices tentent un style plus bariolé avec un peu de funk et pas mal de rock. C'est convaincant. On veut bien croire qu'à 50 balais on a l'envie d'aller voir un peu ailleurs.
Ce n'est toujours pas maitrisé mais c'est agréable de voir que cyniquement Power et les siens n'essaient pas de reproduire bêtement les hits qui ont fait la gloire perdue. On entend des types passionnés et pas du tout blasés. Leur musique ne ressemble pas aux Who mais comme eux, ils savent que la pop est une forme de musique que l'on peut triturer comme on veut. Enfin eux, ils tentent! C'est déjà ça!
Cast recordings absolute - 2017
Blade Runner 2049

On ne sait pas trop si c'était nécessaire mais Blade Runner a droit à une suite 30 ans après le film de Ridley Scott. La bonne idée: mettre le très intellectuel Denis Villeneuve. Mais la pensée est elle soluble dans le blockbuster?
Car, ces derniers temps, la science fiction au cinéma, c'est juste le décor, les effets spéciaux et le gigantisme! Si les producteurs peuvent de débarasser de toute réflexion pour juste rester dans l'emphase et le spectaculaire, ils ne se gènent pas!
Oser reprendre Blade Runner en 2017, à l'heure des Transformers, c'est franchement casse gueule. D'autant que Ridley Scott est à la baguette de la séquelle et que sa gestion de la mythologie d'Alien est plus que douteuse avec ses deux préquelles maladroites.
Pourtant le vieux cinéaste anglais va donner les clefs du projet à Denis Villeneuve, le réalisateur Canadien qui bouscule hollywood en imposant de la noirceur, de la dépression dans des polars et des films de genre, quasi métaphysiques. Villeneuve, c'est un peu l'extraterrestre d'Hollywood depuis le succès de Prisoners!
Il n'y a donc pas de doute: il va tout comprendre aux enjeux de Blade Runner, film noir futuriste où la condition humaine est au coeur d'une intrigue tortueuse. On repart donc sur les mêmes bases avec un nouveau Blade Runner, toujours à la recherche des répliquants qui se cachent dans une société au bord du chaos. Mais le pauvre va faire la lumière sur un secret bien enfoui qui pourrait changer la face du Monde...
Le pauvre faisait déjà la gueule. He bien il va se la faire casser désormais parce qu'il pose des questions qui dérangent de plus en plus. Et Villeneuve en profite pour parler de la virtualité du Monde, la désincarnation des sentiments et le déclin pur de l'Humanité. Il fait bel et bien renaitre les émotions que suscitaient le premier film avec une fine observation du style de Ridley Scott.
Villeneuve n'est pas du genre à se laisser aller à la facilité. Il propose une oeuvre contemplative, un nouveau film noir où se sont les personnages qui font naitre les tensions plutôt que l'action (le film est assez pauvre: ca n'a jamais été la passion du réalisateur), un film d'auteur.
En apparence il arrive à grimper au niveau du film culte de Ridley scott, bide remarqué à son époque! Mais il y a une vraie différence entre les deux films: la durée et l'inventivité. Ici, Villeneuve réussit l'imitation mais a du mal à habiter sincérement les impressionnantes ambiances des très différents décors du film. Ca tourne à l'exercice de style. Brillant, c'est vrai!
Plus problématique, c'est la lenteur. Il y a presque une heure de plus dans Blade Runner 2049. Et elle n'apporte pas grand chose de plus à la réflexion du premier film. On peut profiter certes d'un casting féminin assez incroyable et fascinant mais ca ne suffit pas à supporter un étirement esthétique d'une intrigue qui aurait gagné à être plus ramassé. 2049 minutes, c'est bien l'impression que laisse le film qui ne dure que 2h45!
Une sensation qui rend un peu triste car Hollywood semble aussi avec ce film redécouvrir que le cerveau est tout aussi important que les yeux. Pour cette bonne intention, on restera très accomodant avec ce gros film de science fiction qui pense, et qui pense et qui pense...
Avec Ryan Gosling, Ana de Armas, Robin Wright et Sylvia Hoeks - Sony - 4 octobre 2017 - 2h45
Something to tell you

Elles sont belles. Elles sont habillées et coiffées comme des mannequins. En plus elles chantent bien. Les soeurs Haim devraient plaire aux adolescentes comme à leurs papas... et même les mamans.
On écoute la première chanson avec un peu d'inquiétude. Il y a bien de jolies voix féminines qui se répondent avec un sens du rythme assez séduisant. Mais on entend surtout des bidouillages un peu partout pour apporter toute la modernité qui plait aux radios du monde entier ou pour des publicités!
Il faut dire que les filles de Haim ont tout pour plaire. Ce sont trois jolies soeurs qui jouent de tous les instruments. Une version californienne des charmantes The Corrs d'Irlande. Et en plus elles chantent parfaitement.
Brillantes, elles poursuivent une tradition de chanteuses qui modernisent les vieilles traditions de la pop ensoleillée. Elles sont souvent comparées à Fletwood Mac, les Haim sont plutôt les héroïnes des nineties.
Il faut donc ici entendre un mélange des années 90 et tous les tics de production de ces derniers mois. Parfois ca passe. Parfois ca casse. On veut bien tomber amoureux du trio mais pas à n'importe quel prix! De temps en temps, c'est de la bête chanson de stade. Et puis on est surpris par un raffinement ou une nuance que l'on doit uniquement aux soeurs.
Evidemment si tu as un producteur ami de Madonna et Usher, il ne faut s'étonner que ca ne sonne pas comme dans un vieux disque de Johnny Cash. Mais finalement ce qui agace ici, c'est le potentiel de Danielle Sari, Este Arielle et Alana Mychal Haim. On devine de vraies qualités d'ecriture.
Sur de la folk, elles seraient exceptionnelles. Sur de la pop bien standardisée, elles représentent une version un peu plus qualitatif des Spice Girls. On voit bien qu'elles lorgnent sur les idoles Taylor Swift ou Katie Perry.
Elles devraient donc avoir un compte instagram, un compte twitter et d'autres réseaux sociaux. Le disque n'est plus qu'un accessoire et la musique, une excuse. Au début de leur carrière, on va leur laisser le bénéfice du doute mais on espère qu'elles trouveront rapidement un type qui leur veut vraiment du bien. Un artiste par exemple!
Columbia - 2017
Welcome to Woodstock – Théâtre Comédia- Laurent Serrano

Un rock en stock sympathique
Welcome to Woodstock revient sur l’événement du point de vue de la jeunesse française des années 60. 6 jeunes issus d’un milieu bourgeois et en rupture avec leur famille décident de rejoindre l’événement annoncé aux Etats-Unis.
C’est l’occasion pour cette jeunesse de nous réinterpréter au fur et à mesure de leur itinéraire quelques morceaux d’anthologie qui viendront jalonner l’histoire de la musique des années 70. Dans une scénographie soignée, les jeunes chanteurs portent avec talent des chants qui feront battre du pied les spectateurs. The Who, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Cat Stevens, Bob Dylan, les Doors, Joe Cocker et bien d’autres sont de la partie.
Le tour de chant et l’orchestration sont très réussis même si l’on regrettera une mise en scène hygiéniste qui vient pour le coup en rupture avec l’esprit déjanté du Woodstock d’origine. On est loin des glissades dans la boue de la vidéo projetée. Le metteur en scène, un brin scolaire, ne parvient que maladroitement à évoquer la liberté sexuelle dans une scène dénudée un tantinet trop longue. Sur scène, les pétards sont en carton et les délires sont en papier. Un petit côté Hélène et les garçons trop peu audacieux qui passe rapidement sur l’Histoire avec une grande hache.
Un spectacle à écouter : les chants de Xavier V Combs, Yann Destal, Jules Grison, Magali Goblet, Morgane Cabot ou de Margaux Maillet font mouche. Un esprit de camaraderie qui vous fera passer un sympathique moment en famille.





