The Propelled Heart, Alonzo King Lines Ballet, Lisa Fisher, Chaillot

Formidable alliance de la danse et du chant, le chorégraphe Alonzo King et la chanteuse Lisa Fisher nous offre un spectacle envoutant qui nous touche droit au coeur.

Depuis 1982, Alonzo King s'évertue à proposer une danse classique "moderne". Il n'hésite pas à déstructurer et concilier des influences différentes : jazz, ballet classique, chant lyrique… C'est d'ailleurs ce que l'on peut ressentir en assistant au spectacle "The Propelled Heart".
D’un point de vue chorégraphique, Alonzo King reste fidèle à son esthétique en utilisant un langage basé sur la technique classique : grandes extensions, lignes cassées et angulaires en sont les principales caractéristiques.
La compagnie Lines ballet offre une performance que l’on pourrait qualifier d"organique". Les danseurs évoluent tels des animaux dans les premiers minutes du spectacle. Il y a un jeu qui s'installe entre la voix gutturale de Lisa Fisher et les gestes hypnotiques des danseurs. A mi-chemin entre le combat et la collaboration, le pouvoir du chant répond à la beauté de la danse. Le spectacle nous prend aux tripes.

La pièce "The Propelled Heart" s'appuie sur l’enseignement du gourou Sri Yukteswar. Lequel, dans La Science sacré, décrit cinq états du cœur humain : obscur, animé, constant, consacré et pur.
L’état du cœur animé (propelled heart) correspond ainsi au moment où l’individu, doutant du réel, se met en quête de vérité. Sri Yukteswar écrit : “Lorsque l’Homme est un peu éclairé, il compare les expériences de la création physique qu’il a à l’état de veille avec les expériences qu’il a dans son sommeil. Il comprend que ces dernières sont simplement des idées, et il se met alors à douter de l’existence substantielle des premières. Son cœur se sent donc poussé à connaître la nature réelle de l’univers. Luttant pour se débarrasser de ses doutes, il cherche des preuves pour établir ce qu’est la vérité.”

Si "The Propelled Heart" célèbre la magnifique voix de Lisa Fischer, l’énergie, la passion et l’engagement des danseurs restent remarquables. Ils sont d’une grâce envoûtante et un très grand charisme émane d’eux.

 

The Propelled Heart
Avec Alonzo King Lines Ballet et la chanteuse Lisa Fisher
Théâtre National de la Danse – Chaillot

Grosso modo

A coup sûr, Grosso modo sera le disque le plus exotique de l'année!

Nos cousins de l'autre coté de l'Atlantique ont un accent. On l'aime cet accent. Ils nous envoient des chanteuses qui font pêter les ampoules et les oreilles mais il suffit qu'elles ouvrent la bouche pour que l'on tombe en amour.

Les Canadiens seraient depuis quelques temps un havre de paix et un possible idéal avec une société qui résiste au froid, qui kiffe l'immigration, qui a un premier ministre super cool et qui déguste de la poutine. Il y a bien des contestations (relayées par les rustiques et charmants Cowboys Fringants) mais le Canada, c'est la France en mieux. Du moins, c'est le fantasme.

En tout cas, on peut désormais être jaloux de leur rap. Grosso Modo montre un flow débridé et surtout une musicalité qui nous manque beaucoup. Chez nous, tu trafiques ta voix et voilà, tu es rappeur! Seba et Horg sont des sacrés rappeurs. Ils aiment les mots. Les jeux de mots. Les punchlines cinglantes. Les rimes riches. Il y a bien l'accent qui amène tout l'exotisme que l'on attend mais ca n'empêche pas d'admirer le talent du duo québecois.

Car la musique fusionne parfaitement avec les verbes. La mélodie et l'harmonie ne sont pas du tout sacrifiés. Les sons promettent un groove à l'ancienne mais très bien travaillé. Ce n'est pas nouveau mais c'est de la science toute maitrisée qui fait du bien à entendre. Ils ne font pas le coup du "c'était mieux avant"! Ils puisent dans leurs souvenirs et mettent leurs tripes dans leurs chansons, exotiques mais toujours réjouissantes. Une façon de travailler qui devraient s'exporter dans nos contrées!

la be - 2018

Annihilation

Si l'on considére que la science fiction est une forme d'extrapolation sur la condition humaine, une philosophie incarnée ou un discours sur la Monde, alors le second film d'Alex Garland est plutôt une réussite. La fiction se met bel et bien au service d'une réflexion.

La réflexion est hélas bien connue: nous sommes bien peu de choses dans ce bas monde et la Nature pourrait bel et bien nous jouer des tours. Le nombrilisme humain est un cancer quand on se met à réfléchir à notre place dans l'Univers. Le refrain est connu mais la demande d'humilité proposée par ce genre de films n'est pas désagréable, bien au contraire. On la souhaite plus présente!

Scénariste de Danny Boyle, réalisateur d'un très bon premier film fantastique déjà, Ex Machina, Alex Garland est un filou et son film se donne des grands airs et pourtant finalement il aurait gagné à rechercher plus d'efficacité. Et de la simplicité. Avec un même sujet, John Carpenter aurait fait certainement une grande série B.

Ici, on ne sait pas trop si c'est du lard ou du cochon. Avec la présence de la gracieuse Nathalie Portman, le film se doit d'être impressionnant. Il l'est par moments. Avec son idée de zone isolée avec la nature en folie à l'intérieur, le film pouvait nous faire décoller. Ca arrive très peu. Avec son expédition féminine au centre de cet endroit dangereux, on pouvait espérer un film d'aventures. Hélas, elles parlent beaucoup et subissent beaucoup nos aventurières.

Heureusement les intentions sont bonnes. La mise en scène est habile. Si on excepte la musique (vraiment nulle de chez nulle), le film nous embarque dans un étrange voyage et explore les sentiments et l'âme, plus que les mystères attendus. Le cahier des charges de la sf est donc respecté. Les attentes du spectateur, un peu moins!

Avec Nathalie Portman, Jennifer Jason Leigh, Tessa Thompson et Gina Rodriguez - Netflix - 1h50

chanson du jour: l’échappée

Les Affamés

Tout ce qu'il ne faut pas faire, Les Affamés le fait! Ca en devient très drôle! A s'en décrocher la machoire devant un film de genre en décomposition!

Le zombie est il fatigué? Depuis sa renaissance avec le succès de Walking Dead, le monstre semble être en mille morceaux et ne ressemble plus à la créature que feu Romero a inventé en 1968. Il était le symbole d'une révolte, d'une critique, d'un effroi primaire.

Dans les Affamés, le mort vivant est en robe de chambre. Il se perd dans la nature. Il court bien vite dès qu'un morceau de viande se promène dans la forêt. Il construit des montagnes de chaises et les admire avec son mythique regard de bovin.

En gros, au Québec, le zombie vit à la campagne et cherche surtout à occuper son ennui ou son immortalité en collectionnant des chaises. Pourquoi? On ne sait pas trop mais pour Robin Aubert, le réalisateur canadien, cela a sûrement du sens. Pour nous c'est juste du grand n'importe quoi, dans un film proche du nanar totalement fauché.

Mais ca nous permet d'assister à un spectacle absurde, avec des personnages rigolos et des comédiens pas toujours convaincus par le mal qui rôde et l'apocalypse qui s'annonce. On ne va pas être méchant mais l'accent ajoute une petite pointe comique à l'ensemble qui tombe bien souvent dans le grotesque.

Tout sonne faux. La production semble baclée. Les acteurs se débrouillent comme ils peuvent avec leurs armes et leurs ennemis. Le scénario est trop épuré. La contemplation ne va pas bien au film de zombies. L'ambition est peut être là (la nature est très jolie et bien filmée) mais le résultat est à ranger avec les tonnes de navets qui se font faits après le succès de L'armée des morts, en 2004, electro choc qui a réveillé les zombies! Il serait peut être temps de faire une petite sieste!

Avec Marc André Gondrin, Monia Chokri, Brigitte Poupart et Charlotte stMartin - 2018 - Netflix

chanson du jour: artificial

In a poem unlimited

On revient un peu à notre thématique annuelle: la libération de la parole des femmes. Les disques au féminin sont nombreux et surtout ils sont bons: la preuve avec l'album de US Girls.

Avec un titre comme cela, le groupe de Meghan Remy ne peut que faire l'actualité. Les filles aux Etats Unis, c'est un moment d'histoire en ce moment. Avec un président sexiste, des libidineux qui tripotent en toute impunité et des stars qui se confient, on se rend bien compte que la condition des femmes a encore un sacré pour de chemin à parcourir pour trouver un semblant de liberté ou d'égalité.

Mais nous ne sommes pas là pour la politique mais pour parler du sixième album de ce groupe canadien qui n'a pas froid aux oreilles. Discret, le groupe suit sa route et commence à prendre la bonne direction: la musique de US Girls réchauffe.

La jeune femme et ses complices sont au carrefour des styles: il y a la fois de la radicalité et du classicisme. C'est de la pop énervé ou du rock'n'roll futé. Les arrangements sont d'abord crus avant de laisser de la place à de la complexité. Les instruments se répondent entre eux et on entend à chaque écoute des petites choses qui font plaisir à écouter.

Au delà de la posture de la chanteuse, pas loin de la protestation et de la dénonciation. Bizarrement les chansons à message sont usantes. Ici, elle utilise la légèreté de la pop et la beauté des orchestrations pour adoucir le propos. Cela gagne en efficacité.

La vie de Remy ne fut pas un long fleuve tranquille mais ce n'est pas la motivation de son disque. Les harmonies et les mélodies transcendent les douleurs et les volontés. In a poem Unlimited voit plus loin et nous emmène plus haut. C'est peut être un peu répétif. La voix ressemble un peu trop à celle de Kate Bush. Mais on ne s'ennuie jamais dans ce poème vers lequel on peut revenir sans fin.

4 AD - 2018

chanson du jour: Room at the top

chanson du jour: sowia

Bordeliko

L'hiver nous quitte enfin. Pour se dégeler, on vous conseille l'écoute  intensive du nouvel album très chaleureux de Sidi Wacho. 

Vous avez souffert la semaine dernière du grand froid. Le fameux Moscou Paris que désormais, la France entière connait. Maintenant, on vous propose plutôt le Cuba Paris! En tout cas, nous voilà en présence d'un groupe qui regarde du coté de Barbès tout autant que de l'Amérique du Sud. Un cocktail évidemment bouillonnant!

Vous allez oublier l'hiver et ses désastres. Avec quelques cuivres et quelques paroles engagés, vous allez vous réchauffer aux sons bariolés de Sidi Wacho, héritier jeune et pétillant de la Mano Negra ou Zebda. Un groupe qui ne se replie pas sur lui même: le mélange est aussi délicieux que épicé.

Alors, les traditions sont respectés: le collectif dénonce toutes les misères subies. Il se méfie du pouvoir, des flics et des puissants. Il aime les pauvres et la simplicité populaire. Il adore surtout la musique et c'est tout le plaisir de ce disque naturellement joyeux.

le bordel souligné par le nom de leur second disque est assez organisé. La cumbia cuivrée vient donc se méler à un groove franchouillard mais tout aussi exotique. Les dedux fonctionnent à merveille et se répondent très bien.

Les influences dépassent les frontières et leurs chansons ressemblent à un échange d'idées et d'amitié. On a l'impression d'être dans un baloche bigaré, heureux et surtout réussi. Ce disque sonne l'arrivée prochaine du printemps: Bordeliko revivifie!


Pias - 2018

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