Age Of

Dans la famille bidouilleur de génie, je voudrais l'Américain cool qui recycle, découpe et réactualise de vieux sons du passé!
Avec son nom imprononcable, Oneohtrix Point Never est une sorte de geo trouvetout de la musique électro. Son vrai nom, c'est Daniel Lopatin et c'est bien son humanité que l'on entend dans ce nouvel album qui fabrique des patchworks musicaux assez particuliers.
En tout cas, l'écoute de son disque relève de l'expérience. On imagine bien que le garçon a été à la pointe de l'avant garde en matière d'électro. De loin, cela ressemble beaucoup à de la musique de geek hermétique.
Pourtant si vous écoutez attentivement le disque vous entendrez un artiste ambitieux et des chansons mutantes et touchantes. Les répétitions et les échantillonages sont d'une douceur assez surprenante. C'est diablement baroque.
Le musicien a déjà travaillé sur des oeuvres cinématographiques. Cela se ressent dans l'ambition même du disque. Il monte une sorte d'opéra sonore, mouvementée, lyrique et spécialement immersif. Les sons sont particulièrement abstraits mais il y a ce petit quelque chose d'humain qui vient vous prendre aux tripes et qui vous ne lachent pas. L'idée d'un petit clavecin en début d'oeuvre ouvre la porte à des milliers de bricolages passionnants, un peu effrayants mais qui compose un ensemble cohérent absolument bluffant.
Pour info, le disque d'Oneohtrix Point Never nous réconcilie avec l'utilisation de l'autotune. Juste pour cela, on peut aimer cet album déroutant et spatial!
Warp - 2018
The future & the past

Natalie Prass, avec sa beauté diaphane et sa jolie voix, nous plaisait déjà sur un premier disque discret et sympathique. Cette fois, la demoiselle se révolte et casse son image pour ressortir les vieux costumes du funk. Une belle idée!
Car finalement, il n'y a rien de mieux qu'un artiste qui sort de ses habitudes, qui se sépare de son étiquette et c'était vraiment facile de cataloguer l'Américaine Natalie Prass. Dans son premier disque, il y avait de la grace et de la maladresse. Ici on retrouve la chanteuse dans une tenue de prêtresse du groove.
Il est vintage. Elle s'accapare des rythmes urbains des années 70 mais cela fonctionne bien avec son léger timbre de voix. C'est ce décalage qui fera tout le charme de ce disque farfelu malgré les apparences et la démonstration.
Elle en veut. Cela se voit clairement. On entend les cuivres, les synthétiseurs et les cordes. Le mid tempo est bien velouté. On retrouve derrière les consoles, Mathew E.White qui a digéré son expérience réussie avec une autre chanteuse, Flo Morrissey. Pour ce deuxième album produit par ses soins, il semble inspirer: on n'est pas du tout dans la roucoulade funk. C'est assez protéiforme. Parfois c'est too much mais l'entreprise ne s'enferme pas sur les clichés rassurants.
La jeune femme fabrique des ambiances différentes. Il y a moins de pop et plus de soul. Mais pas celle qui se fabrique dans les grosses boites: c'est toujours du boulot artisanal et assez libre. Même face à un périlleux slow, on entend une chanson habilement soutenue et attachante.
Natalie Prass et son producteur ont compris l'essence du genre et on navigue sur des notes chaleureuses et des refrains agréables. Bien fait, The future et the past sont de bons moments à partager!
ATO - 2018
Arthur Buck

C'est une descente de mandoline très REM qui débute le premier album de Arthur Buck, fusion entre deux artistes discrets à l'ombre des géants.
Dans REM, Peter Buck était le guitariste timoré et surdoué. Si on fouille un peu, on découvre une personnalité curieuse, jamais avare en aventures électriques. Sans le célèbre groupe, il s'est fait de nouveaux amis dont le sympathique Joseph Arthur. Lui, il court après la gloire depuis des années mais le succès d'estime est surtout sa marque de fabrique.
Un déficit de charisme? On ne sait pas trop mais les deux hommes s'attachent l'un à l'autre pour créer le très logique Arthur Buck. Un duo de talents, c'est certain. C'est bien fichu. Ca chante bien. Mais bizarrement ce n'est pas exaltant.
Ecrit et réalisé au Mexique, pays favori de Peter Buck, le disque a quelque chose de statique même quand les deux hommes font du bruit avec leurs guitares. Il y a bien de temps en temps l'atmosphère mexicaine (l'excellent The Wanderer) qui apparait mais les titres se succèdent sans surprise. La guitare est joyeusement célèbrée mais sur des chansons peu originales. On est content de l'association entre les deux louables artistes mais il n'y a aucune valeur ajoutée.
On dirait un peu des stars vieillissantes qui fantasment sur leur jeunesse et leur gloire passée. Pas désagréable, le disque n'est pas la grande réussite attendue. Dommage.
New west - 2018





