Un long silence, Mikal Gilmore, 10-18

C’est une histoire extraordinaire que raconte Mikal Gilmore ; l’histoire de sa famille. Sa mère Bessie, fille de mormons, tombe amoureuse de Franck, l’ex-petit ami de l’une de ses copines, un homme qui a l’âge de son père et qui déteste les mormons. Ils badinent gentiment jusqu'à ce qu'il lui annonce soudainement qu’il doit se marier le lendemain avec une autre femme!
Un an plus tard ils se croisent à nouveau, pour ne plus se quitter même si, à peine mariée avec Franck, Bessie apprend que son mari n’en est pas à son coup d’essai et qu’il a essaimé des familles un peu partout dans le pays, abandonnant sans scrupules plusieurs femmes et de nombreux enfants. Pourtant, Bessie suivra son mari dans sa fuite perpétuelle.
Ce tourbillon ne s’arrêtera jamais réellement, même lorsqu’ils finiront enfin par poser leurs valises. Car Franck Gilmore a toujours la bougeotte. Et il ne supporte pas qu’on lui résiste ni que l’on conteste son autorité.
La violence psychologique et physique (violence dont Bessie n’est pas exempte) qui règne chez les Gilmore marquera profondément les enfants de Franck et Bessie.
« Franck Gilmore et Bessie Brown étaient deux êtres pitoyables et misérables. Je les aime, mais je dois dire ceci : c’est une tragédie qu’ils aient eu des enfants » (p. 383)
Pourquoi Bessie n'a-t-elle pas pris ses jambes à son cou dès le début ? Pourquoi reste-t-elle avec ce menteur compulsif doublé d’un escroc minable ? Pourquoi ne quitte-t-elle pas ce menteur violent et instable à qui il arrive de disparaitre subitement (il n'hésite pas à laisser sa femme et ses trois fils en plan dans un restaurant minable ou au bord d’une route de campagne)? Et pourquoi avoir quatre enfants avec un tel individu ?
En n’apportant pas de réponse aux énigmes familiales, Mikal Gilmore donne une dimension universelle à son livre. La narration forte et puissante impose le respect. Ce récit est salutaire et riche d'enseignement pour tous ceux qui ont grandi au sein d’une « famille » dysfonctionnelle.
« Parfois nous acceptons une liaison malheureuse, et (…) nous ne nous imaginons pas en dehors de ce malheur. Il fait partie de notre identité. L’idée d’abandonner le malheur devient plus effrayante que la perspective de vivre avec. On risque de ne plus savoir qui on est si on quitte cette dynamique – on risque de devoir se reconstruire entièrement. »
Le destin des Gilmore est si fascinant qu’il inspirera un grand livre à l'immense Norman Mailer (« Le Chant du bourreau » relate l’histoire de Gary et permettra à Mikal d’en savoir un peu plus sur sa propre famille). Gary, l’ainé, sera condamné pour meurtre et exigera d’être fusillé alors que les Etats-Unis avaient renoncé à appliquer la peine de mort depuis dix ans. Gaylen, le troisième de la fratrie, finira lui aussi dans des circonstances violentes.
Si l’histoire des Gilmore est incroyable, elle est aussi terriblement banale. Racontée d’une autre façon, cette longue suite de malheurs pourrait être insoutenable. Mais Mikal Gilmore raconte l’histoire de ses parents et de ses frères avec une franchise et une sobriété remarquables et pleines d’un espoir doux-amer. Car Franck Junior (le deuxième) et Mikal (le petit dernier de la famille) échapperont à ce qui ressemble à une malédiction familiale, même s'ils n'en sortiront pas tout à fait indemnes. Par chance, Mikal perdra son père trop tôt pour avoir eu le temps de le décevoir (car le paternel fait payer cher sa déception). Par chance, Mikal ne croit pas aux fantômes qui hantent sa mère et la maison familiale. Par chance, ces frères s'aiment, envers et contre tout.
Trop de zones d’ombre demeurent pour que Mikal puisse comprendre les motivations des membres de sa famille. Il les observe pourtant avec bienveillance et mansuétude, sans les juger. Ce faisant, l’auteur rend son histoire non seulement supportable mais aussi passionnante.
C’est une tragédie férocement sublime, une ode à la fraternité où le héros s’arrache à son destin et parvient à absoudre les siens pour accéder à une forme de paix.
Un Long Silence
Mikal Gilmore (traduit de l'américain par Fabrice Pointeau)
10-18
Halloween kills

Dans ce nouvel épisode, Michael Myers est un employé modèle d’un Bricolex ou Leroy Merlin. Le gaillard indestructible fait la démonstration de l’efficacité de tout un tas d’outils pour découper et éparpiller de pauvres victimes qui n’ont rien demandé, si ce n’est passer une bonne soirée d’Halloween.
Donc pour la trouille, passez votre chemin, ce nouvel épisode de la saga initiée par le chef d’œuvre de John Carpenter, est un immense jeu de massacre. Mais le réalisateur a bien retenu la partie jeu de ce cache-cache meurtrier entre le tueur impassible et la communauté de Haddonfield, toujours traumatisée par ses méfaits de 1978!
Des années plus tard, Michael Myers n’a rien perdu de son efficacité! Il est toujours cette incarnation du mal absolu, revenant des morts sans arrêt. On pourrait dire jusqu’à la nausée, mais le réalisateur David Gordon Green, qui va signer une trilogie, se montre assez malin pour renouveler le mythe avec des descriptions plus subtiles et le retour de la deuxième star de la série, Jamie Lee Curtis.
Elle est toujours Laurie Strode, survivante des précédents carnages et ici prophète de cette malédiction qui pèse sur cette ville qui a enfanté un assassin hors norme, hors catégorie et quasiment hors sol. C’est ce qui est très plaisant dans ce film, cette violence qui ne semblait plus avoir les faveurs du public et des producteurs.
Là, il faut s’accrocher. Myers y va fort et bat des records de cadavres dans un délire. Le scénario enchaîne les morceaux de bravoure, si on peut le dire ainsi. Le film pourrait s’arrêter à cela mais le cinéaste en profite pour décrire le sentiment d’insécurité si cher à nos politiques. Michael Myers ne fait pas dans le détail et le récit montre comment ses meurtres vont faire dérailler toute une ville.
Ce n’est pas non plus un pamphlet. C’est d’abord et assez simplement un film d’horreur à l’ancienne qui ne veut pas faire dans la dentelle et qui se refuse à un second degré salvateur, qui éloignerait le spectateur. Servi par la musique de John Carpenter, le film a une espèce d’humilité qui fait plaisir à voir. C’est certain: Michael Myers est l’employé du mois!
Au cinéma le 20 octobre 2021
Douce France, Stéphane Olivié Bisson, David Salles, Tristan Bernard

Le ravissant théâtre Tristan Bernard se transforme en Palais de l’Elysée. Nous sommes pris en charge par une conférencière (Delphine Barril) qui, à l’occasion des Journées du Patrimoine, va nous faire visiter un endroit incroyable : le bureau de Capucin (l’excellent David Salles) et Pierre-Marie-Joseph (Stéphane Olivié Bisson), deux conseillers du Président de la République depuis quelque 120 ans et qui vont nous faire revivre toute la Cinquième République!
Ce spectacle intéressant, rythmé et extrêmement drôle dure 55 ans mais l’on ne voit pas le temps passer. On est pris dans un tourbillon d’anecdotes auxquelles on a parfois du mal à croire tellement elles sont énormes. L’objectivité est pourtant respectée car nos deux conseillers spéciaux sont apolitiques (Pierre-Marie-Joseph tient bien à préciser qu’il n’est pas de gauche, tandis que Capucin n’est pas de droite, lui qui fut jadis tenté par le maoïsme. « On ne se trouve pas sans commencer par se perdre ».).
Tout est vrai et c’est bien là le pire de l’histoire. On choisit de rire à gorge déployée mais on pourrait aussi en pleurer. Car tandis que les chiffres du chômage grimpent inexorablement, aucun Président n’est épargné par son propre ridicule : De Gaulle qui aborde 1968 avec confiance dans ses vœux télévisés, Giscard et sa passion pour la chasse (dont la chasse à l’ours… du zoo de Bucarest !), Mitterrand et ses caprices de milliardaire (sommet du G7 à Versailles avec serveurs déguisés en laquais et perruques poudrées, chabichou du Poitou que l’on envoie quérir en jet privé...), Hollande dont l’état de grâce dure 10 minutes, etc. etc.
Sincèrement, j’ai rarement vu un spectacle aussi drôle ; c’est bien plus drôle que la plupart des one-man-shows, et les comédies de Boulevard à la papa peuvent aller se rhabiller. Douce France est vraiment un spectacle passionnant et hilarant !
A partir du 07 octobre 2021
Théâtre Tristan Bernard
du mardi au samedi à 21h (Relâches les 18 et 19 novembre)
PS : en ce moment, le Tristan Bernard vous offre une place si vous achetez une place plein tarif. Alors contacter vite le Théâtre. Réservation au 01 45 22 08 40
Découvrez Sarāb et son clip Yally shaghalt al bāl

Sarāb est un groupe franco-syrien de jazz rock arabe de six membres. Le groupe s'est formé à Paris en 2018. Un mirage musical qui navigue entre plusieurs univers avec en invités le percussionniste Wassim Hallal, le joueur de saz Abdallah Abozekry ou encore l'auteur engagé et écrivain de science-fiction Alain Damasio. Premier extrait, on découvre Yally shaghalt al bāl en vidéo (celui qui occupe mes pensées).
On aime ce mélange de jazz et de musiques traditionnelles du Moyen-Orient. A découvrir.
https://www.sarab-officialmusic.com/
Sortie du second album Arwāh Hurra, que l'on pourrait traduire par Âmes Libres, prévue le 12 novembre 2021 chez L'Autre Distribution.
Nouveau Clip de La Bronze, l’habitude de mourir !


"La Bronze nous présentait il y a quelques semaines le titre Briller, la voici de retour avec son nouveau single L'habitude de Mourir. La musicienne pluridisciplinaire présente aujourd'hui L'habitude de mourir en clip, 2e extrait de son nouvel album prévu à l'hiver 2022. La chanson, qui traite des relations vouées à l’échec, est accompagnée d'un clip percutant mettant en vedette le danseur Nico Archambault. "Mais on a l'habitude de mourir. Une fois de plus pourquoi pas. Alors tu continues à courir. Beau kamikaze vers moi..." chante La Bronze dans ce nouveau titre."
Un clip qui met la danse et les mouvements au centre de la représentation dans une ambiance fusionnelle de perdition. Un joli parti pris scénographique pour évoquer la complexité des relations amoureuses.
Julie en 12 chapitres, Joachim Trier

Chronique féminine, comédie sans romantisme pas sans charme, étude de mœurs, déclaration d’amour à Oslo, Julie en 12 chapitres est d’une densité étonnante et d’une énergie bien trop rare sur grand écran.
Depuis l’isolement et le confinement, le cinéma rappelle à chaque projection sa force: l’énormité de l’image, l’immersion nécessaire, l’enveloppement d’une musique, l’émotion au fil d’un récit court (j’en ai marre des séries qui ne finissent jamais ou ajoutent du climax au climax).
Allez au cinéma, vous verrez la différence avec une série de plate forme. Il n’y a rien de spectaculaire dans Julie en 12 chapitres. Pourtant c’est du véritable cinéma, à voir sur grand écran. A ressentir bigger than life, loin de nos quotidiens.
Pourtant c’est une vie assez banale que nous raconte le Norvégien Joachim Trier. Julie est une jeune femme un peu paumée dans la vie. Elle va tomber amoureuse d’un homme plus vieux qu’elle et là dessus, elle va bâtir le roman de sa vie, s’inventer et se réaliser.
La grande adolescente va devenir une femme structurée, passionnée et inquiète aussi. Joachim Trier va tenter de montrer sa complexité avec des idées lumineuses et des tensions dramatiques assez rudes pour le spectateur. On rit et on pleure. Comme dans la vie. Mais c’est du cinéma. Celui qui fait respirer très fort, autrement, loin de son canapé. Celui qui donne à voir autre chose!
C’est la mise en scène sublime qui va nous permettre d’atteindre les rêves et les doutes de Julie, jouée avec malice par Renate Reinsve, qui se donne à fond pour faire vivre ce personnage proche de nous et mis en perspective par la réalisation elle aussi futée de Joachim Trier.
Sur une tragi-comédie, on devine que l’on est manipulé par le cinéaste mais ca ne dérange pas car une fois de plus, il rivalise de simplicité et de plaisir pour nous raconter pas grand chose mais il le fait comme si sa vie en dépendait. Donc nouvelle fois, il surprend par ses idées souvent géniales (qui rappellent de temps à autres Woody Allen) et cette façon ouatée de filmer la ville, en l'occurrence Oslo.
Il scrute avec sa caméra assez espiègle l’humanité dans ce qu’il y a de basique et de profondément beau si on y ajoute un cadre, une image, une musique. C’est ce qui rend ce cinéma si important et touchant. Julie en 12 chapitres est une œuvre profonde que l'on ne trouvera nulle part qu’au cinéma!
Sortie le 13 octobre 2021
128 minutes
Romance
Blood & sugar, Laura Shepherd-Robinson, Traduit par Pascale Haas, 10-18

A la fin du XVIIème siècle, l'esclavage et la canne à sucre font la fortune de l'Angleterre, et plus particulièrement de la ville de Deptford où un militaire mène l'enquête pour découvrir qui a torturé puis tué son meilleur ami. Ses investigations le mèneront sur la piste de marchands et d'armateurs qui s'enrichissent grâce au commerce d'êtres humains.
"Si vous espérez que cesse un jour l'esclavage, vous devrez jeter un sort au peuple anglais! Car il aime mettre du sucre à bas prix dans son thé tout comme du tabac à bas prix dans sa pipe. Aucune lamentation à ce sujet n'y changera rien!"
"Nous sommes une nation d'hypocrites. C'est la triste réalité. Les gens ne cherchent pas à savoir comment leur sucre arrive réellement dans leur thé, car ils ne veulent pas le savoir"
Il parait que Blood & Sugar est le thriller historique du moment. Il devrait donc ravir les amateurs du genre. Pour ma part, n'aimant ni les polars, ni les livres historiques, je n'aurais pas dû m'y risquer... Que voulez-vous, je suis curieux et toujours à la recherche d'une bonne surprise ; mais de bonne surprise il n'y eut pas pas pour cette fois. Dommage.
En se focalisant sur l'enquête menée par son personnage principal, l'autrice passe à mon avis totalement à côté de son sujet. En adoptant le point de vue, et la langue, d'un aristocrate, elle passe aussi littéralement, et littérairement, à côté de son sujet. Un peu comme si le magnifique film Twelve years a slave avait été raconté par un planteur plutôt que par un esclave.
Parce qu'il reste à hauteur d'hommes et se focalise sur la recherche du meurtrier, ce roman n'évoque que superficiellement le sujet de l'esclavage. Historiquement, l'intérêt du livre est donc assez limité. Littérairement, c'est une catastrophe. Laura Shepherd-Robinson a un ton ampoulé et mièvre. Tout est très bien expliqué, très didactique... mais pas très bien écrit. Si bien que, alors même que les meurtres sanglants se multiplient sur le passage du héros (le type est un vrai chat noir!), l'on n'est jamais ému.
"Nous arrivâmes à Londres un peu après huit heures. La lumière du couchant parait le dôme grandiose de Saint-Paul d'un éclat ambré, les clercs et les courtiers de la City rentraient chez eux ou cherchaient un endroit où dîner. Plus nous roulions vers l'ouest de Soho, plus les rues s'animaient, se remplissaient de gentilshommes noceurs accompagnés de leurs catins".
"Londres baignait dans la lumière laiteuse du pâle soleil qui parvenait à percer le ciel d'étain maussade. Des prostituées et des pigeons se pavanaient en ébouriffant leurs plumes de temps à autre d'un air courroucé. Les vitrines des commerces du port renvoyaient des reflets noirs et dorés au gré du mouvement des nuages".
Si elle n'avait pas à ce point usé d'adjectifs qualificatifs ni abusé de fausses pistes, peut-être l'écrivaine aurait-elle pu boucler son enquête en 300 pages plutôt qu'en 450. Peut-être alors le temps m'aurait-il paru moins long ; car il m'a vraiment fallu lutter pour terminer ce roman, même si je comprends très bien qu'il puisse trouver son public.
Blood & sugar
Laura Shepherd-Robinson
Traduction Pascale Haas
10-18 collection Grands-Détectives
453 pages
Que du bonheur, avec vos capteurs , Thierry Collet, Rond-Point

Le mentaliste-prestidigidateur Thierry Collet s'est posé une question simple : "On peut se demander si les machines ne sont pas devenues de meilleures mentalists que les humains. Qu'est-ce que je fais avec ça ? Je résiste, ou je pactise?"
Thierry Collet n'en rajoute pas, il n'en fait pas des tonnes comme un magicien. Il déroule tranquillement son argumentaire, de façon assez linéaire. Paradoxalement, cela rend encore plus forte certaines démonstrations. Less is more, comme disent les anglais.
Le magicien ne cesse de nous dire qu'il n'en est pas un ; qu'il ne fait qu'utiliser des technologies facilement accessibles, même si encore peu connues du grand public.
"Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie". Ainsi, au Moyen-Age, le truc de l'encre sympathique relevait de la sorcellerie, avant de passer pour de la magie au XVIIème et, enfin, d'être compris par tous de nos jours. Ce qui impressionne aujourd'hui n'étonnera plus personne demain.
Le spectacle de Thierry Collet oscille entre performance et conférence ; à rebours de tout magicien qui se respecte, il va même jusqu'à nous dévoiler certains trucs. Il nous explique ainsi comment il peut très facilement savoir quel type de buveur est un spectateur, quelle est sa marque de bière favorite et quel est son bar préféré. C'est à la fois très simple et terriblement bluffant, voire effrayant.
Le spectacle est interactif et il faut donc vous attendre à en être partie prenante. J'ai ainsi pu voir interagir mon propre portefeuille avec son double numérisé dans un final particulièrement troublant.
Jusqu'au 06 novembre 2021
Théâtre du Rond-Point
Durée 1h
Conception et interprétation : Thierry Collet
Mise en scène : Cédric Orain
Assistanat à la création et interprétation : Marc Rigaud
James Bond 007, Mourir peut attendre, Cary Joji Fukunaga

!!! ATTENTION SPOILER !!!
Certes, les scénarii des James Bond ne brillent généralement pas par leur crédibilité ; mais là, il faut bien reconnaître qu’on bat des records dans le n’importe quoi. Personne n’y croit, même pas les grandes marques de bagnoles qui ont refusé de prêter leurs derniers modèles ! Du coup, Bond se retrouve à rouler dans des voitures qui n’ont pas moins de 30 ans… De toute façon, les cascades sont toutes faites en animation numérique, au point qu’on se croirait dans un jeu vidéo.
Bond se croit trahi par celle qu’il aime (Madeleine Swann qu’il avait rencontrée dans l’épisode précédent). Du coup, alors qu’il a sur les talons toute une armée de dangereux italiens très en colère et surarmés, il dépose sa future-ex copine à la gare pour qu’elle prenne tranquillement un train pour Nowhere et qu’elle l’oublie à jamais. C’est limite s’il ne lui achète pas son billet et un journal. Et si je vous dis que cela fait trois mois qu’ils copulaient comme des lapins et qu’elle se tient le ventre au moment des adieux, vous pourrez aisément imaginer la suite. (Non, elle n’a pas la gastro.)
Amoureux déçu, Bond quitte tout pour se réfugier incognito à la Jamaïque. Bien qu’en retraite, notre bon vieux James gardé la forme. Il mange du poisson qu’il pêche lui-même et, comme ça, il entretient du même coup son instinct de chasseur et son corps d’athlète ; malin ! Malin, et surtout bien pratique quand il lui faudra reprendre du service cinq ans plus tard pour sauver le monde!
Pendant ce temps-là, le chef de Spectre garde son Internationale Vilain à l’œil, tranquilou-pilou depuis sa prison surprotégée. Quand il a un peu de temps entre deux complots, il consulte sa psy qui n’est autre que, devinez qui ? Madeleine Swann, évidemment !
Donc forcément, Bond est amené à revoir celle qu’il a quitté mais aime toujours. Il comprend alors son erreur et repart pour un tour de piste avec Dr Swann, ce qui n’est absolument pas crédible car, comment pourrait-il tomber amoureux de Léa Seydoux qui ressemble à un veau qu’on mène à l’abattoir. (Mais qu’est-ce qu’elle joue mal, c’est pas permis !)
Autres invraisemblances, en vrac. Classique : les méchants ne savent pas viser tandis que 007 fait mouche à chaque coup de feu. Les services secrets de Sa Majesté n’ont pas eu l’idée d’aller chercher Bond à la Jamaïque, et ce sont les agents de la CIA qui s’y collent. Et lorsque Bond part retrouver Madeleine sur l’île de son enfance, ses ex-collègues n’arrivent toujours pas à le localiser. Sans doute parce que son téléphone (Nokia) d’agent secret est hyper discret. Autre étrangeté numérique : Q consulte les fichiers classés Secret Défense depuis chez lui ; c’est bien pratique le télétravail !
Non seulement le scénario est paresseux, mais il est en plus desservi par des acteurs pas ni convaincus ni convaincants. Daniel Craig et Ralph Fienes font le service minimum, Christoph Walz fait un passage éclair Lashana Lynch est bien la seule à se croire crédible en nouvelle 007, Rami Malek incarne un ennemi de Bond bien falot… et tout est à l’avenant. Et je vous passe le politiquement correct de rigueur qui veut que le remplaçant de Bond soit une femme noire, que Q soit homosexuel, et que Bond s’encombre d’une famille.
Car c’est accompagné de Madeleine Swann et de sa fille (à elle) que Bond part à la chasse aux vilains. Tiens mais au fait, qui peut donc bien être le papa de cette petite fille de cinq ans? (soit le temps qui s’est écoulé depuis que James n’a pas vu Madeleine…)
Sans doute les scénaristes ont-ils incorporé cette pauvre enfant à leur histoire bancale pour tenter (vainement, malheureusement) de créer une intensité dramatique en nous faisant craindre pour l’avenir de cette adorable fillette aux yeux bleus piscine. (Mais qui est son père, non, franchement, je ne vois pas).
Moi qui suis hyper sensible, je n’ai pas cru un seul instant que les scénaristes pourraient sacrifier la fillette. J’espérais donc qu’ils nous débarrassent définitivement de Swan Seydoux. Mais au lieu de ça, ils terminent leur film de 2h43 (dont 1 heure de trop) dans un beau feu d’artifice et... ils tuent James Bond ; carrément !
Avec Daniel Craig, Léa Seydoux, Ralph Fiennes et Rami Malek – 2h43 – MGM – 6 octobre 2021
Le Sommet des Dieux

Monument du manga, Le Sommet des Dieux devient un film d’animation très attachant qui nous fait croire au vertige grâce à la force du cinéma!
Le Sommet des Dieux échappe à la comparaison avec son modèle d’inspiration, la longue série de Jiro Taniguchi. Patrick Imbert le réalisateur ne veut pas copier le manga. Il prend un autre sentier qui nous mènera heureusement à la même émotion.
Car le film s’adresse au cœur. Tout comme la bédé. Le film n’est pas sur un exploit montagnard mais sur un personnage solitaire, obsédé et fascinant. Habu Joji est un roc que rien ne pourra percer. Un mystère autour d’un homme qui a décidé de se détacher de tout pour atteindre des sommets imprenables.
Ses compromis avec l’existence vont coûter cher mais son envie dépasse tout, y compris le jugement ou le préjugé. Le réalisateur vise juste avec une animation à la subtilité asiatique mais il profite du cinéma pour donner de la perspective au vertige dans lequel sont tombés les personnages de ce drame humain, d’une profondeur insoupçonnable.
Le décor de l’Himalaya est une fois de plus incroyable pour nous faire sentir la condition humaine. Le dessin imite la réalité mais nous fait ressentir les atermoiements des alpinistes face à la violence de l’effort, l’enfer intérieur et le dépassement de soi.
Avec ses armes, le dessin animé est respectueux du matériel original mais profite du septième art. La musique. Le cadrage. Les lumières. On y est et on doit applaudir cette animation douce, presque tendre alors qu’elle décrit des hommes aliénés par des rêves fous et dangereux.
Le dessin animé est spectaculaire. Par son humanité. On est bouleversés alors que tout est un artifice. Toujours un exploit à saluer.
Au cinéma le 22 septembre 2021
Wild Bunch Distribution
Genre : Aventure, animation
Réalisateur : Patrick Imbert
Œuvre originale :Jiro Taniguchi, Baku Yumemakura
Pays : France
Durée : 1h30












