L’amour et les Forets

Bénédicte Ombredanne est une femme ordinaire, professeur de français dans l’est de la France. Une lectrice ordinaire aussi, c’est-à-dire passionnée. Assez passionnée en tout cas pour oser écrire une lettre à Eric Reinhardt et lui dire à quel point elle a été touchée par Cendrillon, son roman paru cette année-là. Nous sommes en 2009 et une correspondance s’installe entre l’écrivain Parisien et la prof Messine, bientôt suivie d’une rencontre à Paris. Ils font connaissance, parlent littérature, envisagent de se revoir lors d’un prochain passage à Paris. Et ils se revoient, au même endroit quelques mois plus tard. Leur seconde rencontre, quelques mois plus tard prendra une tournure plus personnelle et Bénédicte y dévoilera sa vie, coincée entre un métier ingrat, des enfants égoïstes et un mari manipulateur et violent.

Avec L’amour et les forêts,  Eric Reinhardt mêle encore brillamment réalité et fiction pour faire le récit vibrant, poignant et fascinant du destin de cette femme ordinaire et merveilleuse de courage, mais aussi de faiblesse. De révolte et de soumission. Son talent d’écriture est tel que l’on entre en empathie étroite, au-delà du « raisonnable », avec le drame quotidien d’un personnage inoubliable.  Il ne laisse jamais son lecteur en paix, jusqu’au dénouement dramatique – forcément dramatique – de cette tragédie moderne à laquelle il est impossible de ne pas s’identifier, fût-on lecteur et non lectrice. D’autant qu’aucun filtre, aucune mise à distance n’est opérée dans cette narration serrée, au plus près de son sujet.

Vous l’aurez compris, L’amour et les forêts est un véritable choc littéraire, un roman majeur, de ceux qui marquent durablement la bibliographie d’un auteur et la mémoire de ses lecteurs. Accessoirement, il s’agit surtout du plus beau roman de la rentrée, et de loin !

Gallimard - 368 page

Wanted On Voyage

George Erza a l'âge des affreux têtards cosmiques des One Direction. Il a aussi une existence aussi longue que le vintage et jeune Jake Bugg. C'est bien avec ce dernier que George Erza a des points communs. Il devrait rêver de participer à une télé réalité ou étudier sagement dans une école de commerce. Lui, il chante une musique folk complètement old school, sans beat ou provocation.

Il n'a pas besoin d'une grande orchestration. Sa voix fait le boulot: elle donne le frisson. Ce jeune homme visiblement bien sous tout rapport a mangé un bluesman au carrefour du diable. Le son de sa voix convoque Robert Johnson et tous les anciens qui sont aux sources de la musique pop et rock.

Il fait penser à d'autres petits blanc-becs du Royaume Uni comme Paolo Nutini ou Tom Odell. Des gamins tentés par les racines du diable mais qui se limite d'abord à de sages chansons pop rock. Il n'y a pas grand chose de diabolique chez Erza. Il chante merveilleusement.

Les chansons sont délicieuses et tournées vers son talent. On apprécie presque l'humilité de la production qui pourrait rappeler vaguement un Bob Dylan britannique. Son disque est ouvert comme l'indique le titre de l'album. Effectivement c'est un son sans frontière qui devrait faire le tour de la planète en quelques mois.

Le bonhomme a tout du phénomène. Pourtant on devine aussi le talent. Son entrée en matière est simplement élégante. Avec du vieux, il fait tout de même du neuf. Il a bien un style. Pas franchement glamour mais d'une classe folle. On se laisse charmer par ce nouveau héros de la pop anglaise. Décidement ils ont le chic pour nous surprendre constamment nos voisins d'Outre Manche!

Columbia - 2014

Notre festival d’animation: Pearl Jam

Sinon je te mange, Ilka Schönbein, Théâtre Mouffetard

sinon

L’icône allemande de la marionnette offre un spectacle à nul autre pareil. (suite…)

Liliom, Ferenc Molnàr, Théâtre Saint Denis

liliom
Plongée dans un monde de marginaux avec un réalisme dérangeant.

Le sous-titre de la pièce La Vie et la Mort d'un vaurien ne ment pas. La magie de la fête n’a pas imprimé le destin de Liliom. Artiste forain sans fard il n’excelle que dans l’art de la violence. Le mépris, les coups lui tiennent lieux de langage. (suite…)

Baby Burn

En Hongrie, les Psycho Mutants vénèrent les dieux du rock'n'roll. Leur sacrifice est festif, joyeux et donne la pêche. Que demander de plus?

Il y a peu on écoutait Mark Lanegan, grand escogriffe du rock, et son nouvel album un peu paumé musicalement malgré les qualités de l'artiste. Les membres de Psycho Mutants eux ne sont pas du tout perdus. Ils défendent le rock héroïque, celui qui fait danser et qui met en transe. Un truc irrésistible, entre baloche et punk!

De Hongrie, les Psycho Mutants avaient tout pour faire  groupe de rock folklorique et exotique comme les Leningrad Cowboys et tous ses groupes baltes qui fêtent le rythme binaire avec de la vodka, de l'accordéon et des ambiances à la Kusturica. L'archétype est connu.

Il se renouvelle un avec ce groupe qui a le mérite de se prendre (un peu) au sérieux. Il y a du Nick Cave chez ce chanteur à la voix étonnante et chaude. Le groupe ne se limite pas à la gaudriole pour festoches. Les chansons de leur troisième opus sont très convaincantes.

Musicalement ils rappellent Johnny Cash dans ses oeuvres au noir. On pense aussi à de nombreuses bandes originales. Leur rock est plein d'images qui vont au delà des origines hongroises. Il y a une atmosphère étrange, entre chien et loup, entre fiesta et mélancolie.

Le cocktail est en tout cas détonant. La richesse de l'ensemble surprend. L'énergie est totalement contrôlée.  Jamais vieillot, le disque est coloré et plus subtile qu'il n'y parait. De la Transylvanie, il n'y  pas que des vampires: il y a de sacrés bons musiciens et du bon vieux rock'n'roll, énervé et intelligent. Plus que dépaysant!

Volvox music - 2014

Notre festoche: A-Ha

Festival de vidéos animées: Scissor Sisters

La Lune Nue

« Un jour, ou plutôt une nuit, la lune, qui était alors une enfant en eût assez d’aller toute nue… »

La lune se confie à sa mère, la « Nébuleuse Voie Lactée » et lui réclame une robe.

Cette dernière, soucieuse de contenter son enfant, lui fait confectionner une somptueuse robe. Mais une seule ne suffira pas : la lune s’arrondit rapidement, et à peine trois nuits plus tard, le somptueux vêtement éclate. La lune est nue à nouveau et bien désappointée. Elle retourne voir sa mère…

Marie Sellier propose là un conte merveilleux (dans tous les sens du terme), dans lequel Voie Lactée, étoiles, comètes et arcs en ciel forment un ballet gai et dévoué pour que la lune grandisse et s’épanouisse au mieux.

Les illustrations, pourtant très travaillées, toutes en détails  restent un peu décevantes à côté de ce texte si lumineux et coloré.

Il n’empêche que La Lune Nue est un album dans lequel il faut se plonger dès 6 ans, un album que l’on peut relire ensuite et dans lequel on découvrira alors d’autres sens.

Du grand Marie Sellier : de la simplicité, de la tendresse

Marie Sellier et Hélen Rajcak

Talents hauts

Samba

Ode aux rencontres improbables, à l’engagement et au rire pour survivre. Coup de cœur.

Samba, alias Omar Sy, travaille dur sur Paris. Sénégalais sans papier, il galère pour aider sa famille au pays et rêve d’y construire une maison. Arrêté, emmené dans un centre de rétention, il fait la rencontre d’Alice et Manu qui s’activent pour faire valoir ses droits. Des êtres vivant dans des mondes éloignés font connaissance.

Inspirés du roman de Delphine Coulin, Samba pour la France, Eric Toledano et Olivier Nakache signent un scénario bien construit autour du quotidien des Sans papier. On ne se lancera pas dans les comparaisons stériles avec le film à succès Intouchables. Les deux films sont différents, Omar Sy tient des rôles bien singuliers, toujours avec la même sincérité. Force est néanmoins de constater que le plaisir devant le film est aussi élevé.

Tout d’abord grâce aux personnages : attachants, drôles et entiers. Ensuite grâce au jeu d’acteurs. Omar Sy prête son naturel, son humour et sa sensibilité à Samba. Charlotte Gainsbourg en cadre supérieur à la dérive nous offre des scènes jubilatoires où elle pète les plombs. Et enfin grâce au travail de fond perceptible qui fait sonner juste le film, fidèle à ce qui se vit sur le terrain. Samba trouve l’équilibre entre rires et larmes. Il touche du doigt des réalités sur lesquelles la société détourne souvent le regard ou juge à la hâte.

On admire, on apprend et on rit beaucoup. Bravo.

Avec Omar Sy, Izia Higelin, Charlotte Gainsbourg et Tahar Rahim - Gaumont - 15 Octobre 2015 - 1h55

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