Everything will be alright at the End

Rivers Cuomo est le leader de Weezer. Omniprésent, il kiffe grave son art. Même à 40 balais. Il aime le rock. Celui avec des grosses couches épaisses de guitares, des moments héroïques et des rythmes qui font secouer les têtes. Il impose une conduite irréprochable à ses copains depuis plus de vingt ans: le groupe célèbre la power pop sans aucune déviation.
Leur entêtement ressemblait un peu à un crash programmé. Aucune surprise avec Weezer. Des guitares. Des paroles résolument idiotes. Un souci de faire vite et bien. Sur les précédents disques on était proche de l'exercice bâclé, sans imagination, sans gloire.
Pourtant on a un souvenir ému de leurs débuts avec quelques sommes comme l'album bleu et l'album vert. Les Californiens évitent soigneusement les looks appuyés pour défendre un punk accessible et bruyant même pour les grandes ondes.
Rivers Cuomo s'était donc un peu gouré dans sa formule magique ces derniers temps. Des disques en pagaille. Foutraques pour la plupart. Quatre ans de réflexion pour revenir, voilà ce qu'il faut pour que Weezer retrouve un peu de sa fraîcheur. Les quadras ne changent pas malgré la longévité: la sincérité et le plaisir semblent être de retour. Ils s'excitent joyeusement sur leurs instruments. Des petites canailles, voilà ce qu'est Weezer.
Le producteur Ric Ocasek, ancien leader de The Cars et responsable de leurs meilleurs chansons, reprend les commandes et remet le quatuor sur la bonne voie. La boulimie de gentils sons metaleux du groupe est bien digéré et installé dans des titres efficaces, jubilatoires et qui devraient ravir les fans comme les jeunes, en panne de Green Day. Il y a de la diversité et des facéties qui font vraiment marrer. Ils ne se prennent toujours pas au sérieux, c'est ce qui les sauve... on espère que ce mauvais esprit va encore les habiter
Republic - 2014
Un Pedigree

Retour sur quelques livres du Prix Nobel. Patrick Modiano saute le pas et passe à la première personne pour raconter les vingt premières années de sa vie. Poignant et envoûtant. La fameuse "petite musique", sans doute.
Près de quarante ans déjà que Patrick Modiano nous raconte sa propre histoire aux travers de courts romans qui sentent bon leur petit secret délicatement découvert, leur part d'ombre timidement exposée au grand jour. Quarante ans depuis la parution de La place de l'Etoile. Quarante ans que Patrick Modiano prépare ses lecteurs, ou plutôt se prépare lui-même, à ce moment de vérité, à ce récit qui ne se cache plus derrière l'appellation "roman", mais se revendique pour ce qu'il est : une autobiographie.
"Je suis né le 30 juillet 1945, à Boulogne-Billancourt, 11 allée Marguerite, d'un juif et d'une Flamande qui s'étaient connus à Paris sous l'Occupation". Écrit à la première personne, en phrases épurées et débarrassées du moindre pathos, Un pedigree est la juxtaposition froide, presque clinique, d'épisodes disparates de la vie du jeune Patrick Modiano. Une sorte de "Je me souviens" appliqué à sa vie et à celle de ses parents, de sa petite enfance à son vingt et unième anniversaire.
"J'écris ces pages comme on rédige un constat ou un curriculum vitae, à titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n'était pas la mienne. Il ne s'agit que d'une simple pellicule de faits et gestes. Je n'ai rien à confesser ni à élucider et je n'éprouve aucun goût pour l'introspection et les examens de conscience."
Admettons… Les dernières pages du livre sont pourtant l'occasion pour Patrick Modiano de revenir sur sa rupture définitive avec son père et de regretter les lettres dures échangées à cette époque avec un homme qu'il avait finalement peu connu, sinon dans les circonstances difficiles qu'il lui imposait.
Dans son style faussement détaché et désuet (la fameuse "petite musique" de Modiano), Un pedigree s'inscrit avec une facilité troublante dans le prolongement d'une œuvre de longue haleine construite lentement. Il arrive comme une touche (que l'on n'espère pas) finale au tableau patiemment brossé par un auteur rare, éloigné des contingences commerciales (malgré son immense succès), tout entier plongé dans ce travail introspectif dont il se défend trop farouchement pour que l'on n'y décèle pas l'origine de son talent.
Folio 126 pages
20 ans de Finesse Vol 2

Avant d'être accusé de supprimer l'humour sur France Inter, Philippe Val disait des horreurs réjouissantes avec son ami Patrick Font. Un cinglant souvenir !
Philippe Val, ancien rédacteur en chef de Charlie Hebdo, est devenue le directeur de France Inter sous Sarkozy. Puisque le président de la république avait décidé des personnes responsables des médias français, Val fut accusé d'être le bras armé de Sarkozy pour taper sur cette chaine radio connue pour sa tendance gauchiste. Brr, les vieux clichés ont la vie dure.
Philippe Val arrêta les chroniques de Stéphane Guillon et Didier Porte. Il aurait eu un problème avec l'humour satirique. Pourtant, il ne faut pas oublier que le directeur de France Inter fut un chansonnier corrosif dans les années 70 et 80.
Le pouvoir l'aurait il rendu hermétique à la gaudriole virulente? Car il fut doué, accompagné de son camarade Patrick Font. Les deux hommes aimaient beaucoup jouer ensemble. Ils chantaient les espoirs de vieux hippies effrontés et leur haine de la société giscardienne.
Pendant que Font joue sur la nostalgie avec une paillardise typiquement gauloise, Val se faisait plus amer mais tout aussi enclin à se moquer du pouvoir et ses représentants. Ils critiquaient donc la classe politique, la société de consommation et toutes les magouilles qui faisaient la une des journaux.
Font faisait réellement le chansonnier (il travaillait avec Thierry Le Luron) tandis que Val grattait sur sa guitare des chansons engagés au charme très seventies. Ils régalaient le public avec des sketchs tout en improvisation où ils se chamaillent en tapant sur tout le monde. Ce volume deux des "20 ans de finesse" (il en existe 4) est un régal, un polaroïd de cette époque et de ces révoltés qui usaient des mots pour chatouiller la société.
Le passé de Val est donc sulfureux. Drôle. Moins politique qu'il y a quelques mois. On préfère ce souvenir.
PLAIDOYER POUR LES ANIMAUX, ALLARY Editions

Pour tous les curieux et ceux qui n'ont pu se déplacer, voici un résumé de la conférence de Matthieu RICARD au Grand Rex, mardi 14 octobre, autour de son nouveau livre. Après "PLAIDOYER POUR L'ALTRUISME" sort "PLAIDOYER POUR LES ANIMAUX" chez ALLARY Editions. (suite…)
Dans le café de la jeunesse

Quand Modiano fait du Modiano… Un (léger) sentiment de pastiche se dégage de ce roman de Patrick Modiano, qui n’est peut-être pas son meilleur. Bah oui, ca existe les déceptions même avec un prix Nobel.
Mais un roman de Modiano moyen vaut déjà mieux que beaucoup de ses contemporains au meilleur de leur forme. Ne boudons donc pas notre plaisir.
Après la parution de son superbe Un pedigree, dans une veine autobiographique, les lecteurs de Modiano se demandaient ce qu’il allait pouvoir écrire, tant ce livre semblait conclure un cycle et éclairer d’une lumière nouvelle tous ses romans écrits jusqu’alors. Bonne nouvelle pour les fans : son nouveau roman ressemble aux précédents.
L’histoire tourne autour d’un café de la rive gauche, à Paris : le Condé. Le temps du récit ? Le passé recomposé, ce temps qui semble avoir été inventé par l’auteur. L’histoire ? Une enquête sur le personnage de Louki, des clients qui se souviennent… Pas de doute, on est chez Modiano : “L’un des membres du groupe, Bowing, celui que nous appelions “le Capitaine”, s’était lancé dans une entreprise que les autres avaient approuvée. Il notait depuis bientôt trois ans les noms des clients du Condé, au fur et à mesure de leur arrivée, avec, chaque fois, la date et l’heure exacte.” (page 18)
Une phrase illustre bien ce style si particulier à l’auteur : “Le brun à veste de daim s’est perdu pour toujours dans les rues de Paris, et Bowing n’a pu que fixer son ombre quelques secondes.” (page 22)
La géographie des lieux fait toujours l’objet de toute l’attention de Patrick Modiano. Par contraste, ses personnages semblent errer à regret : “Dans cette vie qui vous apparaît quelquefois comme un grand terrain vague sans poteau indicateur, au milieu de toutes les lignes de fuite et les horizons perdus, on aimerait trouver des points de repère, dresser une sorte de cadastre pour n’avoir plus l’impression de naviguer au hasard.” (page 50)
Alors, un Modiano comme les autres ? Pas tout à fait. Le trait y est sensiblement plus appuyé que dans tous ses romans antérieurs, et il finit par être trop appuyé. D’où l’impression de pastiche évoquée plus haut. C’est comme si, là où naguère il aurait cité deux ou trois noms de lieu, il en citait dix pour bien enfoncer le clou. Veut-il nous prouver que sa reconstitution historique tient la route ?
Même l’histoire aboutit à une chute bien lourde, bien nette, sans ambiguïté sur le destin de Louki, tandis que le charme habituel des romans de Modiano est précisément de se perdre sans s’achever complètement, dans des incertitudes grises, des peut-être qui laissent toute sa place au songe.
Le titre annonce déjà la surcharge. Comparez Dans le café de la jeunesse perdue à Villa triste, Dimanches d’août ou La place de l’étoile… Le trait est nettement plus gras : Oyez, oyez ! Amoureux de la nostalgie, des bitter-sweet symphonies, je vais vous mettre le vague à l’âme. Bref, on a l’impression que l’équilibre si subtil de l’œuvre de Modiano est ici rompu. Momentanément, espérons-le.
S’il se passe quelque chose, Vincent Dedienne, Petit Hébertot

Premier spectacle solo d’une valeur montante. Mise à nu audacieuse et prometteuse.
Comédien repéré dans Je marche dans la nuit par un chemin mauvais et chroniqueur sur Canal + dans la biographie interdite, Vincent Dedienne s’est lancé à 28 ans dans son autoportrait. Risqué mais désarmant de sincérité. (suite…)
Le Roi et le Fermier

Un opéra baroque source de rire et de plaisir musical.
Dans un petit village de la campagne anglaise, Richard et Jenny, deux jeunes paysans préparent leurs noces. Un jeune milord, trouvant la jeune fille à son goût décide de l’enlever avec son troupeau de moutons. Pendant ce temps, le Roi parti en chasse se perd en forêt. Surpris par l'orage, il rencontre Richard qui l’invite à sa modeste table sans connaître son identité.
Chassé croisé enjoué, le Roi et le fermier alterne scènes parlées et ariettes chantées. A les écouter parler, rien ne laisse présager les voix d’opéra des comédiens. En tenue de chasse ou accoutrés d’un tablier, ils nous révèlent par surprise leur tessiture basse ou soprane. Derrière leur violon, flûte, cornet à bouquin ou traverso, les musiciens participent au jeu de scène par leurs visages expressifs.
Portée par des talents multiples, la troupe La Camusette croise les âges et les nationalités. De 30 à 60 ans, venus de Suisse, du Brésil, d’Italie, d’Espagne et France les sept chanteurs-comédiens accompagnés de sept musiciens montent des opéras comiques sous la direction de Catherine Escure.
Classique de l’opéra-comique baroque français crée en 1762, Le Roi et le fermier répond à l’aspiration des Français d’hier comme ceux d’aujourd’hui : rire et se divertir.
Chante ton bac d’abord

Quand la musique est bonne… hé bien le film peut être aussi sacrément bon. Un documentaire étonnant qui s’entête à enchanter le quotidien.
Gaëlle vit à Boulogne sur Mer. La crise. La grisaille. Le chomâge. La jeune lycéenne est bien consciente que la vie n’est pas rose. Le temps est aussi triste qu’à Cherbourg mais pour elle, la musique peut mettre de la couleur sous son parapluie. Gaëlle veut chanter la liberté et l’innocence qui habitent les adolescents d’aujourd’hui.
Elle appartient à un groupe d’amis qui ont des rêves et des idées qui effraient un peu les parents. Gaëlle veut donc devenir artiste. Son père ouvrier s’inquiète. Rachel, elle, veut profiter de sa jeunesse. Son petit ami est angoissé tout en étant brillant. Caroline ne supporte plus la pression du bac qui approche. Alex est un glandeur heureux, qui partage sa passion pour la musique avec son papa rocker.
C’est un documentaire qui sourit. Le constat est d’abord optimiste. Cette jeunesse n’est pas dépourvue d’idéaux, d’utopies et d’envies. Ce n’est pas le portrait sinistre de jeunes sans moral, sans futur et sans verbe.
Ici, les adolescents chantent leurs doutes mais aussi l’amour et d’autres sentiments qu’ils apprennent à maîtriser. Le réalisateur David André invente un genre : un documentaire joyeux et un film naturaliste mais soigné.
Le social se mélange à la vie dissolue et aigre doux de quelques adolescents du Nord de la France. C’est un film poli, au naturel espiègle et qui réveille en nous quelques souvenirs. La mise en scène (en)chantée permet une douce émotion tout au long l’année passée avec Gaëlle qui attend les épreuves du bac.
L’expression musicale est sincère. Le projet collectif réchauffe les cœurs. Le naturel des gamins est déconcertant. Leurs facéties et la poésie proposent un regard nouveau sur le Nord et ses clichés miséreux. Le film est un beau portrait rêvé mais sincère de la jeunesse d’aujourd’hui. L’antidote idéal et parfait à toutes les mauvaises nouvelles que l’on veut nous faire avaler, à nous et nos pauvres petits ! La vie sans la musique serait une erreur!
Bodega films - 22 octobre 2014 - 1h24



