Melbourne Florida

De la pop australienne? Doit on s'enfuir comme des kangourous? Pas du tout, ce troisième album est une exotique et bonne surprise!
C'est le genre de disque dont on se méfie. La pop en Australie, c'est un peu une danseuse dans une arène de freefight! Là bas, on aime plutôt les muscles, ACDC et les grosses bestioles. En matière de rock, on a eu droit à INXS et Midnight Oil pour citer les choses plus douces (ha oui Kylie Minogue aussi est douce) et commerciales.
Mais ce qui arrive jusqu'à nos oreilles est souvent proche du gros rock poilu et viril. Donc Dick Diver (excellent nom de groupe sûrement un hommage caché à notre Dick Rivers national je ne vois que ça) a de quoi surprendre les mélomanes qui veulent explorer l'autre coté du Monde si exotique!
Rupert Edwards et ses potes font dans le rock franchement alternatif, agréablement indépendant. Roublards et agréables, ils rappellent un peu REM. On les sent ambitieux et ravis de jouer leurs morceaux. Un petit saxo et une voix féminine font des intrusions judicieuses pour faire la différence.
Ce sont des joueurs de folk qui découvrent la new wave: c'est l'effet de ce groupe très original dans sa conception de la musique. Parfois minimaliste (Beat me up). Parfois costaud (excellente chanson Competition). Tout le temps, Dick Diver cultive sa différence, sans trop forcer. Une grande bouffée d'air frais, c'est ce que propose le groupe avec une insolente économie de moyens
Avec leur look d'étudiants, le groupe ne semble s'intéresser qu'à ses créations, atypiques et raffinées malgré une production brute en apparence. Ce ne sont pas des chasseurs de crocodiles ou des fans de Mad Max. Les quelques grammes de délicatesse que pèsent le disque de Dick Diver vaut bien le coup de vivre dans un monde de brutes!
Trouble in Mind - 2015
La Grosse Tête

Makyo, Toldac et Tehem sont les petits chanceux qui ont le droit de faire ce qu'ils veulent (dans les limites du bon goût) du plus célèbre groom de la bande dessinée.
Dans la saga "Le Spirou De", il y a du bon et du moins bien. On se souvient de certains volets absolument éblouissants comme Le Journal d'un Ingénu et Le Groom Vert de Gris. On oublie rapidement les tentatives toujours sincères mais maladroites d'autres auteurs, pas à la hauteur de la légende de Spirou.
Tehem est un auteur assez fun dans le sillage de Zep. Alors que l'on attendait la suite du vintage La Femme Léopard, on découvre un Spirou tout élastique, très moderne et tout souriant! Un sourire de star puisque le journaliste et son ami Fantasio sont connus désormais!
Fantasio s'est mis en tête d'écrire un roman. Qui devient un film. Le producteur veut les deux aventuriers dans le film mais le star-system pourrait venir à bout de l'amitié entre les deux hommes. Un coup d'état bretzelburgeoise va leur rappeler que l'union fait la force.
Car les deux scénaristes autorisent tout aux deux copains, qui vont s'en mettre plein la tronche. Lequel des deux va faire augmenter son ego au paroxysme? C'est de la véritable maltraitance et cela amuse beaucoup le dessinateur de transformer les humbles aventuriers en stars au melon qui gonfle rapidement.
Le dessin est très éloigné de la ligne belge et cela va bien au style quasi parodique de Tehem. Ce n'est pas un sommet de la collection, mais très bon moment, irrévérencieux mais aussi respectueux de la mythologie de la saga Spirou. En collant le personnages aux pires vices de nos sociétés médiatiques, La Grosse Tête est un petit plaisir coupable mais franchement rythmé et drôle.
70 pages - Dupuis
Toujours la tempête, Peter Handke, Odéon

Histoire méconnue d’un peuple minoritaire. Destin épique d’une famille dans les plaines d’Autriche. A voir.
La pièce nous plonge dans une page d’histoire. Le destin d’une terre, la Carinthie. A la croisée entre l’Autriche, la Slovénie et l’Allemagne, elle est ballotée. Le décor unique de plaine en pente évoque avec force l’attachement à cette terre. Des brins d’herbe des plaines slovènes s’accrochent aux costumes des comédiens chaque fois qu’ils s’asseyent puis se relèvent. Clin d’œil pour dire combien cette terre signifie pour ses habitants. Entre désir de la défendre et de la fuir.
Peter Handke livre au travers de la grande histoire une page de son histoire familiale. Avec la voix du narrateur, il exorcise une page de son histoire, évoque l’union de sa mère d’origine slovène avec un allemand. Recoupant ses souvenirs avec les événements datés, il replace la petite histoire dans la grande, confronte les légendes familiales à la réalité de la vie. Mais le passé lui échappe. Il cherche son identité, la vérité, comment sa mère a fait accueillir l’inacceptable.
Sous la direction d’Alain Françon, les comédiens sont excellents. Wladimir Yordanoff dans le rôle du grand père est confondant d’authenticité. Il touche au cœur dans sa façon de raconter ce jour où il a offert innocemment des yeux de bœuf pour courtiser une femme ou son refus de la tragédie, comme étant contraire à la fierté de son peuple. Gilles Privat incarne un personnage singulier, l’oncle résistant qui prend le maquis, avec maladresse et tendresse.
Toujours la tempête sonne comme Le monde d’hier de Zweig. Par l’annexion de la Carinthie dans le Reich allemand, un monde semble disparaître. Faut-il résister ou se soumettre ? Pour certains la réponse s’impose : « Plus aucun peuple ne nous réduira au désespoir», «Notre peuple va jouer le rôle qui lui revient. » Mais alors, comment combattre pour la liberté de son peuple ? Ces questions universelles et intemporelles sont posées avec intelligence.
Reste néanmoins à reconnaitre qu’il est dérangeant pour notre jeune génération d’entendre parler des Allemands avec tant de férocité quand le défi européen actuel mérite un climat apaisé.
jusqu’au 2 avril 2015
Aux ateliers Berthier du Théâtre de l’Odéon
Mukesh Singh, élu connard de l’année !

En décembre 2012, une jeune étudiante indienne de 23 ans se faisait sauvagement violer par 5 monstres dans la ville de New Delhi, capitale de l’Inde, pour ceux qui galèrent en géographie.
Jusque là, vous me direz, avec la froideur qui convient, que, malheureusement ce genre d’atrocité arrive juste 903 fois par jour (source planetoscope) à travers le monde et que, puisque vous êtes plus forts en maths en géo, par an, de par une subtile multiplication de 365 jours, plus ou moins en fonction des calendriers ou religions, mais le viol, curieusement est universel ma bonne dame, plus de 320 000 femmes sont victimes de viol. A l’heure où l’on se parle, depuis de début de l’année, 72 000 femmes ont donc subi les foudres venimeuses sexuels barbares de fous, de connards, de bêtes, d’hommes avec un tout petit h ; décidément vous êtes très très forts en calculs…
Oui mais voilà, à la différence de la grande majorité des viols à travers cette foutue planète, celui de la jeune étudiante en kiné(décédée depuis, ah bah oui pardon j’avais oublié de le dire, mes excuses) un soir, à l’arrière d’un bus, s’est fait aux yeux de nombreux témoins, mâles pour la plupart, qui n’ont pas bougé, rien dit, pas montré une dose de testostérone à aucun moment. En fait, pis, quand ce viol a commencé à faire le tour médiatique du globe, de nombreux indiens, mâles, encore, bah oui, eh bah dis donc, ont commencé à s’étonner sans vergogne de la non compréhension de la chose, sous entendu ou comprenez, mais vous allez voir c’est pas simple, que, grosso modo, et bien si elle s’est fait violer…quelque part, c’est qu’elle l’avait bien cherché. Oui, après tout, elle avait dû mettre un jean, elle avait du aller boire un verre dans un bar, or, pour l’homme primaire de base indien, si l’on en croit les masses de soutien aux auteurs à travers le pays, les violeurs castés mais malheureusement pas castrés de New Dehli, bah oui, en substance, bah bien fait.
La justice du pays des eunuques et de bolywood, semblant avoir à sa tête quelques cerveaux un peu plus évolués que la moyenne, a condamné à mort 4 des tarés, le 5ème, mineur au moment des faits, ayant écopé de 3 ans de prison…en espérant pour lui qu’il fasse la fille dans les douches, après tout, lui aussi doit mettre des jeans et devait aller dans les bars régulièrement, donc pas de raison qu’il n’ait pas un peu de corne au cul et l’anu’ déchiré une fois de temps en temps, il n’est pas improbable que cela lui fasse revoir sa position.
Toujours balaises et sans détours dans leurs documentaires, des so british journalistes de la BBC, au premier rang desquels la brillante réalisatrice Leslee Udwin, ont décidé d’investiguer sur ce drame et en faire un documentaire. Pour creuser le sujet, ils ont obtenu une itw de l’un des 5 monstres, Mukesh Singh, dans sa cellule, 16h d’interview, à bâton rompu, en mode libre open ouvert live.
16h, c’est long, très long, et tu peux légitimement te dire que le mec, ne serait-ce que 30 secondes, sur 16h, l’équivalent de 600 viols, pour ceux qui reprennent la base de calcul du début de chronique, va exprimer un soupçon de regret, un saupoudrage d’excuses, une pensée pour les parents, un truc quoi…bah non. Mukesh, droit dans ses bottes et dans son slip rempli de merde humaine et de pisses acides, te balance tout de go quelques gentillesses de l’homme né a priori 300 millions d’année avant JC, citons Mukesh : « durant le viol, elle n’aurait pas du se défendre, elle aurait du rester silencieuse… »/ « une fille qui sort à 9h du soir est tout simplement aussi responsable d’un viol qu’un garçon »…emballé c’est pesé, quand t’as dit ça, t’as tout dit, tu grognes un coup derrière et tu vas chasser les dinosaures, normalement t’as le niveau.
Nous savions, a priori, qu’au-delà de la pénurie alimentaire, la pénurie de neurones était un des fléaux de ce bas monde, mais là, nous sommes face à la plus grande pénurie de cerveaux que la planète n’ait jamais connue…
L’élection du plus grand connard de l’année voit donc sa pré-sélection enrichie d’un taré de plus et 2015, après seulement 3 mois d’exercice, s’annonce comme l’année la plus dense sur le créneau. Le groupe « Daesh et les garçons » partait pourtant favoris, le trio « Kouachi brothers & Coulibaly » se positionnaient en outsiders redoutables, mais cette semaine entre les « Bardo Terroristes » en Tunisie et donc « The Mukesh show & violeurs friends », nous voilà bien embêtés pour désigner le plus grand connard de l’année!
Voilà voilà, en attendant, les membres du collectif à Mukesh ont fait appel, un nouveau procès telle une lame enfoncée à blanc dans la peau des parents de la jeune indienne va donc faire saigner et raviver les feux mal éteints…j’ai du mettre 30 minutes pour écrire cette foutue chronique, je pense aux 20 femmes dans le monde qui viennent de voir leur vie brisée à jamais.
J’vous embrasse,
Goon

Un piano. Maltraité.Les touches sont bien appuyées par un jeune auteur Canadien qui fait dans le ballade confidence classique. Avec une classe folle. Révélation!
Les premières notes de cet album sont espiègles. Tobias Jesso Jr comme un débutant tape un peu fort sur les touches de son piano. Une petite nappe de synthé vient donner de l'ampleur à des refrains élégants où la voix se fait elle aussi jeune et enjouée. La première chanson de ce premier disque est une ballade mais elle est sacrément réjouissante et propose un ton classique.
Le piano est bien souvent l'instrument des confessions et il est certain que ce Canadien se livre sans détour. Les chansons qui suivent la superbe entrée en matière, sont sentimentalistes mais jamais elles ne sont mièvres. Aurait on oublié que la simplicité va bien à la musique?
Sans détour, il se livre. Il raconte qu'il a versé des larmes de crocodile, que l'on peut se sentir seul à Los Angeles, que l'amour ca pique parfois! Tobias Jossa Jr n'a rien d'un révolutionnaire. Produit par le batteur des Black Keys, le jeune artiste a tout pour plaire.
Il connaît ses classiques: il rappelle un peu le Billy Piano Man Joel des premiers temps. Un pianiste généreux, attentif à ce qui l'entoure et terriblement romanesque. Il a beau recyclé les petites misères que l'on a déjà entendu mille fois, il gère sa tristesse avec une vraie énergie réjouissante: paroles facétieuses et mélodies accrocheuses.
Rien de nouveau mais tout sur ce disque est agréable sur ce premier effort qui devrait être le début d'une belle discographie. Une jeune premier en perspective!
True Panther - 2015
20th Century Boys T.2

Tout s'accélère dans ce gros volume passionnant, rebondissant de révélations incroyables en nouveaux mystères. Effectivement 20th Century Boys est une référence du genre!
Lorsqu'il est tout petit, Kenji avait imaginé avec ses amis, dans une cachette en pleine campagne, la fin du Monde avec leurs idées d'enfants. Mais le jeu se met en place des années plus tard. Comme le héros, on a du mal à croire que la fin du Monde pourrait arriver à cause de l'imagination de bambins rigolos et cruels en même temps.
La chronique quasi mélancolique nourrit donc un thriller palpitant qui flirte évidemment avec le fantastique. Grand frisson garanti lors de l'assaut de la supérette, digne des meilleurs films de zombies. Urosawa fait une fois de plus ce qu'il veut avec ses bonds dans le temps.
Cela amène des réponses et des nouvelles questions. Kenji chute dans un cauchemar total et jubilatoire pour le lecteur. De nouveaux personnages sont approfondis et doivent tous affronter la secte d'Ami, de plus en plus puissante et effrayante.
A l'heure où un parti aux idées douteuses se dit le premier parti de France, la prise de pouvoir dans la secte dans un Japon déboussolé par des crises en tout genre, a le don de rendre la lecture encore plus prenante. Urasawa est un auteur lucide. Passionné par l'histoire de l'Allemagne, il parle beaucoup du fascisme et cette piqûre de rappel fait un bien fou. Cela se confirme: 20th Century Boys est une excellente lecture. A suivre...
416 pages - Panini manga
The Voices 2e Avis

Absolument génial, brillant, drôle, sérieux, étrange, décalé, surprenant, jouissif, glauque, naïf, entraînant, effrayant, songeur... et je pourrais allonger cette liste d'autres mots pour décrire cet ovni, film inclassable, qui tire sur tous les fronts, comme avait pu le faire, en moins élaboré, "Tucker & Dale" ou encore "Severance".
Du rire au cri, il n'y a qu'une patte et Marjane Satrapi l'a bien compris. Elle arrive à nous l'introduire sans difficulté, sans liaison qui couperait le film avec une finesse déconcertant. Rien n'est laissé au hasard, ni la photographie, ni la scénographie très importante, ni les décors surprenants (Jerry, l'anti-héros habite quand même dans un bowling, il fallait y penser) ni les costumes rose bonbon de son entreprise, ni les dialogues à mourir... de rire.
Ils surprennent, placés pile poil pour nous faire réagir: tout est bien pensé et soigné. Sous la couche très élègante de sang se cache un sujet plus profond et alarmant: la maladie comme seule alternative au mal-être. Pour être bien, Jerry doit faire le mal et le pire dans cette histoire qui n'a rien à dormir debout. C'est tout de même ce que l'on attend, bande de sadiques que nous sommes.
Ca coupe droit et dans le vif: c'est d'une violence très particulière mais le tout est habilement habillé de bonne humeur et de confettis bollywoodiens qui me laissent le sourire aux lèvres. Ryan Reynolds, acteur aux quatre casquettes puisqu'il fait la voix de tous les personnages fictifs, vient ici de signer son meilleur film. Pour les sceptiques, attendez d'entendre ce qu'elles ont à vous dire.
Avis aux amateurs!
Avec Ryan Reynolds, Anna Kendrick, Gemma Arteton et Jacki Weaver - 11 mars 2015 - 1h45





