La Petite Rapporteuse de Mots

Depuis quelques temps, la grand-Mère d’Elise perd ses mots. Alors, elle fait des drôles de gestes espérant qu’on les lui retrouve. La mère d’Élise ne cherche pas trop et s’énerve. Élise, elle, sait les lui rapporter. Mais très vite sa grand-mère les perd à nouveau …
Le père d’Élise explique que tout s’use, tout vieillit, les fleurs, le chat, les meubles et même les mots, même les gens … Pourtant Élise sait bien que c’est sa grand-mère, sa grand-mère au sourire si beau, qui les lui a appris tous ces mots, des plus simples aux plus compliqués… C’est décidé elle les lui rapportera autant de fois qu’il le faudra., à son tour maintenant de l’aider tout en continuant à prendre plaisir d’être ensemble.
Un album magnifique sur les relations entre une grand-mère et sa petite fille, sur la vieillesse, sur l’acceptation ou le rejet de cette dernière.
Les illustrations aux teintes pastel apportent un clin d’œil finalement positif et optimiste sur ce sur quoi nous ne pouvons qu’être résignés : tout s’use ! C’est comme ça ! C’est la vie !
A partir de 7 ans
Pris du GG (Prix littéraire du Gouverneur Général – Conseil des Arts du Canada)
Taxi Téhéran

Film clandestin, Taxi Téhéran est une promenade bienveillante dans la société iranienne.
En 2010, le cinéaste Jafar Panahi n'a plus le droit de réaliser des films sur le territoire iranien durant vingt longues années. La censure ne l'empêchera jamais de faire des films. Taxi Téhéran est le troisième long métrage depuis l'interdiction: il lui a apporté la consécration à Berlin avec un Ours d'Or mérité!
Car Taxi Téhéran est un cours et une leçon de cinéma. Avec trois caméras placés dans un taxi, le réalisateur se met en scène pour poursuivre son combat contre les absurdités de la censure et les idioties d'une société trop rigide, refusant de voir les réalités qu'elle engendre!
Dans son taxi, la parole se libère. Le temps d'un trajet, les hommes et les femmes se livrent au delà de la bienséance. Les acteurs ne sont pas professionnels mais donne à voir cette société qui ne correspond pas aux préjugés et à la politique pourtant omniprésente en Iran.
Le vrai bonheur de Taxi Téhéran n'est pas cette recherche de la vérité mais plutôt la bienveillance du cinéaste-comédien. Il garde le sourire. Malgré des passagers déroutants. Malgré une pression constante qui le pousse à vivre dans une semi clandestinité. Pour lui la vi(ll)e pourrait être prison ouverte. Il serait enragé. Rien de tout cela: son film est d'un humanisme désarmant. Certains le taxeront d'angélique!
Ses astuces narratives et sa survie en tant qu'artiste révèlent une personnalité généreuse: on est ravi de visiter la ville avec lui. Il va à l'essentiel: on lui excusera les deux ou trois répétitions car il défend la place et l'importance de l'art dans la société.
Ce film est un geste de résistance. Il semble nécessaire. Il est drôle aussi. L'ironie y est lumineuse. Les conversations deviennent essentielles. Dans son taxi, il véhicule ce qu'il a de mieux chez l'homme, l'artiste ou la société. Il offre sur son chemin des raisons d'espérer. Un film salutaire!
memento films - 22 avril 2015 - 1h21
What For?

What For? A quoi bon rendre hommage à la pop légère?
Allez savoir si ce jeune artiste de Caroline de Sud connaît les Ecossais de Teenage FanClub mais son premier titre est résolument et génialement pop, entre légèreté du refrain et ruptures de ton bienvenues. Buffalo, le single de ce nouvel album, lui se promène dans un pays plus funk mais qui possède lui aussi une espèce de dépouillement heureux, comme si le musicien cherchait le bonheur musical le plus simple possible...
La troisième chanson s'échappe dans d'autres contrées encore plus "chill out". Un style calme aidé par une guitare héroïque. The Flight pourrait être dans un disque de Carlos Santana. En tout cas on a bien pris son envol avec ce nouvel album de Toro y Moi.
Connu pour ses idées plutôt electro, il s'affirme comme un amateur de pop avec l'enjoué Empty Nesters, le psyché et court Ratcliff et le plus soul Lilly. Ce que l'on entend c'est un habile musicien qui se sert idéalement de toutes ses influences et de tous les instruments.
Les synthés ne sont pas envahissants et ca ne vire jamais à la démonstration de patchwork entre les genres. C'est un disque harmonieux, reposant et agréable. Le sourire sur la pochette est bienveillant. Ce disque veut nous faire du bien.
Le rétro Spell it Out est un pur délice. Chaz Bundick se cache derrière le nom étrange et généreux de Toro y Moi, ce sont les qualités de Half Dome qui donne de beaux reflets à la pop indé et le rock défraîchi. Run Baby Run pourrait être son hommage aux Beatles et tout une partie de la britpop.
Il respecte les traditions du bon disque de pop avec une dernière chanson un peu plus longue, au tempo bien détendu. Yeah Right est un dernier petit plaisir pour la route. A quoi sert ce disque? A rien si ce n'est se faire du bien! Idéal quand on se fait engueuler par les mauvaises nouvelles sur tous les médias!
Carpark Records - 2015
Le Baron Fou

Voilà un personnage fascinant que s'est approprié le monde de la bande dessinée depuis des années.
Parler de la révolution russe de 1917 sans parler du Baron von Ungern-Sternberg est pratiquement impossible. Pourquoi ce personage permet-il encore à Rodolphe et Faure de nous sortir un merveilleux album d'aventures?
On trouve Ungern aux côtés de Corto Maltese. Quand celui-ci part pour la Sibérie et traverse les steppes dans des trains blindés. Ungern représente la fin de la Russie Blanche et l'utopie d'un homme qui à la tête de quelques cavaliers se voit poursuivre le destin de Gengis-Khan.
On ne peut qu'être fasciné par cet homme capable d'une violence extrême aussi bien que d'une grande délicatesse. Les références de Rodolphe sont les mêmes que celles de Pratt. Tous 2 sont partis du récit de Ossendowski "Bête, homme et Dieux". Comme Pratt, Rodolphe est capable de mélanger personnages historiques et personnages de fiction. Notre héroïne à la recherche de son époux disparu croisera Ossendowski.
Rodolphe fait de ce dernier un type un peu menteur, qui a certainement exageré son récit et sa rencontre avec Ungern. Peu importe, cela fonctionne pour avoir lu "Bête, homme et Dieux" adolescent j'en garde des images spéctaculaires et impressionnantes!
On retrouve dans cet album tout le talent de Michel Faure, qui sert à merveille le récit de Rodolphe. On y trouve tous les ingrédients d'une bonne BD d'aventure avec une trame historique solide.
Le récit est prévu en 2 tomes, c'est donc avec impatience que l'on attend la fin de ce récit même si celle-ci est déjà connue, ce qui est la force des grands conteurs
Glénat - deux tomes
Cake

Enfin le film de la consécration pour Jennifer Aniston, éternelle Rachel dans Friends et habituée des comédies.
Elle livre une performance dignes des plus grandes. Il est de notoriété publique qu'après 50 ans, une carrière d'actrice est dure à conserver. Grace à ce film, celle de Jennifer Aniston vient peut être de décoller et ce, dans un registre qui lui est complètement inconnu.
Alors espérons pour elle! Elle excelle en femme déchue. Elle s'est physiquement impliquée dans le projet et s'est métamorphosée. Elle joue une femme qui tente de s'en sortir petit à petit après avoir vécu le pire, qui a réfléchi à toutes les solutions pour mettre fin à ses souffrances.
Malgré les apparences du film glauque et lourd, Cake bénéficie d'un casting atypique. De Friends à Desperate Housewives, il est très télévisuel mais convaincant. En contrepoint du sujet grave, il y a aussi une très belle photographie aux couleurs pastels.
Ce que l'on retient, c'est le superbe scénario: une écriture tout en finesse et poésie, sur la perte, la solitude et la renaissance. Cake ressemble à un film juste, tendre et touchant qui nous raconte une histoire comme avant de s'endormir. La tranche de vie contée dans Cake ne manque pas d'humour malgré tout et se révèle contre toute attente léger et frais comme un glaçage de cupcake!
Avis aux amateurs!
Avec Jennifer Aniston, Anna Kendrick, Felicity Huffman et Chris Messina - Warner Bros - 8 avril 2015 - 1h42
Poison City

Après la série d'articles de Pierre sur le manga 20Th century boys, je vous propose....un autre manga! POISON CITY.
Si Poison City a bénéficié d'une grosse mise en avant, la publicité faite autour de celui-ci est tout a fait justifiée, c'est du très haut de gamme! Ce manga a de nombreux atouts pour un public adulte, pour un public européen et pour un public qui ne lit pas ou peu de manga.
D'abord l'éditeur annonce la couleur: Il n'y aura que 2 tomes quasi impensable pour un manga qui plus est,le premier tome ne fait "que" 230 pages. Ensuite, il s'agit d'une mise en abîme fort subtile avec un manga dans le manga. Le scénario démontre une certaine compléxité et une thématique inhabituelle: la censure dans les mangas.
La mise en abîme se fait autour d'un jeune et prometteur auteur de manga qui vient présenter un projet à un éditeur. 2 jeunes gens sont au milieu des zombies dans le Japon contemporain. On est assez proche de la trame de "Walking Dead". L'éditeur parait enthousiaste, lui donne quelques conseils et signe un contrat.
Nous sommes en 2019 et Tokyo sera l'organisateur des Jeux olympiques l'année suivante. Le contexte n'est pas neutre, car le Japon veut donner la meilleure image de lui-même. Alors à chaque rendez-vous, Mikio Hibino, le jeune auteur se voit conseiller de réduire les scènes de violence, de modifier certaines cases et d'arranger son récit. Son espace de créativité se réduit au fur et à mesure de l'avancée du récit.
Tetsuya Tsutsui est l'auteur de Poison City. Il était aussi celui de Prophecy et Manhole (mangasque doivent connaitre les aficionados...Personnellement, je suis passé à côté...) Tsutsui s'est rendu compte que certaines pages de ses mangas avaient été considérées comme "nocives", classant son ouvrage dans les mangas adultes à faible diffusion.
Il est aujourd'hui en procès avec plusieurs comités de censure pour faire valoir ses droits (il n'a jamais été informé de cette censure) et se bat sur les contradictions de ces commissions qui a priori ne lisent même pas les ouvrages.
Poison City est une façon de raconter son histoire et celle d'autres auteurs dans un Japon aux multiples contradictions. Si le thème n'est pas simple, le récit est vivant, soigné et plaisant. Un vrai bon manga.
Mr Wonderful

Kendrick Lamar sonde l'âme noire américaine avec son tout nouvel album si parfait! Action Bronson réalise aussi un disque rap imposant, lui le petit blanc new yorkais, cuisinier devenu rapppeur east coast!
En quelques semaines, deux disques nous rappellent que le rap peut être un genre stimulant et intelligent. Loin des éloges de la société de consommation. Kendrick Lamar vient de sortir un disque incroyable entre introspection jazzy et rap hargneux. Le son californien a été volé aux gros vendeurs de disque et c'est franchement une bonne chose. Une vraie réconciliation.
De l'autre coté des Etats Unis, le rap new-yorkais continue de se nourrir de ses entrailles underground. C'est un son plus exigeant et le style est résolument plus baroque. C'est ce qu'on aime tout de suite chez le truculent Action Bronson.
Il en impose pas mal. Il a déjà un physique massif, tatoué, barbu et tout en rondeur typiquement américaine. Juif New-yorkais, d'origine albanaise, on sait ce que ca peut donner: les Beastie Boys. Très vite, on entend chez lui un mélange de genres qui ne fait pas la joie des producteurs mais celle des mélomanes. Ses boucles et ses beats ne sont pas celles des codes commerciaux, des radios qui veulent vendre de la publicité et des rappeurs qui veulent une grosse voiture et des chaines qui brillent.
Action Bronson signe pourtant avec Warner. Il le laisse tranquille et le rappeur peut continuer d'explorer son rap bigarré, enthousiaste et plus urbain que la plupart des rappeurs que l'on entend. On apprécie particulièrement ses samples inspirés par des morceaux peu utilisés et extrêmement judicieux: Sa version d'Easy Rider est un tube imparable et envoûtant.
Sur la voie royale, il ne se trahit pas. Après des années dans la contre culture, Action Bronson a l'air solide sur ses bases, entre constats amers sur la vie en générale et sa vie personnelle (la très sympathique chanson Baby Blue, alternative rap de Randy Newman). Entre efficacité massive et emprunts spectaculaires. Entre hits accessibles et délires typiquement new-yorkais.
Comme Lamar, Action Bronson, le cuisinier devenu rappeur, nous immerge dans tout un univers codifié par des racines musicales passionnantes et des flows énervés. Il parvient lui aussi à une sorte d'équilibre entre poses obligatoires liés au genre et vraie réflexion musicale. Laissez vous tenter par ce copieux menu!
Vice records - 2015
Le cercle des utopistes anonymes, Grand Parquet

Un Cabaret mêlant chansons, poésies et conversations sincères, comme autour d'un feu de camp, sur le seul sujet qui vaille (peut-être) encore la peine: l'espoir d'un monde meilleur.
Et si on réinventait TOUT, par quoi faudrait-il commencer? Le langage? L'amour? Le lien social? La place de l'homme sur la Terre? Le rapport entre les genres? Entre les espèces?
Entre les chansons de Serge Rezvani ("Le tourbillon de la vie", de Jules et Jim, c'est lui) et les discours pataphysiciens d'Alfred Jarry (Ubu Roi, c'est lui), il y a : Eugène Durif. Eugène Durif et ses comparses (la comédienne Stéphanie Marc et le musicien/comédien Pierre-Jules Billon) nous invitent à rejoindre une société secrète, joyeuse, agitée de débats, qui apprécie le comique de répétition et les bons mots.
Ainsi, le Théâtre du Grand Parquet confirme la cohérence d'une programmation exigeante et irrévérencieuse, répondant à la très sérieuse vocation de faire rêver et réfléchir...
Le texte d'Eugène Durif (auteur entre autres de "Tonkin-Alger", "Les Petites heures", "Kiss-Kiss", aujourd'hui co-interprète de son propre texte), s'intéresse avant tout à la réinvention du langage et de l'amour. Érudit et poète, il partage avec nous ses lectures les plus éclairantes sur ce thème: légendes médiévales, extraits de Marx, Fourier, tentatives historiques (hussites, adamites, mai 68...) mais aussi des citations de Hölderlin et Maïakovski.
Le trio burlesque formé par l'auteur, la comédienne et le musicien, recrée et fait vibrer toute la palette d'émotions qui accompagne ces discussions animées: méfiance à l'égard des hommes, fol espoir d'un renouveau total, désillusion sévère de ceux qui choisissent de s'enterrer la tête dans le trou... Eugène, acteur touchant et humble, partage avec nous jusqu'à ses doutes les plus sincères d'auteur: "Je voudrais parfois savoir parler du bonheur que j'ai de vivre, sans avoir l'air d'un con ou d'un ravi de la crèche. Dès que j'essaie, les mots me manquent."
Dans "Le cercle des utopistes anonymes", Eugène, le doux rêveur, Stéphanie, l'éternelle amoureuse, et Pierre, le désabusé, sous la direction du chef de troupe Jean-Louis Hourdin (cofondateur du GRAT, des Fédérés, par ailleurs enseignant au TNS...) nous invitent à entrer dans ce cercle, cette société secrète (ou inavouée) d'utopistes.
Poètes subversifs, altermondialistes ou sceptiques: rejoignez-les !




