Murmures des Murs, Rond Point

Des cartons jonchent la scène. Une jeune femme entre dans l’un, disparaît dans l’autre, emballe les objets qu’elle trouve et les détourne de leurs usages habituels.

Le temps, l’espace, les murs, les décors sont traversés, escaladés, pénétrés. Ils deviennent parfois des pièges, des artifices. Tous les éléments prennent vie et forme sous l’impulsion des comédiens. Ils les détournent, les contournent, les fuient pour mieux se les approprier.

Mêlant danse, illusionnisme, théâtre, tour de passe-passe, chaque tableau devient sujet à interprétation, aux acrobaties entre poésie et frénésie des corps. Le rythme est millimétré, calculé, mesuré. Il n’y a ni faux pas ni contretemps : mouvement des décors, énergie des personnages.

Une certaine forme surannée des costumes et des matières renforce cette sensation fantasmagorique. Trompe œil des décors et de l’espace, mais aussi de la réalité pour mieux fuir la réalité, celle de la solitude et de la quête de l’autre qui ne cesse de fuir.

Murmures des murs est une illusion éveillée, peuplée d’animaux et d’objets fantastiques, un voyage sans parole aux confins de la folie douce où le temps et l’espace n’ont plus de limite.

Jusqu'au 23 mai 2015

au Théâtre du Rond Point

Conception et mise en scène : Victoria

Avec : Aurélia Thierrée, Jaime Martinez et Antonin Maurel

 

LIDWINE

Un concert très électrique qui manque d’acoustique.

Repérée dans Liliom de Jean Bellorini au TNP de st Denis, la chanteuse-harpiste Lidwine de Royer Dupré avait attiré notre attention. Sa voix aux airs de Bjork s’accordait à merveille avec sa harpe.

Sur la scène du Sentier des halles, avec un plumeau sur la tête et une robe argentée, Lidwine est accompagnée du percussionniste électro Rolando Torrès Martin. Sous la voûte en pierre, on s’attendait à écouter l’harmonie mélodieuse de la voix et de la harpe… Ce ne fut pas le cas.

Très vite les amplis, les micros, les sons électriques amènent une autre ambiance. L’acoustique aurait sublimé l’univers de cette jeune chanteuse, il l’a un peu dénaturé. Sa voix se hache. Le rythme se saccade. Si ce n’est le moment de grâce : avec la reprise électro de Silent night, le choix des chansons laisse imperméable.

Le concert séduit par ailleurs avec le travail remarquable de design graphique d’Emmanuel Labard. Digne d’une plongée dans les volutes de Windows media player, on est captivé. La salle se couvre de lumières fantastiques. Les dessins épousent les rythmes. Les couleurs, les formes transportent dans un monde féérique.

Le chant final avec des jeunes choristes apporte la note intimiste espérée. On aurait aimé tout le concert ainsi.

 

Cannes The tale of the Tales

Pelle le Conquérant

Le festival de Cannes débute ce soir. Les paillettes. Les stars. Les prix convoités. Les soirées. L'événement fait tourner la tête. Au point que le jury décerne des palmes plus ou moins étranges. Piqûre de rappel avec Pelle Le Conquérant!

C'est l'un des mystères du festival: Bille August! Yes man, responsable de mélodrames au classicisme ennuyeux, le monsieur a tout de même deux Palmes d'or qui trônent sur sa cheminée. Ils ne sont pas nombreux à pouvoir se vanter de ce fait extraordinaire. En 1988, le Danois arrive méconnu au festival face à un jury mené par Ettore Scola.

Pelle Le Conquérant est un drame tiré d'un fameux livre, référence absolue en Suède et en Danemark. Bille August est allé chercher une autre référence importante: Max Von Sydow donc l'ombre d'Ingmar Bergman. Pourtant son film n'est qu'un drame larmoyant sans grand intérêt. Espérances. Déceptions. Nature. Des petits clichés élégants mais pauvres. On pense à une adaptation tartignolle de Princesse Sarah ou Rémi sans Famille. Trop de fêtes ont raison de la logique d'un jury où il y a tout de même ce gros allumé de George Mad Max Miller.

Dans la sélection, il y a tout de même Bird de Clint Eastwood ou Tu ne tueras Point de Krzysztof Kieślowski! Mais non, à la place, on a droit à un machin long, boueux et limite rabat joie. L'erreur est humaine mais rebelote, quelques années plus tard, August s'empare d'un scénario du grand Bergman (Les Meilleures Intentions) et réussit de nouveau à piquer la Palme d'or.

Depuis, le monsieur se compromet dans des projets européens, toujours avec de belles intentions, mais pour des résultats décevants, assommants et loin d'être conquérants!

Cannes La Loi du Marché

Capitaine Flam n’était-il vraiment pas de notre galaxie ?

« Capitaine Flam n’était-il vraiment pas de notre galaxie ? »

La nuit dernière, sur les coups de 5h du mat’, j’ai monté le son et j’avais des frissons, je medisais que moi aussi je devais faire tout ce qui me plait plait plait, même me poser les pires questions, du moins celles qui, aux yeux du vulgum pecus contemporain ne pouvait très bien n’avoir aucun sens, mais qui, à mes yeux à moi, dans une brume nocturne avec encore quelques effluves de Rhum, dont les dernières gouttes n’avaient été englouties que quelques heures avant, si ce n’est une heure avant, en fait, avait du sens, lesdites questions.

Alors, j’ai cherché une bonne question bien con, pour m’endormir sur une déviation métaphysique aux confins du porteninwak, du ridicule, du de toute façon tu trouveras pas la réponse. En pagaille, sont venues m’interpeller sur les parois dans mon crane de dégénéré :

« Si Loana n’avait pas fait le Loft aurait-elle été vendeuse chez la Halle aux vêtements ? »

« Si Arnold s’était appelé Willy et si Willy s’était appelé Arnold, se seraient-ils drogués tout

pareil ? »

« Pépita de Pyramide a-t-elle déjà visité l’Egypte et si oui en écoutant le dernier album d’Akhenaton tout au long du voyage ? »

« Au fait, il est devenu quoi Jean-Edouard du Loft 1 ? Commercial chez un pisciniste ? »

« Et si Alf de la série Alf, avec lui dedans quoi, avait été réellement vivant, un vrai extra terrestre et que personne ne s’en était aperçu !

Hannnnnnnnn ! »

« Ca veut dire quoi en fait Pas de pitié pour les croissants !?! »

« Les Jeux de 20h ont-ils réellement toujours débuté à 20h ?!? »

« Denver était-il réellement le dernier dinosaure ? »…

Voilà, j’vous ai pas menti, j’ai puisé profond…

Soudain, en arpentant fébrilement le couloir moquetté menant mon âme en peine et mon caleçon mi-coton mi-laine, moiiiiiiii Lolittaaaaaaa, vers la petite pièce qui allait me permettre de soulager mon envie latente d’uriner, oui, à force de réfléchir, on en oublie parfois l’essentiel ; un flash 80’s me vint, une lumière torche pour cerveau de mec torché, oui, c’était sûr, elle était là ma question du fonds de la nuiiittttt : « Capitaine Flam n’était-il vraiment pas de notre galaxie ?».

Quand on voit le mec, malgré sa combi vintage, en apparence première, tout porte à croire que la chanson du générique nous a en fait bien pipeauté, et ça, quoi qu’on en dise, faire ça à des gamins de 10 ans dans les années 80, c’est moche, et faut pas s’étonner après de la guerre du Golf, des attentats du 11 septembre, de la grève de Kysna de l’équipe de France, des brulures faciales de Ribery, d’avoir ri devant des sketchs de Smaïn, d’avoir eu des k7 vidéos de Courtemanche ou encore avoir dansé sur les 2be3, même saoul, oui, tout s’explique.

Thèse : Il n’est pas de notre galaxie. En effet, si nous reprenons notre maigre source d’indices, le chanteur du générique de Capitaine Flam nous dit sans faiblir que ledit capitaine voyage tantôt dans un Cosmolem tantôt dans un Cyberlab ; alors j’ai cherché, autant un Cyberlab, on aurait pu croire que le mec bossait au département recherche et développement d’Apple juste 30 ans avant tout le monde, mais bon bof, autant le Cosmolem, clairement, j’ai eu beau chercher sur tous les sites de concessionnaires, non, le modèle n’est pas dans notre galaxie. Pis, le gars a quand même traversé cent mille millions d’années pour aller bosser, là ça fait pas de doute, ça fait des bornes intergalactiques ! Pas de chez nous ça ma brave dame. Enfin, ces deux potes s’appellent Fregolo et Mala, même aux fins fonds de la Moldavie, c’est le genre de prénoms bien interstellaires bien bien.

Anti-thèse : Si mais si Captaine Flam est bien de notre galaxie ; pour preuve, le type a quand même le zizi qui le démange, pas plus humain que ça comme attitude, il a même une douce amie Johan (Baez sûrement, on sait pas, on n’a jamais su, j’veux même pas le savoir !). Pour preuve de preuve, le garçon ressemble quand même a un humain occidental de bonne famille et tu lui mets un costard de chez Devred, il cravate de chez Celio (oui cette chronique est sponsorisée) et un caleçon DIM, il fait genre de notre galaxie comme pas deux ! A priori, il a même des oursins dans les poches, il serait donc même français, puisqu’il habite Megara ! (Vanne de niveau 2)

Synthèse : Si quelques subterfuges bien pensés pouvaient tendre à nous faire croire que Capitaine Flam n’était effectivement pas de notre galaxie, voire qu’il était d’aussi loin que l’infini, genre après Dunkerque plus au Nord en passant par la lune, je suis ici quasi scientifiquement certain que Capitaine est un gars tout ce qu’il y de plus normal, qui après des années de succès s’est barré avec ladite Johan dans un petit pied à terre de la côte basque, que X-Or, Albator et Actarus viennent y boire des canons régulièrement ; faut pas me prendre pour un terrien de 3 semaines ! J’vais me coucher.

J’vous embrasse,

Un peu Beaucoup Aveuglément

Clovis Cornillac est un vieux routard du cinéma français. Il devient réalisateur pour la première fois et sa naïveté sauverait presque sa comédie.

Car il y a bien quelque chose de désuet et d'innocent dans sa démarche. Etonnant pour cette tête d'affiche qui a joué dans de grands films et des nanars coûteux. Il fait une comédie comme on n'oserait plus: tout en studio, sur un concept branlant, célébrant le romantisme! On est très loin du cynisme qui ronge l'industrie. Avec sa femme, il a eu une idée simple et fait tout pour y construire un récit.

Il sera limité car le principe de base est facile: deux personnes s'engagent dans une relation aveugle. Ils se plaisent mais une cloison fine sépare leurs appartements respectifs. Lui est un créateur de jeux ronchon. Elle est une musicienne qui a peur des concours. Les deux inadaptés vont s'apprivoiser, sans jamais se voir!

A l'heure de la communication à l'extrême, on pourrait imaginer que tout cela est hors sujet. D'autant que la base du récit ne tient pas la route sur la durée: très difficile de ne pas se voir quand on est voisin. Mais cela ne fait rien: Clovis Cornillac assume la légèreté et base tout sur son duo de charme avec Mélanie Bernier et des seconds rôles soignés.

Il nous désarme. La candeur va avec la candeur et les petites erreurs. Il convoque le vieux cinéma comique des années 50 ou 60 avec quelques grossières erreurs mais aussi une certaine élégance et un élan qui semble naturel. C'est plan plan. Ce n'est vraiment pas génial mais on devine un film personnel, ce qui est déjà pas mal du tout!

Avec Clovis Cornillac, Mélanie Bernie, Lilou Fogli et Philippe Dusquesne - Paramount - 6 mai 2015 - 1h30

Whispers Biennale de la Marionnette

(c)-Mikha Wajnrych
(c)-Mikha Wajnrych

 

Spectacle troublant de bruitages et de marionnettes au cœur d’un riche programme de mai. Faites ce qu’il vous plait, laissez vous transporter !

Seule visible sur scène, Nicole Mossoux plonge dans une ambiance digne du film Shining. Par ses mouvements et son univers elle présente un spectacle inquiétant pour adultes. Même son tango reflète des lumières de manoir hanté. Elle actionne habilement son corps, telle une marionnette. On en viendrait presque à chercher les fils qui la guident.

Avec toute sorte d’objets, Patrick Bronté joue, lui, dans l’ombre. Il crée des bruits qui viennent d’on ne sait où. De peurs lointaines ou bien surnaturelles.

Leur spectacle commun Whispers instaure un climat mystérieux. Intrigué, on frissonne sur son fauteuil. Le corps traversé de sensations étranges, on se croirait au cœur d’une nuit de cauchemar.

Les tableaux qui se succèdent semblent fantasmagoriques.

Dans le cadre de la 8e Biennale internationale des arts de la marionnette, la Compagnie Mossoux Bonté explore les sons et le travail du corps avec étrangeté. De nombreux spectacles à découvrir jusqu’au 30 mai pour approcher les 1001 facettes d’un art captivant.

Du mardi 5 au jeudi 7 mai 2015
A la Maison des métallos

Le Mouffetard, théâtre des arts de la marionnette

 

The Good Fight

Oddisee, rappeur de Washington DC, se bat pour un style jazzy et délicat. Décidément, en 2015, le rap américain serait devenu mélomane. Bonne nouvelle!

Les gros bras du rap se font doubler par les plus érudits du genre. Cela doit fatiguer de tendre les muscles en permanence pour quelques dollars de plus sur des beats qui donneraient des boutons même à David Guetta. Les types sérieux sont récompensés cette année. On n'est pas obligé de se compromettre au dieu de l'efficacité et du passage sur NRJ. Après Kendrick Lamar ou Action Bronson pour les grosses pointures, les petits artisans du genre se font entendre.

On apprécie donc aujourd'hui toute la classe de Oddisee, rappeur et producteur de Washington DC, passionné de vieux sons vintage et plaisirs jazzy. Ca trippe donc sévèrement sur ce nouvel album. Une fausse non chalance et une vraie musicalité, voilà le secret de la réussite. De son vrai nom, Amir Mohamed El Khalifa connaît bien la musique et cela fait plaisir de l'entendre sur des compositions aux mélodies réelles, où les instruments ont vraiment leur place!

Son rap swingue. Il se sert de tous les héritages laissés par ses parents et sa cousins: il a tout écouté et le recompose dans un patchwork jazzy très agréable. Tout comme les paroles qui cherchent pas à être que virulentes. L'intelligence d'écriture est franchement rafraîchissante. Hélas on n'entend pas ça tous les jours. Ce n'est pas non plus un rap de béni oui oui. Le constat est un peu acerbe mais entre le funk, la soul et le jazz, il transcende les clichés du genre si collants d'habitude!

L'éclectisme est au pouvoir dans ce Good Fight. C'est un disque prenant, qui ne capitule jamais. Il ne se laisse pas aller et toutes ses qualités vont vous laisser KO!

Melo Music Group - 2015

Parquet Flottant

Un roman qui navigue entre plusieurs styles mais jette un regard acéré sur une corporation : la justice.

Le livre de Samuel Corto hésite entre plusieurs genres et compte quelques faiblesses. Mais il montre un véritable potentiel littéraire, au-delà de l’exploitation du gisement autobiographique propre à nombre d’autres premiers romans.

Etienne Lanos, un double de l’auteur, nommé substitut du procureur dans un tribunal de province, raconte sa prise de fonctions, la découverte de ses collègues, de ses nouvelles tâches, avec la verve de ces adolescents impertinents qui, tout à la joie de découvrir que la langue bien affutée peut être une arme, posent sur leur milieu le regard le plus critique et les questions les plus absurdes, lesquelles font souvent mouche.

Comme ces adolescents-là, Samuel Corto en fait des tonnes, et les facéties de son personnage principal, son priapisme, son usage de stupéfiants jusque dans les ingrédients d’un cocktail professionnel, tirent le roman vers la farce.

En même temps, le texte emprunterait volontiers les chemins du reportage ou de l’essai, n’était-ce le caractère déjanté du narrateur, véritable intrus dans la maison, ou plutôt dans le palais, qui semble se moquer de ses usages avec un acharnement militant autant que déroutant pour ses collègues. Dans la mécanique de la magistrature de province, il est le grain de sable.

Son message est clair : la justice va mal dans notre beau pays ; la faute, peut-être, aux praticiens. Leur pratique ne semble pas seulement désuète ou inadaptée, elle semble dangereuse, et les magistrats incapables de la moindre remise en cause.

Des exemples ? la collusion du siège et du parquet, pourtant séparés dans la procédure par souci de justice ; ou encore l’affaire d’Outreau, dont on parle partout, sauf à l’intérieur de l’institution. Là, motus.

Répétons-le, l’écriture balance sans arrêt ni rupture entre le reportage, la fiction et l’essai. C’est la force et la faiblesse de ce premier roman, dans lequel le récit n’est qu’un prétexte parfois pesant. Le sens de la formule (« La justice ne juge plus, elle condamne ») y masque parfois des faiblesses dans le style, et une relecture de plus n’aurait peut-être pas été de trop.

Pour le plaisir, deux exemples du sens de la formule de Samuel Corto :
« Le citoyen moderne est un être en faute permanente. » (page 44)
Et plus loin :
« […] la victime est le totem du sentiment d’insécurité. » (page 139)

Finalement, on pourrait comparer ce livre à Blouse, le premier livre d’Antoine Sénanque. C’est ici la version potache du désamour de l’institution. Là où Sénanque écrivait en noir et blanc, plutôt en noir, et trempait sa plume dans l’amertume, Corto en écrit de toutes les couleurs, éclate de rire à chaque déconvenue.

On ne peut que lui souhaiter de nous donner rapidement les mêmes preuves de son talent qu’Antoine Sénanque le fit en enchaînant avec un superbe roman, plus maîtrisé.

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