Trois Souvenirs de ma Jeunesse

Entre Proust et Truffaut, Arnaud Desplechin filme sa jeunesse avec son style romanesque, si français, si charmant!

Le cinéaste de La Sentinelle est donc allé puiser dans son passé, la matière émotionnelle qu'il va mettre en scène avec son originalité habituelle. Rarement une image a collé autant à une pensée ou une émotion. Entre simplicité évidente et quelques plaisirs maniérés, Desplechin est maître de son sujet, profitant d'un geste à la François Truffaut, rappelant son double Paul Dedalus, héros de Comment je me suis disputé (Ma vie sexuelle), et son acteur fétiche, Mathieu Almaric.

Ensemble, ils plongent dans la jeunesse troublante de ce professeur d'anthropologie, toujours un peu à coté de la plaque, perdu entre son travail et ses sentiments amoureux. On pourrait ainsi comprendre le pourquoi du comment. Eclairer les zones d'ombres ou plutôt les observer, les magnifier, les assumer!

Comme d'habitude, c'est le foutoir: Paul Dedalus se retrouve appeler par les services secrets (André Dussolier narquois) pour s'expliquer sur certains de ses voyages dans les pays de l'Est mais aussi sa mort en Australie! Voilà les excuses pour fouiller dans les souvenirs de Paul!

Il y a l'enfance et les parents difficiles de Paul. Il y a les frères et soeurs, bizarres, si proches et si différents aussi. Il y a les copains qui jouent à des jeux dangereux et seraient même capables de jouer les espions durant la Guerre Froide. Il y a les études à Paris, qui font penser à Paul qu'il est bien pauvre, le petit bourgeois de Roubaix.

Enfin il y a Esther. Il y a trois souvenirs mais Esther est envahissante et les deux premiers sont rapidement éliminés. Bientôt on ne verra que cette jeune fille fofolle, ravissante idiote avec un coeur gros comme ça! Un premier amour avec toute la violence que cela apporte.

Desplechin va donc scruter avec une minutie et une virtuosité les émotions de Paul, celles qui vont façonner l'homme. Il filme l'expérience qui va sculpter un personnage alter ego. A la recherche du temps perdu, Desplechin nous touche par sa vision romanesque de l'adolescence.

Voilà une période qui va très bien à cet auteur. Avec des héros en souffrance, des familles abîmés, il a bien l'habitude de filmer les doutes et les espérances de personnages ambigus perdus dans des intrigues qui les dépasse. Ce qui est un peu la définition de l'adolescence. Le passage à l'âge adulte n'empêche pas la perte de sens. Paul grandit mais voit des transformations de son existence comme des contraintes et des opportunités. Plus il avance dans sa vie professionnelle, plus il se perd dans ses amours.

Comme d'habitude c'est verbeux. Il y a des fêtes,du rap et du sexe mais ce n'est pas American Pie. C'est du cinéma bavard mais le réalisateur filme cela comme un western et soigne ses images, diablement iconiques autour de cette bande de jeunes, ordinaires mais aussi sublimés par les idées de Desplechin. La photographie du film semble s'adapter aux émotions défendus par l'auteur. Sensible, le film est à fleur de peau.

Servi par des comédiens parfaits, Trois souvenirs de Jeunesse emprunte à la littérature un lyrisme fou et un romantisme daté mais Desplechin fait du cinéma, du vrai, du bon, celui qui laisse des traces indélébiles dans nos mémoires.

Avec Quentin Delmaire, Lou Roy LeCollinet, Mathieu Almaric et Olivier Rabourdin - Le Pacte - 20 mai 2015 - 2h

Vache ! Revoilà l’amour est dans le pré…

pré

Avant, il y a fort fort longtemps, limite jadis c’est dire, genre dans les années 80-90, quand tu étais célibataire, endurci, de passage, juste pour le fun, juste parce que t’étais moche, juste parce que t’étais invivable ou psychopathe ou que tu adorais lâché des caisses tranquille dans ton lit sans entendre « ahhhhh mais t’as un raton laveur dans le fondement ma parole » ou mettre des caleçons sales partout dans l’appart sans avoir une voix féminine te rappelant à l’ordre ou encore parce que tu cumulais le tout, oui mais là tu le faisais un peu exprès quand même dis donc mon cochon…tu avais le choix pour trouver une chaussure à ton pied (même une tong à cheveux longs) entre les supers soirées communales loto accordéon oh bal masqué oé oé, les agences matrimoniales avec book des plus beaux laiderons de ta région, reçu comme un prince par la Mme Claude locale, mettre une annonce sur le Chasseur Français genre « JH, éleveur de bêtes, la trentaine bien tassée au presse purée, d’ailleurs en parlant de purée, oui bah non, corps moyen bof mais bon y’a pire, poilu un peu surtout sous le slip, recherche JF, bombe atomique, genre Samantha Fox mais qui parle français, au pire la même en brune, intelligente au niveau du slip, plutôt timide j’aime pas trop parler le soir devant la télé. »…oui, dans de nombreux cas, tu passais tes soirées à te toucher la nouille devant des animations faites de pixels en noir et blanc sur minitel à 5 francs la minutes, et ton salaire d’ouvrier agricole y passait…même plus de quoi s’acheter une bonne Valstar, la bière des soiffards ! Avec un peu de bol, tu te faisais Tournez Manège une fois, mais bon, Charly Oleg, c’était irritant comme chauffeur de salle.

Heureusement, maintenant, temps moderne, digital, 3.0, quand tu es célibataire, bien durci, pas de passage, pas franchement pour le fun, juste parce que t’es moche grave, juste parce que t’es un vrai psychopathe ou que tu adores lâcher des caisses tranquille dans ton studio de 22 m² en pleine Seine Saint Denis, sans entendre « ahhhhh mais t’as un ragondin dans l’anu ma parole » ou mettre des boxer-short sales partout dans l’appart sans avoir une voix féminine -que tu as peut-être même payé d’ailleurs- te rappelant à l’ordre, bah t’as l’embarras du choix pour trouver une sandale à cheveux gras  à ton pied!

Oui !!! Aujourd’hui, être célibataire, c’est l’eldorado, y’a de la meuf partout sur le web, sur des appli où tu montres ton kiki, sur des sites où tu peux acheter le modèle que tu veux, où tu veux dans le monde, rhooooo, t’es t’y pas veinard mon affutiot !!!

Oui, si cette dernière phrase se ponctue avec une touche d’accent mi-normand mi-sarthois, c’est qu’aussi, si t’es un gars de la terre, en zone non couverte pas les moyens modernes à base de fibre (digitalisée pas celle qui anime ton transit si tu en manges tous les matins avec ton lait de vache), de 4G ou encore d’asdl+ numérique smartphone option 8Go pour seulement 78€/mois, et bien, tu peux aussi faire de la TV pour trouver ta meuf ! Ouais mon gars ! C’essssstttttttt « L’amourrrrr est dans le pré » !

Attention quand même, t’es pas le seul à vouloir te rouler dans l’herbe avec Karine Lemarchand et faire semblant de passer un moment en one to one trop cool schhhuuuttt on parle pas trop fort car y’a les moutons nains qui font dodo alors que t’as juste 56 caméramans, perchmans, ingé du son et autre assistant de prod qui sont à 10m de toi à te mater et en attendant la boulette pour te sélectionner dans les meilleurs moments au montage et que tous les urbains bobos dans leur canap se foutent de toi avec le mépris gentil mais bienveillant des gens de la ville comme tu dirais !

Oui, chaque année, c’est plusieurs milliers de candidatures, casting à la serpe pour trouver le bon mélange avec obligation d’en avoir un qui est fan de chemise de bucheron avec des trous, un fan de C Jérôme mais qui chante comme Johnny, un fan de Jésus Christ mais qui a tendance à en prendre pour l’apéro, un poète avec option bide qui dépasse taille xxl, dents en moins, phrase incomplète, mots pas connus dans le Larousse…bref, t’es pas seul mon canard.

En face de toi, idem, t’as de tout, de la vorace, de l’intéressée, de la pas épilée de la moustache, de la pas facile facile à vivre tous les jours à mon avis, de la teigneuse, de la carnivore, de la pas finie finie finie, de la fille de la ville, mais qui doit faire semblant d’aimer les chèvres et l’odeur du foin…bref…t’as intérêt d’être sélectif mon garenne !

Voilà, t’as le choix, pour rappel ah non non non, tu pourras pas repartir avec Karine Lemarchand, c’est pas dans le package, tu feras le zapping puis les bêtisiers de fin d’année parce qu’après 15 jours de tournage non stop, tu seras tellement à l’aise que tu te seras gratter les testiboules face caméra sans t’en apercevoir…c’est moche, mais c’est ça la télé d’aujourd’hui mon pote !

Enjoy ta nouvelle vie, moi j’vais te regarder, j’aime bien t’as une bonne tête.

J’vous embrasse,

Full Tramp

De Brooklyn, quatre garçons dans le vent se moquent de tout et du punk en particulier. Savoureux!

Le quatuor de Dirty Fences réunit quelques rigolos. Des banlieusards de New York qui se foutent du rock et tout son business. Pour eux ca ressemble à un échappatoire bruyant, une belle blague où l'on peut se déguiser, une bonne grosse cuite entre potes. Il suffit de voir la pochette de leur disque pour comprendre ce qu'ils aiment dans la grande histoire du rock'n'roll.

On est bien plus près des Sex Pistols ou des New York Dolls! Ce sont peut être les lendemains de fête qui inspirent les chansons percutantes de Dirty Fences. Il y a quelque chose de touchant dans ce monde connecté et très fier de sa technologie de poche, d'observer des joyeux drilles qui croient encore aux vertus d'un bon gros riff entre copains dans un garage,  poursuivant le rêve d'une éternelle adolescence!

Ca transpire donc sur les quelques chansons de Full Tramp. Les vauriens se dépêchent de plaquer des accords à un rythme assez infernal avec une volonté masturbatoire d'en découdre avec le rock de papy, lorsque ce dernier avait une crête et un jean déchiré. Leur imitation est parfaite. On s'y croirait.

Ce n'est pas nouveau mais c'est un bon moment régressif car l'agressivité et l'énergie nous transportent dans un univers à part, où les hommes suent à grosses gouttes pour des plaisirs futiles mais réels. Sales mais bons!

Slovenly - 2015

The Art of the Brick – L’incroyable art du Lego de Nathan Sawaya

logo-AOTB

L’exposition est étonnante et spectaculaire. Étonnante parce qu’elle montre l’inimaginable à partir de Lego, spectaculaire parce que les sujets sculptés ont des dimensions humaines qui troublent l’œil du spectateur et sa perception. Le changement d'échelle joue en faveur de l'oeuvre comme chez Ron Mueck ou Jeff Koons.

Nathan Sawaya est sans soute un brin mégalomane, un brin fêlé et à coup sûr très rusé. L’homme se présente à travers une vidéo dès l’entrée de l’exposition, avec l’assurance du self-made-man américain qu’il est, puis il continue à vous parler sur les cartels en s'adressant à votre conscience. Cela en énervera certains ou en amusera d'autres. L’homme a débuté par des études de droit et finit avocat. Mais voilà, le soir, l’homme crée avec des Lego. Il est employé par Lego qui voit le filon s’ouvrir à lui. Nathan Sawaya ouvre alors son propre cabinet pour voler de ses propres ailes… de Lego.

Les œuvres exposées sont à voir. Qu’on y voie ou non de l’art contemporain ou un geste marketing savamment dosé à partir de produits dérivés, il y a dans les œuvres montrées une continuité autour de la condition humaine et des limites de la matière que l’artiste lie aux limites de l’existence dans une société mondialisée ou l’entreprise impose ses lois. Il y est question de tensions entre le monde intérieur de l’homme et son environnement.

Si le pouvoir expressif de la matière Lego est limité -l’art est essentiellement figuratif- les jeux de lumières créent en revanche des effets intéressants sur le relief des visages représentés. Au-delà des concepts ou des symboles, la matière Lego est utilisée par Nathan Sawaya comme un pixel numérique. Notre œil de spectateur est beaucoup moins efficace que l’objectif de nos smartphones pour saisir la réussite réaliste de ses œuvres planes. Prenez une photo d’une œuvre, le constat est saisissant : l’œuvre photographiée est plus réaliste que ce que nous voyons. L'appareil voit ce que nous ne voyons pas. La dernière salle joue de cette ambiguïté. Les œuvres en Lego sont intégrées à des photographies numériques de synthèse avec des couleurs pastels type cartes postales américaines des années 50.

Les sujets représentés sont suffisamment simples pour que chacun puisse s’y identifier. Les métaphores sont récurrentes, amusent parfois ou font grincer. La solitude est probablement le personnage qui apparaît le plus dans cette exposition, cette solitude partenaire idéale du joueur de Lego. "Un jeu terrible, cruel, captivant... comme un légo avec du vent..."

IMG_20150606_172204 IMG_20150606_172218

IMG_20150606_173100
IMG_20150606_173807IMG_20150606_174326

http://www.theartofthebrick.fr/
Paris Expo, Porte de Versailles, Pavillon 8/A
1 Place de la Porte de Versailles – 75015 PARIS
Métro : ligne 12, station Porte de Versailles
Tramway : Ligne T2 et T3 – Bus : Lignes 39 – 80
Parkings sur place

Du 14 mai 2015 au 30 août 2015
Ouvert tous les jours de 10H à 18H en mai et juin
De 10H à 19H en juillet et août
Fermeture exceptionnelle les mardis, en mai et juin

Semianyki Express – Théâtre du Rond-Point

Semianyki-Express-3

 

 

 

 

 

Du rire à très grand vitesse !  Irrésistibles !

Leur premier spectacle déjanté sur la thématique de la Famille avait fait un ravage. Succès dans toutes les salles, de très nombreuses programmations en France et notamment au Théâtre du Rond-Point qui les invite plusieurs fois de suite en 2007 et 2011. Ces clowns de théâtre reviennent cette année avec un nouveau spectacle sur le thème du voyage.

Seminanyki Express installe six personnages de la troupe russe dans un train imaginaire. Il n’en faut pas davantage pour déclencher une succession de tableaux visuels d’une drôlerie et d’un comique remarquables. La troupe s’est dotée pour cela d’une production plus importante en termes de décors et de musiques populaires. Le résultat est sans doute un théâtre plus occidentalisé que celui du précédent spectacle qui faisait figure d’OVNI dans le théâtre actuel. Le tout reste néanmoins hilarant dans de nombreuses situations. La mécanique du rire agit implacablement. Les gags s’enchaînent.

Kasyan Ryvkin, en chef de gare, installe un personnage corporellement d’une souplesse et d’une rythmique digne d’un Chaplin qui aurait gobé un Stan Laurel, quand Olga Eliseeva parvient dans ce spectacle à développer tous ses talents de femme plantureuse dans des registres improbables de séduction et de rudesse. Hilarante scène de flamenco dans laquelle la diva du burlesque joue une danseuse de choc. Mémorable scène de patinage artistique digne d’un Laurel et Hardy. Irrésistible cuisinier préparant un repas pour deux invités surprise du public. Olga crève le plateau.

La scénographie de Yuri Sutchkov, les costumes colorés donnent à l’ensemble une tonalité propre aux Semianyki. Les cadences visuelles et sonores accrochent un spectateur pris au piège dans un tourbillon de vie et de férocité. Un art de la rupture d’une grande maîtrise. Le spectacle s’adresse aux enfants et aux adultes qui aiment se laisser rattraper par des tensions zygomatiques. A déguster en famille.


Deux minutes d’arrêt ! / Semianyki Express par WebTV_du_Rond-Point
28 mai - 5 juil., 21:00
salle Renaud-Barrault

samedi, 15:00 et 21:00
dimanche, 15:00
samedi 20 juin, 21:00 et 15:00
relâche les lundis

http://www.theatredurondpoint.fr/saison/fiche_spectacle.cfm/183782-semianyki-express.html

Drones

Muse sort l'artillerie lourde...ou ressort le meilleur de ses faits d'armes. Bref, le trio veut de nouveau remplir les stades avec des hymnes imparables qui vont faire voler en éclat tout votre bon sens!

Car Muse a énormément de défauts mais une très grande qualité: ils veulent faire bouger les foules. Ils voient les choses en grand. Ils sont dans la démesure totale, au delà du bon goût et du lyrisme le plus pompier. Avec ce septième album, ils reviennent pour mettre le feu!

Les riffs de Matthew Bellamy sont accrocheurs. Ils vous chopent par le cou et vous tirent vers un rock beaucoup moins virulent que les apparences. Le groupe une fois de plus souligne avec leurs chansons héroïques des concepts proches de 1984 ou Le Meilleur des Mondes. Le contexte social et politique fait flipper les musiciens qui se lancent alors dans des morceaux complexes, très pompeux et parfois réussis.

Au bout de sept albums (dont les derniers sont très inégaux), on a aussi le droit de s'ennuyer un peu. C'est toujours un peu le même sens épique qui dirige les opérations de Muse, désormais vieux renard un peu usé par le succès mais toujours heureux de fabriquer un mur de son spectaculaire!

Ils produisent donc des hymnes solides et couillus. Il y a des trucs légers comme il y a des morceaux longs. En tout cas, les rythmes sont lourds tandis que la guitare est tout simplement furibarde du début à la fin. C'est une décharge massive, aux nuances peu évidentes, que Muse nous propose.

On a bien l'impression d'être en temps de guerre. Muse s'y prépare. Ils en font peut être un peu trop. Répétant leurs gestes (musicaux) les plus fameux. Leur disque est limite flippant. Mais cela se fait sans finesse, avec beaucoup d'aplomb. C'est sympa et en même temps très agaçant! Muse est il un groupe téléguidé?

Warner - 2015

Mirror for Heroes

Petite Lilloise surdouée, Lena Deluxe prouve avec un premier album prometteur que regarder dans le rétro, c'est aussi une bonne chose!

Lena Deluxe ne vit pas dans son époque. Encore moins dans sa région. Dans sa tête, la jeune Lilloise a déménagé dans les années 70, à New York, entre les Rolling Stones et le Velvet Underground. Elle aime bien les ambiances hippy, un peu fumeuses, pleines d'utopies. Elle a écouté beaucoup le Jefferson Airplane. Ca plane pour elle!

Pourtant ce premier effort n'est pas nonchalant. C'est du travail d'artisan. La production de ce premier disque fut redoutable pour la jeune femme. Il est prêt depuis un certain temps. Un producteur américain, complice de Mick Jagger et Lenny Kravitz, a craqué pour elle. Mais entre la maladie et les refus de maisons de disque, Lena Deluxe a bien douté.

Pourtant ce que l'on entend à chaque titre, ce sont de douces mélodies bien travaillées et visiblement réfléchies. La voix est posée avec un professionnalisme étonnant: la jeune femme cherche son auditeur. Elle charme avec une maîtrise assez stupéfiante! Pas étonnant que son album plait sur une plateforme de crowdfunding.

Tout en regardant derrière elle, admirant des idoles mythiques, Lena Deluxe affirme son caractère, faisant renaître le chant lyrique des années 70, aidés par des musiques tantôt discrètes, tantôt délurées. Les émotions sont douces. La musique est tricotée. Au fil des minutes, on devine la confiance prise et les doutes. On entend l'espoir et le plaisir. Elle nous remonte le morale, cette petite Lena. Son miroir musical reflète une idée de la poésie, de la sérénité et de la nécessité de la musique dans nos existences. Touchant!

Johnny Williams Son - 2015

Le Groom de Sniper Alley

Tout va mieux pour Spirou et Fantasio. Ce nouveau volet est une belle aventure qui ne pouvait n'arriver qu'à eux!

Décidément Yoann et Vehlmann sont les hommes de la situation. Depuis 1998, le départ précipité de Tome & Janry de la série avait semé une sacrée zizanie.Le Groom et son ami journaliste ont connu plus de bas que de haut. La série One Shot était devenue beaucoup plus intéressante que la série principiale. Durant six années, la série est laissée à l'abandon. Un comble pour un mythe de la bande dessinée.

Pionniers de la série One Shot, Yoann et Vehlmann sont devenus les gardiens du temple en quelques épisodes. Ils reprennent toute la mythologie à leur compte. Ils parviennent enfin à faire entrer Spirou dans son époque, ils sont envoyés dans un pays en guerre pour mettre la main sur un trésor incroyable, la bibliothèque d'Alexandrie!

Le conflit trouve un écho avec l'actualité. C'est la bonne surprise de ce volet assez réjouissant. Les deux auteurs trouvent un rythme et maintiennent un intérêt jusqu'à la dernière page. Nos deux héros se font promener dans un pays sans dessus dessous mais rien de dramatique: ils parviennent à tomber dans un exotique labyrinthe avec des pièges abracadabrantesques!

C'est drôle et enlevé. L'humilité du personnage transpire sur le reste du récit. C'est décidément une très bonne période pour Spirou.

Dupuis - 46 pages

A la Poursuite de Demain

Le film avait tout pour lui... et pourtant A la Poursuite de Demain déçoit. Mais que s'est il passé?

Responsable de trois films d'animation majeurs (Le Géant de Fer, Les Indestructibles, Ratatouille), auteur d'un bon Mission Impossible (le Protocole Fantôme), Brad Bird se voit confier par Disney l'adaptation d'une de ses attractions dans ses parcs, Tomorrowland! La firme est au sommet de l'entertainment. Elle vient de s'offrir Marvel et Star Wars. Elle recycle à tour de bras ses catalogues variés. Et le succès de Pirates des Caraïbes ne peut que la pousser vers ce drôle de projet!

Brad Bird semble avoir compris l'intérêt. Une des premières attractions de Disney ne peut que nous envoyer vers une certaine nostalgie. Il célèbre donc les douces utopies des années 50. Sujet qu'il connaît bien, il en profite pour faire revivre le cinéma de notre enfance, avec des idées piquées à droite et à gauche. On pense à Spielberg, Lucas et tout le catalogue de Disney bien évidemment.

Pour réussir un peu plus cette plongée vers le passé, il embauche le plus prestigieux des Babyboomers, George Clooney, parfait en ingénieur qui a la tête dans les étoiles. Le reste du casting est réjouissant. La mélancolie fonctionne mais hélas Brad Bird obsédé par son illustration des années 50 et des rêves fous qui ressemblaient à de l'innocence, empêche le scénario de bien fonctionner.

Si bien que l'on s'ennuie face à cette recherche d'une contrée étrange nommée Tomorrowland où l'on pourrait trouver une solution à tous nos problèmes. Une jeune fille et un vieux bougon seront les héros d'une incroyable aventure qui pourrait être extraordinaire si elle n'était pas laborieuse.

Brad Bird est un cinéaste généreux. Il veut offrir un vrai spectacle. Il a plein d'idées enthousiasmantes. Avant de finir son film,il démolit une société d'information qui devient dangereuse et pessimiste. Il est force de proposition. Mais accouche d'un film assez long et lent. Parfois pénible. De temps en temps formidable! C'est donc agaçant. Bird nous électrise avec quelques scènes puis nous endort avec une narration trop classique.

C'est véritablement sur courant alternatif que le réalisateur rend hommage aux grands noms de l'aventure et de l'imaginaire, de Jules Verne à... Walt Disney. Maladroit, ce film frustre. On préfère relire l'excellent ouvrage du rigolard Bill Bryson, Ma fabuleuse enfance dans l'Amérique des années 50, tout aussi divertissant!

Avec George Clooney, Britt Robertson, Hugh Laurie et Raffey Cassidy - Walt Disney - 20 mai 2015 -2h05

Démons, Lars Noren, Lucernaire

1426185774_demons_affiche300

 

Un couple se déchire dans un huis clos obsédant et excessif : Frank et Katarina libèrent leurs démons intérieurs. Au bord de la séparation, ils invitent un couple de voisins, le temps d’une soirée. Tomas et Jenna, jeunes parents, vont, au contact de leurs hôtes, se retrouver face à leurs propres tourments.

Lars Noren analyse dans Démons les méandres et les ambiguïtés de la passion amoureuse jusqu’au désir de destruction et de mort, de l’autre mais aussi de soi. Ce texte dévoile la mise à nu des sentiments où personne n’est épargnée et ne sortira indemne de ces échanges verbaux, obscènes, crus, violents. Révélation de soi et de l’exaltation passionnelle, tel un miroir tendu sur la difficulté de vivre à deux.

Frank et Katarina sont prêts à tout pour tester leurs limites et leur amour : désir, excitation, jalousie jusqu’à la mise en péril et au sacrifice de leur couple. L’affrontement est à la fois verbal et physique. Tomas et Jenna, témoins et acteurs malgré eux dans cet univers intime, vont être happés dans ce tourbillon : reproches, humiliations, frustrations.

Le traitement de la scène conjugale, de l’incommunicabilité du couple font échos à de grands auteurs : Strindberg, Rossellini, Bergman, aux héros ordinaires en quête désespérée de l’amour, de la reconnaissance de soi. Le décor moderne de ce huis clos plonge le spectateur dans une intimité féroce, proche, singulière, devenant à la fois témoin et voyeur de ces passions dévorantes.

Ce vaudeville montre toutes les facettes de la femme : l’enfant, l’épouse, l’amante, la mère (omniprésente dans la figure de Jenna et fantomatique – l’urne contenant les cendres de la mère de Frank). L’homme, lui, tente d’asseoir sa virilité parfois trouble face à toute la perplexité de l’autre et du monde qui l’entoure et qui l’effraie. La perte de repères, de soi, de l’amour de l’autre révèlent son profond désarroi et ses névroses.

Ce théâtre de la parole révèle toute la vigueur des mots et des maux des personnages dans une quête désenchantée de l’amour. Plongez dans cet appartement, dans ce huis clos sans retenue et laissez vous emporter et dévorer par ce tourbillon passionnel et passionnant…

Jusqu’au 4 juillet 2015
Le Lucernaire, Paris

Texte : Démons de Lars Noren
Mise en scène : Cyril le Grix
Avec : Xavier Bazin, Thibaut Corrion, Maud Imbert, Carole Schaal

Trending

Most Discussed

F.A.I. 2009 / BERTRAND BELIN et TATIANA MLADENOVICH

Et la laïcité bordel !

Diamond Dogs / David BOWIE / (EMI – 1974/ Rééd.2004)

Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu?