DIDIER BÉNUREAU ET DES COCHONS – Théâtre du Rond-Point

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L’état d’urgence du rire est proclamé !

Au XXIe siècle la Bruyère s’appelle Bénureau ! Avec un talent irrévérencieux et une grande liberté, Didier Bénureau caricature les hommes et les femmes de ce début de siècle avec une justesse remarquable. Loin des stand-up actuels, il parvient à grossir les traits de ses personnages pour en extraire les dérives. Un théâtre expressionniste comique.

Accompagné des Cochons dans l’espace, un groupe de rock prêt à le suivre dans son imaginaire, Bénureau installe l’état d’urgence du rire, sketch après sketch, phrase après phrase, mouvement après mouvement. No limit. Rapidement, le ton est donné.  Bénureau intervient dans de nombreux domaines, sur tout le plateau, avec une énergie qui force le respect. La gestion de crise de rire est déclarée.

Personne âgée au service d’une chirurgie esthétique déviante, cowboy texan raciste, gauche flottante, incroyable et hilarant chevalier britannique digne d’un Monty Python, travesti amoureux d’un nazi, chanteur lyrique amateur de sites nucléaires, vieille belle-mère méchante atteinte d’Alzheimer, soldat Morales sur-discipliné, les personnages défilent les uns après les autres. Au vitriol, Bénureau décape les règles de la bêtise.

Les traits forcés sont pleinement joués. Les intentions sont justes et permettent tous les excès. Les codes sont respectés pour mieux transgresser. Le burlesque fait son œuvre. Pas de confusion de genre. C’est rock’n’roll, direct et digne d’un Charlie, pour le meilleur et pour le rire.


Oui je suis sadomasochiste ! / Didier Bénureau... par WebTV_du_Rond-Point

http://www.theatredurondpoint.fr/

Shadows – Songs of Nat King Cole

Le parcours suivant est connu. Vous êtes chanteur de jazz. Vous avez du succès. Vous aurez alors la tendance à glisser vers un son plus mainstream, proche de la pop. Les exemples sont nombreux. Dans le cas de Hugh Coltman, c'est l'inverse.

Auteur de deux disques pop, l'artiste est désormais tourné vers le répertoire jazz et semble avoir craqué pour les chansons de Nat King Cole. L'Anglais, installé à Paris depuis la fin de son groupe The Hoax, a fait une rencontre déterminante.

En 2012 il accompagne en tournée le pianiste et tête chercheuse du jazz, Eric Legnini. Celui ci fait de lui un crooner nouvelle génération, loin des clichés et des performances hors normes. Il a de l'élégance, un flegme et un charme qui va très bien au jazz.

Charme discret du jazz vocal, Hugh Coltman ne fait rien comme les autres. Il y a dans sa collection de reprises de nombreuses surprises au niveau de l'orchestration. Il se fait aider par des musiciens inspirés. Le disque est supervisé par un Eric Legnini qui maîtrise son art. La conversion au jazz de Coltman est réussie.

Il est parfois un peu trop prudent mais il donne un coup de jeune aux chefs d'oeuvre de Nat King Cole. Il y a des incontournables mais le choix va chercher aussi des choses moins connues, ce qui permet au chanteur de marquer un peu plus son territoire.

On ne sait pas si ce choix de carrière est définitif mais Hugh Coltman a bien raison de suivre ses envies, loin des étiquettes et des sages décisions. Un disque parfait pour rentrer dans l'hiver.

Okeh - 2015

FOI AMOUR ESPÉRANCE, Odon von Horvath, Usine Hollander

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Un beau spectacle intelligent, fin et angoissant à voir de toute urgence.

Élisabeth, une jeune femme déterminée à quitter ses parents, souhaite s'émanciper par le travail. Son projet est noble: elle ne veut dépendre de personne. Mais la crise vient compliquer ses plans. Elle emprunte 150 marks à un employé de l'institut d'anatomie, qui le lui propose pensant qu'elle est fille d'un "inspecteur des finances" (sous-entendu, bien née et solvable). Découvrant qu'elle n'est que la fille d'un "inspecteur d'assurance", il accuse cette dernière d'abus de confiance.

Comme la jeune femme a déjà été condamnée à une amende pour travail illicite (VRP sans autorisation), elle écope de 2 semaines de prison ferme. Pour échapper au chômage et à la misère, elle accepte de se fiancer à un policier qui la quitte brusquement lorsque l'administration lui apprend les antécédents de la jeune femme, car cette mauvaise fréquentation serait préjudiciable à sa carrière. Et c'est parce qu'elle n'a "plus rien à bouffer" que la jeune femme se jette dans un canal. Cette histoire est basée sur des faits réels, relatés à l'auteur par un chroniqueur judiciaire.

Autour d’Élisabeth se débattent des peureux et des lâches. L'administration est une machine qui fabrique des exclus. En paysage sonore: bruits de bottes et discours de dirigeants braillards. L'atmosphère est délétère. Des coups de feu éclatent pour rien. Comme ce vendredi 13 novembre à Paris, également soir de première pour la Compagnie LA RUMEUR à l'Usine Hollander de Choisy-le-Roi. On sort saisi, pétrifié par l'intensité du drame. Et le réel rattrape la fiction. Les deux époques (1933-2015) se télescopent...

Odon von Horvath, l'auteur, est né en Autriche-Hongrie en 1901. Il est mort à Paris en 1938 dans un banal accident qui lui aura au moins évité de connaître la seconde guerre mondiale. Il a écrit pour le roman et le théâtre. Son œuvre "Jeunesse sans Dieu" allait être adaptée au cinéma. L'année où elle devait être créée, en 1933, sa pièce "AMOUR FOI ESPÉRANCE" fut interdite par le régime nazi. Il nous parle d'un État coupé de ses citoyens, qui construit des murs entre le pouvoir et le peuple et entre les citoyens. La crise (quasiment constante: 1929, 1974, 2008...) fait d'eux des concurrents dans un monde sans compassion. Chacun sauve sa peau, ou presque. Tout le monde est perdant.

Patrice Bigel et la Compagnie LA RUMEUR ont créé de très beaux tableaux à partir de la pièce de Horvath, dans leur lieu, l'usine Hollander (une ancienne tannerie) de Choisy-le-Roi. Juliette Parmantier campe une Elisabeth déterminée et touchante. Bettina Kühlke une belle-mère et une femme du juge épatante. Les hommes ne sont pas en reste. La scénographie est étonnante, éclatant l'espace de la représentation et multipliant les profondeurs de champ. Les lumières participent à une esthétique du cinéma de l'entre-deux-guerres, en noir et blanc, avec des jeux d'ombres, et l'apparition de silhouettes, comme des personnages-types, dont la voix semble émerger d'une foule anonyme. L'étrangeté des corps (entre deux sexes) et la musique (des chansons en Allemand - voix / violoncelle / piano - ponctuent et lient les scènes) évoquent le Cabaret berlinois.

C'est un travail minutieux au service d'une esthétique sophistiquée. Et pourtant ça respire, ça vit, ça n'est pas figé comme une image. Sans doute parce que les choix sont audacieux, inattendus et que la direction d'acteurs est formidable. Un spectacle beau et angoissant à la fois.

"FOI AMOUR ESPERANCE" de Odon von Horvath, par la Cie LA RUMEUR
A voir de toute urgence à l'Usine Hollander, 1 rue du Dr Roux à 94600 Choisy-le-Roi, à 10 minutes du RER C.
Du 13 novembre au 13 décembre.
Les vendredi et samedi à 20h30; le dimanche à 18h.
Réservations au 01 46 82 19 63.

La fille en bleu

Le jour de la rentrée, Manon repère immédiatement la fille en bleu. Elle le sait, elle le sent, elle est l'amie dont elle a toujours rêvé.  

Elle prend son courage à deux mains et va vers elle, lui propose une marelle que cette dernière refuse, mais en revanche accepte une balle aux prisonniers qu'elle déteste.Les jours passent et malgré toutes les attentions de Manon, la fille en bleu reste lointaine, hautaine, capricieuse ....une simple copine au mieux.

Voilà un album sur les apparences et sur les premières idées parfois trop définitives que l’on se fait des autres. Ce qu’on imagine de l’autre n’est que rarement la réalité. Déceptions et/ou délicieuses surprises sont possibles …

Dans ce très bel ouvrage aux illustrations ravissantes, un peu vieillottes, un tantinet désuètes, Elsa Oriol nous embarque dans la cour de récréation, premier lieu de vie où l’on apprend à vivre ensemble, dans le jeu, le plaisir et aussi parfois dans la dispute, la bagarre ou la « loi du plus fort ».

Ce qui est certain, c’est que très souvent on finit par s’y faire de bons amis, de vrais amis !

À lire dès 5 ans

de Elsa Oriol

Kaléidoscope

Le quai, Gare-au-Théâtre

En cette époque où, bien calés au creux de notre canapé, au fond de notre lit, voire même dans le métro ou le train, les « séries » font tant partie de notre quotidien, cette pièce de théâtre – les « vieux » parleraient de feuilleton ! - est construite en épisodes !

Si, si ! Une série au théâtre ! Quelle idée fabuleuse ! Et ça marche, ça marche même du feu de Dieu ! On se retrouve à la fin du spectacle tout dépités d’avoir à attendre, pour connaître la suite ! Grrr ! Et oui, on n’a pas l’habitude d’attendre au théâtre ! Et là, pas de streaming possible ! Va falloir être patients !

Deborah Banoun, à la tête de la compagnie Jetzt, et co auteure avec Anne Seiller de cette pièce ciselée affirme que dix épisodes sont prêts ! Mais au fait, de quoi s’agit-il ?

Les auteures se sont inspirées très librement du reportage de Florence Aubenas Quai Ouistreham édité aux éditions de L’Olivier. Florence (interprétée par Caroline Piette), jeune femme brillante, apparemment très déterminée, étudiante en droit constitutionnel, doit faire des choix. Elle souhaite continuer son master en Israël ; elle doit aussi régler la succession de sa grand-mère à Caen, cette grand-mère si froide qui a dû s’occuper d’elle après le mystérieux accident de voiture de ses parents, cette grand-mère avec laquelle elle s’est disputée cinq ans plus tôt, cette grand-mère qui semblait si attachante aux yeux de ses voisins, cette grand-mère qui la laisse aujourd’hui sans un sou.

En attendant, Florence doit survivre, trouver du travail, faire confiance ou pas … Vous l’aurez compris, on y parle de notre société, de la place des jeunes dans le monde du travail, du monde du travail lui même, de famille, d’amitié et tout cela au travers de l’histoire de cette jeune femme parfois battante, parfois abattue.

Juste trois rideaux et une estrade au devant de la scène ! Trois rideaux et une estrade qui permettent d’imaginer des murs, des intérieurs, des paysages, des rues, des trottoirs, un quai …

Les lumières précises et travaillées offrent, parfois de l’intimité, parfois de l’éblouissement presque étouffant, pointant toujours l’essentiel, soutenant parfaitement le texte.

Les comédiens sont neuf sur scène ! C’est sans doute ce qui permet de rythmer si bien le spectacle. Ils sont tour à tour, émouvants, drôles et toujours justes. Le jeu est d’une grande qualité. Les scènes chez Pole Emploi sont particulièrement réussies, à la fois cruelles, pathétiques, vraies et drôles.

Et puis, il y a ce jeune homme d’une vingtaine d’années, un peu transparent dans cette mise en scène, armé de sa guitare et de sa voie si particulière, un peu nasale, aux graves saisissants, d’une justesse parfaite : Breyten Ritmanic. Le musicien rythme la pièce, ajoute encore plus de sensibilité et d’émotion. C’est magnifique !

Bon OK, il y a peut-être quelques stéréotypes dans ce texte, mais franchement, c‘est sans importance car la mise en scène rythmée les fait oublier et on rentre entièrement dans cette histoire. Personnellement je me serais bien fait deux épisodes supplémentaires !

Bon alors, en ces temps difficiles ou l’on affirme que sortir est un acte militant, aller au théâtre à plusieurs reprises dans le cadre d’une série est franchement, mais franchement, un plaisir immense !

La compagnie Jetzt, en résidence à Romainville présentait son travail le 27 novembre dernier. Et oui, trop tard, pour connaître les deux premiers épisodes ! Meuh non …. Heureusement le spectacle sera présenté à nouveau à Gare-au-Théâtre à Vitry sur Seine du 26 au 29 janvier prochains (http://www.gareautheatre.com) !

Foncez réserver

Pour en savoir plus sur la compagnie Jetzt : http://ciejetzt.blogspot.fr/
Gare-au-Théâtre à Vitry sur Seine : http://www.gareautheatre.com/

Notre Rotation: Husky

Sun Leads Me On

Des petits Canadiens rappellent que les harmonies et le lyrisme, c'est pas mal non plus en matière de rock. Petit moment de Grâce.

La première chanson offre un magnifique moment de frisson. Avec un peu de délicatesse, on peut obtenir un maximum d'efficacité. La Grace serait elle tombée sur Half Moon Run, quatuor canadien qui nous propose de nous réchauffer en seul titre? On tombe en amour de Warmest Regards avec sa trompette lente et sa flute harmonieuse pour ouvrir un album qui nous réserve pas mal de surprises.

En tout cas, ce tout premier titre donne le ton. Les voix empruntent les harmonies vocales des plus grands et la musique ne va pas se limiter aux stéréotypes d'un rock éclatant et éclaté. Le second morceau montre que le groupe connait la pop anglaise en imitant à la perfection Radiohead au meilleur de sa forme électrique.

Pour la troisième chanson de Sun Leads Me On glisse sur du synthétique avec une aisance déroutante. Les Canadiens brillent dans la pop savante et savent s'arrêter sur des mélodies beaucoup plus calmes comme le suggère le très beau Hands in the Garden.

La suite restera à un très haut niveau d'exécution. On pourrait les accuser d'être d'habiles faiseurs, mais le groupe possède une espèce de candeur que l'on retrouve chez les chouettes groupes belges. Ils célèbrent réellement leur musique avec conviction et amour du travail bien fait.

C'est beau et complexe à la fois. Il y a une oreille tendue vers le passé et un autre ouverte aux expérimentations. Le cerveau provoque un joli équilibre entre modernisme un peu électro et douces harmonies vocales. Dans tous les cas, on est rassuré par les quelques titres de ce disque dont on peut deviner une lumière étonnante et impressionnante.

Notre Rotation: Reginald Omas Mamode IV

Primera carta de San Pablo a los Corintios

Un dérèglement de tous les sens : c'est la douloureuse expérience de l'Amour mystique par Angelica Lidell.

Le spectacle "Primera carta de San Pablo a los Corintios", "Première épître de saint Paul aux Corinthiens", de et par Angelica Liddell, est le dernier volet d'une trilogie sur l'Amour, sur les émotions primitives de l'être en quête de Dieu (ou de l'Amour). Il clôt le "cycle des Résurrections" qui comprend "Tandy" et "You are my destiny".

Dans "Primera carta..." on entend et on lit la Bible, mais aussi une lettre (lettre de Marta à Tomas) extraite du film "Les Communiants" d'Ingmar Bergman, et une création d'Angelica Liddell: "Lettre de la Reine du Calvaire au Grand Amant". Angelica Liddell nous parle de l'Amour, ou plutôt de son impossible venue; elle compare sans cesse nos pauvres expériences de misérables vivants avec nos idéaux de fusion, de transcendance, d'auto-guérison et d'auto-transformation par l'Amour. Cela donne une étrange fête avec d'obscures apparitions.

Premier tableau: La scène comme un majestueux canapé rouge. Des rideaux rouges tombent des cintres, tombent en volutes, s'amassant côté cour et côté jardin, dessinant des vagues de velours sur toute la surface de la grande scène de l'Odéon. En fond de scène, une majestueuse odalisque veille et invite d'abord au désir. Une jeune femme au regard magnétique, dont les cheveux bouclés volent sur un coussin blanc. Sa main gauche couvre pudiquement son pubis, le pied droit enfoui sous le mollet blanc de la jambe opposée, un petit chien dormant en boule à ses pieds. Elle ne rougit pas de sa nudité, et affirme une jeunesse sereine, une disponibilité offerte. Silence. Sur scène, une jeune fille muette est surprise par l'irruption d'un homme nu, grand, fort, aux cheveux longs, la peau entièrement dorée. L'homme se sert du vin dans une coupe qu'il vide; le linge qui essuie la trace de ses lèvres, la jeune fille le gardera jusqu'à la scène finale.

Au 2ème tableau, Angelica fume en déambulant sur le tapis de velours rouge. Les volutes de fumée cachent bientôt entièrement l'odalisque. La sensualité s'obscurcit et le désir devient mortifère. On écoute la lettre de Marta à Tomas, de Bergman.

Au tableau 3, Angelica fume encore, ses longs cheveux noirs coulent de part et d'autre de sa poitrine. Elle dit la "lettre de la Reine du Calvaire." Une lettre d'amour à un homme qui n'est que le substitut de Dieu, une étape vers Dieu. Une lettre de manque, d'inassouvissement, de désespoir. Où des questions telles que "Est-ce-que la haine est une forme d'amour?" émergent. Quelque rires émergent aussi, du public.

L'amour, juste expression du cœur ou débordement du cœur et dérèglement de tous les sens? De cœur il est beaucoup question, de corps aussi : corps dépouillé, fantasme de corps dépecé, humilié... Faire souffrir pour être puni, pour être racheté et sauvé: devenir le jouet de Dieu... si Dieu existe! Angelica ne dit pas l'Amour, elle hurle: "A quoi bon être calme?" et elle crie: "Je t'aime!!!".

On ne dévoilera pas les images finales (soumission, sacrifice, vanité de la vie terrestre rappelée par des corps souffrants), visions inédites, nature morte de vierges nues, de sang et de crâne d'animaux.
Oui, les émotions "primitives" sont en effet fascinantes, et il est bon que la poésie dépasse les codes et autres conventions. Le talent d'Angelica Liddell est indéniable, en tant qu'auteur et en tant que comédienne (organique / volcanique).

Mais quelque chose ne fonctionne pas dans cet opus. C'est peut-être la disproportion entre les moyens énormes (des décors notamment) et la pauvreté de ce qui se donne à voir sur le plateau (Angelica fume et déambule, le silence est assourdissant, il ne se passe rien...)?

Mardi, soir de première, le public de l'Odéon est sorti mitigé: dubitatif, surpris, déçu, en colère parfois; les interprètes ont reçu de maigres applaudissements et un seul rappel...

"Primera carta de San Pablo a los Corintios", un spectacle de Angelica Liddell, du 10 au 15 novembre au Théâtre de l'Odéon, avec le festival d'Automne à Paris.

Durée 1h25.
A 20h00 du mardi au samedi, à 15h00 le dimanche.
Déconseillé au moins de 16 ans.
Réservations au 01 44 85 40 40.

Notre Petite Soeur

Nous vivons dans un monde de brutes. Bienvenue dans un monde sensible, féminin, exotique et d’une beauté précieuse.

C’est un film qui fait rêver. Nous sommes dans une ville au bord de la mer. Trois sœurs vivent dans une belle et vieille maison entourée par la nature flamboyante. Elles sont belles, espiègles mais pas gourdes du tout.

La vie ne leur a fait aucun cadeau. Elles vivent loin de leur mère irresponsable et le père a abandonné tout le monde quinze ans auparavant. Sashi l’ainée est une infirmière responsable. Yoshino revendique sa légèreté. Chika sort de l’adolescence et vivote en vendant des chaussures. Toutes les trois vont tout de même assister aux funérailles de leur papa oublié.

Dans une campagne reculée, elles découvrent une petite sœur, Suzu. A 14 ans, la jeune fille se passionne pour le football et semble avoir accompagnée son père vers la mort. Les trois sœurs lui proposent de les rejoindre dans leur grande maison.

Elles sont toutes un peu orphelines mais se montrent soudées. Cinéaste obsédé par la famille, Hirokazu Koreeda (Tel Père, Tel Fils) va observer avec simplicité cette petite famille recomposée de filles différentes mais très attachantes.

Ils se passent peu de choses durant les deux heures de métrage, mais on se sent très bien avec elles. On comprend leurs doutes, leurs angoisses et leurs liens qui se tissent doucement. C’est une histoire où des personnages s’apprivoisent et s’acceptent. C’est délicat, un peu mièvre mais terriblement exotique.

Les paysages du Japon, une musique discrète mais entêtante et des actrices élégantes, il ne faut rien de plus pour combler une certaine lenteur voulue. Le temps passe et les personnalités s’affirment. En même temps que la jeune Suzu, on devine des femmes fortes et beaucoup moins stéréotypées que les apparences.

On a bien besoin de cette générosité et de cette tendresse en ce moment. On retiendra cette affirmation : « quand les dieux ne nous aident pas, aidons nous les uns les autres ». Aujourd’hui, cette phrase nous donnerait presque une piste à suivre ! Le film idéal pour cet automne si pourri

Avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho et Suzu Hirose – Le Pacte – 28 octobre 2015 – 2h07

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