My Wild West

C'est une petite fille américaine. Il faut l'imaginer dans sa petite ferme au fin fond de l'Iowa dès sa tendre enfance. Fermez les yeux! Une petite blondinette avec de jolies taches de rousseur qui court dans les champs de maïs comme dans les meilleurs clichés du cinéma américain.
Désormais, cette jeune femme est devenue une Californienne qui s'épanouit à Hollywood. Elle n'a pas froid aux yeux: son troisième album est constat presque amer de cette vie d'artiste sous le soleil de Los Angeles. Lana Del Rey a du souci à se faire: voilà une sérieuse rivale dans le genre "le spleen ca peut rendre très jolie".
Et puis il faut compter sur elle pour faire de l'ombre à Sia ou Adele, deux autres tenors de la pop au féminin! Lissie Maurus digère depuis quelques années ses forces et ses faiblesses. Son nouvel album est un gros album pop où sa voix fait dans le sensationnelle sans trop se renier!
Elle décrit le star system et montre qu'elle est clairvoyante sur la situation. Elle ne joue pas les innocentes, bien au contraire. Cependant elle ne crache pas dans la soupe: sa musique est très bien produite et joue le jeu des productions actuelles. Il y a tout ce qu'il faut pour cartonner sur les radios et titiller l'attention de quelques oreilles plus pointus.
Vous trouverez du single efficace et des choses plus troublantes. C'est assez déroutant car la jeune femme glisse comme pas mal d'artistes féminines de la country et de la folk vers une pop plus acidulée mais pas franchement désagréable. Il y a une vraie personnalité qui se dégage. On aimera beaucoup les paroles plutôt acides mais il y a aussi une recherche du tube imparable qui gène un peu.
En tout cas, Lissie Maurus n'est pas fade. Quelque chose de sympathique subsiste sur ce troisième album. L'introspection l'empêche de sombrer dans la pire production à l'américaine. Une bizarrerie inoffensive, voilà ce qu'est ce Wid West pas si sauvage!
Cooking Vynil -
New York Melody

He ho les zamoureux! Voici pour vous un petit conseil ciné pour avoir le sourire et croire que tout est possible dans la vie... surtout aimer, respirer, chanter, rire et aimer encore et toujours.
D'un coté, vous avez un vieux producteur raté et de l'autre une petite Anglaise charmante qui a bobo au coeur. Entre eux vous avez New York City, décor idéal de cinéma et de comédie romantique. Pour raconter tout cela, vous avez le réalisateur de Once, une petite pépite irlandaise qui parlait de musiques et de sentiments.
Pour rigoler, on va vous dire ici que le refrain est connu. Mais la façon de jouer est un peu différente.Un peu seulement. Car nous sommes à New York et qu'il est question de rêve de musique, puis de gloire, puis d'Amérique! Ici, la vie est l'endroit de tous les possibles. De la grandeur et de la décadence.
Le héros a tout du décadent. Producteur à succès, il s'est fait aspirer par l'alcool et la dépression dans un trou sans fin et sans création. Mais tombe sous le charme d'une petite désoeuvrée qui a un joli filet de voix. Deux solitudes dans une grande ville assourdissante, ce n'est pas le sujet le plus neuf mais John Carney sait ce qu'il faut faire pour que ca ne soit pas complètement rébarbatif.
Il confie les rôles à deux acteurs touchants, Keira Knightley et Mark Ruffalo. Il soigne les seconds rôles. Il filme Big Apple avec une gourmandise non dissimulée. Il se moque du mauvais goût et tente de parler des fameuses Good Vibrations si cher à des génies comme Brian Wilson. Ca parle de musique et de tout ce que l'on peut mettre dedans. C'est un art commercial mais il peut y avoir des petites surprises.
C'est très naïf mais le réalisateur semble assumer ce coté fleur bleue sans tomber dans tous les pièges. On veut bien se laisser aller à cette douce déclaration à la musique sincère, aux amitiés fidèles et aux amours déchus. C'est un peu ringard mais le charme agit contre toute attente. Le cynisme se fait laminer par la mélodie du bonheur joué par des interprètes sympathiques. Cucul mais pas si concon!
Avec Keira Knightley, Mark Ruffalo, Adam Levine et Hailee Steinfeld - TF1 vidéo - 1h38 - 2013
Le Discours aux animaux, Valère Novarina, André Marcon, Bouffes du Nord


Cher lecteur,
J’ai quelque difficulté à rédiger une chronique digne de ce nom sur ce spectacle: j’y suis allée par curiosité et… ben j’ai rien compris mais rien du tout…
En fait, il y a quelques années, la langue de Novarina m’avait paru complètement absconse, mais j’espérais qu’avec le temps, et surtout grâce au talent d’un comédien poète et passeur de mots comme André Marcon (qui a créé et joue régulièrement le texte depuis 30 ans!), je comprendrais enfin, que l’oeuvre s’éclairerait – au moins en partie. Mais je me suis trompée.
Je suis désolée, je me sens incapable d’en écrire plus sur ce spectacle…
Que faire? Si j’avais le temps de m’avaler une thèse sur Novarina, d’écouter des entretiens ou de m’intéresser aux œuvres qui se sont construites à partir de ce texte (« L’Animal du temps » et « L’Inquiétude »), je pense que je pourrais écrire quelque chose qui ait du sens… Mais je n’aurai tout simplement pas le temps.
Alors, Cher lecteur,
Si tu as la passion d’un poète et si tu parles plus de 5 langues étrangères: je te recommande ce spectacle.
PS: si tu l’as aimé, s’il te plait, explique-moi sa beauté en utilisant le champ « commentaire » au bas de cette chronique.
Richard III, William Shakespeare,Thomas Jolly, Odéon


Du contemporain bien traditionnel...
La tragédie de Richard III nous fait réfléchir au sens des mises en scène ultra-contemporaines vues beaucoup depuis quelques années, à l'esthétique glam-rock ici ultra léchée.
D'autant que chez Thomas Jolly, lui en tête en tant que comédien star, le travail du texte en revanche nous apparaît ultra classique: un style déclamatoire emphatique et précieux, très Théâtre National de Bretagne (on songe à Stanislas Nordey), des déplacements très littéraux (on franchit les seuils de portes, on monte les marches ostensiblement, on informe le public des changements de lieux...) et une gestuelle trop expressive chez les personnages.
On remarque les visages blanchis, marque de fabrique de Bob Wilson, on se souvient de pièces bruyantes où Vincent Maquaigne provoquait déjà ces interactions forcées avec le public (" répondez, applaudissez..."), on retrouve un moment de concert punk-rock déjà entendu; on compte involontairement les références, probablement inconscientes, mais qui parasitent une possible distinction de cette mise en scène.
Ce qui restera remarquable quoique outrancier, c'est la métamorphose monstrueuse du corps de Thomas Jolly-Richard. Ses postures étranges touchent juste à rendre visible la perversion toujours plus triomphante de son monde intérieur, prospérant à mesure que ses costumes deviennent de plus en plus chargés.
L'autre intérêt de l'intrigue, et ce peut-être à travers ses longueurs parfois pénibles, c'est de transcrire sans apitoiement aucun l'érosion fatale d'une famille confrontée au pouvoir. Dès lors que la toute-puissance pourrait être accessible, l'ordre et la différence des générations sont pulvérisés et les liens familiaux déviés jusqu'aux pires carambolages.
La lumière, malheureusement trop présente à côté d'autres éléments de décors trop rudimentaires (rideaux, photos grand format assez ineptes...), métaphorise la mégalomanie de plus en plus mécanique, automatique et droit devant du héros. Ainsi oriente-t-il les faisceaux des projecteurs comme on ferait claquer un fouet...
Mais l'importance de ces effets de lumières, comme du glamour des costumes n'aboutissent qu'à un flagrant "donné à voir" et sont insuffisants à constituer un style.
On peut louer les grandes qualités des personnages donnant la réplique au tyran, lui qui déverse une parole sans adresse, laissant ses interlocuteurs face à eux-mêmes, leurs abîmes les plus ambigües, ce qui fonctionne ici très bien.
Mention spéciale pour le très sobre Mohand Azzoud (vu chez Nordey, Mouawad...) qui incarne Richmond pour l'affrontement final et parvient à canaliser une belle énergie après quatre heures de pièce.
jusqu'au 13 février 2016
Let Love show the Way

Un trio fait remonter des temps anciens vivre un blues rock venu d'un temps lointain. Leur combat nous prend aux tripes.
Le son monte petit à petit. On identifie alors un riff de guitare ciselé qui met en place une rythmique bien classique où va pouvoir se lover une voix qui a visiblement mangé du caillou, bu du whisky et avalé pas mal de cigarettes. Bienvenue dans l'antre du bon vieux rock old school!
Le virtuose de la six cordes, Joe Bonamassa, est fan de Simo, groupe venu de Nashville, terre de traditions musicales qui fait rêver les rockers du Monde entier. Strange Blues ouvre cet album vintage mais il n'est pas si étrange que ça! Il convoque simplement Cream et quelques trios surpuissants des années 60 et 70!
Né à Chicago autre haut lieu de la musique, JD Simo est donc la (jeune) pièce maîtresse de ce groupe électrisé par les mythes de la six cordes. On a vraiment l'impression de retrouver la grande période d'Hendrix ou Clapton, lorsque les musiciens exploraient toutes les propositions de la six cordes.
Sa guitare varie entre saturation, accélérations, passages héroïques et délicates intentions. Petit malin, avec son batteur et son bassiste, il ne se lance pas dans de grandes démonstrations. Il n'oublie pas de composer des chansons brillantes et clinquantes. Il y a bien entendu des solos "monstrueux" mais ce n'est jamais sans fin. Une seule chanson court après les dix minutes. Les autres tournent autour des trois minutes ce qui est assez rare chez les surdoués de la guitare électriques. Sur scène, le groupe serait nettement plus prolixe mais ici, ils font un vrai disque rythmé et réfléchi.
Cette clairvoyance sur la patience de l'auditeur prouve toute l'intelligence du trio qui ne révolutionne rien mais semble beaucoup s'amuser à voyager dans le temps.
Mascot Provogue - 2016
La tour infernale

Parfait pour un film du samedi soir, le film catastrophe de John Guillermin est aussi un gros film qui soulève la question de la frustration sexuelle américaine. Et pourquoi pas?
Il faut dire que ce n'est pas anodin dans un film sur la plus grande tour du monde, monument phallique, véritable érection architecturale qui déchire ici le ciel californien. Depuis la tour de Babel, on le sait: il ne faut pas défier trop la hauteur. D'ailleurs il n'y a pas que la taille qui compte, la qualité du travail bien a son importance.
Mais quand vous êtes un impénitent dragueur, vous oublierez de respecter la qualité d'un cable électrique qui bien entendu va mettre le feu à la tour infernale. Mari infidèle de la fille du promoteur, ce type odieux sera la cause du désastre et responsable d'un incroyable chef d'oeuvre, trop long, trop cher, trop drôle.
Car finalement on y voit que des types se dépatouiller avec un colossal incendie mais aussi avec leurs histoires de cul. Le héros joué par Paul Newman est le seul type épanoui dans l'histoire avec son épouse: il a de la chance, elle est belle et brillante puisque jouée par la sensuelle Faye Dunaway.
Autrement c'est la débandade. Richard Chamberlain joue le vilain époux qui n'arrive pas à se tenir à carreau au point de provoquer la chute de la tour. Robert Wagner, bien peigné même face au feu, couche en secret avec sa secrétaire (ils seront tous les deux punis par le feu). William Holden joue le promoteur, seul au sommet d'un empire. Une femme aurait peut être calmé ses ardeurs et sa folie des grandeurs. Le vieux Fred Astaire interprète un petit escroc à la recherche d'une riche un peu flétri. OJ Simpson n'a pas encore tué sa femme mais est encore un chic type au grand coeur dans ce film. Il a bien changé depuis.
Au milieu de toutes ses solitudes, se promènent de beaux pompiers menés par Steve McQueen, fantasme ultime accepté par tous. Ils ont tous des soucis sexuels dans ce film. Que le feu punira. Bien entendu, on exagère en disant cela mais c'est un film bigger, stronger, faster! Un divertissement haut de gamme qui n'hésite pas à trop en faire, avec une certaine ironie qui se cache dans les interprétations quasi fonctionnelles des deux stars géantes et mythiques que sont Paul Newman et Steve McQueen.
ON voit aussi devant nos yeux se construire les conventions d'un genre qui reviendra en force grâce aux effets numériques, à partir du milieu des années 90. Un peu plus tard dans sa carrière, John Guillermin s'intéressera à la libido d'un autre mythe du cinéma avec King Kong 2, film miteux mais vraie pépite pour amateurs de film du samedi soir à partager entre amis avec quelques bières...
Avec Paul Newman, Steve McQueen, William Holden et Faye Dunaway - 20th century fox et Warner Bros - 1974
Athènes?

Pourquoi choisir comme titre, la capitale d'un pays en ruines? Ou peut être que l'on veut souligner ici l'importance de la philosophie? Ou peut être que ce duo atypique veut simplement saluer ce haut lieu du tourisme? Schvedranne a en tout cas une hautes estime de la musique, capable de supporter la plus exigeante des poésies.
D'un coté il y a un musicien contemporain, moderne et parfaitement au courant de toutes les influences électroniques. De l'autre, il y a un vieux professeur,optimiste, humaniste qui a fondé dans les années 80, la maison de la poésie dans la région Rhône Alpes!
Les deux artistes se sont alliés pour un disque qui forcément va vous surprendre. Car effectivement il y est question de poésie, de vers et d'histoires. Le professeur Gilles B Vachon se raconte. Ses passions. Ses doutes et sa riche histoire puisque le monsieur n'est pas tout jeune. Ses questionnements sont parfaitement accompagnés par la musique profonde de Antoine Colonna.
Leurs talents se confondent avec une aisance incroyable. C'est une invitation au voyage. On passe d'Athènes à Haïti ou Alger. Pas les endroits les plus exotiques de la planète mais c'est ce qui fait la différence dans ce disque hors du commun: il ne ressemble à rien. Les auteurs font attention à rester sur les bordures de leurs arts.
Ce n'est vraiment pas une oeuvre commerciale. Mais elle a la grande qualité de donner à voir et à entendre les contours de deux artistes qui comprennent la force de la poésie. Son importance en tant que témoignage. On y trouve toutes sortes de vérités dans cet album insaisissable.
La poésie n'est pas basée que sur le charme des mots et la musique électro ne pourchasse pas l'efficacité à tout prix. La singularité, voilà ce qui inspire ce couple vraiment inédit, entre le jeune loup et le vieux sage. Le choc des générations n'est pas ici une opposition mais complémentarité qui rassure! Ca fait du bien un tel disque!
Salamah - 2016
Dans la solitude des champs de coton, Bernard-Marie Koltès, Bouffes du Nord


Vous connaissez peut-être la célèbre (3ème) mise en scène de Patrice Chéreau ou du moins quelques images de la pièce interprétée par lui-même et Pascal Greggory, émergeant du brouillard dans le décor de Richard Peduzzi. Ici c’est une proposition inédite qui est donnée au Théâtre des Bouffes du Nord, née de la collaboration de Roland Auzet, metteur en scène-compositeur-percussionniste (il se définit comme un « écrivain de plateau »), et de Wilfried Wendling et sa compagnie La Muse en circuit qui développe depuis 2007 les « Concerts sous Casque ».
Les deux personnages traditionnellement interprétés par des hommes (le dealer, le client) sont ici interprétés par deux comédiennes talentueuses et chevronnées, Audrey Bonnet et Anne Alvaro. Au départ, le dealer attend aux pieds des tours d’immeubles, la nuit tombée. Il a quelque chose à vendre, il cherche un contact (une autre solitude?). Quelqu’un (le client), parmi tous les passants qui se font plus rares à cette heure, croise son regard. Il l’aborde. C’est le début d’une joute verbale. D’un combat où l’on esquive les coups.
Et comme dans un long jeu psychologique, à un moment donné, les rôles s’inversent. Dans le triangle dramatique*, on occupe toujours l’un de ces trois rôles: la Victime, le Persécuteur ou le Sauveteur. Tant que le racket fonctionne, les deux personnes impliquées jouent leur rôle et l’échange peut durer interminablement. C’est ce qu’il se passe au début de la pièce de Koltès, entre le dealer et le client. Le dealer, d’abord Persécuteur (on le dit « retors »), suggère qu’il peut satisfaire tout désir, même inavoué, même inespéré, du client, d’abord Victime supposée (comparé à une poule chassée dans une cour de ferme ou à un gamin craignant un coup de son père). Le client hésite. Et l’on pense vraiment que c’est une question de temps avant qu’il n’exprime son désir, que le dealer s’empressera de satisfaire. Mais tout à coup, patatras: coup de théâtre: le client quitte son rôle. Il ne quémandera rien. Ne devra rien. Ne sera en rien débiteur. Il refuse le contact sur son bras, la familiarité d’un souvenir partagé, la simple camaraderie, et tout plaisir. Il ne veut rien. Alors le dealer exige quand même d’être payé. Pour quoi? Pour le temps passé, à espérer le deal, « à faire l’article ». Le client, devenu Persécuteur, lui assène le coup de grâce. Et propose de sortir du « jeu psychologique », de se défaire des étiquettes, d’être, tous deux « des zéros ». Dans la théorie de Berne, la fin du jeu psychologique correspond au début de l’authenticité. On s’arrache aux rôles prédéfinis (par nos croyances et par le regard des autres) pour entrer dans la communication véritable, une relation d’enrichissement mutuel. Mais c’est ici hors-plateau, hors sujet.
En un sens, ce texte de Koltès ressemble au monologue de Camus « La Chute », où celui qui se confie, désarçonne et finalement anéantit l’autre, l’auditeur. Les derniers mots de « Dans la solitude… » sont: « Quelle arme ». L’arme, c’est l’absence de désir, l’absence de tout objet de transaction. Qui oblige chacun à sortir des rôles assignés et au langage préfabriqué. C’est aussi certainement le langage lui-même, qui retourne l’argument contre celui qui l’énonce. On a souvent fait le lien entre la langue de Koltès et l’habileté de la casuistique, mais il ne faut pas réduire l’art de Koltès à une forme d’argumentation. Le dialogue ici déconstruit l’argument de l’autre, l’accule à reconnaître, sinon la vérité, du moins la relativité de toute énonciation de vérité.
Le dispositif scénique mis en œuvre aux Bouffes du Nord, loin de compliquer le rapport scène/salle, nous rapproche, nous spectateurs, de l’intimité des mots, du souffle des actrices. On écoute les voix et les respirations au casque (et la musique électronique créée pour l’occasion) et en même temps, on a sous les yeux tout l’espace du plateau des Bouffes du Nord, ce large cercle vide, qu’Audrey Bonnet n’hésite pas à traverser en courant; elle bondit, accélère et se recroqueville. Son visage s’allonge parfois comme ceux des chanteurs d’opéra, chercheurs de sons profonds et puissants, quand elle exprime une « saine » rébellion. Anne Alvaro est aussi surprenante et convaincante, bien qu’un peu moins « menaçante » que sa complice.
On résume: 3 bonnes raisons d’aller voir ce spectacle, 3 plaisirs:
- découvrir une scénographie sonore inouïe, une collaboration nouvelle entre l’électronique et la scène;
- voir jouer ensemble deux figures géantes du théâtre;
- écouter / découvrir la langue revivifiée du texte de Bernard-Marie Koltès.
* le triangle dramatique structure toute relation, dans le cadre du « jeu psychologique »; le jeu psychologique, dans la définition qu’en donne l’Analyse transactionnelle, est une forme de racket, une manière relationnelle qui nous tient loin de l’intimité. Pour plus d’infos: https://fr.wikipedia.org/wiki/Analyse_transactionnelle
Une proposition théâtrale et sonore de Act - Opus - Compagnie Roland Auzet et La Muse en circuit, Centre national de création musicale
Être envoyé spécial…sur BFM TV


Il est des vies que l’on ne peut envier, bien sûr, celle d’habitant de la jungle calaisienne, SDF dans le froid, réfugié syrien en Islande, veilleur de nuit en abattoir dans l’est de la France, morpion accroché à un pubis d’actrice porno amateur, témoin colombien ayant dénoncé des complices de Pablo Escobar…j’en passe.
Mais, malgré les sunlights apparentes, et pas nécessairement des tropiques qui se racontent en musique et qui te demandent de prendre ta main et de venir danser, certaines vies semblent on ne peut plus désarmantes et désarmées, quand on les aperçoit au travers du petit écran.
Celle d’envoyé spécial à BFM TV, appartient sans nul doute à cette catégorie. Évidemment, il y aurait du fun et du wow youhouuu dans sa vie à notre envoyé spécial, si Rocco Siffredi, richissime, prenait des actions de ladite chaine, en créant par exemple Bi-SM TV, première chaine nympho de France, où son travail, micro à la main consisterait à couvrir les gang bang et les tournages de « Vient dans mon slip c’est fête et ramène des amis N°4 »…mais non, loin de là.
Rappelons tout d’abord le rang dans notre envoyé spécial, au visionnage tout con tout simple d’une ½ heure d’info sur BFMTV. Au 1er rang figurent Ken et Barbie, oui, dans les chaines infos, le duo mâle cravatée/jolie blonde yeux bleus est un précepte, un principe, un incontournable. Au 2ème rang, le breaking news, autrement dit le bandeau fixe bas d’écran où clignote « Urgent » en orange/rouge quand une info vient de tomber, où qui défile aux grès des infos et pour chaque thème a sa petite couleur comme au Trivial Poursuit, au cas où tu serais un con et que si on ne mettait pas « Sport » en vert pour annoncer PSG 2 – OM 1, bien tu pourrais confondre avec un bombardement en Syrie, que si on te mettait pas en violet « People/Culture» le fait que Renaud sorte un album intitulé « Résurrection » ou « Renaissance » ou « De retour », enfin bref l’album où il démontre que l’arrêt de l’alcool ne signifie pas forcément « j’ai appris à réécrire correctement des paroles », et bien tu pourrais confondre avec la sortie en 50 000 exemplaires de la nouvelle voiture hybride de la marque automobile au losange…j’en passe, là aussi.
Rappelons également que le schéma directeur d’une chaine info c’est : 1. Prise d’antenne plateau, Ken et Barbie te disent à haute voix ce qui est écrit sur le bandeau rouge-vert-violet-orange, au cas où tu n’auras pas la vue (nooonnnnn, pas sous les sunlights des tropiques, c’est bon merci j’l’ai dans la tête maintenant). 2. Ils appellent forcément juste après le « correspond sur place », autrement dit notre fameux envoyé spécial, nous y reviendrons, en lien avec l’info annoncée, comme ça, ça fait actu à chaud, même quand on n’a rien à dire, ou même pour la plus mince des infos dont tout le monde se tape. 3. Retour plateau avec « l’expert », le gars qui connait le sujet, que l’on interview pendant 10 minutes, voire, si on est un peu fou fou, on convoque un 2ème expert mais qui pense pas pareil pour une confrontation fight club mais avec gant de boxe en guimauve.
Et dans tout ça, oui, notre envoyé spécial passe souvent inaperçu alors que le mec a été envoyé à l’autre bout de la France, un dimanche, pour se prendre des rafales de vent dans la tronche, quand il s’agit, par exemple de couvrir l’arrivée d’une tempête sur les bords de mer bretons…c’est d’actualité.
Car, pour être un bon envoyé spécial sur BFM TV, il faut sans nul doute signer la charte et jurer sur l’honneur des « 10 commandements de l’envoyé spécial », que voici :
- J’accepterai sans broncher de partir avec une voiture de location dans un endroit qu’aucun GPS ne connait, tout ça parce qu’un arbre est tombé sur une maison de retraite et qu’il fallait que j’y aille.
- Je n’aurai plus de vie sociale et me lèverai à 3h du mat pour être en direct dans le 6/9 week-end perché en haut d’une montagne juste pour intervenir 40 secondes à 6h04 afin de faire savoir si un 24 décembre y’a de la neige ou pas…alors que le mec que ça intéresse est déjà bloqué dans les bouchons sous le tunnel du Mont Blanc et donc ne peut pas te voir, et que le mec qui te regarde, part pas au ski donc s’en tape grave…
- Je galérerai comme un dingue pour trouver un témoin dans un village perdu d’Alsace afin de savoir s’il a voté ou non FN un dimanche d’élection régionale.
- J’aurai toujours avec moi une valise avec 15 fringues différentes afin de pouvoir intervenir sur une autoroute au mois d’août en cas de canicule, sur un front de mer vidé de tout habitant un soir de tempête avec un vent de 130 km/h dans la tronche ou encore en chemise sale à l’autre bout de la planète pour faire genre j’suis un aventurier.
- J’apprendrai à rebondir sur des lancements plateau inintéressants croire creux vides du type « Preuve de cette vague de froid, ce -22°C constaté dans les Vosges, où nous rejoignons d’ailleurs sur place… »
- Et que là c’est à toi et tu vas devoir broder 40 secondes autour de ce -22°C, dans les Vosges, où tu es, à base de « en fait, ici on les sent bien les -22°C, de mémoire d’habitant, on n’avait jamais vu ça depuis 1954, comme en témoigne Mme Gérard, habitante de 89 ans… » et là tu lanceras ton sujet avec l’amère sensation de travailler pour Groland.
- Tu accepteras d’être entouré de supporters de foot bien tartinés à la bière de table après un match PSG-Lyon un samedi soir de juin, pour une finale de Coupe de France, alors que tous tes potes font barbecue dans ton jardin et on regardait le match à la cool, pendant que toi, tu attendais comme un con le lancement du JT Nuit pour intervenir et que des supporters beuglent derrière ton dos téléphone portable dans la main gauche pour dire à leur pote « ouaisss gros regarde j’suis sur BFM derrière le mec à lunettes » et corne de brume dans la main droite qu’il ne manquera pas d’actionner au moment où tu es en direct, pour, un, te faire chier, deux, te rendre sourd, à tel point que le mec en plateau ne comprendra rien de ce que tu racontes et reprendra l’antenne…
- Tu rêveras de devenir animateur plateau mais manque de bol tu ne feras que ça les jours où personne ne veut bosser, genre 1er janvier, week-end d’été…bref, tu te fais toujours avoir…
- Tu en auras ras-le-bol de répéter 10 fois la même non-info devant l’Élysée un soir de remaniement ministériel pendant 3h, dans le froid, avec tous tes potes envoyés spéciaux, et que cette phrase « non ici à l’Élysée, toujours pas d’informations à part quelques rumeurs à mettre au conditionnel, donc toujours pas d’infos non… »
- Tu finiras par coucher avec ton preneur de son car mine de rien, les départs dans les Vosges à -22°C, ça crée des liens…
Un bien beau métier, allez, j’vous embrasse à dans 15 jours, j’ai vacances, et pas dans les Vosges.
Hidden City

Coucou les revoilou! Indestructible, The Cult se fout des modes et défend son rock solide et héroïque. De leur ville perdu, les deux membres fondateurs se rappellent à notre bon souvenir!
La vie du groupe britannique The Cult mériterait un film. Ca serait un bon biopic bien classique avec grandeur et décadence de deux artistes qui ont voulu tout casser et sur qui on a cassé pas mal de sucre. Il y a le blond et le brun. Le guitariste Billy Duffy et le chanteur Ian Asturby. Ils ont commencé dans la new wave un poil gothique avant de se prendre pour des gros rockeurs californiens à la sauce Guns'n'Roses.
Cela a donné donc des disques très variés avec quelques sommets comme l'album Electric en 1987 et l'imparable Wild Flower, hit rock pur et dur! Des diamants, il y en a dans les disques de The Cult mais la vie dissolue des deux leaders a provoqué aussi pas mal de catastrophes. Ils ont bien joué le jeu du Sex Drugs & Rock'n'roll avant d'être totalement carbonisé par les excès.
Le groupe a volé en éclat dans les années 90. Asturby et Duffy ont mis longtemps à se réconcilier. Ils sont devenus de vieux sages désormais ce qui leur permet d'aborder sereinement leur art, ensemble et sans complexe après la création du groupe en 1983. Tout de même, ils ont des airs de survivants ces deux là!
Quatre ans après leur précédent effort, ils retrouvent leur vieux producteur Bob Rock (Metallica, Aerosmith, Michael Buble cherchez l'erreur) qui pour leur cinquième fois va leur brancher les guitares vers un heavy metal sobre et plutôt sympathique à l'oreille.
Rien de nouveau chez The Cult mais depuis l'album Sonic Temple en 1989, on sait de quoi ils sont capables et que le succès leur a joué un mauvais tour: ils auraient tout simplement pu être les meilleurs, le fer de lance d'un rock débridé, un peu aventureux et spectaculaire. D'autres ont pris la place!
Ils ne sont pas rancuniers: le groupe offre une heure de rock brutal mais pas du tout idiot avec la voix si atypique d'Asturby et les guitares virtuoses de Duffy. C'est bien. Pas innovant pour un sou. Mais sacrément efficace. On est content de les savoir en forme. Perdu mais pas paumé, The Cult va bien. Ceux qui ont la quarantaine, devraient être contents de l'apprendre!
Cooking Vynil - 2016



