Sea of Brass

Retour en fanfare d'un groupe so british.

Mine de rien, British Sea Power poursuit son aventure pop loin des sentiers battus et des ambitions commerciales. Tout avait bien commencé pour ce groupe très brit pop à l'aube des années 2000. Le groupe avait tous les symptômes du groupe à succès. Ils viennent de l'une des capitales de la musique, Brighton. Il y a deux frangins au sein du groupe. Ils connaissent l'histoire de la pop sur le bout des doigts. C'est un petit joyau à l'éclat discret.

On a même cru qu'il était éteint. Mais les revoilà avec une fanfare. Rien de tel qu'un bon gros orchestre de cuivres pour vous remettre en forme. C'est drôle en apparence. Cela fait même rustique en invitant une tradition très anglo saxonne venir nourrir une autre spécialité du coin. De la fanfare dans de la pop. Ca n'aurait pas déplu à ces gros réac' de Oasis ou les Londoniens prudents de Blur.

Après avoir réalisé la musique de plusieurs longs métrages, British Sea Power a prouvé qu'il aimait bien les ambiances plutôt que l'efficacité. Ils sont plus proches de Arcade Fire ou Elbow que des deux champions cités plus haut.

Le tout premier morceau nous immerge dans ce doux mélange qui a le grand mérite de surprendre. On finira par se laser mais le groupe a le mérite de foncer vers une idée fixe avec une vraie envie qui s'entend dans des arrangements parfois impressionnants.

C'est donc de la pop à l'ancienne avec une production inhabituelle. C'est simple. Carré. Ca fait son petit effet. Ca sent bon les plaisirs d'Outre manche . C'est peut être lassant mais l'exotisme est là! Il y a de l'emphase et de la rudesse. Et derrière tout ca un peu de douceurs qui font du bien au moral!

Rough Trade - 2015

Chansons d’actu: Le meilleur des mondes

Le Chasseur et la reine de Glaces

Bah oui c’est comme ça : les contes pour enfants sont cruels. Et si on veut les mettre littéralement en scène cela peut donner un truc un peu sadique, pas du tout pour les petits et franchement bizarres pour les plus grands.

Dans le premier film, Blanche Neige se transformait en guerrière comme sa copine Xena. Dans cette suite pas du tout obligatoire, le Chasseur du premier volet doit de nouveau affronter le beau miroir du conte des frères Grimm ; qui est en fait une version girly de l’anneau de la fameuse trilogie de Tolkien.

C’est toujours le Bien contre le Mal sauf qu’ici le Mal fait vraiment du mal à son entourage. Au bout de cinq minutes de métrage, il y a par exemple un bébé qui brûle dans son berceau. Un peu glauque n’est ce pas ? Et ce n’est pas la seule idée décalée de ce blockbuster qui joue à fond la carte de la dark fantasy.

Cependant ce n’est pas un chef d’œuvre subversif. L’Heroic fantasy est un art difficile sur grand écran et de temps en temps, le film se plante méchamment avec des touches d’humour malvenues ou des personnages trop grotesques.

Le réalisateur (français cocorico) a pourtant la chance de faire jouer un trio d’actrices incroyables. On peut oublier Charlize Theron qui ne fait pas du tout dans la nuance pour jouer la méchante reine qui bave du sang noir. Mais on est toujours charmé par Emily Blunt, brindille parfaite pour jouer une Reine de Glaces un peu moins niaise que la Reine des Neiges. Et Jessica Chastain arrive à ne pas être ridicule en guerrière marié à cette barrique sympathique qui sert de héros, toujours interprété par Chris Hemsworth.

Ce conte sombre se regarde sans déplaisir mais aussi sans passion. On se dit que tout cela manque un peu de sexe et de quelques autres déviances. Mais le ton reste, par sa noirceur, est un peu surprenant. Il y a encore du boulot pour que l’on assiste à une version épique et crue de Blanche Fesse et les sept Mains !

Avec Chris Hemsworth, Jessica Chastain, Charlize Theron et Emily Blunt – Universal – 20 avril 2016 – 1h54

Chansons d’actu: Mobilis in Mobile

La maison de pain d’épice

L'ancien chanteur élastique de L'affaire Louis Trio joue le crooner revenu de tout avec une classe toujours savoureuse. doué et sans ego démentiel, Hubert Mounier va sacrément nous manquer!

Hubert Mounier restera le chanteur de L'affaire Louis Trio. Il est donc attaché au succès eighties Chic Planète. On se souvient de lui pour sa banane extravagante et ses danses endiablées. On n'oubliera pas son goût pour le chant emprunté aux crooners américains.

Pourtant on doit aussi se souvenir que le groupe fut responsable d'un authentique chef d'oeuvre de la pop française, "Mobilis in mobile". Un album concept d'une incroyable fraicheur qui continue de faire naviguer sur une mer mélodique d'une rare beauté.

On profite du nouvel album solo du chanteur pour le signaler. Ecoutez "Mobilis in mobile"! Mais attardez vous aussi sur "La maison de pain d'épice" qui propose elle aussi une visite agréable. Depuis "Le grand huit", en 2001, Hubert Mounier a fait quelques disques sympathiques. Discret, il est motivé par Benjamin Biolay pour continuer à écrire. Il s'installe en Ardèche et s'adonne aussi à sa passion, la bédé.

Hubert Mounier est un excellent dessinateur et il le prouve avec ce disque, accompagné d'une bédé sur les soucis créatifs du chanteur.

Ses chansons sont toujours douces et de plus en plus aigres. Hubert Mounier se raconte à travers de jolis titres, parfois un peu stéréotypés, parfois percutants. Avec le dessin et la musique, il a réussi à se trouver une place (sa maison en pain d'épice). Elle est à l'ombre. Mais il a un point de vue particulier sur la pop française.

Sa modestie l'empêche peut être de rester à la lumière mais son savoir faire est éclatant. Il compose avec une simplicité qui fait la différence avec une production actuelle un peu trop sophistiquée. Mounier s'adresse à son auditeur comme à un vieux copain, au moment d'une confession.

Il a une tendre ironie et un sourire un peu triste. Trop sage, Hubert Mounier reste un artiste troublant. C'est fin et habile. C'est classique et sans prétention. La sobriété de Mounier est rassurante et très attachante.

Au bout du compte, sa maison en pain d'épice a plus de goût que l'on croit !

Naive - 2011

Captain America Civil War

Ca commence sur une idée assez marrante ! Dans les blockbusters, les héros généralement détruisent allégrement des villes entières et les destructions massives sont très courantes dans ce genre de produits de consommation.

Des milliers de personnes périssent et à la fin, on applaudit tout de même le courage des super héros qui ont limité les dégâts et éloigné le pire du pire de l’Univers. Imaginez donc que cette chair à canon se rebelle. C’est bien gentil de nous sauver des monstres de tout poil mais faudrait faire attention au pauvre petit peuple de la Terre.

Quand on a de grands pouvoirs, on a aussi de grandes responsabilités ! C’est le constat que fait l’athlétique Captain America et ses amis Avengers. Entre nous, les super héros se multiplient actuellement jusqu’à la nausée. Et le plus Américain d’entre eux est aussi le plus agréable à suivre.

Le premier film était résolument pensé comme un film d’aventures à l’ancienne avec nazis tarés et bastons épiques. Le second faisait dans le film d’espionnage old school et ce nouvel épisode lorgne sérieusement du coté de Jason Bourne (qui revient cet été d’ailleurs).

Il est beaucoup question de politique et de tactique avec, au milieu, un bon gros complot qui cache une rancune tenace d’un obscur agent secret. Le Captain America est droit dans ses bottes et s’accroche à ses valeurs d’un autre temps tandis que les autres super héros se posent de sérieuses questions d’éthique. Cela donne dans sa première heure un très étrange et malicieux spectacle où l’on voit des super héros aux pouvoirs plus ou moins extraordinaires s’interroger sur leur nature profonde.

Les frères Russo, comme dans le précédent épisode, apporte de la matière au genre et font de leur héros au bouclier yankee, le catalyseur d’une vraie introspection sur le super héros. On assiste à une analyse où chacun réagit à sa manière.

Inévitablement les points de vue sont remplacés par les poings et Captain America s’oppose à Iron Man. Moins sombre que le Batman Vs Superman, ce troisième volet n’oublie pas d’être un film d’action et les super personnages sont nombreux mais jamais délaissés. Les petits nouveaux qui entrent en scène dont Spider-Man ne servent pas de faire valoir.

Cela dure deux heures trente mais on ne s’ennuie jamais et le scénario jongle entre les rebondissements et l’humour sans fausse note apparente. Les Russo nous réconcilient avec les hommes masqués ou volants. Comme les milliers de morts innocents en arrière plan, on a l’impression d’avoir été pris en considération. C’est déjà ça !

Avec Chris Evans, Robert Downey Jr, Sebastian Stan et Scarlett Johansson - Marvel Studio - 27 avril 2016 - 2h28

Cleopatra

Fort d'un premier album qui a cartonné un peu partout dans le Monde, The Lumineers doit continuer d'éclairer son son folk teinté de pop! Le deuxième album est un effort périlleux.

Il faut tout casser. Ou tout assumer. The Lumineers, auteur de l'imparable titre Ho hey, est un gentil trio du New Jersey qui a tout connu surement trop vite! Leur premier disque fut un énorme succès et le groupe a pris tout son temps pour composer leur second opus nommé Cleopatra: eux aussi, ils ont senti les sentiments grisants de la fortune et de gloire!

Maintenant, ils ont les moyens de leurs envies et Cleopatra n'est plus le sympathique geste folk de trois amateurs de country à l'ancienne, entre attitude bobo et idées un peu rustiques! Le premier album a placé le trio dans la mouvance de cette néo folk qui ose des intrusions dans la pop et l'efficacité rock. Ils font un peu pensé à Mumfords and Sons ou Of Monster and Men.

Donc que vaut ce second disque évidemment attendu? He bien, rien de très nouveau. Rien de décevant. Les chansons sont entraînantes quand il faut. On irait bien se rouler dans l'herbe ou courir dans les champs comme dans le générique de La Petite Maison dans la prairie. C'est rafraichissant. La musique idéale pour une promenade dans les bois!

Cependant ce n'est pas très nouveau. Le trio assure dans son style et prend peu de risques. La production est un peu meilleure mais moins spontanée. Les titres se perchent tout de suite au dessus de la nuée de chansons que l'on entend. C'est du bel ouvrage. Les salles vont reprendre a tue tête les refrains. La fraicheur du premier album a bien entendu disparu. A la place, on a des musiciens qui savent faire bouger l'audience et qui a désormais un savoir faire.

C'est bien mais on aurait aimé être un peu plus surpris. Mais c'est ce qui arrive quand on aime trop vite: on peut déchanter ou être exigeant plus rapidement.

Dualtone Music - 2016

Independence Day

A peine est il aux Etats Unis que Roland Emmerich célèbre la fête nationale. Avec lui, l’impérialisme américain se la joue cool et détendu ! Tout ce qu'il faut pour être le film du samedi soir avec pizza, bières et copains!

" Good morning. In less than an hour, aircraft from here will join others from around the world. And you will be launching the largest aerial battle in the history of mankind. "Mankind." That word should have new meaning for all of us today.

We can't be consumed by our petty differences anymore. We will be united in our common interests. Perhaps it's fate that today is the Fourth of July, and you will once again be fighting for our freedom...

Not from tyranny, oppression, or persecution... but from annihilation.

We are fighting for our right to live. To exist. And should we win the day, the Fourth of July will no longer be known as an American holiday, but as the day the world declared in one voice: "We will not go quietly into the night!"

We will not vanish without a fight! We're going to live on! We're going to survive! Today we celebrate our Independence Day! "

Non, un discours de George Bush ne s'est pas perdu sur cette chronique. Il s’agit tout simplement de la plus hilarante élocution du président Whitmore, dirigeant américain devant faire face à des aliens adeptes de la destruction massive.

Comme nous sommes dans un film amércain pour tout public (du Monde), l’Amérique triomphera grâce à sa diversité culturelle, ses prières et sa force de frappe. C’est un phare dans la nuit qui éclaire toutes les nations du Monde.

C’est beau comme une cravate de Donald Rumsfeld et c’est complètement assumé par l’Allemand Roland Emmerich. Il respecte un cinéma yankee jusqu’à la caricature.

Il y a donc le black tout feu tout flamme (Will Smith), le président guerrier (Bill Pullman dans son meilleur rôle), un scientifique rusé (Jeff Goldblum), une famille qui va resserrer ses liens face à l’adversité (Randy Quaid et des têtes à claques), un ministre aveuglé par la puissance (il a un nom un peu balkanique), des femmes courageuses, des généraux crispés et un vieux juif qui fait des bonnes blagues.

Ils animent l’entracte entre les scènes d’action : pour la première fois, Emmerich ravage la planète. Ca sera désormais sa marque de fabrique. Toutes les villes disparaissent. Les militaires n’ont pas vu la série V et donc comprennent trop tard que les extra-terrestres veulent nous exterminer comme dans toutes les bonnes vieilles séries B des années "bouh on a peu des communistes qui rêvent de nous envahir"!

Les références se multiplient et Independence Day s’étale sur plus deux heures pour nous dire que l’union fait la force, que les Etats-Unis c’est top et qu’il ne faut pas s’inquiéter avec les aliens : ils font des milliards de kilomètres pour vous transformer en merguez vivante mais ils ne sont pas foutus de protéger leur ordinateur d’un virus lancé d’un TO7… Depuis on ne les a pas revus ! Ils sont la honte de l’Espace. Jusqu'à cet été!!!

JoLLy TRouBLE

Retour des trublions de la musique ! Inclassable, GaBLé continue à dévaster les notes avec humour dadaïste et second degré polisson !

Polisson car lorsqu’on voit la jolie pochette de leur nouvel album, on devine que le trio ne veut pas nous laisser indifférent. Si vous aimez la musique bien barré, nous vous conseillons l’écoute plus qu’attentive de ce groupe pas comme les autres.

C’est donc un disque une fois de plus bizarre. Avec des découpages faussement approximatifs. On pourrait imaginer des improvisations. Le trio aime les ruptures et ne peut pas rester en place. On est certainement plus proches des arts plastiques que la musique. Ils bricolent des chansons branlantes mais pas anodines.

C’est leur force. Ils fascinent tout de même. On pourrait imaginer des glaneurs mais sous leurs sottises sonores, il y a bel et bien des harmonies, des mélodies et des ambiances. Ils pourraient faire n’importe quoi, mais c’est maîtrisé et c’est ce qui rend l’écoute de JoLLy TRouBLe assez palpitante.

Car les apparences sont trompeuses. Le bordel est très bien organisé. Les chansons veulent simplement nous chahuter mais on pense à Frank Zappa dans ses œuvres les plus folles. C’est du psychédélisme poussé à l’extrême. Pas de lyrisme ici ! Les chansons se succèdent joyeusement en montant sur différents styles et différents instruments. C’est bigarré.

Ca peut prendre la tête. Ca demande une véritable initiation mais dès la seconde écoute, ce nouvel album délivre ses petits secrets et c’est ce qui le rend très sympathique. Un brin de folie, ca fait toujours du bien!

Ici d'ailleurs - 2016

Le Douanier Rousseau, L’innocence archaïque, Musée Orsay

rousseau
Nul besoin que l'on guide mon regard comme un petit enfant par la main
On ne m'autorise pas mon regard
Cette insistance actuelle à mettre côte à côte l'Œuvre et d'autres, d'autres artistes, d'autres époques
Mon regard est libre puissant fertile
Les œillères de la Culture de la Communication du Commissaire d'exposition - CCC - le gênent, le rendent fou
Regarde. Le Douanier a copié telle œuvre
Regarde ! Le Douanier a inspiré telle autre
Regarde ! Une œuvre du Douanier coincée entre deux que l'on tire du côté Rousseau pour faire coïncider pour rassurer pour une petite cuisine ridicule. Regarde !

Je regarde, bien obligée, si j'arrache des cimaises ce qui perturbe mon union au Douanier je gage que je n'aurai pas le temps de terminer mon voyage
Je regarde et mon regard ne voit que le Douanier Rousseau
que les perturbations soient contemporaines / anciennes / classiques / d'avant-garde
je ne vois que lui sans époque sans explication sans raisonnement sans référence
Lui l'étrange étranger le différent le grand le pur l'imperturbable le nouveau-né l'incompréhensible l'entier

Il ne plaît pas, n'a pas plu à son époque, moqué ridiculisé il n'est pas dans l'air du temps il ne respire pas le même air il n'est pas élégant facile léger, il est obscur dense singulier toujours aujourd'hui il tranche il est différent son langage ses couleurs ses formes son instinct

Lettre à Ambroise Vollard, juin 1910
"Cher Ami,
Je donne avant les vacances une fête familiale artistique littéraire musicale (...)"

Il m'entraîne dans sa fête familiale artistique littéraire musicale, il m'isole il est l'isolé, l'isola, l'île sur laquelle s’échouent toutes interprétations.

Le ballet silencieux et flou du public devant la guerre la jungle la muse, des aplats nets des narrations denses des étranges vifs saillants des ciels bleus des corps masses des fleurs hautes des regards droits des exotismes clos des tueries figées des faims transformées des paradis inconnus

Je m'assois avec mes deux yeux mon regard seul dans la dernière pièce celle des jungles de ton atelier
à force de temps de silence d'immobilité, les bêtes commencent à rôder les plantes à frémir les singes à crier la terre à suer les femmes à se dénuder les sexes à se dresser
Mon regard se déshabille je me déshabille enjambe le bord de ta palette et vous rejoins.

 

Le Douanier Rousseau. L'innocence archaïque.

22 mars - 17 juillet 2016

Musée d'Orsay

Trending

Most Discussed

F.A.I. 2009 / BERTRAND BELIN et TATIANA MLADENOVICH

Et la laïcité bordel !

Diamond Dogs / David BOWIE / (EMI – 1974/ Rééd.2004)

Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu?