Le livre de la jungle

Sauvage et beau. Quand Hollywood se prend Frederic Rossif...Ou quand Disney, maître incontesté de l'entertainment recycle son catalogue. Après Alice au Pays des Merveilles et Maléfique, l'empire propose une version live du Livre de la Jungle, autre classique de l'animation.
Il met aux commmandes Jon Favreau, acteur sympa et réalisateur poli (Iron Man, Chef), habitué des sommets du box office pour mettre en scène la savane joyeuse du Livre de la Jungle. Le cinéaste s'applique donc avec tous les moyens numériques à respecter le cahier des charges du classique.
Il y aura donc des chansons joyeuses, des animaux qui parlent et de spectaculaires décors. Le film est à ce niveau, impressionnant. La bande annonce donnait mal au coeur avec ses images trafiquées. Le film a le mérite de nous réconcilier avec toutes les effets spéciaux du moment. Tout est faux à l'exception du petit comédien (assez insupportable au passage) mais l'immersion est totale.
La jungle de Favreau est graphique et idéale. On se pourrait se promener sur l'île de King Kong. Depuis Avatar ou L'Odyssée de Pi, on n'avait pas vu ça. Le réalisme est troublant. le grain de l image est étrange. C'est une véritable expérience sensorielle. L'anthropomorphisme des animaux renoue avec toute l'ambiguïté de l'exercice faussement enfantin de faire parler les bêtes. On n'attendait pas cela de Jon Favreau mais il faut bien avouer que le film ne peut vous laisser de marbre. Il se passe quelque chose.
Mais on est plus intrigué par la technologie que par l'enjeu de la fiction, que l'on connaît trop bien et qui n'avait pas forcément besoin d'un nouveau film. La version live montre néanmoins la noirceur que le dessin animé avait volontairement gommé. La cruauté est ultra présente et glaçante aussi.
Pour apaiser les esprits, Favreau a une grande idée: donner à l'ours Baloo, la voix du fantastique Bill Murray. Juste pour ça, le film mérite d'être vu. Avec lui, il y a un peu de second degré dans la rutilante mécanique Disney. Un peu d'âme. C'est ce qui manque à l'ensemble mais on est très loin du produit de consommation décérébré.
Avec Neel Seethi - Disney - 13 avril 2016 - 1h45
Red Flag

Puisque mon collègue vous dit que c'est le grand retour en Angleterre des années 90! Une nouvelle preuve: les filles des All Saints ne se crêpent plus le chignon. Elles chantent de nouveau ensemble!
Car je vais vous parler d'un temps où les jeunes ne fantasmaient pas sur Nabila et toutes les crétines gonflées de partout qui bullent à la télévision, débiles grandioses qui ne se rendent même plus compte de la vacuité. Je vais vous conter une époque où les filles savaient chanter et se battre comme des championnes. Elles étaient populaires, et cela était bien!
Pendant que Blur et Oasis se souhaitaient les pires choses, les Spice Girls, elles, voyaient d'un mauvais oeil le succès des All Saints. Pour le coup, elles avaient bien raison. Ce girls-band avait presque quelque chose de sincère et les filles ressemblaient à s'y méprendre à des chanteuses. Des Anglaises jolies et butées. Un truc incroyable qui sentait bon le fish & chips et les amourettes foireuses à l'odeur de bière, au coin d'une boite.
Elles étaient fiers de se montrer brillantes et tentaient d'écrire des choses futées et qui avaient du sens. Quand on voit les têtards chanteuses d'aujourd'hui, on se dit que les chanteuses de cette époque, elles avaient du caractère. Un peu trop: le groupe n'a pas duré longtemps! Les Spice Girls sont restées le maître étalon du fameux Girl Power!
Mais les All Saints ont marqué leur décennie avec des titres bien groovy et par nostalgie, on veut bien écouter leur quatrième album. Aujourd'hui, on n'en est plus au formatage pour plaire aux masses et aux puceaux. Elles se retrouvent avec de nouvelles chansons pop bien fichues, typiquement british.
C'est donc un mélange de white soul, de pop proprette et de funk mid tempo. Elles ont encore la classe et surtout les textes sont lucides, un peu désenchantés et très bien défendus par les soeurs Appleton, Melanie et Shaznay. Avant on regardait leurs fesses maintenant c'est le contenu qui nous intéresse. On veillit après tout!
Mais pas de regret. Il y a des fautes de goût propres au genre mais ce n'est pas désagréable de les entendre à nouveau. Elles se sont embourgeoisées mais ont des choses à dire. Simples et dérisoires. Comme on était un peu amoureux d'elles, on les écoute avec attention. Elles n'ont pas beaucoup changé en 20 ans... nostalgie, quand tu nous tiens!
London - 2016
LOTUSFLOW3R – MPLSOUND – ELEXER / PRINCE – (Because music – 2009)

Prince est de retour avec un triple-cd sur le label indépendant Because Music. Triple injection pour trois facettes : soul, rock et funk. Triple injection pour montrer que le Prince aime plus que jamais le mélange des genres tout en renouvelant son statut d’incontournable musicien. Enfin !
Le Prince a choisi Because Music pour la France, un label indépendant. Prince entretient la singularité. On se rappelle que le Prince a été un des premiers a claqué la porte des majors, ouvrant la voie à bien d’autres depuis… Si le nom du Prince était sous licence à la Warner jusqu’en 2000, Rogers Nelson de son vrai nom n’a jamais cessé de produire, écrire sous d’autres pseudos, même si les medias l’ont beaucoup moins exposés.
De retour cette année à Londres et cet été en Suisse au Festival de jazz de Montreux devant 8 000 fans, le voilà désormais en pleine lumière dans les bacs sous deux versions : un album simple "Lotusflow3r" et un triple cd en édition limitée dans lequel l’album central est rejoint par « Elixer » et « Mplsound » (Minneapolis Sound). Pochette surréaliste, le Kid de Minneapolis au centre d’un lotus renaît. Bienvenue dans la Galaxie du Prince...
L’Elixir de Bria Valente : se Souler au « 2nite »
Le triple-cd est forcément surprenant. Parce qu’il donne une formidable rampe de lancement à Bria Valente, la nouvelle protégée du Prince dans un album clairement conçu pour activer les hormones. Si l’album est inspiré d’une soul entourée d’étincelantes touches de guitare électrique au son jazzy et parfois de lourde basse (« Here Eye Come »), le rythme vacille entre son hip-hop (« Home ») et disco comme en témoigne le sulfureux « 2nite » qui fera chanceler tous les night dancers avec un langoureux beat disco qui va faire transpirer les boules à facettes. Le song lover n’oublie pas qu’il est une icône sexy, Bria est là pour le rappeler, effets de voix séducteurs à l'appui. La galaxie du Prince, c’est aussi l’univers de la nuit. « 2nite » va tourner en boucle sur les platines, tandis que les autres morceaux parfois sombres vous plongeront dans une soul propre mais qui ne révolutionnera pas le genre. « Every time » donne même un côté fleur bleue kitchissime. L’album s’écoute très bien même si les fans ne comprendront peut-être pas l’immersion de cette nouvelle icône dans le paysage du Prince.
"Lotusflow3r" : la guitare-power
"Lotusflow3r" remet la guitare en pole position et on sait qu’en ce domaine le Prince est largement compétent. Les sonorités sont variées et rejoignent celles d’Hendrix. L’influence est telle dans « Dreamer » (la wah-wah se lâche un peu) qu’on ne peut le prendre que comme un hommage. Les fans ne s’y retrouveront pas forcément, - on est loin de « Purple rain »- les mélomanes peut-être davantage avec des touchers de gratte qui font du bien entre blues (« Colonized mind ») et pop (« 4ever »). « Boom » alterne guitare nerveuse et voix calme, « Wall of Berlin » vire carrément au psychédélique et promet des concerts explosifs. Cet album est le plus rock des trois mais aussi le plus complaisant : il annonce le retour musical d’un Prince qui se fait plaisir en jouant. C'est la nouveauté du tryptique. Cette complaisance pourrait en agacer certains qui préfèrent la concision au bavardage musical. De notre côté, ça passe. « …Back to the lotus » le dernier morceau instrumental clôt l’album comme il s’est ouvert : sur une guitare qui improvise et s’amuse à serpenter sur des sonorités électro qui annoncent désormais le troisième volet funky et le plus surréaliste : "MplSound".
"MplSound" : attention, le Kid est toujours là
C’est l'abum qui ressemble le plus à la production passée du Prince. Ca décape comme le spasmodique « Dance 4 me », et ça roucoule comme le doux « U’re gonna c me » dans lequel Prince laisse entendre sa fragilité vocale. Le vocoder (effet vocal sur la voix) est usé avec parcimonie tout au long de l’album. Prince a dépoussiéré les synthés et les effets. (« There’ll never B) Another like me » et « Chocolate box » vous convaincront dès l’ouverture. Le synthé en fond de « Valentina » et les paroles-gimmicks nous rappellent que le Prince s’est fait une renommée mondiale grâce à sons sens de la mélodie. Enfin le morceau « Ol’skool company » s’impose comme le morceau phare par sa variété et son culot. Enorme. On pourrait regretter qu’il n’y ait pas plus de cette folie tout au long des trois albums. Pas de doute, le Prince est de retour. C'est funky-electro, ça bouge, ça a du pep's. On retrouve le brin de folie du Kid de Minneapolis.
Pour l’ensemble, la production orchestrée par le Prince marque donc le grand retour de la star mondiale. Une semi-renaissance. Musicalement, l’ensemble est bon, même très bon par moment et montre que le Prince est là. Prince se fait plaisir en mettant en avant ses guitares et Bria Valente, refuse de faire des compromis. Sur la quantité de morceaux, certains vont faire date dans les discothèques, on pense à « 2nite » ou « Ol’skool company ». A écouter, donc. A danser, évidemment. A quand les concerts en France ?
Chronique publiée le 7 septembre 2009
Purple Rain – PRINCE et THE REVOLUTION – (Warner – 1984)

Le kid de Minneapolis domine de la tête et des épaules cette année 84 avec l'album de sa consécration en tant que super star des eighties. Et pas pour rien : Purple Rain est sans doute son meilleur album. Explications en 4 points.
Risqué comme ça d'avancer, surtout pour un génie aussi prolixe que Roger Nelson, que Purple Rain est son "desert island album", comme disent les Anglo-Saxons. On s'en mordra peut-être les doigts au moment d'aborder 1987 et Sign O' The Times, mais tant pis. Voici quatre raisons d'y croire :
D'abord parce que ce disque illustre le mieux le style musical de Prince, qui, sur les traces de Sly Stone et Stevie Wonder, a su réaliser un parfait métissage entre funk et pop. De ce point de vue-là, Purple Rain est son œuvre la plus consistante et la plus équilibrée. Il y a dans Purple Rain le funk furieux de 1999, que tous lesfanatiques du bonhomme portent aux nues, et aussi la pop à la Sergeant Pepperd'Around The World In A Day. En fait tout ce que Michael Jackson tentait de faire, mais en dix fois plus génial et surtout avec dix fois plus de prise de risques.
Ensuite, parce que c'est son album le plus intense. Il suffit d'écouter Let's Go Crazy, morceau complètement barré, qui commence par un prêche pas très catholique sur fond d'orgue, enchaîne sur une rythmique funk-metal endiablée pour finir sur un incroyable et orgasmique crescendo de guitare. Album intense musicalement, avec une invention musicale à la seconde, des arrangements et des structures rythmiques et mélodiques incroyablement complexes, des couches d'instruments qui semblent infinies, et des plus belles parties de guitare de tout Prince. Intense aussi dans l'attitude et les textes, où Prince se montre tout aussi vicelard qu'à ses débuts. A ce sujet, une adectode : c'est après avoir entendu sa fille Kareena écouter "Darling Nikki" dans sa chambre que Tipper Gore ( la femme d'Al) eu le choc de sa vie et décida de lancer la campagne qui aboutit au fameux sticker "Parental Advisory" qu'on vit ensuite sur maint pochettes, des Guns n'Roses à Ice T.
Enfin, l'album mérite le panthéon du rock car il hébèrge deux bombes classés au patrimoine : When Doves Cryet Purple Rain, soit la quintessence de l'art princier, un slow épique dans la continuation du Maggot Brain de Funkadelic, et une sorte de funk psychédélique qui marque dès la première écoute (pour moi ce fut sous la tente une nuit de l'été 1984 dans le jardin de mes parents à la campagne).
Et puis aussi car c'est l'album qui fit de Prince, exactement comme lui-même l'avait prédit, une énorme star, et un exemple de réussite à la fois artistique et commerciale : 10 millions de galettes vendues alors que ses 5 albums précédents cumulaient à trois milions de ventes, c'est pas rien…
Truth: le prix de la vérité

Ce n'est pas en France que l'on verra une fiction autour de PPDA! Aux Etats Unis, Dan Rather, idole médiatique et journalistique, a droit d'avoir la tronche de Robert Redford! Hélas, c'est dans un film un peu soporifique aux intentions louables.
Comment expliquer Dan Rather? C'est LE journaliste américain. Voilà le type qui défend les valeurs de l'Amérique, qui veut la justice, qui dénonce ce qui est caché par les plus grands. Derrière son costard, il y a un vrai héros de la presse qui a dans son émission, 60 minutes, éveillé les consciences et affronté les puissants.
Il n'y a pas d'équivalent en France. Pourtant ce type irréprochable a un jour chuté. C'est ce que raconte le film de James Vanderbilt. En s'attaquant à George W.Bush (il venait de dénoncer les tortures dans les prisons irakiennes), Dan Rather et sa productrice vont connaître un véritable tsunami médiatique qui pourrait tout emporter.
Lui, c'est Robert Redford. Toujours la grande classe avec son style cool et coulant! Elle, c'est Cate Blanchett. Inutile de vous dire qu'elle est remarquable! Après Spotlight, Truth le prix de la Vérité montre le travail d'un vrai journalisme au service des autres et de la liberté. Mais là, la machine s'emballe et le film observe la corruption des esprits et la violence du cynisme.
Dans le fond, il est très difficile d'attaquer ce film à la gloire de l'honnêteté avec des seconds rôles parfaits dont un Dennis Quaid qui vieillit décidément très bien. Hélas, dans la forme, Truth le prix de la vérité, est laborieux. Scénariste de Basic ou de Zodiac, James Vanderbilt n'arrive pas à porter son récit avec une vraie vision. C'est très linéaire et didactique.
C'est intéressant mais ensuite il multiplie les réunions jusqu'à l'ennui. On comprend la crise de nerf de la productrice et la résignation d'un vieux lion journaliste: on a tout de même le droit à deux heures de coups de fil, d'engueulades autour de l'éthique et d'entourloupes du gouvernement Bush. Le film enfonce un peu des portes ouvertes mais mérite le coup d'oeil car en période de chaines d'info continu, ce petit cours sur le journalisme est une bonne piqure de rappel.
Avec Robert Redford, Cate Blanchett, Topher Grace et Dennis Quaid - Warner Bros - 6 avril 2016 - 2h06
Et Joey claqua Gilles…


Dans le petit monde, aux confins du microcosme, médiatique, il est désormais curieux de voir à quel point un petit événement insignifiant pour une énorme majorité des terriens fait le tour de la planète, juste quelques heures, soit, mais fait le tour de la planète…quand même.
Au commencement, la routine, un soir d’avril de l’an 2016, Hanouna et ses chroniqueurs s’apprêtent à dégainer, comme tous les soirs, plus de deux heures d’avis aussi avisés sur la télé et la société que ma concierge peut en avoir sur la politique ou qu’un pilier du bar-PMU « la Civette » peut en avoir sur la sélection des 23 joueurs que Deschamps prendra pour l’Euro 2016, autant dire des avis qui ont une importance cruciale pour le bien fondamental de la planète…
Comme tous les soirs, 1,5 millions de téléspectateurs étaient branchés sur D8 et sur « Touche pas à mon poste », un œil sur la TV, un œil sur leur feed Twitter, oui, le fan de TPMP tweet, en attendant, non sans une certaine délectation pubère, qu’Hanouna couine comme une hyène qui seraient coincées les couilles dans un piano à chaque vanne de haute volée d’un de ses chroniqueurs, qu’Enora s’énerve toute rouge en parlant façon fille du 9.3 sur telle émission sur NRJ12 dont tout le monde se contre carre ou que l’on se moque de Gilles Verdez, ancien chroniqueur sportif aux points de vue rebelles mode cheguevariste anti-sport business, désormais passé du côté obscurs de la force passant son temps à se mettre des perruques et en étant « une des choses » du trépidant et désormais tout puissant Cyril…
Pendant ce temps, à quelques studios de là, le public était chauffé à blanc dans une salle surchauffée à vide devant les audiences refroidies à sec semaine après semaine, pour une énième semaine de « La nouvelle Star », dans une saison d’avance écourtée, devant le flop intégral, il était temps, avec, en loge, peinards, Joey Star, Sinclair, Elodie Fréget et l’inoxydable André Manoukian, en mode peignoir concentration à 1h du direct, car, même avec peu d’audiences…oui, quand on connait, c’est un job.
En mal d’audiences, donc, en mal de popularité, soit l’exact contraire de TPMP, donc, la production de la Nouvelle Star avait, donc, en off, demandé à celle de la bande d’Hanouna, de faire un petit spin off, comprenait, de façon plus brute, que TPMP parle à 1,5Millions de gens du fait que la Nouvelle star n’était pas morte et qu’il serait bon de rester sur D8 pour la regarder…
Bon camarade, Hanouna envoya donc Gilles Verdez, grimé en livreur de Pizza, allez savoir pourquoi, pour venir s’introduire dans les loges des jurys…et faire un joli happening en mode « regardez même Joey Star est un mec cool, il déconne sur les vannes foireuses des mecs de TPMP, allez y faites un effort, restez sur D8 »…
A l’arrivée, Verdez, outrageusement ridicule, va voir l’animatrice, dont j’ai zappé le nom, en fait des tonnes, et propose, cash, de rendre visite à Joey Star dans sa loge ; connaissant l’ours brun, celle-ci met en garde Verdez sur le fait que, je cite, « ce n’est pas sûr qu’il ait très envie de te voir ». Encouragé par Hanouna et sa meute dans son oreillette, Verdez s’en cogne et s’introduit dans la loge de l’ex NTM, s’assoit à ses côtés, le Joey Star, égal à lui-même, commence à sortir ses griffes et sa voix rauque, l’autre s’en tape et va même jusqu’à vouloir lui faire un bisou, genre t’envoie ta fille de 5 ans avec ses couettes faire une caresse à un tigre blanc qu’a rien bouffé depuis 1 mois en pleine forêt népalaise…connement, la probabilité que le truc finisse mal est moyen neutre quand même…bah là ça loupe pas…le Verdez s’en prend une, saigne…s’en suit une indignation d’Hanouna, des chroniqueurs, tout le monde cri au loup, ou au tigre népalais, c’est au choix, bref, ça vire vinaigre…
Ok, et donc me direz-vous ? Si dans la même journée vous avez allumé France 24 et vu les 244 morts post séisme en Equateur, un nouvel attentat à Jerusalem Est, et un reportage sur la famine des porteuses de SIDA emprisonnées au Kenya…bah non… mais pour les autres…le truc de la mandale de Joey à Gilles fait le tour de Twitter, Hanouna ne veut pas rendre l’antenne, les dirigeants de D8 deviennent liquides de peur de voir leur bête de foire, leur vache à lait, créer le scandale…et l’événement fait « top tweet monde »…et oui…le truc de la taloche est le truc le plus commenté au monde durant 2h sur le réseau socila…véridique…
Le lendemain, Joey Star fera de minuscules excuses, mais on s’en branle, Hanouna sera à l’antenne avec des spectateurs pour chroniqueurs car les « vrais chroniqueurs » feront grève…bah oui Mme…ma concierge m’avouera qu’elle voterait bien Rama Yade car « il a l’air bien cet homme là », le pilier de bar-PMU « la Civette » se fera licencier de sa boîte après 30 ans d’alcoolisme déguisé qui ne trompe plus personne et du coup aura moins le goût à l’Euro 2016, un des rescapés du Bataclan sortira enfin de l’hopital une jambe en moins…et Prince sera retrouvé mort dans son ascenseur de son immense baraque à Minneapolis…Twitter et les JT seront enfin émus pour quelques choses car à l’échelle de la baffe de Joey à Gilles, la perte d’un des génies de la musique du dernier millénaire, mine de rien, oui, tu as le droit d’être ému.
Allez j’vous claque…euh, j’vous embrasse…
Barbara Barbara we face a shining future

De la bonne vieille techno made in England. On vous le dit depuis quelques chroniques, les héros des Nineties vieillissent assez bien.
En tout cas, ils reviennent tous avec de nouveaux titres et quelques classiques pour mélomanes qui rentrent dans la quarantaine ou célèbrent cinq décennies. Suede et compagnie profitent de l'absence des gros poissons de la britpop pour pousser de nouveau la chansonnette. L'année c'était Blur. L'année prochaine, on pourrait parier sur un rabibochage entre Liam et son frère Noel pour qu'Oasis retrouve un second souffle.
Nous n'en sommes pas là: c'est le duo de Londres, Underworld, qui fait un retour remarqué aujourd'hui. On se souvient bien sûr de leur monstrueux Born Slippy qui a fait danser tous les lads d'Angleterre et le reste du Monde puisque la chanson illustrait le film culte Trainspotting.
Mais depuis, on avait un peu oublié les deux zigotos, Karl Hyde et Rick Smith, deux farfelus de la musique, entre post punk et techno festive. La fête semblait permanente pour Underworld mais l'inspiration semblait s'être fait la malle après des années d'existence. Leurs disques étaient assez décevants au fil du temps.
D'où cette bonne surprise avec ce regain de forme. Effectivement l'avenir semble radieux pour les deux quinquas qui réalisent un sacré de disque... de rock. Avec leurs armes. Des mixes. Une voix sombre. Des guitares et des envies de trance. Le duo avait attendu six années avant de se reformer. Ils ont repris des forces.
Cet album est plein de surprises! Il ne veut pas rester dans la même voie: chaque titre a un style et une volonté d'en découdre avec les habitudes de l'auditeur. Il y a de jolies nappes de synthés mais aussi des choses plus rudes et des rythmes plus agressifs. L'electro a été digéré par les deux hommes qui se consacraient à autre chose pendant de longues années. On devine à quel point cela a fait du bien au groupe: le son est posé, calculé, apprécié. C'est d'une soudaine élégance qui explose les oreilles. Dans le bon sens du terme.
On sait que l'immédiateté et l'efficacité ont leur importance dans la techno. Ici, le temps a sa place et les idées s'articulent parfaitement sans être une grosse démonstration de gros sons. On ne s'attend vraiment pas à cela dans cet album au titre long mais optimiste.
D'ailleurs on se dit que l'on avait un peu oublié ce groupe: c'est un petit bonheur qu'il se rappelle à notre bon souvenir de cette manière.
Astralwerks - 2016
Sunrise to sundown

Du matin au soir, les petits gars de Spiritual Beggars rêvent d'être Black Purple ou Deep Sabbath.
Si un jour, la tournée sans fin du mythique groupe de hard rock, Deep Purple, passe en Suède, il ne faudra pas que le pianiste s'étonne si son instrument disparaît. Per Wiberg du groupe Spiritual Beggars en a toujours rêvé! L'hommage est évident sur chaque note de musique. On pourrait croire à une nouvelle chanson de Deep Purple.
Mais non, il s'agit du neuvième album des Suèdois, vikings qui ne se sont jamais remis des années 60 et 70. Ils vouent un culte à tous les groupes fondateurs du heavy metal mais conservent toujours la petite touche retro. On n'est pas dans les extrêmes du metal mais on se promène dans sa version présentable, rustique et sympathique.
Il n'y aura rien de nouveau dans ce neuvième épisode des aventures électriques de Spiritual Beggars. Ils fabriquent un petit cocon autour des nombreuses légendes, celles qui se racontent en Suède et celles firent le heavy metal. Plus qu'un cocon rassurant, avec les idoles mis en évidence, il s'agit d'un petit théâtre musical.
C'est parfaitement mis en scène. On se demanderait même si les gaillards du groupe n'auraient pas pris comme argent comptant, le mockumentary de Rob Reiner, Spinal Tap! C'est une ribambelle de clichés mais ils sont tous rigolos. Ce qu'on aime c'est la volonté du groupe à faire vivre les premiers sons du hard rock, ce qui les rend assez attachants.
Il y a donc la voix qui hurle à la mort et nous conte des histoires. Il y a les guitares furieuses qui se lancent dans des cavalcades. Les rythmiques sont lourdes mais lyriques. Et puis il y a cette orgue hammond déjà cité plus haut qui nous rappelle qui est la principale référence des Scandinaves.
Ca ne sent pas trop le renfermé ou la redite. On se plait à les écouter. On vogue sur leur drakkar old school mais encore en bon état!
Inside Outmusic - 2016
Patch the sky

Du rock nostalgique et bruyant... he bien vous savez quoi, ca peut le faire!
Il faut bien l'avouer: l'envie de simplicité prend le dessus lorsqu'on passe nos journées autour de mauvaises nouvelles qui surenchérissent dans l'horreur. Bob Mould a cinquante cinq ans et joue du rock, comme s'il était un adolescent. Simple, rageur et salutaire!
Husker Du était un groupe bruyant des années 90. Leur chanteur, Bob Mould, continue bien des années après le succès, a s'acharner sur sa guitare. A 55 ans est ce bien raisonnable? Oui quand on devine la jouissance du chauve à gratter ses accords comme un forcené. Mould sait ce qu'est le hardcore et joue encore les révoltés avec quelques potes.
L'énergie n'est plus juvénile mais on sent que cela maintient à flot un artiste tourmenté mais ravi de se réfugier dans le rock qui fait du bruit, qui fait chauffer les décibels et qui ne veut pas se prendre complètement au sérieux. Patch the sky est un disque de rock.
Celui qu'on entendait quand Kurt Cobain était vivant, lorsque Alice in Chains avait un chanteur, quand Seattle était la capitale du Monde musicale! C'est un geste de survivant que ce disque! C'est un devoir de mémoire que réalise Bob Mould. Il y a là les guitares héroïques, des rythmiques orgueilleuses et des chansons qui s'écoutent en montant le volume à fond. C'est peut être un peu nostalgique comme plaisir, mais Bob Mould est un héros discret qui fait des disques simples, à l'ancienne et ce n'est pas si mal. La musique ne doit pas toujours nous transporter dans le futur!
La passé, ca a parfois du bon!
Merge records - 2016
L’Apparition, Perrine le Querrec


Si le vœu du lecteur est de sortir indemne d’un livre, qu’il ne s’aventure pas dans celui-ci. A l’encontre des écrivains qui chantent les vertes prairies de l’enfance et ses sucreries, Perrine Le Querrec explore avec « l’Apparition » des territoires plus reculés aux ritournelles singulières.
« Trois pas du côté du banc, et trois pas du côté du lit. Trois pas du côté du coffre, et trois pas. Revenez-ici. » Dans le village intemporel d’Ici- Bas, le roman de Le Querrec lance ses dés au gré d’une aventure peu commune, et comme une pièce de monnaie tombe de manière exceptionnelle sur la tranche, le sort en est jeté entre prédestination au malheur, longue traîne des siècles de folie humaine, magie du hasard élémentaire.
Aux confins de la psychiatrie et des anciens mystères, Perrine Le Querrec fraye le chemin d’une écriture hallucinée au service d’une urgence à portée universelle. Elle est une des rares auteures contemporaines dont la forme rattrapée par la transe, rend grâce à la Matière tout en l’accouplant à l’Esprit par l’entremise d’un souffle tectonique qui se fond dans la langue. Leur osmose aux abois constitue le porté à connaissance de dégâts séculaires dont Perrine Le Querrec a hérité par contumace, et qu’elle transcende dans la ferveur d’un imaginaire contraint de se pacser avec la sauvagerie du quotidien.
Dans « l’Apparition », le miracle, avant d’être récupéré puis galvaudé par la cohorte des marcheurs du temple, s’entend au sens médiéval, quasi mystique, du terme. Il se débat dans l’espace d’une gouvernance des hommes par les dieux, les croyances, et leurs avatars. « - C’est tout juste si nous savions où se trouvait notre main droite, tellement nous étions isolés. »
« L’Apparition » raconte l’histoire de PetraPieraPierette, trois sœurs qui n’en font qu’une, et de Létroi, l’idiot du village qui les veille pour trois et s’arrime à Piera jusqu’au cataclysme. La chute finale de Piera retournée, lapidée par la multitude, nous renvoie à celle de Basile, engloutie par la foule, dans le un-happy end de « Têtes Blondes ». La geste incantatoire de Laitroi (orthographe à bascule), conjuguant scansion catatonique et mantra d’amour de longue haleine, clôt ce livre hors normes où, comme chez Rilke « Tout ange est terrible ». « Mon nom Létroit / Ma bien aimée apparue te rends en hâte à la montagne offrir tes trois trous des yeux de la bouche / Tu es juste des os de la peau du jus de pierre mon amour ». A la dernière ligne, le lecteur « s’assoit par terre étourdi ». La messe est dite, aussi profane que sacrée.
Toute révélation des grades supérieurs s’acquière à l’arrache. Il est des extases trop profondément outragées pour ne pas exiger des suites littéraires. Au terme de la transmutation des métaux, fussent-il vils et douloureusement abrasifs, Perrine Le Querrec accouche de l’or fin. On ne saurait trop conseiller aux éditeurs qui ont compris que l’écrivaine est un trésor, de la laisser mettre bas sans péridurale ni entraves.
Parution :
Éditions Lunatique
140 pages
14€




