One shot

One shot! Deux shots! Jusqu'à onze shots de bonheur en musique. Bienvenue à la Cafetera Roja!L'auberge espagnole du mélange des genres!

C'est l'histoire qui réconcilie n'importe qui avec l'Europe. Des musiciens autrichiens rencontrent d'autres musiciens, espagnols et français. Nous sommes à Barcelone, ville festive et ensoleillée. Les nouveaux amis commencent à jouer ensemble et ce qu'il en sort c'est bel et bien un rock hip hop au belles couleurs européennes.

Car ils sont riches de leurs différences et les influences se mélent dans une joyeuse partouze des styles. Il y a de la pop, du hip hop et du vrai rock qui cogne. Il y a l'esprit de Java dans ce collectif joyeux. Il y a la célébration de la tolérance et de la fiesta dans chacun de leurs titres. C'est enivrant. C'est amusant.

C'est pétaradant. On est moins convaincu quand ils se prennent (un peu) au sérieux. Cependant on est conquis par cette fanfare européenne qui ose tout et ne semble avoir peur de rien. Un petit rap en allemand. Des instruments plus terroirs qui se promènent sur des chansons boostées par un esprit de fin de soirée heureuse dans un bar, quand les gens se prennent dans les bras!

Ce n'est pas non plus des morceaux pour alcoolos. Le groupe maitrise parfaitement son sujet. Chaque refrain est gonflé d'espoir. Ca va très bien avec le printemps qui fait son apparition. En y revenant, il y a tout un tas de subtilités et de surprises qui rendent la visite de ce lieu obligatoire

A la votre!

Viral

Le printemps arrive avec son lot de pollen et divers allergies. C'est le bon moment pour regarder un sympathique film d'infectés à l'ancienne!

Ca commence très mal. Un lycée avec son lot d'adolescents frustrés qui ne pensent qu'à se rouler des galoches. Deux soeurs s'ennuient dans cette charmante ambiance avec un papa poule chauve (je me suis identifié parfaitement avec mes trois poils sur le caillou et mes adorables filles). Mais la terreur s'installe dans leur petite film.

Obama annonce une épidémie de grippe assez sérieuse. En fait les victimes du virus sont possédés par une sorte de bestiole qui les controle en s'infiltrant à l'intérieur des corps. Tout cela se passe après un chouette concours de gerbes du plus bel effet!

Rien de nouveau sous le soleil californien avec ce petit film d'horreur réalisé par les auteurs de deux Paranormal activity. Il y a là de quoi avoir la gerbe effectivement. Mais très vite, les réalisateurs montrent quelques singularités avec une réalisation soignée et une vie de famille bien décrite avant de tout faire exploser en éclat avec cette maladie étrange et très esthétique.

C'est donc la fin du Monde en riquiqui, à travers le regard de deux adolescentes dégourdies, coincées dans une petite cité poussiéreuse. On peut y voir une métaphore sur la sexualité et des trucs qui plairaient bien à Cronenberg mais il s'agit finalement d'une humble série B, qui a son charme (pas seulement à cause des deux jolies actrices) et parasite le flot de navetons qui inonde le marché du dvd et de la vod.

Avec Sofia Black D'Elia, Analeigh Tipton, Travis Tope et Michael Kelly - Wild side video

Aidons C’est mon choix ! à trouver de bons thèmes

Dans la grande tradition de la télé qui s’immisce dans les vies des petites gens pour que d’autres petites gens devant leur écran s’offusquent ou raillent la petitesse des petites vies des gens qui déballent face caméra l’étroitesse de leurs vies, « C’est mon choix » est une des rares émissions à survivre, à avoir bientôt passé le cap des 20 ans, tel un hommage à travers le temps à son feu créateur Jean-Luc Delarue, qui n’avait son pareil pour, posément, creuser au plus profond de braves bougres venus étaler qui d’une passion pour Johnny, qui d’un amour pour les personnes de petite taille, qui d’une soif sans fin pour Claude François, qui, en plus trash, s’inonde d’urines pour pouvoir espérer avoir un orgasme, le tout sous couvert de l’anonymat, avec voix trafiquées et lunettes de cagoles…

Tous les jours, sur Chérie 25 (si si ça existe comme chaine), l’indéboulonnable Evelyne Thomas, passe ses après-midi à apporter sur un plateau boueux télévisuel, tout ce qui ce fait de mieux en terme de casting de détraqués, de déglingos, de pas nets nets, de « non mais elle doit pas se rendre compte qu’elle passe à la télé la meuf, le retour au boulot va être terrible quand tous ces collègues vont savoir qu’elle aime s’enduire de miel sous une combinaison en latex tous les samedis soirs »…

Malheureusement, à raison de 2 épisodes par jour, on imagine aisément que les mecs de la production peinent et pas qu’un peu, à trouver des thèmes. Ok ok, ils ont de l’imagination nos amis, mais avouez que de la sexualité bizarre, aux loupés de la chirurgie plastique, en passant par les séances de relooking en direct, en crochetant par les fondus d’activités paranormales, aux amours défendus, aux célébrités de téléréalité repassées depuis dans l’anonymat, aux passions par des animaux pas ordinaires, le sentiment d’avoir à peu près fait le tour de tout de la façon la plus éculée commence à poindre.

Aussi, soyons foufous, soyons aidants, et imaginons 10 thèmes qui pourraient venir garnir les pré-castings de C’est Mon choix d’exception à venir :

  1. « Ma femme s’appelle Jean-Claude » : Sans sexualité pendant les 15 premières de vie de couple, Roger décide de briser la glace le jour où pour la 8ème fois en 1 an, son épouse, lui demande si son Wilson triple lame est vraiment efficace pour le contour du menton, en baissant son slip, c’est une demi molle et une demi surprise, en fait sa femme s’appelle Jean-Claude.
  2. « Est-il possible de faire enlever mes tatouages sur les fesses ?» : Folle d’encre imprégnée sous l’épiderme fessier depuis de nombreuses années mais parfaitement étrangère à toute notion de Bescherelle, Jennifer, 48 ans, s’aperçoit à la lecture des commentaires sur sa page facebook après y avoir posté une photo de son postérieur que « Ge t’ème mon mautard préfairé pour l’avis » aurait eu plus de tenu écrit « Je t’aime mon motard préféré pour la vie » même si elle est séparée depuis 15 ans avec ledit fan de Kawazaki.
  3. « Je suis convaincu que Claude François n’est pas mort » : Mireille, 69 ans, fan du chanteur de Comme d’Habitude depuis 1958, n’en démord pas, après avoir fait le test elle-même à 53 reprises, et malgré 53 séjours à l’hôpital dont 25 au service des grands brulés, elle est convaincue qu’on ne peut pas mourir en changeant une ampoule de 40 watts à culots vices deux crans dans une baignoire avec 4 cm d’eau.
  4. « Mon chien est la réincarnation d’Aldolf Hitler » : Samantha, alsacienne d’origine austro hongroise de Martigues, vient présenter HeïKiki, son pitbull de 2 ans ½, qui, fine moustache noir sous le museau, ne peut s’empêcher de mordre toute personne non blanche, a des érections flagrantes lors des passages télévisuels de Marine Le Pen et reprend d’un aboiement subtil l’ensemble des chansons qui passent sur Radio Courtoisie que sa maitresse aime à écouter dans son 4x4 Volkswagen de 1944.
  5. « Je sais dire l’alphabet en rotant dans 9 langues » : Kevin, 14 ans, surdoué en matière de trucs qui ne servent à rien, s’est fait repérer sur les réseaux sociaux à seulement 12 ans, après avoir convaincu près de 3 millions de jeunes boutonneux aux vies qui ne servent à rien, de suivre ses vidéos qui ne servent à rien, où il éructe face webcam tous les alphabets du monde. A noter que Cyril Hanouna souhaite l’embaucher comme chroniqueur dans TPMP pour le faire commenter les séquences de Télé Réalité en rotant.
  6. « J’ai une vie de merde mais comme tout mon entourage a une vie de merde personne ne s’en était aperçu » : Sonia, 29 ans, aime les joggings, les jeux de TF1 et passe ses week-ends a observé Brandon, son jeune époux, tondre la pelouse et se prendre des cuites avec les copains de l’usine. Après 5 ans de week-ends identiques, elle a décidé de regarder, par hasard, le JT de France 24, et s’est aperçu que la France n’était en fait qu’un pays parmi pas loin de 200, depuis, elle a quitté Brandon.
  7. « J’aime porter des pantalons en velours le week-end » : Gontran, 24 ans, hésite toujours entre Fillon et Dupont-Aignan pour l’élection présidentielle 2017, farouche défenseur des anti-IVG et fan absolu de Frigide Bargeot pour laquelle il voue un culte non-dissimulé, aime porter des pantalons en velours couleur taupe dès le vendredi soir. A noter que Gontran n’a plus d’amis et gère sa page facebook sous une fausse identité « Déglingo souverainiste du 72 ».
  8. « Ma coiffure est la même que Lady Gaga » : Tabatha, 32 ans, est LA fan devant l’éternel de la chanteuse de Poker Face, elle a fait le pari fou il y a une dizaine d’années de se coiffer comme sa chanteuse préférée à chaque instant. De fait, elle va chez le coiffeur tous les jours ou presque après chaque visionnage des tapis rouges de cérémonie à laquelle se rend Lady Gaga, tout son salaire de caissière y passe, elle avouera même qu’un crédit revolving de 9000 euros mensuels lui permet d’assouvir sa passion et fait les beaux jours de Coupe&Tif, le salon de coiffure de son quartier.
  9. « J’ai fait l’amour avec un extra-terrestre » : Persuadée d’avoir été kidnappée en même temps que la sœur de Fox Mulder dans le 8ème épisode de la 2ème saison de X-Files en 1995, Gladys, la quarantaine assumée, est convaincue que Jason, son fils de 20 ans, au physique assez peu terrien il faut l’admettre, est le fruit d’une nuit au milieu des orbites, oui oui, elle, elle dit orbite.
  10. « Ma femme s’appelle Jean-Claude, j’ai un tatouage Clode Françoise sur les fesses, fait par des extraterrestres qui rotent l’alphabet martien, et qui ressemblent à Lady gaga » : Bah là c’est le thème du Best Of de C’est mon choix en fait !

Allez, sur ce, j’vous embrasse…

Romestebanr.

Une saison en enfer, Arthur Rimbaud, Jean-Quentin Châtelain, Ulysse di Gregorio, Lucernaire

Pour la 3ème fois, j'ai la chance d'écouter Jean-Quentin Châtelain dans l'art du monologue. Après Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas, d'Imre Kertesz à Théâtre Ouvert en 2004, Blaise Cendrars au Grand Parquet en 2015, j'ai rendez-vous au Lucernaire pour ré-entendre Rimbaud. Jean-Quentin Châtelain dit du monologue que c'est un peu comme marcher sur un fil, et que le rapport au public est proche de l'hypnose. Il excelle dans cet art et à chaque fois, fait renaître la voix de l'auteur. Moi qui ai étudié Rimbaud au lycée et qui l'ai lu passionnément à cet âge, au Lucernaire j'entends des aspects nouveaux de la personnalité de l'auteur. Plus jeune, je lisais dans ce texte (écrit entre avril et août 1873) une description de l'état d'adolescence. Or il me semble aujourd'hui que ce texte parle surtout d'une vocation personnelle et de la difficulté d'assumer sa vocation dans un environnement ou à une époque conservateur/trice.

Je n'avais jamais perçu avant la solitude de Rimbaud, ni entendu son appel à libérer les consciences, à s'affranchir des conventions. S'il appelle une révolution c'est qu'il souffre sincèrement. Il décrit beaucoup ses moments de folie dans ce texte, qu'il doit à l'abus de stupéfiants certes, mais pas seulement. Je pense que sa folie doit beaucoup à sa solitude, à sa différence. Par exemple, il se décrit comme un indien, un « sauvage ». « Une saison en enfer » est son dernier texte. Il a 19 ans et renonce déjà à sa vocation: « Les blancs débarquent (…) Il faut se soumettre au baptême, s'habiller, travailler. »

En écoutant ce texte si plein de culpabilité et de désillusion, je pense avec compassion: si Rimbaud était né un siècle plus tard, en 1954 ? S'il vivait parmi nous ? Il aurait la chance de connaître une société quasi affranchie de l'autorité religieuse; car notre époque offre la chance d'une « spiritualité laïque ». C'est si bon de se dire que notre société s'est libérée au moins de ce carcan. Même si elle est imparfaite (et menacée) notre société célèbre cette liberté. En quittant le bar du Lucernaire, rue Notre Dame des Champs, en ce printemps 2017, après une représentation hypnotique où j'ai redécouvert Rimbaud, je me sens plus de courage. J'ai envie de célébrer notre époque parce que j'y vois une société engagée dans un mouvement (un effort peut-être infini) : elle s'affranchit toujours de nouveaux bourreaux, de pouvoirs malsains sans cesse renouvelés.

Une idée encourageante: célébrer « Le Printemps des poètes » au Lucernaire, c'est maintenant ...

 

Une saison en enfer
D’après Arthur Rimbaud
Au Théâtre du Lucernaire (http://www.lucernaire.fr/)
Jusqu’au 6 mai 2017
Mise en scène d’Ulysse DI GREGORIO
Avec Jean-Quentin CHÂTELAIN

Chanson d’actu: le printemps

Noir Eden

La musique de Peter Peter est précieuse. Au pays des bucherons, pas sûr qu'il soit compris en défendant une pop synthétique qui brode sur la solitude et les autres petites tristesses existentielles. Dans l'air du temps donc.

Canadien exilé en France, Peter Peter a une voix très particulière. Aigu et ambigu. C'est toujours intéressant car les mots deviennent alors importants et il est vrai que de temps en temps, le jeune homme touche une universalité qui ferait tout le sel de son talent.

Le petit souci, c'est bel et bien qu'il est dans son époque: il pompe allégrement le style et les stéréotypes de la musique pop des années 80. Ils sont désormais un peu trop nombreux à s'éclater sur l'analogique et tous les synthétiseurs dépassés qui faisaient toute la gloire de Jean Michel Jarre.

Il y a bien entendu des morceaux intéressants. Le garçon est d'une sincérité désarmante et raconte de belles histoires tristes que l'on partage. Mais on se demande bien ce qu'il resterait si on enlevait la production léché et finalement excessif.

Cela rassure sûrement les maisons de disques de voir des petits jeunes piller les héros de l'enfance des responsables de production. Mais une fois encore, la french touch avait cela des années et la pop ne fait finalement que se recycler, sans grande saveur même si Peter Peter est un élégant exécutant. Bref, on n'est pas dans le noir eden mais plutôt dans le brouillard artistique!

Audiogram - 2017

The Wave

Bon allez on va être franc: il s'agit ici d'une petite vaguelette! Mais Tom Chaplin est tellement sympathique qu'on se baigne sans problème!

Tom Chaplin est le chanteur du trio Keane. Ce groupe aurait dû avoir le même succès que Coldplay. Ils sont dans la même veine. Ils ont même écrit un authentique chef d'oeuvre de pop anglaise, Hope & Fears mais ce fut leur premier essai et ils ne s'en sont jamais vraiment remis.

Pourtant le groupe continue. Leurs concerts sont mémorables et on aime toujours cette humilité et cette persévérance. Ils ont même réussi leur quatrième album, l'incroyable Strangeland. Bref ils sont moins agaçants que Chris Martin et ses amis biens sous tout rapport!

Keane est une bouée pour ceux qui aiment la pop lyrique. Après dix ans de hauts et de bas, le groupe fait une pause depuis 2014 et le chanteur du groupe Tom Chaplin a visiblement l'air de s'ennuyer! Le voilà donc avec un album solo, rien qu'à lui. Et ca s'entend!

Tim Rice Oxley, le pianiste de Keane participe à l'écriture de toutes les chansons du groupe. Il aurait dû aider son pote qui se débrouille maladroitement avec des ballades sympathiques mais sans grande saveur. Il a toujours une belle et douce voix qui sait s'imposer quand il faut.

Mais les arrangements et la production sont moins convaincantes. Les paroles sont souvent touchantes. Chaplin se livre et arrive de temps en temps à nous choper mais trop généreux, l'enfilade de chansons reste bizarrement assez neutre. Il y a de l'émotion mais elle ne nous atteint que trop rarement.

Mais le garçon conserve un capital sympathie tout simplement énorme, malgré ses maladresses. Il y a chez lui une candeur touchante: il chante comme il respire. Il en a besoin. Cela se voit. On a vite hate de le revoir avec ses comparses de longue dâte. L'échappée est belle mais reste un peu trop anecdotique!

Island Universal - 2016

Kill the King

Petit nanar sympathique sauvé par des acteurs beaux pour vendre des parfums. Ils jouent à Bonnie & Clyde et font du ciné indé avec des images ouatées et un peu vides aussi!

C'est Natural Born Killers pour amateurs de clips ou de publicités. Kill the king est le navet fashion. Il fait sa belle au détriment du fond. On se demande si nos deux mignons tueurs ne vont pas nous vendre des fringues ou du parfum à la fin du film, tellement ils sont beaux et lascifs.

Emily Browning a une plastique délicieuse et Luke Grimes fait passer Robert Pattison pour un tromblon sorti d'un marécage. Heureusement pour nous, ces deux là savent aussi jouer la comédie. Il vaut mieux cela quand on se prend pour Faye Lalaland Dunaway et Warren Moonlight Beatty!

Elle est une petite bourgeoise dont l'ennui a tourné à la dépression. Tout comme Elvis Presley, qui au début de l'été 1974, doit reconquérir son public avec une série de concerts. Il doit passer à Los Angeles et c'est là que le petit ami de la jeune femme a décidé de le tuer. Il est un petit délinquant à la méche rebelle. Il a entendu sa mère morte qui lui a demandé de tuer le King!

Le film fait donc le lien entre la fuite des deux amants maudits et un Elvis mélancolique. L'issue ne peut être que fatale car ils assassinent sans cesse pour remplir leur mission, pour le moins débile. Les paysages sont beaux. Il y a du style. C'est un truc magnétisant. Mais c'est vide de sens et sans grande saveur. Bref, sans tuer ce navet, vous n'êtes pas obligés de vous y intéresser!

Avec Emily Browning, Luke Grimes, Ron Livingston et Trevante Rhodes - Universal - 2016

Une saison en enfer, Arthur Rimbaud, Ulysse di Gregorio, Lucernaire

 

Au Lucernaire, un comédien interprète le sublime texte Une saison en enfer. Ce chant se prête parfaitement à la scène, tant il est incantation. Hélas, ici, il n’est que déception.

 

La salle est d’abord plongée dans l’obscurité. Profonde, épaisse.  Longtemps. Trop longtemps. Et puis lentement, la lumière se fait. Trop lentement. Elle éclaire de façon diffuse un homme. Grand, imposant, d’âge mur. Vêtu d’une tenue magnifique, qui évoque les soieries d’Orient. Les pieds solidement campés sur scène, Jean-Quentin Châtelain parle. Ou plutôt, il susurre, statique, au milieu d’un petit espace censé représenter le Purgatoire. Un vague rond de faux sable et, à l’intérieur, un socle en verre. Dessous, un tissu ou des sacs plastique, on ne sait. Une mise en scène qui n’en est pas une. Parfois, une vague lumière, un projecteur furtif éclairent la scène, comme une idée subite du scénographe.

Pendant ce temps, le comédien demeure sur place, balançant légèrement les épaules, se balançant tout court, les poings parfois serrés, ou la tête en arrière, les yeux fermés. Crispé. Est-ce ainsi qu’on rend hommage au jeune homme tourmenté et talentueux qui a écrit ce texte bouleversant à l’âge de dix-neuf ans, en 1873 ? Il ne lui a fallu que quatre mois pour achever ce recueil de poèmes magnifique, ce chant païen et provocateur qui exprimait sa colère face à une société dont il ne voulait déjà plus. On y devine cette rage, cette révolte qui le pousseront cinq ans plus tard à partir loin de l’Occident, pour n’en revenir que malade et mourant. Une Saison en enfer est une expérience, un voyage, une quête. Ces vers semblèrent au jeune Arthur tellement juste que, pour une fois, il souhaita une publication de ses poèmes.

Ici, la diction du comédien est parfois incertaine, la voix trop sourde. Il ne suffit pas de connaître un texte de A à Z, il faut l’aimer absolument, s’en pénétrer, en être investi. Il faut faire vibrer, toucher, émouvoir, le partager. Or, on soupire, on s’ennuie. La monotonie du phrasé, l’immobilité délibérée mais imposée nuisent à une attention soutenue.  «Les monologues, c’est une marche dans les traces de quelqu’un, le texte est un sentier. Et j’aime ce temps de la marche en solitaire, presque introspectif», déclare Jean-Quentin Châtelain. Mais un monologue doit être sur scène un élan qui emporte le public. Sinon, on déclame tout seul. Si, si, c’est possible, ce souffle-là, comme l’a prouvé récemment Isabelle Carré dans Le sourire d’Audrey Hepburn.

Alors, quoi ? On ne murmure pas Rimbaud. Bien sûr, on n’est pas obligé de grimper sur des échelles de corde en hurlant, comme l’avait fait il y a quelques années une compagnie pour Les fleurs du mal de Baudelaire.  Il n’est pas nécessaire de gambader sur scène parce que « L’Homme aux semelles de vent » savait aussi être drôle. Mais enfin, si le garçon du XIXe siècle avait vu cette interprétation, n’aurait-il pas eu envie de s’exclamer, comme dans Le bateau ivre : « Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes ». Quoiqu’il en soit, cette « chère grande âme », comme le nommait Verlaine, méritait mieux.

 

 

 

Une saison en enfer

D’après Arthur Rimbaud

Au Théâtre du Lucernaire (http://www.lucernaire.fr/)

Jusqu’au 6 mai 2017

Mise en scène d’Ulysse DI GREGORIO

Avec Jean-Quentin CHÂTELAIN

 

 

 

Heavy Meta

C'est une belle guitare claire qui nous ouvre la porte du monde électrique du très vintage Ron Gallo. Puis tout s'accélère pour introduire la voix d'un autre temps du chanteur aux cheveux tout fous. A l'image de ce disque joliment décalé!

La pochette donne le ton. Ron Gallo doit apprécier Iggy Pop, les New York Dolls et ce brillant héros qu'est Marc Bolan. Ces réfèrences sont affichées. Elles sont plutôt rassurantes. Il rappelle aussi un peu le jeune Bob Dylan par sa fougue. Elle ne fait pas peur cette jeunesse qui se nourrit de si braves ancêtres. Ils sont peut être un peu trop nombreux mais bon, ca fait chaud au coeur de voir que les gamins ne crachent pas sur le passé!

Surdoué, le petit Ron Gallo déboule donc avec un second album plein d'entrain et montre un artiste assez mature. Il connait ses classiques mais il les digère avec une maestria impressionnante. Heavy Meta est assez électrisant. Ne vous fiez pas à son look d'hurluberlu genre coton tige psychédélique.

Bien entendu, il tricote des sons bien barrés sur sa guitare pour accompagner sa robuste voix. Mais ses chansons sont écrites avec une envie gourmande qui se sent. Ron Gallo a eu un groupe de rock à Philadelphie durant une dizaine d'années. Son aspect juvénil cache un artiste qui réfléchit depuis bien longtemps. Il a donc peaufiné son style. Du garage rock finement ciselé. Il s'est trouvé!

Mais on devine aussi derrière les décibels et les coups de folie avec son bassiste et batteur, un rock teinté de blues et de folk. La construction est complexe et se révèle un peu plus à chaque écoute. C'est souvent le signe d'un grand disque. On appréciera toute la maitrise d'un morceau Black Market Eyes qui résume le talent de ce grand dadais qui devrait en ébouriffer plus d'un!

New west records - 2017

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