Songes d’un illusionniste – Rémi Larrousse – Théâtre du Lucernaire

Quand la logique du réel vient rejoindre les rêves... L'illusion existe.
Rémi Larrousse est mentaliste. Son objectif est de créer l'illusion de conditions paranormales (télépathie, hypermnésie...) sur scène. Dans le domaine, le monsieur n'en est pas à ses débuts. En 2014, il est récompensé du Mandrake d'Or, l'Oscar de la Magie.
Rapidement, on comprend les raisons du succès. L'art de la parole, l'utilisation de Haïkus, les éclairages, les décors s'organisent méthodiquement pour mettre à rude épreuve le réel et tout grincheux rationaliste. Dès le début du spectacle, les spectateurs sont mis à contribution pour écrire quelques rêves personnels que M. Larrousse prendra plaisir à retrouver. Suivent alors des moments aussi étonnants que suspects. La Magie est en oeuvre.
Le spectateur alterne dès lors ses pensées entre questionnement sur les faits, les paroles prononcées et moments de poésie. Devant la complexité des agencements pouvant expliquer ce joli numéro d'illusion, le plus simple est probablement de se laisser porter et de rêver avec ce mentaliste de talent. Une jolie réussite à partager en famille. L'illusion existe.
Dead Cross

Mike Patton, leader de Faith No More est un drôle de gus. Chaque année, il fait des choses nouvelles. Cette fois ci il se lance dans le punk le plus sauvage et le plus californien.
On ne sait jamais où l'on va retrouver Mike Patton, hurleur célèbre et tête chercheuse. Depuis il chante avec Faith No More, il a prouvé que les chanteurs de metal en avaient dans le ciboulot et qu'il ne se limitait pas seulement à s'égosiller sur un micro martyr.
Il a chanté avec Norah Jones. Il s'est offert des orchestres italiens. Il a tenté des choses totalement expérimentales. Il a révolutionné le son plus costaud avec d'autres groupes comme Mr Bungle ou Fantomas. Il travaille essentiellement dans le rock brutal mais il sculpte un son vraiment étrange et c'est toujours intéressant de se faire un peu mal aux oreilles avec ce magnifique aventurier.
Dead Cross est la réunion de plusieurs virtuoses du métal et du punk. Mike Patton réunit donc son ami Dave Lombardo de Slayer ainsi que Mike Crain et Justin Pearson du groupe Retox. Pour Patton, c'est un vrai défi. Roi des bidouillages et des patchworks sonores, ici c'est un bon gros jam bien crade entre tatoués!
La rythmique speede à fond. Les guitares tronconnent. On n'est pas loin du trash metal. Si vos oreilles sont chastes ne vous approchez pas de ces dix compositions fortes et rapides. Ce n'est pas loin d'être bourrin mais l'influence du chanteur sauve le disque des stéréotypes.
Comme d'habitude, les nuances se font sur l'utilisation de la voix. Quand on dit "nuance", il faut relativiser. Patton est un puissant vocaliste et ca ne le dérange pas de grogner avec violence. Néanmoins il a toujours apporter un soin aux voix et une invention dans l'utilisation. C'est ce qui fait de Dead Cross, une oeuvre originale, loin du punk californien hardcore habituel (sic).
En 28 minutes, Dead Cross nous épuise mais il nous prouve une fois de plus l'originalité de son leader, décidement surprenant et en mutation constante.
Ipecac - 2017
Songs of Experience

Inspiré par William Blake, le plus célèbre groupe du Monde s'intéresse au monde qui l'entoure après avoir sondé sa jeunesse. U2 fait du U2. C'est bien mais désormais on s'en fout aussi un peu.
Le projet était simple: comme le poète William Blake, le groupe de Bono voulait trouver l'inspiration dans le passé et dans l'espoir. Cela a donné il y a trois ans, Songs of Innocence, retour mollasson du groupe qui d'ailleurs a préféré faire le tour des stades avec le trentième anniversaire de Joshua Tree.
Aujourd'hui, sort Songs of Experience. A l'intérieur de ce disque, il y a les chansons que l'on entendra dans les stades. On écoute les prises de position de Bono, toujours là pour dénoncer. La basse et la guitare sont omniprésentes. Le groupe n'échappe pas à son image. U2 restera ce groupe étalon qui montre le chemin à Coldplay et autres habitués des stades du Monde entier.
Néanmoins, ce nouvel album sort à un moment très politique, entre le Brexit et l'élection de Donald Trump. Les stars semblent un peu plus mobilisés et convaincus. En suivant les conseils d'un écrivain Irlandais, Bono a écrit les textes comme s'il était mort. Le constat du monde a une autre saveur. Les inquiétudes dépassent les rocks stars, en apparence si mutiques et mystérieuses. U2 semblait vivre sur une autre planète, très loin de notre monde de petits mortels!
Le résultat est donc plus inquiet. On les devine un peu investis, obligés de revenir dans le monde réel, aidé par la présence de Kendrick Lamar, invité à la mode et roi du bitume ricain. Quelques morceaux dont l'excellent Summer of Love réveillent notre espoir. Il y a un peu plus d'urgence et de présence dans l'écriture. Mais ce n'est pas d'un raffinement dingue. On doit avouer que le disque n'est pas un effort de plus pour remplir les comptes en banques et obliger la défiscalisation à outrance.
Le disque donne l'envie de réécouter les monstrueux Achtung Baby et Zooropa, une époque où U2 était au centre de la Terre. Maintenant, il survole tout cela avec un peu trop de hauteur!
Island - 2017
Baby Driver

La compilation absolue. Le cinéaste Edgar Wright double Tarantino et son gout pour la bande son vintage avec un disque à l'énergie vivace et jubilatoire. On dirait un trip des programmateurs de FIP!
Edgar Wright est un réalisateur rock'n'roll. Une version anglaise de Tarantino. Il a réalisé des films malpolis et populaires comme Shaun of the Dead. Il a dit non à Marvel qui voulait calmer ses ardeurs autour de Ant Man. Il s'est défoulé avec Baby Driver, film de gangsters stylisé, un peu répétitif mais sacrément bien armé en matière de musiques.
Le héros de Baby Driver entame des courses poursuites avec la police uniquement en écoutant de la musique. Toute sa vie est régie par la musique. Il danse sa vie. Et le choix des musiques est absolument royal. Wright a une ouverture d'esprit incroyable.
Il pioche dans tous les genres et permet en même temps de créer une harmonie sur un double album qui va vous réveiller et vous brosser dans le sens du poil... jusqu'au frisson!
Il réalise la plus belle compilation de l'année et redéfinit un peu la soundtrack avec un choix bariolé mais énergique. On prend plein les oreilles. On redécouvre des morceaux. Les chansons se suivent et se répondent bizarrement. Tout est question d'harmonie et d'intelligence. On devine une logique. Le rock a une place particulière mais il y a des intrusions de soul, de rap et des vieilleries qui nous font faire le tour de la musique populaire en mettant le pied au plancher. Incontournable!
Sony- 2017
The Greatest Showman

Pasek and Paul, retenez bien ce duo car il va nous casser les oreilles dans les années à venir. Attention à vos oreilles, ca va couiner très fort!
On fait bilan en fin d'année des quelques musiques de films que l'on a bien aimé mais on a aussi le droit de sortir un gros carton rouge pour ce qui va arriver. Peut être votre mémoire vous a fait une fleur: vous avez oublié une adaptation musicale des Misérables, affreuse, prétentieuse et génante pour Hugh Jackman, excellent comédien mais piètre chanteur.
C'est pourtant sa passion: le chant et la danse. C'est un artiste complet. Il joue, jongle mais il geint. Comme il est costaud et qu'il rapporte des millions de dollars avec ses films, personne ne lui dit rien. Il faut dire qu'il fait preuve de bonne volonté comme il l'avait fait aux Oscars il y a quelques années et dans d'autres cérémonies. Il ne dira jamais non à un petit pas de danse!
C'est pourquoi il est la tête d'affiche de The Greatest Showman, évocation musicale de Barnum et du cirque il y a des siècles! Mais à la sauce Broadway. Ou à la sauce Disney. On ne sait plus trop tellement les chansons sont sirupeuses et totalement interchangeables.
On doit cela à deux compositeurs, Benj Pasek et Justin Paul. Le théâtre. La télévision. Le cinéma désormais. Tout le monde veut travailler avec eux. Après le succès de leur chanson City of Stars pour le film La La Land, ils vont envahir Hollywood tous les deux.
Ils sont déjà responsables des prochaines chansons des adaptations live des vieux Disney (Aladdin, Blanche Neige) et ils démontrent leur force de frappe avec ce film original mais qui se vautre dans la modernité la plus ringarde avec des acteurs qui font ce qu'ils peuvent pour reprendre des compositions qui feraient passer une chanson caritative pour un pamphlet anarchiste. De la bouillie...
Et ce n'est que le début... Protégez vos tympans en 2018 mais bonne année quand même
Atlantic - 2017
Django

Etienne Comar, ambitieux, est allé chercher le barbu Australien Warren Ellis pour nous faire replonger dans le talent fou de Django Reinhardt. Ca fonctionne!
Réalisateur du biopic sur le célèbre guitariste, Etienne Commar est un dingue de jazz manouche. Logiquement, pour la musique de son film, il a pris le meilleur. Le trio Rosenberg se charge donc des reprises. C'est irréprochable. Techniquement, la virtuosité nous emporte.
C'est bien le minimum. Le plus curieux finalement, c'est la nature du producteur de la BO: Warren Ellis. Australien, complice de Nick Cave, il s'interesse aux musiques de films depuis plusieurs années. Il obtient même un César chez nous pour la bande son du film Mustang.
Il aime les objets décalés et pourtant il se révèle assez strict pour Django. C'est impressionnant mais ca ne chavire pas vers quelque chose de différent. Le classicisme prend le dessus. Ce n'est pas désagréable. Au contraire. Il reprend même une oeuvre inachevée du guitariste, sorte de requiem.
Mais quand on connait un peu Warren Ellis, on est tout de même un poil déçu. Et le rock alors? Heureusement les Néerlandais Rosenberg Trio font le boulot. On n'a pas le coté vieillot des enregistrements de Reinhardt mais ils s'éclatent dans le répertoire du mentor du jazz.
Ca fonctionne, ne vous inquiétez pas. Le disque est parfait pour les soirées d'hiver. Il est feutré et délicat. Son enthousiasme est sympathique jusqu'à un final plus sombre. Reste toujours que l'on aurait un petit peu de folie... et ce n'est pas le cas.
Impulse - 2017







