Les cosaques d’Hitler

L.10EBBN001837.N001_CosHITLER_C_FRLes cosaques de Hitler, voilà un titre qui donne l'envie d'en savoir plus, n'est ce pas? Et bien cette BD en 2 tomes de Valérie Lemaire et Olivier Neuray saura répondre à cette envie et bien au-delà encore, croyez-moi sur parole et je vais étayer cette affirmation.

Tout d'abord parce que Valérie Lemaire est rigoureuse dans sa reconstitution historique. On voit que le récit est documenté. En outre, elle a su donné à cette histoire le souffle de la tragédie russe. Je suis sûr qu'un Tolstoi ou un Dostoievski ne renierait pas une telle histoire (je m'emporte sûrement un peu mais il est vrai que j'ai passé un très bon moment...).

Et puis Olivier Neuray retourne à ses premières amours. On se souvient de l'excellente histoire "Nuit Blanche" écrite avec Yann dans les années 90 pour les éditions Glénat. Là aussi, le romantisme russe flottait déjà sur l'intrigue à laquelle Neuray avait su donner tout son talent. Il avait abandonné la steppe avec lesaventures de Lloyd Singer, polard passé un peu inaperçu malgré la reprise en différentes éditions. Il revient dans le froid sibérien pour notre plus grand plaisir.

Dans "les cosaques de Hitler", nous ne sommes plus aux prémices de la Révolution d'octobre, mais dans les derniers mois de la Seconde Guerre Mondiale. Des cosaques anciens "russes blancs" se sont mis au service des armées allemandes afin de se libérer du joug du tyran Staline. A la fin de la guerre, les voilà prisonniers des anglais et au milieu des négociations de Yalta. Ils s'en remettent à leurs geoliers éspérant le salut qu'ils méritent.

Qu'est-il arrivé à ces cosaques qui font toute confiance à leurs gardiens britanniques? Pourquoi l'histoire débute-t-elle par un suicide en Angleterre? Que deviendra la belle Macha? Cette histoire résume à elle seule le bras de fer qui se joua à la fin de la guerre entre les différents alliés et qui annonce la naissance de la guerre froide. En parallèle, la petite histoire nous parle des passions humaines qui à leur échelle peuvent aussi faire des ravages...

2 tomes de 48 pages chez Casterman

D

dcaulardImaginez un peu que Richard Burton (le fameux explorateur qui découvrit les sources du Nil) rencontre Dracula. Quel choc cela aurait-il provoqué? Voilà ce que nous propose les auteurs de l'excellent Garulfo dans cette histoire en 3 tomes baptisée "D".

C'est en effet Ayrolles au crayon et Maïorana au pinceau qui nous offrent ce récit sympathique, drôle, émouvant et plein de supense. Comme précédemment avec les contes fantastiques du Moyen-Age, les auteurs partent d'une trame classique et bien vite ils en détournent les codes. Quel bonheur de se faire promener par ces gens là!

Dans Garulfo il était bien compliqué à la grenouille et au prince de se voir basculer dans la peau de l'autre. Et bien dans le cas de "D", tout au long du récit, on cherchera à reconnaitre le vampire dans la cruauté de tel ou tel personnage de cette société victorienne où les apparences restent plus importantes que le fond.

Drake a vécu en Afrique de nombreuses années, faché à mort avec son ancien compagnon d'exploration (comme ce fut le cas de Burton), Il traine une réputation sulfureuse d'homme violent et sans retenu. Le voilà tombant amoureux de la jeune Miss Lacombe. Celle-ci est aussi convoitée par un jeune homme, très beau parti, riche héritier d'une vieille tante.

La famille Lacombe accorde plus ses faveurs à l'aristocrate qu'au rustre explorateur. Pour qui le coeur de la jeune fille penchera-t-il? Voilà l'objet du tome 1, dont je ne vous révèle qu'une petite partie de l'intrigue. Celle-ci ne fera que s'étoffer au cours des 2 tomes suivants, avec fausses pistes, voies sans issues et coup de théatre admirablement bien menés.

La parution des 3 albums fut laborieuse mais on ne regrette pas d'avoir attendu. C'est brillant d'ingéniosité! Un bon moment tout public, ce qui est bien rare aujourd'hui où lon trouve soit des histoires pour adolescents dont l'acné ferait fuire le plus affamé des vampires, ou des récits gores qui écoeurerait ce même affamé...

Trois tomes chez Delcourt

Journal d’un corps – Daniel Pennac – Théâtre du Rond-Point

pennac1Quand Pennac cultive l'art du naïf

Un plateau. Une table de lecture recouverte de gazon. Dessus un bonsaï. Comme pour mieux figer le temps et la longévité.  Deux chaises, une à cour perdue dans l'espace, une derrière la table de lecture. Un cyclo sur lequel sont projetées les dates clef du journal. Et Pennac... Pennac, pantalon-papi-bretelles, veste, petites lunettes regard malicieux. Puis la lecture. Journal d'un corps. L'idée est bonne. De 12 ans à 87 ans, le narrateur raconte les épisodes marquants de sa vie, entre maux, joies et tracas, avec au centre, les surprises d'un corps en perpétuel mouvement. Comment ne pas s'étonner devant l'évolution du soi intime qui suit la course du temps ?

D'une voix de plus en plus assurée Pennac nous lit un journal. Celui qu'il a écrit pour ce narrateur imaginaire qu'il n'est pas. Force est de constater que sa lecture apporte davantage à la lecture que nous pourrions en avoir. Avec humilité et malgré lui, les mots qu'il a écrits le transcendent. La lecture et son interprétation vont au delà de nos représentations. Le corps de Pennac parle pour lui, le regard, les pauses donnent une nouvelle mesure, une nouvelle partition au texte.

Il en ressort alors de magnifiques moments d'une drôlerie mémorable, le clou du spectacle étant la bataille du polype, scène descriptive absurde durant laquelle un médecin fait de son affaire personnelle le retrait d'un polype dans le nez du narrateur. Des scènes d'une extrême tendresse également, quand la mort emporte Viviane alors que le narrateur enfant pêche à la truite ou quand celui-ci prend conscience tardivement de l'affreux manque physique de ses chers disparus.

Le journal de Pennac théâtralisé est un joli moment d'humanisme et d'humilité, un doux corps à corps dans lequel  les mots s'amusent à témoigner de l'histoire d'un corps fatalement voué à sa perte. On ne peut que s'incliner avec sagesse devant l'inéluctable. La femme est un mystère pour l'homme et pas l'inverse dixit Pennac, le corps reste quant à lui toujours un mystère pour les deux. Quel plus beau lieu que le théâtre pour en exposer ses sensations les  plus intimes ? Un joli moment d'humanité.

 http://2013-2014.theatredurondpoint.fr/

 du 3 juin au 5 juil.2014

pennac     pennac3

Tatoueurs, Tatoués – Musée du Quai Branly

tatoueurs

Un Français sur 10 tatoué ! Le nombre impressionne. De quoi largement s'interroger sur le retour contemporain de cette iconographie du corps longtemps marginalisée en Occident. Jusqu'au 18 octobre 2015, l'exposition Tatoueurs, Tatoués revient sur l'histoire du tatouage, cette pratique millénaire.

 

Marque rituelle des sociétés traditionnelles, punition ou marque de fierté, signe d'exclusion sociale marginal ou marque de prestige, le tatouage a une histoire sur chaque continent. L'exposition parcourt ainsi 5 thématiques distinctes :

-Du global au marginal
-Un art en mouvement
-Peau neuve renaissance du tatouage traditionnel
-Nouveaux territoires du monde
-Nouveaux encrages

Les hommes lui donnent une signification liée à leur vie professionnelle, affective ou culturelle. Ce que montre intelligemment le parcours c'est la diversité des histoires. Il y a presque autant d'histoires de tatouages que d'hommes. Parfois un geste pour mordre la vie qui les a mordu, qu'ils soient prisonniers, condamnées à mort, marins, officiers en occident ou artistes du kabuki au Japon. Parfois un geste pour s'insérer dans une communauté.

L'exposition se compose pour beaucoup de photographies, de vidéos, de lithographies, d'estampes japonaises à ne pas manquer, et de panneaux qui expliquent simplement chaque histoire. Parmi les pièces les plus impressionnantes, des crânes gravés, des morceaux de peaux humaines tatouées et découpées post-mortem, un avant-bras momifié et les différents outils du tatoueur d'un continent à l'autre. Les enfants resteront médusés devant ces membres plus vrais que nature en silicone moulés sur des êtres vivants, tatoués par les plus grands tatoueurs contemporains. Freaky à souhait. Prévenez-les avant d'y aller.

Le tatouage est partout, artistique au Japon quand il se mélange avec l'art théâtral ancestral du kabuki,  tatouage tribal bien sûr avec un espace dédié aux Maoris. Artisanal quand il se fait en prison – amusant film en noir et blanc de prisonniers français - « enfants du malheur », fiers face à la caméra, tatouages provocateurs jusque sur le front ou défiant la guillotine sur la nuque. Étonnants corps de condamnés couverts de dessins plus ou moins réussis, comme un abandon tragique de l'enveloppe.

L'acte tatouer est une marque du temps. A l'heure où l'éphémère et la vitesse s'emparent de nos vies, ce détour permet de se réapproprier le temps de ce parcours l'histoire d'hommes qui ont fait de leur corps une parenthèse pour Chronos. Un écart. Etre tatoué, comme une volonté manifeste d'encrer dans le corps un espace, une idée, une nouvelle frontière entre soi et l'autre. Une fenêtre qui perd celui qui la regarde. Impossible de dire de manière catégorique si le tatoué se tatoue pour soi ou pour l'autre. L'articulation est complexe et à fait écrire plus d'un ethnologue. Le tatouage est une réciproque, une membrane poreuse, entre soi et l'autre.

Tatoueurs, Tatoués rend finalement un bel hommage aux cultures alternatives liées à des modes de vie plus qu'à des actes impulsifs, individualistes ou de simples coquetteries. Plus qu'un geste ou qu'une personne, pour beaucoup, un art.

 

tatoué Motif de tatouage sur une jambe féminine Flottenbesuch in Hamburg 1966 Triptypque d'estampes japonaises: duel Portrait de femme Algérienne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions.html

 

Tante Hilda

Un film d'animation hors norme qui nous change de l'industrie pour les plus jeunes. Une bouffée d'air frais. Parfumée en plus!

Hilda est botaniste. Comme ses parents. Elle aime les fleurs et sait leur parler. Elle les cultive au fin fond d'une riante campagne. Hilda est une femme heureuse. Mais s'énerve dès que l'on parle de la Dolo.

Une entreprise qui veut développer le marché des plantes génétiquement modifiées. Dolorès est la terrible patronne de cette boite qui veut gagner de l'argent en mettant la nature en danger. Bien entendu, elle sera punie après avoir mis au point une plante assez inquiétante.

Tante Hilda est un film d'animation purement écologique. A la limite du militantisme et même du manichéisme. La nouvelle production de Jacques Rémy Girerd, aidé par son complice Benoit Chieux, n'est plus une fable écologique mais un vrai tract. C'est un peu la limite démonstrative des auteurs de la Prophétie des Grenouilles ou Mia et le Migou!

Autrement Tante Hilda est un film assez libérateur. Le dessin animé est d'une indépendance farouche et c'est aussi tout son charme. L'esthétique imposée par l'ordinateur, Disney et les nouvelles technologies n'a aucune prise sur cette lutte joyeusement rétro et burlesque!

Le style fait plutôt penser aux illustrateurs Ronald Searle ou Sempé. Des idées loufoques du récit ont un petit coté libertaire hérité des années 70 et des dessins animés de Picha. On se sent plutôt bien avec cette Tante Hilda qui mène un combat inégal mais juste.

Les enfants pourraient être surpris par le graphisme. Ils apprécieront les blagues potaches (Francois Morel et Bruno Lochet s'en donnent à coeur joie) mais originales et l'action qui finalement de manque pas malgré l'apologie de la conscience écologique.

Les plus grands seront heureux de voir autre chose. Un concept vraiment nouveau, un travail artisanal et fabrication généreuse. C'est finalement ce qu'il faut retenir de Tante Hilda: ce n'est pas une commande. C'est un concentré de sincérité, d'humour et de passion. L'échec du film est incompréhensible. La dureté des critiques aussi. Tante Hidla  célèbre la décroissance et l'osmose avec la nature: c'est son petit défaut un peu stéréotypé, c'est aussi la très grande originalité de ce dessin animé!

 

M6 Video

Mondial 2014 : Mesdames, à vos tangas !

brazil-samba-biarritz-bayon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis quelques jours vous avez constaté que le réfrigérateur se remplit  à votre insu...de liquide mousseux et amer, et tiens, en ouvrant la porte du congélateur, vous avez failli recevoir quelques pizzas surgelées sur les pieds , dans la salle de bains traîne un maillot lycra odorant et coloré...nul doute possible, Jules a repris son entraînement très spécial, le muuuuuundial est de retour et bonne nouvelle, cette année il a lieu au Brésil ... Enfin comme le clament les habitants de Rio , « need food not foot » ce dont se foutent bien mon Jules et ses grands copains qui vont bientôt déferler en tsunami dévastateur dans le salon, sur le canapé qui pleure à l'avance (4 places pour 12, plus la pizza et le houblon).

OK, puisqu'il faut un cri de guerre , le mien sera Tangaaaaaaaa !!

Verification faite auprès des copines, on en a pour un bon mois, avec les soldes au milieu et la date du 15 juin en ligne de mire absolue : France – Honduras. Tiens c'est ce soir !

Le Brésil ...c'était donc ça ...la tête de gondole à Monop', et sa thématique hyper pointue : des tongs aux housses de coussins en passant par les photophores : que du rouge, du vert, du jaune, de quoi sortir ses lunettes de soleil avant le passage en caisse.

Du coup, envoi de SMS groupé aux copines, pour préparer ce qui sera convenu d'appeler le coup d'envoi d'un mois festif ,endiablé de samba.  En Juin comme le dirait l'égérie du mouvement tanga «  à la sainte Clotilde, de fleurs en buissons, abeilles butinent à foison »

On sort !! On joue à l'extérieur, adieu justifications oiseuses, précautions oratoires parce que de toutes façons en juin, Jules n'a plus d'oreilles, ses connexions neuro-linguistiques sont momentanément anémiées et réceptives à un vocabulaire très restreint, autour de « copains , pizza, mousse, corner, penalty , mais il est où Ribéry, hors-jeu, ce con d'arbitre, putain même moi je fais mieux le dimanche au stade avec Michel et Bertrand. »

Regrettera-t-on les chers commentaires de Thierry Roland « Japon Croatie , il faudrait que ça se debride » ? Peut-on suggérer que Candeloro entre en scène pour la déconne ?

Bref, nous on entre, on sort, on ne tente même plus un petit mot, un geste tendre, une heure de retour, non . Car Jules est possédé, non plus par vous, mais par le démon du muuuuuuundial, un mois en mode grégaire.

Alors , faisons contre mauvaise fortune bon cœur, allons remonter les statistiques de sorties culturelles et les additions des bars à mojitos.

Et ils seront là, eux, les hommes les vrais, ceux qui ont tout compris, ceux qui savent que le mois de juin ne se joue pas à l'intérieur mais en extérieur, précisément en terrasse, dans Paris ou ailleurs. Ceux qui hantent les cours de samba du Marais, qui prennent des cours de portugais, qui révisent tout leur Gilberto Gil. Parce qu'ils sentent une opportunité de trouver l'âme sœur, détrônée par la tribu foot qui peuple le salon, les Huns du mois de juin.

Donc, on enfile la jupette (sans oublier le tanga), les tongs (Monop') , et on file en terrasse . Attention, un tri s'impose, facile, le bar foot plastronne d'oriflammes et de ferveur, cornes de brumes et cris primals. Donc on bifurque , on ondule telle l'Ipanema girl et on retrouve toute  la tribu  au Copacabana Club, avec Joao , Tiago, et Tonio, pour une nuit chaude et festive, embaumée de samba . Là, au moins pas de « dégagement du gauche », si ce n'est pour évoquer le pas de danse félin d'un Tonio endiablé.

Alors évidemment, il faudra rentrer, retrouver Jules gracieusement vautré en travers du lit, peu réceptif à vos vapeurs de mojitos, puisque les siennes , houblon/ sueur, ont envahi la chambre.

« Alors , Jules, le Honduras ?

-Épique, avec notre philosophie de solidité défensive, on leur a mis 3-0 , et vous ?

-Nous ? un peu mal à l'adducteur droit, mais 3-0 aussi … Vivement le prochain match ! »

 

Francesca

The Rover

Anticipation minimaliste type Mad Max, The Rover est un film d'ambiance, sorte de western pesant dont l'intrigue prend corps dans le désertique bush australien.

Dans un monde qui semble avoir vu le système économique occidental s'effondrer, Eric, vagabond froid et sans attache, se fait voler son unique bien, sa voiture. Retrouver ceux qui l'ont volé devient une obsession. Il se met à les pister grâce à Rey, frère simplet de l'un des malfaiteurs.

Sans besoin de décors extravagants ou de contextualisation, David Michôd, auteur du sublime, lancinant et cru Animal Kingdom dépeint un futur proche où la survie individuelle, est la seule motivation qui animent les quelques âmes errantes des environs. Le film se présente alors comme une extension métaphorique de notre société au bord de l'implosion. C'est souvent le cas avec l'anticipation. Originalité de l'exemple en question, point de fioritures visuelles. Juste un film d'acteurs et de mise en scène où le comportement des personnages met en lumière un crépuscule de l'humanité telle que nous croyons la connaître aujourd'hui.

Lent et violent, The Rover est alors le moyen pour David Michôd d'affirmer une technique de réalisation et de narration tout en délicatesse. Mouvements de caméra calmes parfaitement contrôlés et photo impeccable permettent d'apprécier les paysages envoutants des terres australiennes, allégorie d'un homme revenu à ses instincts les plus naturels et bestiaux. Enfin,  contribuant au le climat du film, les dialogues concis et les silences rappellent les plus grand westerns. Écriture et technique irréprochables donc qui dessinent une atmosphère étouffante et moite dans laquelle Guy Pearce exerce son métier de la façon la plus exigeante possible. Tendu et mutique, son jeu tout en retenue est fascinant. À ses côtés, Robert Pattinson en fait trop et malheureusement rompt la tension qui nous unit au film.

The Rover porte surtout un propos philosophique certain. Dans un univers sans valeur, aux existences vidées de leur sens, aux personnalités qui en cherchent et à celles qui se sont laissées aller à une douce folie apathique répondent les chemins sans détour et les routes toutes tracées de l'immensité du territoire intérieur australien. Une immensité qui paradoxalement enferme dans une violence sans limite.

Si le film est assez captivant, il est lent, incroyablement lent à tel point qu'on en vient parfois à se perdre un peu et à se questionner quant aux intentions de l'auteur. En fait, il faut du temps pour encaisser ce film dont le rythme assumé est en fin de compte légitimé.

Quête meurtrière crue, sans pitié et lancinante, The Rover, dont le rythme marque la griffe cinématographique de David Michôd, demande un certaine attention, méritée après digestion.

De David Michod avec Robert Pattinson, Guy Pearce, Scoot McNeary et David Field - Metropolitan - 4 juin 2014 - 1h40

Hernani, Comédie Française

hernaniUne femme, trois hommes assoiffés d’amour et de pouvoir. Ce Hernani réveille la beauté des mots de Victor Hugo grâce au talent des comédiens. Puissant.

Au cœur de l’action, un trio d’hommes désire la jeune Dona Sol. Promise à son riche et vieil oncle Don Ruiz Gomez, elle est aimée par le roi d’Espagne Don Carlos en passe de devenir empereur. Mais la jeune et ravissante noble a donné son cœur à Hernani, un exilé fougueux animé d’un désir de venger son père. La pièce parle de pouvoir et d’honneur mais surtout d’amour.

L’histoire se situe au XVIe siècle, au moment de l’avènement du roi Carlos Ier d’Espagne au trône du Saint Empire romain germanique sous le nom de Charles Quint. Les costumes de Renato Bianchi transportent au XIXe quand les mots d’Hugo font toujours écho aux jeux de pouvoir actuels.

L’originalité de la mise en scène de Nicolas Lormeau : avoir installé le plateau au centre, les spectateurs autour. Les comédiens se retrouvent ainsi dans le public à chaque entrée et sortie de plateau. Les décors sont minimalistes : un tombeau, un lit dans les derniers actes, ce qui amplifie les bruits de pas au sol. Les mouvements incessants des corps s’attirant et se repoussant parasitent les voix.

La réussite de la pièce repose alors sur les acteurs. La stature de Bruno Raffaeli, récemment admiré en Créon dans Antigone salle Richelieu incarne un vieux Don Ruiz Gomez attachant. Jérôme Pouly apporte une certaine ironie au roi Don Carlos. On salue son immense mérite de ne s’être laissé déstabiliser par la sonnerie intempestive d’un téléphone en pleine tirade sur le tombeau de Charlemagne... Félicien Juttner en Hernani crie son texte et s’agite trop pour retenir l’attention.

C’est finalement Jennifer Decker qui éblouit le plus en Dona Sol. Sa délicatesse, sa fraicheur, sa beauté illuminent le plateau. Son interprétation parfaite de bout en bout font de son personnage une amoureuse sublime.

Du 10 juin 2014 au 6 juillet 2014
Théâtre du Vieux-Colombier

Caustic Love / Paolo Nutini

Petite star des charts Britanniques, Paulo Nutini tente de fuir son image pour devenir un chanteur de soul pur et dur. Il y arrive très souvent sur ce troisième opus convaincant !

En 2006, à 19 ans, le talentueux et joli Paulo Nutini, Ecossais de son état, se fait remarquer avec des chansons pop rock, un peu rugueuses, sur son album These Streets. Sa belle gueule secoue une horde d’adolescentes mais le bonhomme n’est pas un minet de plus.

Son second album veut donc prendre une autre direction. Sunny side Up est un disque ensoleillé, un échec commercial mais un beau pied de nez de la part du chanteur. Celui-ci attend cinq ans. Il fait sa mue. Il ne veut plus chanter que pour les minettes.

Il semble aime aussi les ménagères de plus de cinquante ans et les plus vieux. Il convoque alors le fantôme d’Otis Redding pour devenir un chanteur soul. Le son est chaud. Les harmonies sont ouatées. Les cuivres ronflent. La voix du chanteur grogne avec plaisir. Les guitares se lovent sur des rythmes élégants. Il s’adresse à nos souvenirs musicaux.

A 27 ans, Nutini aimerait qu’on le prenne au sérieux ! Caustic Love en impose. Il ne singe pas les vieux héros de la soul des années 60. Il est vraiment habité. Il rappelle le Rod Stewart des débuts ou Joe Cocker quand il picolait des litres de bière. Sur son disque il fait une chaleur !

Il met le feu à une soul qu’on n’avait un peu oublié en Angleterre et qui se révèle lumineuse ! C’est moderne malgré de gros hommages appuyés à Marvin Gaye et d’autres héros du genre. Il jongle avec les stéréotypes du genre.

On n’est pas dans la white soul réservée aux femmes ! C’est une soul typiquement british. Classe et héroïque, agressive mais contrôlée. Cela donne un disque séduisant qui nous empêche toute critique acerbe. Un amour d’album donc !

Atlantic Records - 2014

Turn Blue / The Black Keys

Premier morceau du disque des incontournables du rock : une fulgurance psychédélique qui poursuit l’œuvre géante de Pink Floyd. Le chanteur et guitariste Dan Auerbach et le batteur Patrick Carney sont désormais très ambitieux !

On aimait leur simplicité récurrente. Depuis que Auerbach est désigné comme le meilleur producteur en activité, les choses ont changé ! Weight of love fait donc son poids. Ce n’est pas désagréable mais l’ampleur fait un peu peur. Le succès a-t-il tourné rendu fou le duo abrasif et électrique ?

Toujours soutenu par Danger Mouse, le groupe prend une nouvelle voie : celle d’un rock plus psychédélique, moins spontané. Les morceaux cherchent absolument à faire de l’effet et malgré une formule au départ toute simple - guitare + batterie – la production prend un peu plus de place sur ce huitième album.

Après le puissant El Camino, Turn Blue déçoit un peu malgré ses solides artisans. Le duo n’y met pas de mauvaise volonté. On les sent heureux de tenter de nouveaux trucs mais c’est un peu monochrome pour paraphraser le titre de l’album.

La production est trop soignée. Il y a une ambiance chaloupée qui atténue la force de frappe du groupe, réputé pour son coté supersonique. Ici, les pièges du vintage ne sont pas tout le temps évités. 

La musique se standardise sans pour autant que cela donne un résultat nul et déshonorant. Après tout, ils peuvent aussi être calmes et mesurés. Mais les Black Keys se la jouent très cools. Un peu trop à notre goût

Nonesuch records - 2014

Trending

Most Discussed

F.A.I. 2009 / BERTRAND BELIN et TATIANA MLADENOVICH

Et la laïcité bordel !

Diamond Dogs / David BOWIE / (EMI – 1974/ Rééd.2004)

Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu?